‹ Holberg considéré comme imitateur de MolièreChapitre 71 sur 78 · I. Jaccb de fybee, Àote III, scène v · texte numérisé non relu

I. Jaccb de fybee, Àote III, scène v

Tyboe. Madame, retoDez-moi, ou, d'un seul coup, je fends en quatre ce coquin-là.

Leonora. Monsieur, je vous prie de montrer qaelque retenue en présence de notre sexe. Ce n'est point là une conduite à avancer beaucoup vos affaires, et c'est d'une façon fort différente qu'on fera la conquête de ma fille.

Il n'y a pas en France un écolier qui n'ait ri du latin macaronique de Molière et des entorses si libéralement et si impunément infligées par lui aux lois de la syntaxe et aux mots du dictionnaire. Je n'oserais même pas affirmer qu'aucun esprit sérieux n'ait jamais pris sa part dans cette grosse gaieté et ces petites vengeances d'écoliers en vacances. Mais ce à quoi sans doute bien peu de spectateurs, jeunes ou vieux, prennent garde pendant la bouffonne et classique cérémonie qui termine le Malade imaginaire, c'est qu'au dix-septième siècle ce travestissement grotesque d'une langue morte, ainsi employé, était sans précédents dans la comédie. Assurément il y avait fort longtemps que la poésie comique avait pour la première fois tiré parti soit du mauvais langage soit de l'affectation pédantesque, mais elle ne s'était point entore avisée de tirer parti de l'un et de l'autre à h fois.

Dans Aristophane je trouve bien un Scythe qui défigure le grec. Dans Plaute également je rencontre des allusions à la prononciation défectueuse des Prénestins. Mais, ni chez l'un ni chez l'autre , je n'ai le spectacle grotesque d'un faux savant prétendant me donner le change sur son ignorance en parlant une langue autre que la langue vulgaire. Les quelques mots de grec qui se mêlent dans Plaute au texte latin sont, je crois, d'une correction satisfaisante, et personne ne peut dire que la tirade carthaginoise qui se trouve dans le Pœnulus fût destinée à faire rire les spectateurs aux dépens d'un Carthaginois équivoque. Au con-

traire, au seizième siècle, quand la comédie commence à mêler des sentences ou des expressions latines à la langue nationale, c'est-à-dire à employer d'une manière intermittente une langue morte et savante, elle ne nous montre guère que des latinistes, ridicules peut-être par Tabus prétentieux qu'ils font du latin, mais non point par l'ignorance où ils en sont. Chez Larivey, chez Shakspeare^ les précepteurs et les grammairiens nous divertissent uniquement parce qu'ils emploient à tout propos et hors de propos des termes que tout le monde ne peut comprendre. Ils pèchent donc contre le bon sens, mais non contre le bon langage. Il y a même plus, et la comédie anglaise a prouvé qu'on pouvait faire au besoin du latin un emploi gracieux et galant. C'est en effet à l'aide d'un peu de latin que Shakspeare dans Taming of the shrew àmyenté Tune des plus jolies déclarations d'amour qui soient au théâtre^ On voit donc en quoi consiste ici l'originalité de Molière. Molière, ne voulant faire du latin qu'un emploi purement et invariablement comique, eut Tidée d'ajouter toujours au tort de vouloir parler une langue savante ou élégante le tort de ne pas la savoir du tout, et c'est en combinant ainsi l'impertinence à Tignorance qu'il porta ce procédé à sa seconde puissance.

Nous n'avons nullement besoin de recourir à une citation nouvelle pour montrer que c'est aussi dans cet état de concentration, si j*ose dire ainsi, et après ce notable perfectionnement, que le prend et que l'applique le poëte danois. On a déjà vu en vingt endroits Henrich prodiguer

1. Taming of the shrew, acte III, scène i; Lucentio (à Bianea)\ Hâc ibat, as I told you before, — St'mow, I am Lucentio, —Hie est^ son unto Vincentio of Pisa, — Sigeia telltUj disguised thus to get your love; — tiicsteterat, and thaï Lucentio that cornes a wooing,~Prtamt, is my man Tranio; — Aegia, bearing my jiori -j^-^Celsasenis, that wemight beguile the oid pantaloon.

le Uim te moi&s UCin qui se pumse imaginer, et il est de toiile éTidence que Sganarelle a seul pu être son professeur de rfaétorique latine. Henrich aussi et mèaie Pemille se servent en plus d'une rencontre de quelques lambeaux de français dérobés çà et là. Le français k Copenhague était justement ce qu'avaient été si longtemps à Paris Titalien et l'espagnol . La cérémonie turque du Bourgeois gentilhomme et les garçons apoâiicaires de Monsieur de Pov/roeaugnac suffisent pour prouver que Molière avait devancé Hcdberg encore sur ce point, et fait rire avant lui le public par remploi comique d'une langue vivante.

Ce n'est point probablement Molière qui a imaginé le premier de donner pour suite à un refus formd une acceptation empressée, comme dans la scène du Médecin malgré lui* où Sganarelle, après avoir fait mine d'être blessé par les offres pécuniaires de Géronte, se hâte de demander si les écus sont de poids, stratagème comique qui se trouve déjà au reste dans VÉtourdiK Mais je ne me rappelle nulle part, dans Plante^ une opposition aussi heurtée entre l'apparence d'un désintéressement simulé et la réalité d'une avidité impatiente^ Je passerai donc encore au crédit de Molière la scène suivante de Hoiberg où nous allons retrouver la même manière de refuser une chose d'autant plus qu'on la désire davantage.

Lk buoûtier'. Votre serviteur, monsieur* Miùe Staabi m'a envoyé ici. Je suis bijoutier.

BouRSEvmE. Voyons un peu ce que vous m'apportez. Ceuxci me conviennent assez. Il se peut que le comte les garde. Mais maintenant, il n'a pas le temps de les examiner. Nous

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