Acte n, scène vm
% Acte I, scène x.
3. Le petit paysan en gage (Den pantsatte Bonde-Dreng). Acte II, scène y.
DU STYLE. Saô
attttiioBg queiqvefi ««aibres d« owseil ki. Si vens vraies me les laisser jusqu'à demain, vous aurez une réponse.
Le BUOUiiER. Je revîeadrai donc iei demain avee mes bijoux.
BouRSEViDE. Non point, monsieur. Je vais vous donner un meilleur conseil. Il vaut mieux que vous restiez chez vous, puisque vous vous inquiétez si facilement% Il vient de venir un autre bijoutier pour offrir ses services, et il a fait la proposition de laisser pour les essayer tous les bijoux qu'il nous plairait. Mais je l'ai renvoyé, parce que Cette femme m'avait parié de vous.
Le buoutier. De grâce, seigneur gouverneur, c'était sans mauvaise intention .
BouRSEViDfi. Non, monsieur. Je ne veux, sur ma parole, vous induire ni vous ni personne en tentation. Vous pourriez peut-être faire une mauvaise nuit, pour avoir confié deux ou trois bijoux à un comte palatin du saint empira romain.
Le bijoutier. Par pitié, ne vous fâchez pas, noble gouverneur!
BouRSEViDE. En aucune façon, vous dis-je. J'estime fort votre prévoyance.
Le bijoutier. De grâce, trè«-noble seigneur!
BouRSEViDE. Je vous répète, monsieur, que cela ne me cause pas la plus petite contrariété du inonde. Seulm&ent, vous ne m'en voudrez pas non plus de conclure l'affaire avec qui bon me semblera.
Le bijoutier. Ahl illustre gouverneur I
BOURSEVIDE. Tenez, reprenez-les, vos bijoux. Je ne pense pas qu'ils se soient abîmés en passant par mes mains.
Le bijoutier. Non, sur ma parole, je neles reprendrai pas. Je vous supplie humblement de les garder en dépôt jusqu'à demain.
BouRSEViDE. Non, non, je ne les garderai certainement pas.
Le BIJOUTIER. J'espère à\ots que le comte ne sera pas indisposé contre moi. {Il vmt sortir,)
BOURSEVIDE. Holà, monsieur I Gomme je vois bien que vous n'avez pas agi par méfiance, vous pouvez les laisser ici.
Le bijoutier. Je vons en suis reconnaissant, monsieur le gouverneur.
BouRSEViDE. Demain à neuf heures vous pouvez vous présenter céans.
Le BIJOUTIER. Je n'y manquerai pas.
Pour peu qu'on ait lu une ou deux comédies de Calderon, entre autres, No siempre lo peor es cierto ou El secreto à wces, on a sans doute été frappé de ces anecdotes de village, de ces historiettes amusantes qui ne sont au fond que la sagesse populaire de l'Espagne sous forme narrative, toujours tenue par le valet de la comédie à la disposition de son maître embarrassé ou inquiet. C'est d'une tout autre manière que Molière utilise dans ses pièces l'humeur conteuse et les souvenirs de certains de ses personnages. Chez lui, l'anecdote n'est pas une sorte de proverbe destiné à répandre une maxime de morale. C'est une fantaisie exorbitante, une hyperbole merveilleuse dont l'immanquable effet est de faire rire aux dépens de la crédulité des gens qui la racontent ou de la candeur de ceux qui l'acceptent. Qu'on relise la description des deux miracles que Martine attribue à Sganarelle dans l'intention peu charitable de le faire rouer de coups de bâton ou de le forcer à se déclarer médecin. Cette femme morte depuis six heures qu'une petite goutte de je ne sais quoi ranime» ce jeune enfant de douze ans tombé du haut d'un clocher et qui, par la vertu d'un certain onguent, court jouer à la fossette, ce sont là de ces imaginations dont l'énormité n'a d'autre but que de mettre en relief une bonne volonté extraordinaire dans la naïveté ou l'ignorance. Il y a aussi chez Holberg une extrême abondance de ces récits absurdes. Seulement, tandis que Molière se sert surtout de cette recette comique pour faire rire des médecins et de la médecine, c'est surtout contre la superstition grossière de la plupart de ses compa*
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DU STYLE. sa?
Irîotes que Holberg tourne l'ironie de ces invraisemblables anecdotes.
Roland ^ Voyons un peu, mon frère, ce que vous allez dire de ceci. H faut bien que vous me croyiez, car ce que vous allez entendre est aussi vrai qu'il Test que vous me voyez devant vous. C'est, en effet, Thomme même dans la maison duquel la chose est arrivée, qui me Ta racontée. L'histoire du reste est connue dans tout Thisted, et c'est un pays oii les gens ne croient rien à la légère. Une servante vit une fois par hasard sa maîtresse prendre dans son armoire une bouteille où elle avait un certain onguent, dont elle n'eut pas plutôt frotté un manche à balai qu'elle s'envola avec le manche à balai entre les jambes par le tuyau de la cheminée. La servante fort émerveillée de l'aventure prit le même pot dans l'armoire pour voir ce que c'était, et frotta avec un peu d'onguent une cuve à brasser, aussitôt après quoi la voilà partie, elle aussi, dans la cuve à brasser tout droit pour le Blocksberg. Il y avait là un grand rassemblement de vieilles, qui avaient avec elles violons et contrebasses. Le diable en personne, que toutes appelaient le vieil Éric, aussitôt qu'il eut fini de danser une polonaise et payé les musiciens, s'avança vers la servante avec un livre oîi il lui dit d'écrire son nom. Mais elle, au heu de son nom, commença par écrire les mots que les enfants à l'école écrivent d'abord pour essayer leur plume : Celui qui m'a créé, etc. Là-dessus, il devint impossible au vieil Éric de reprendre son livre, et il ne voulut plus danser de toute la nuit, quoique, jusqu'alors, il n'eût pas encore une seule fois quitté la danse. Le matin de bonne heure, c'était le jour de la Saint- Jean, toutes les vieilles s'en retournèrent sur leur manche à balai, et la servante sur sa cuve à brasser, jusqu'à ce qu'on arrivât devant un ruisseau par-dessus lequel les vieilles sautèrent le plus commodément du monde, tandis que la servante s'arrêta embarrassée, et pensant en elle-même : « Il est vraiment tout
1. Sans queue ni tête (Uden JHoved og Haie). Acte I, scène v.
à fait impossible de faire un pareil saut ayec une cuve k brasser. » Enfin, elle se dit : « Je puis toujours essayer doucement, » et elle agita un peu la cuve à brasser, qui sauta tout aussi facilement que les manches à balai, de telle sorte que la servante ne put s'empêcher de rire et de dire : « Voilà tout de même une cuve à brasser qui fait des sauts du diable I » Mais, entendez bien ceci, mon frère. Elle n'eut pas eu plutôt nommé le diable, que la cuve s'arrêta tout court, le livre lui fut violemment arraché , et ma bonne servante dut s'en revenir à pied jusqu'à Thisted. Que vous semble maintenant de cette histoire? Elle est bien réellement arrivée, et il n'y a pas un enfant dans la ville qui ne la connaisse.
Dans VAulularia de Plaute, le lecteur français à qui YAvare est familier pourra remarquer qu'Euclion prend soin, et à deux reprises différentes, de stipuler que sa fille ne recevra point de dot en se mariant. Mais Euclion n'en reste pas moins, malgré cette sage précaution, fort loin de pousser l'éloquence de Ta varice jusqu'à répéter quatre fois le fameux sans dot d'Harpagon. La réitération plus ou moins prolongée d'une exclamation comique ne me parait pas en effet une habileté de style fort en usage chez les anciens. Je ne trouve du moins chez eux aucune répétition capable de produire le même effet que Le pauvre homme ! d'Orgon, ou Le poumon!' de Toinette. Par malheur, dans l'eniploi de ce procédé où il importe de tenir compte de la vraisemblance pour ne pas provoquer l'impatience,. et où il y a danger de manquer le but à force de le dépasser, nous n'allons pas retrouver chez Holberg un tact aussi sûr ni une expérience aussi consommée que chez Molière. Je ne saurais trop le répéter : il exagère presque toujours et force parfois ses procédés comiques. Dans la scène d'Ulysse (ïltha^ que que je vais citer, le mot plaisant revient jusqu'à seize fois. Je ne veux pas lasser neuf ou dix fois la bonne volonté du lecteur. Je ne donne donc qu'une partie de la scène.
DU STTLE. 339
Chilian, le valet d'Ulysse, se présente devant les murs de Troie d'où il s'agit d'enlever Hélène. Il avise le premier homme qui sort de la ville et engage avec lui la conversation. Après quelques paroles échangées, l'habitant de Troie demande à Ghilian qui il est.
GmLiAN^ Je suis un marchand étranger. Mais quelle sorte de gens sont donc les Troyens?
Le Troyen. Ils sont assez pauvres et orgueilleux, car aussitôt que Tun d'eux est en possession de deux marks, on peut être sûr qu'il n'ira pas à pied de la journée.
CmLiAN. Tout comme chez nous.
Le Troyen. La première vertu k nos yeux, c'est de dépen« ser plus qu'on ne peut gagner.
Ghilian. Tout comme chez nous. Mais qu'arrive- t-il alors?
Le troyen. Il arrive alors qu'on est obligé de vendre son mobilier. On place en rentes l'argent qu'on en tire, en prenant hypothèque, soit sur un hôtel de ville ^, soit sur quelque autre établissement public où Ton se trouve nourri tout le reste de sa vie.
Ghilian. Il en est absolument de même chez nous. Mais les juges sont-ils un peu équitables chez vous ?
Le Troyen. G'est à n'y pas croire. Jamais ils n'acceptent de présents. Seulement, pour garder leur conscience nette, ils ne défendent pas à leur femme d'en accepter.
Ghilun. G'est justement aussi de même que cela se fait chez nous. Mais l'usure est-elle aussi florissante chez vous?
Le Troyen. Point, la chose se passe tout à fait comme il faut. On ne prend jamais ouvertement plus de 5 pour 100, pour ne pas faire de scandale. Seulement, sous main, et pour ne pas enfreindre la loi, on se fait payer à l'avance 20 pour 100 par les débiteurs.