‹ Holberg considéré comme imitateur de MolièreChapitre 75 sur 78 · Melampe, Acte III, scène iv · texte numérisé non relu

Melampe, Acte III, scène iv

— « Je veux mourir, si tu n'es pas Sganarel. » — « Que le diable l'emporte, ce Sganarel! » — Là-dessus, il s'en va, m'ayant entendu prendre le diable à témoin. (// place son gant plus loin,) Mais ce n'est là encore qu'un commencement. Je veux maintenant me figurer que quelques estafîers m'ont mis la main sur le collet comme espion, et m* ont conduit devant la justice. Le juge me demande : « De quel pays es-tu? » (Il s* assied sur une chaise.) — « Je suis Allemand, mon bon juge* . »

— Non, cela ne va pas, il faut que j.e réponde en allemand.

— « Ghe souis oun allemand, monsieur. » — « Tu m'as tout l'air d'un espion, » — « En aucune façon, je ne suis point un espion, personne n'a le droit de dire cela de moi. » — « N'es- tu pas le valet de Polydorus. » — « Moi, son valet ! Je n'ai seulement pas entendu une seule fois ce nom-là. » — « Prends bien garde, je vais te faire donner la torture , si tu n'avoues pas tout. » — « Monsieur, je suis tout prêt à vous faire serment que je ne suis point Sganarel, et que je n'ai jamais de ma vie entendu parler du maître que vous voulez que j'aie. » — « On fait peu de cas de ce qu'un espion peut jurer. » — « Mais, je soutiens, moi, que je ne suis pas un espion. » — « Qui es-tu alors? » — « Je ne suis personne. » — Alors on me donne la torture. {Il s'étend par terrcy et fait comme si on lui donnait la torture.) — « Aïe, aïe, aïe. » — « Veux-tu avouer? » — « Aïe, aïe. Arrêtez, je veux tout avouer. » — Mais à peine m'a-t-on délivré, que j'en reviens à ma première résolution de ne rien avouer. On me remet donc pour la seconde fois à la torture. — «< Oh! là, ayez pitié de moi. Oh là! ayez pitié de moi. Oh là!...» — « Veux-tu avouer maintenant? » — « Oh! là, là! Oh! là, là 1 » — « Alors avoue. » — « Oh 1 là, là. Je vais faire des aveux, mais rendez-moi ma liberté. » — On me rend ma liberté, et je dis : — « Monsieur le juge, vous pouvez me faire avouer pendant la torture tout ce qu'il vous plaira; mais je veux être un coquin si j'ai fait quelque chose. » — Alors an

1. Dans le texte: Failli pour Faderlille, Faerlille, Farlille, petit père. Le mot semble trop danois à Sganarel, qui se reprend pour dire monsieur ^ mot plus noble et qu'il croit plus allemand.

me fait jurer je ne sais quoi, pour me mettre tout à fait en liberté, et naturellement je le jure. Puis le juge dit : — « Qu'on lâche ce maraud-là, » et je me sauve. (Aux spectateurs,) Gela n'a-t-il point marché comme il faut? Tout dépend d'un peu d'exercice. Je n'aurais pas cru pourtant qu'il me serait si facile de subir la torture.

De même que pour se moquer des savants Molière s'était servi du ridicule des discours ou des raisonnements prétentieux lot ou tard interrompus par l'embarras croissant de l'oraleur ou du dialecticien, de même aussi pour faire rire aux dépens des médecins il avait imaginé de leur prêter le ridicule d'ordonnances absurdes. Pour ne citer qu'un exemple, lorsque Sganarelle se mêle de vouloir guérir Lucinde, il ne trouve rien de mieux à lui ordonner qu'une grande quantité de pain trempé dans du vin, parce que, dit-il, on ne donne pas autre chose aux perroquets et que cela suffit pour lés faire parler. L'idée est spirituelle et agréable. Nous avons aussi chez Holberg plus d'un faux médecin qui distribue des recettes d'une efficacité non moins équivoque. Mais les remèdes prescrits sont d'une trivialité bien plus grossière et supposent encore un plus grand fonds de crédulité chez la personne qui les acce.pte. Voici ce que répond Léandre, par exemple, à une jeune fille, qui, le prenant pour un médecin, lui demande une consultation.

LÉANDRE ^ Alors, je vais vous indiquer un autre moyen. Prenez un bon oignon, et partagez-le en trois. Sur le premier tiers, vous mettrez un peu de moutarde et vous le mangerez le premier jour. Sur le second, vous mettrez un peu de camphre et vous ravalerez le second jour. Sur le troisième morceau, vous verserez du café, non pas moulu, mais seulement concassé

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