‹ Holberg considéré comme imitateur de MolièreChapitre 77 sur 78 · DenForfœngelige · texte numérisé non relu

DenForfœngelige

qu'aux environs du cap Nord, est aussi lu et aussi connu que le vieux Will peut l'être outre Manche et au delà dû Rhin. Toute la fierté littéraire du Danemark repose sur son théâtre et sur les œuvres poétiques d'Ôhlenschlaeger. Ce théâtre est à la fois le livre que les pères sont obligés de retirer des mains des enfants trop précoces, et celui que les maîtres font expliquer à leurs élèves dans les écoles. A la Domschule de la petite ville de Sleswig, Jacob de Tyboe et Jean de France figuraient sur le programme scolaire de Tannée 1861-1862. Ôhlenschlœger nous raconte qu'à l'âge où il lisait Robinson Crusoé pour la première fois, il savait déjà par cœur plusieurs comédies de Holberg et s'amusait à les jouer avec déjeunes camarades. Un voyageur français passait, il y a une vingtaine d'années, par la petite île de Tromsô, en se dirigeant vers le cap Nord : il y avait dans la ville (ce serait sans doute un village modeste pour nous) un théâtre de société où l'on s'amusait à jouer Holberg. Qu'on se figure d'après cela la vogue de ses œuvres à l'époque où au mérite d'être très- comiques elles ajoutaient l'avantage d'être tout à fait nouvelles. Il ne faut donc point hésiter à attribuer en partie à l'éclatant succès de Holberg le triomphe durable et définitif de l'influence française dans le Nord pendant la seconde moitié du dix-huitième siècle. Pour cinquante ans il aj )uma en Danemark et en Suède l'avènement de l'influence allemande.

Un autre résultat moins considérable et aussi moins immédiat de rimportation de Holberg, ce fut de nouer entre le théâtre français et le théâtre danois une solidarité qui dans notre siècle devait pour la seconde fois porter ses fruits. Il n'y a personne en Danemark qui ne confesse aujourd'hui de la meilleure grâce du monde que c'est à l'imitation discrète d'un nouveau genre comique, d'origine toute française, que le théâtre danois doit son réveil et son rajeunissement. A la grande comédie importée par

Holberg, M. Heiberg, le fils d'un écrivain danois qui ayait occupé une assez haute position officielle en France pendant l'époque impériale, et qui a beaucoup écrit dans quelquesuns de nos recueils littéraires de la Restauration, eut Theureuse idée de substituer ces petites et vives peintures de mœurs locales que nous désignons du nom de vaudevilles. Ce fut le 28 novembre 1825 que le premier essai de vaudeville national,^ Roi Sahmon et George le chapelier , fut représenté sur la scène danoise. A partir de ce moment la mine ouverte parti. Heiberg fils est constamment restée encours d'exploitation, et le génie comique de la France, adapté pour la seconde fois aux mœurs danoises, a retrouvé son vieil empire en Danemark. Nous avons donc donné à deux reprises à ce petit et intéressant royaume, devenu spontanément l'une de nos colonies intellectuelles, le goût de la comédie et l'art d'y réussir. Cela vaut mieux que d'avoir bombardé sa capitale par une lâche surprise ou de travailler depuis un demi-siècle per fas et nefas à son démembrement.

Toutefois l'exemple de Holberg, si stérile qu'il fût resté en Danemark, ne devait point être un exemple perdu. On ne fait pas subitement sortir du néant la nouveauté d'un théâtre régulier et national, sans que les peuples voisins ne jettent un regard d'attention plus ou moins mêlée d'envie sur une merveille aussi inattendue. L^s succès de la comédie à Copenhague provoquèrent pendant tout le dix-huitième siècle la curiosité et l'émulation de l'AUe- Oiagne, en quête d'un théâtre et des moyens de le fonder. Les œuvres et le génie de Holberg, après avoir comme ébloui un instant son pays, allèrent s'abattre et selrépandre sur l'Allemagne entière. C'est de ces nouveaux triomphes de Holberg et de ce contre-coup indirect de l'influence de Molière que je voudrais encore dire quelques mots.

J'ai déjà parlé plus haut du groupe d'écrivains réunis

à Leipzig de 1720 à 1760 autour de Gottsched tt dont l'ambition hautement avouée était de donner enfin à l'Allemagne cette gloire littéraire et surtout ce théâtre dont le plus parfait modèle semblait alors se trouver en France. Par malheur le talent des jeunes réformateurs ne répondait pas tout à fait à l'intrépidité de leur zèle, et, déjà éclairée un peu par les leçons de l'expérience, l'école commençait à se rabattre sur Destouches, par désespoir d'atteindre jamais à Molière, lorsque tout à coup les premières pièces deHolberg arrivèrent à Leipzig. Le succès en fut aussi grand que rapide. Il est fort probable qu'Elias Schlegel, qui en 1742, après une existence fort longtemps errante, avait été nommé secrétaire de légation à Copenhague, où il s'était lié d'amitié avec Holberg, dut recommander plus que personne à ses anciens amis de Leipzig la gloire naissante et le système d'imitation du poète danois. Une intéressante préface écrite par lui après l'avènement de Frédéric V, et à laquelle j'ai fait allusion, nous met au courant des utiles réflexions que lui avait fait faire le succès populaire et durable de la comédie danoise. Le fond de sa pensée, c'est que l'Allemagne, elle aussi, aura un théâtre original le jour où elle marchera dans la voie ouverte par Holberg. Avertissement fort sage et qui ne fut point perdu. Quand nous voyons Lessing dès ses débuts inviter ses amis à l'étude de Holberg , quand nous voyons plus tard Lœwen, directeur de théâtre et poëte alors fort connu, vanter le théâtre de Copenhague comme l'un des mieux organisés pour la culture littéraire du public, cela prouve que les idées d'Elias Schlegel avaient fait leur chemin.

Holberg avait encore fait bien plus rapidement le sien dans toute l'Allemagne. Lorsque Gottsched» ver» 1740, s'occupa de préparer la publication de cette célèbre collection de chefs-d'œuvre dramatiques, moitié indigènes et moitié étrangers, qui a reçu le nom de Schaubuebm^ il chargea un

professeur d'Âltona, DethardiDg, déjà lié avec Holberg, de traduire trois de ses pièces pour le recueil futur. Nous possédons même une lettre de Detharding datée de Rostock du 20 septembre 1741, dans laquelle Holberg fait remercier Gottsched de Thonneur qu'il lui doit d'avoir été présenté par ses soins au public allemand. Il prend de plus la liberté de signaler à son attention pour l'avenir celle" qu'il croit la meilleure de ses pièces, VOisif affairé. Holberg, au reste, ne cessa jamais d'occuper le cercle de Gottsched. Mme Gottsched, nous raconte elle-même dans une lettre datée du 27 juillet 1754, que ce fut chez elle et sur sa table qu'en passant par Leipzig, pour se rendre à Vienne, le conseiller de Bar écrivit en français cette épigramme sur Holberg, épigramme fort colportée depuis, et qui ne fait que mêler à la plus flatteuse des comparaisons une restriction assez piquante relative au récent anoblissement du poète :

Philosophe moqueur, comique atrabilaire, Il mord et divertit tour à tour le prochain.

Des Danois cependant il serait le Molière, S'il n'en était pas le Jourdain.

li faut bien que nous le reconnaissions, Molière étudié à travers Holberg ne fit pas faire à l'Allemagne plus de chefs-d'œuvre comiques qu'il ne lui en avait inspiré avant et sans Holberg. Il y eut un redoublement d'efforts, mais rien de plus que d'honorables efforts. Néanmoins, il convient de signaler ici deux heureuses leçons que l'étude de Holberg donna à celte pleïade de Leipzig à la recherche de la comédie. Jusque-là, ce qu'à FiCipzig, comme ailleurs, on avait offert du théâtre de Molière au public allemand, c'avait été surtout le grand répertoire, le Tartuffe y le Misanthrope. L'exemple de Holberg apprit à moins dédaigner désormais le petit Molière, le Molière du peuple.

c'est-à-dire ses pièces d'un accent plus trivial et d'une verve plus franche. Ce n'était point en effet par l'élégance soutenue d'un beau langage ou par les délicatesses du sens moral le plus élevé qu'on pouvait espérer d'intéresser tout de suite à la réforme projetée la masse des spectateurs. C'est ce qu'avait fort bien senti Holberg, en empruntant beaucoup plus à Molière ce qui chez lui fait rire que ce qui fait rêver. C'est également ce que paraît* avoir compris mieux que personne un étudiant, Christian Krueger, l'auteur d'une pièce violente et grossière, les Prêtres de. campagne, qui lui attira une persécution en règle. Mais le vrai trait de lumière que la jeune Allemagne du temps dut à la comédie danoise, ce fut la conviction tardive de l'absolue nécessité de naturaliser tout en imitant, c'est-à-dire de n'appliquer jamais un art étranger qu'aux mœurs nationales. L'usage voulait effectivement qu'on conservât en allemand jusqu'au nom des personnages français, et c'étaient toujours des Français que.les Allemands s'accoutumaient à voir sur le théâtre. Nul écrivain, plus que Holberg, n'était propre à faire comprendre aux poètes naissants de l'Allemagne leur erreur en ce point, car nul plus que lui n'étaitéminemment national. On semitdoncàLeipzig à jeter les yeux autour de soi pour y chercher des ridicules indigènes. MmeGottsched, dans sdiHausfranzœsin, donnal'un des premiers exemples de cette transposition, et, si je puis dire ainsi, de ce rentoilage d'une comédie déjà faite. Avec Gellert, il n'y eut plus d'écart à cette règle, et la comédie entra, pour ne plus en sortir, dans la vie de famille et dans la bourgeoisie allemande.

Ce ne fut là cependant que le premier service rendu par Holberg à l'influence de son maître en Allemagne. Ce ne devait pas être le plus considérable. Un moment allait venir où le génie de Molière, par la même voie d'une imitation de seconde main, devait aider l'Allemagne à trouver

enfin cette comédie qu'elle avait si longtemps cherchée. On ne saurait trop admirer ici les caprices du hasard. Ce fut précisément alors que Molière semblait irrévocablement banni de l'Allemagne par les jalouses défiances et Teffort unanime d'indépendance des écoles littéraires, qu'il y devint plus influent et surtout beaucoup plus utile qu'il n'y avait jamais été. Or, pour déjouer ainsi toutes les précautions du patriotisme de T Allemagne, il avait fallu un intermédiaire : cet intermédiaire avait été tout naturellement Holberg. Pendant toute la tin du dernier siècle, le génie comique de Molière sous le nom de Holberg, et un peu aussi sous celui de Goldoni, tournant l'Allemagne par le Danemark et par Tltalie, réussit à y maintenir l'autorité de ses exemples et la gloire de son art. Mais il importe, pour bien comprendre toute la réalité de cette influence au second degré, qu'on puisse se faire une idée de la popularité vraiment inouïe dont Holberg ne cessa de jouir dans TAllemagne entière pendant tout le dix-huitième siècle.

Lorsqu'on songe au peu de relations qui existent aujourd'hui entre le Danemark et l'Allemagne, on a quelque peine à concevoir l'activité des rapports et des échanges de toute nature qui reliaient il y a un siècle la race Scandinave et la race germanique, avant que les passions politiques n'eussent tracé entre elles une ligne de démarcation inflranchissable. Plus éloigné que l'Allemagne de la France, c'est-àdire du foyer de toute lumière et de la source de toute civilisation, le Danemark, sous les règnes de Louis XIV et de Louis XV, était un satellite de l'Allemagne pour la môme raison et de la même manière que l'Allemagne était un satellite de la France. Un Allemand en Danemark, c'était, à peu de chose près, ce qu'un Français était lui-même en Allemagne, j'entends un représentant du progrès, un modèle d'urbani\é, un agent d'importation littéraire et notorale.

L'Allemagne envoya donc longtemps par delà le Belt les recettes de Télégance et de la politesse française.

La cour de Copenhague notamment se faisait comme une sorte de devoir royal d'attirer en Séeland le plus possible des hommes de mérite méconnus par les petits princes de leur pays. Ce fut ainsi que Klopstock, pensionné par trois rois du Danemark, écrivit à Copenhague six chants de la Messiade, et Ton a calculé que ce poëme n'avait pas coûté aux finances publiques moins de vingt et un mille rixda- 1ers*. Schiljer fut redevable au duc d'Augustenburg des plus précieux encouragements, à l'un des moments les plus critiques de sa difficile carrière, et plusieurs de ses manuscrits, envoyés tout d'abord par déférence à ses protecteurs danois, firent connaître deux ou trois de ses chefs-d'œuvre en Danemark plus tôt qu'en Allemagne. Mlle de Stolberg, fixée à Copenhague avec ses frères, était en correspondance intime avec Gœthe. Claudius, le messager de Wandsbeck, vécut en partie de la munificence de la royauté danoise. Basedow fut nommé professeur à Sorô, et, plus tard, reçut une pension de huit cents rixdalerspar an^ Sander, l'un de ses collaborateurs, resta chez le comte de Reventlow. Wernike, homme d'esprit et homme du monde, fut appelé à Copenhague pour entrer dans la diplomatie danoise. Fichte fit également un séjour en Séeland. Des naturaHstes tels que OEder et Kratzenstein, des compositeurs, tels que Reinhard Kaiser, allérent à leur tour porter la science de la nature et la science de la musique dans la capitale de ce petit royaume si hos pitalier au talent. C'est surtout par Hambourg que Copenhague se maintenait ainsi en contact perpétuel avec le saint Empire. Struensée avait été, avant de venir faire la fortune qu'on sait en Danemark, médecin de la ville

1 . Environ soixante mille francs. C'est le prix de deux feux d'artifice.

d*Altona, aux portes de Hambourg. Gène serait pas, à beau« coup près, le seul homme d'État d'origine allemande qu'on retrouverait alors à Copenhague, en possession des plus hauts postes de la monarchie danoise. Les maisons de Cassel, de Mecklembourg , de Brandebourg-Kulmbach fournirent à cette époque plusieurs reines au Danemark, et tel élait l'engouement qu'on avait alors à Copenhague pour tout ce qui venait d'Allemagne, qu'un cerlain Eckenberg, directeur et premier sujet d'une troupe de danseurs de corde, reçut, en 1734, des lettres de noblesse.

Naturellement aussi, le mouvement des hommes et des idées n'était pas moins actif en sens inverse, et tandis que la libéralité danoise attirait tant d'Allemands en Danemark, un courant de curiosité entraînait du côté de l'Allemagne la plupart des Danois de quelque importance ou de quelque ambition. Il n'y a guère, en Danemark, un homme considérable de cette génération qui n'ait consacré une année ou deux de sa jeunesse à voyager à travers l'Allemagne. Ewald fut tambour, et même déserteur, pendant la guerre de sept ans. Steffens, qui rapporta le romantisme dans sa patrie, passa un an dans la délicieuse vallée de Tharandt, aux portes de Dresde. Rahbek , s'il ne se maria pas comme Steffens en Allemagne, y vécut du moins assez longtemps dans l'intimité de Lessing et de Schrœder. Il suffit de lire quelques pages de l'autobiographie d'Ôhlenschlaeger, pour juger du nombre d'Allemands et de Danois, qui, par leurs voyages et leurs causeries, travaillèrent tous plus ou moins à mettre les œuvres et le génie de Holberg en circulation dans toute l'étendue de l'Allemagne.

Le fait est que, vers la fin du dix-huitième siècle, Holberg y était devenu ce que Shakspeare est devenu depuis, l'une des gloires adoptives de la littérature nationale. Lorsqu'un

directeur était aux abois, il affichait une pièce ou deux de son répertoire, et, comme par enchantement, la foule reprenait le chemin du théâtre- Deux vers de Hagedorn, qui consacraient cette souveraineté comique, firent alors avec la comédie danoise le tour de rAllemagne. Un biographe du grand Schrœder, M. Meyer, nous a transmis à cet égard quelques chiffres précieux. Dans le courant seulement du mois de février 1743, Holberg occupa jusqu'à quinze fois la scène de Hambourg. En 1 760, Schrœder l'apporta avec lui de Bàle jusqu'à Strasbourg. Ce fut sans doute la première fois que Holberg était joué, sinon en français, du moins en France. Au delà du Rhin, on le jouait également dans les écoles, dans les cours. La grossièreté de sa verve n'effrayait plus personne. A Annaberg, dès 1741, un maître d'école avait fait représenter par ses élèves Jea/n de France. A Celle, en 1773, on essaya de Holberg pour arracher, s'il se pouvait encore, la contrainte d'un dernier sourire à l'infortunée reine Caroline-Mathilde. L'avènement seul d'une génération littéraire d'un goût plus sévère put mettre un terme à celte sorte d'enthousiasme. A dater de cette grande période de la littérature germanique, qu'on est convenu de désigner à Taide des deux substantifs Sturm et Drang^ Holberg vit décroître de jour en jour sa vogue en Allemagne, et il ne fallut plus tard rien moins que la bonne volonté de Gœthe, qui fit jouer une de ses pièces sur le théâtre môme de Weimar, puis la réhabilitation trèsardente de Tieck, qui protesta avec une grande vivacité contre le dédain, où peu à peu l'on avait laissé tomber cette vieille réputation populaire, pour relever la gloire compromise du poète danois. Mais nous n'avons point ici à nous inquiéter de ce que Holberg était devenu en Allemagne au début de ce siècle. Qu'il nous suffise de bien constater qu'à l'époque où IfQand et Kotzebue étaient encore des écoliers, c'était à peine si Molière lui-même disputait à Holberg, de

Vienne à Hambourg, le privilège de divertir au théâtre la foule des grandes yilles.

Il est tout naturel que Ton soit disposé, après cela, à reporter sur Holberg et par conséquent sur Molière, qui se tient iei discrètement derrière son habile et glorieux élève, une partie du génie comique que, par une rare exception, on rencontre dans la littérature allemande à cette époque de son lâstoire. Qu^on n*oublie pas combien les destinées de la comédie sont humbles dans les annaies littéraires de la race germanique. Au moyen âge il faut que ce soit la France qui donne à l'Allemagne la première idée d'égayer la gravité de ses pieuses représentations, et fournisse à ses mystères leurs premiers diables, leurs premiers bouffons*. Hans Sachs assurément a trouvé plus d'une fois la gaieté dans Texactitude minutieuse d'une réalité triviale. Mais en somme, s'il a le génie de l'observation, il ne parait point prétendre au génie de la comédie. Aujourd'hui même, à côté des grands poètes qui, chez nos voisins, ont élevé le théâtre sérieux jusqu'à la hauteur d'une institution et d'une^ école de morale publique, il est impossible de ne pas être frappé de l'infériorité relative, ou, pour mieux dire, de l'extrême faiblesse du genre comique. La comédie amusante, la satire vivante des mœurs nationales, l'art enfin de peindre les hommes, non dans la chimère de quelque conception héroïque* mais dans leur train de vie habituel, sont toujours des dons refusés par la nature au génie germanique. Peut-être le sens et le plaisir du trivial sont-ils incompatibles avec l'élévation qui lui est habituelle et les instincts de dignité morale qui lui sont propres. Peut-être aussi l'Allemagne a-t-elle perdu ou émoussé dans un commerce trop assidu avec l'art si calme de la Grèce antique la pointe de son esprit et sa verve comique.

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