‹ Holberg considéré comme imitateur de MolièreChapitre 8 sur 78 · A Der heitere Zoegling Molière's · texte numérisé non relu

A Der heitere Zoegling Molière's

traduction française de ses Pensées morales. Un sieur Mau- Villon avait également transporté dans notre langue, peu de temps après sa première apparition en latin, le Voyage de Klim. Enfln, un écrivain du nom de Fursman, avait en 1746, fait paraître à Copenhague le premier tome d'une traduction complète du théâtre de Holberg. Cette entreprise ne fut pas continuée, mais du moins, le poète avait cessé de nous être inaccessible, et nous pouvions provisoirement le juger sur échantillons.

Cependant, c'est à peine si Ton peut retrouver une trace de Holberg en France pendant cette longue période. Un fragment de chronique parisienne dans la Bibliothèque de Nicolaï pourrait donner à croire que quelques-uns de ses bons mots et de ses jeux de scène firent alors sur nos théâtres quelques apparitions furtives. M. de Soleinne possédait aussi en manuscrit une traduction du Voyage à la Source^ intitulée le Voyage au ParCj sans nom d'auteur. Au reste, si Holberg eût été connu chez nous à Tépoque où l'Académie française mit au concours l'éloge de Molière, il est fort probable que tous les concurrents n'eussent pas passé sous silence, comme par un accord tacite, le fait d'une imitation aussi honorable pour le héros académique de Tannée 1769, et renoncé, sans aucun motif, à l'argument * imprévu que la littérature danoise pouvait offrir à leur zèle oratoire. Cailhava lui-même, qui ne publia que quelques années après son long ouvrage sur les origines de Molière, y cita, à la vérité, un court passage du Bal masque et y donna une analyse superficielle du Ferblantier politique. Mais il ne sait pas même exactement le nom de l'écrivain danois et traduit Henrich par Grispin,

L'introducteur véritable de Holberg parmi nous, ce fut la Révolution française. C'est surtout dans les moments de crise politique que se produit le ridicule inévitable des oppositions ineptes et qu'on voit se développer jusque dans

les classes les plus ignorantes la manie de tout juger sans rien connaître. C'était précisément ce travers de la petite bourgeoisie que Holberg avait attaqué dans le personnage principal de son Ferblantier politique. Le Ferblantier politique était donc devenu, par le hasard des événements, une pièce d'à-propos, à partir de 1790 ou 1791, et la discussion d'auberge, dont Holberg avait lire tout unacte de sa comédie, pouvait sembler une satire écrite à l'avance contre plus d'un club de Paris. Aussi en voyons -nous deux éditions françaises paraître simultanément à Bâle et à Berlin en 1797 sous ce double titre : le Révolutionnaire corrigé et Chacun son métier. Une bonne fortune fit bientôt tomber l'une de ces brochures entre les naains d'un jeune homme qui avait le goût et l'ambition du théâtre, Etienne, et ce fut lui qui, pour la première fois sans doute, fit jouer Holberg en français sur une scène française. Son imitation, ou plutôt sa réduction, car il avait cru devoir réduire à trois les cinq actes de l'original, fut représentée le i" thermidor de l'an Vil sur le théâtre de l'Ambigu-Comique. Le Chaudronnier homme d'État politique eut un assez grand et assez long retentissement. Dès le lendemain de la première représentation, Cailhava adressa une lettre à la plupart des journaux pour annoncer que lui aussi avait traduit la pièce de Holberg, et que, si sa traduction n'avait pas été jouée avant celle de M. Etienne, la faute en retombait sur la Comédie-Française qui n'avait pas cru devoir lui ouvrir ses portes. La Comédie- Française ne devait pas tenir toujours rigueur à la pièce qu'elle avait refusée, présentée par Cailhava. Le Luthier de Lubeckj donné par elle, l'une des premières années de la Restauration, n'était qu'une nouvelle contrefaçon de la co* médie de Holberg. La paternité en fut attribuée quelque temps au roi lui-même. Mais ce ne fut là qu'une petite perfidie de la rumeur publique pour faire remonter jusqu'au chef de l'État le tort d'avoir voulu rendre ridicule la pré-

tention nouvelle des citoyens d'intervenir dans la direction ou tout au moins dans Tappréciation de leurs affaires. Plus tard, on connut le nom des deux véritables auteurs.

L'attention qu'avaient pu attirer sur le nom de Holberg les représentations de l'une de ses principales pièces n'avait cependant été ni assez curieuse ni assez sagace pour que la question des rapports de cet inconnu avec Molière pût être considérée comme posée. A l'école romantique, c'est-à-dire à cette renaissance littéraire qui allait ouvrir au dix-neuvième siècle le monde des littératures modernes, il était réservé de signaler un peu tardivement cette similitude. Ce fut le regrettable M. Ampère qui le premier nous rapporta Holberg de son voyage à travers les trois royaumes Scandinaves, et nous le rapporta presque triomphalement, comme l'un des nôtres, longtemps égaré. Son étude* n'était qu'une esquisse, mais la véritable physionomie du poète danois y était très-flnement indiquée , et l'auteur n'eût rien laissé à dire après lui, s'il n'eût condamné luimême son travail à l'exiguité réglementaire d'un article.

Depuis cette judicieuse notice, dont nous n'aurons ici qu'à développer les conclusions, fort peu de chose a été fait en France pour Holberg. Le juge le plus compétent que nous ayons parmi nousdes choses de la Scandinavie, M. Geffroy, s'est contenté dms sa récente Hùtotre des États scaixdinaves de citer purement et simplement un extrait de l'article de M. Ampère. M. Xavier Marmier a traduit, il y a déjà un assez grand nombre d'années, le Ferblantier politique^, la seule pièce de Holberg que puisse lire encore aujourd'hui un Français entre les mains duquel n'est pas parvenu le rare et unique volume de la traduction commencée en 1746 à Copenhague. M. Marmier s'est également essayé, dans une

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