CHEZ Â. HARDBL, IMPRIMEUR-LIBRAIRE
' Rue Froide, 2.
place dans l'Ile d'Ithaque , et l'Ile elle-même , une autre place dans la mer. On en appelle au texte d'Homère qui avait été mal lu, mal compris ; ou bien ce texte était vague : c'est quelque passage d'un autre poùtc , une note des scollastes » une interprétation des géographes , c'est un nom perpétué par la tradition , ce sont des ruines qui suppléent à son silence , qui expliquent» complètent» corrigent ce qu'il a dit. Chose singulière, en vérité» que chaque système accorde à llomèro tant d'autorité» et que la diversité des systèmes lui en laisse si peu !
En visitant la Grèce» y trouvera-t-on des raisons suffisantes pour faire un choix déGnitif entre tant d'hypothèses qui se combattent ; ou bien , ayant reconnu l'impossibilité de les concilier entre elles et de préférer l'une à l'autre, se rangera- t-on, de guerre lasse» dans le parti de ceux qui réduisent la prétendue exactitude de la géographie d'Homère à cette vérité générale que les poètes, comme les peintres, s'attachent ti donner à des descriptions imaginaires, pour qu'elles fassent illusion ? Cette opinion aurait le mérite de mettre un terme à de longues querelles» sans porter atteinte à la renommée poétique d'Homère : en effet» c'est assez pour sa gloire que, peignant de la même manière que les autres poètes , il ait peint mieux qu'eux. Mais » si c'est assez pour la gloire d'Homère» c'est trop peu pour la vérité. Homère peint mieux que les poètes des autres âges ; il peint autrement.
Les poètes ne cherchent guère dans la description des lieux qu'un ornement accessoire pour le récit : c'est un fond qu'ils veulent . comme dans un tableau
ET LA GRÈCE CONTEMPORAINE. il
historique ^ subordonner à Taction, dussent-ils, lorsqu'ils en choisissent les traits , sacrifier à l'harmonie de la scène la vérité du paysage. Ainsi , toute circonstance qui ajouterait à Texactltade, si elle nuit à l'effet général, ou si elle est dépourvue d'agrément, doit être changée , doit être omise. C'est une loi que tous les poètes reconnaissent et observent. Homère n'a pas ces scrupules ^ il en a d'autres. Examinez cette plaine de Troie, illustrée par les exploits d'Achille : un autre imaginerait de peindre ce fleuve dont les colères vont jeter le désordre dans la mêlée , cette ville défendue par des rochers escarpés , ces tours où les vieillards et les femmes luontent pour suivre du regard les vicissitudes du combat « et , du côté de la plaine , cet endroit faible d'où Andromaque ne voudrait pas qu'Hector s'écartât. Virgile, si curieux de recueillir les antiques traditions , aurait nommé aussi les tombeaux des rois et les monuments qui rappellent l'histoire des premiers âges. Mais voici des détails que Laniothe devait trouver bien Inutiles , que Fénelon n'aurait pas in ventés, et que Virgile lui-même aurait négligés sans doute. La description du poète ne gagne rie», ni pour l'agrément ni pour la clarté, à ce qu'il place auprès des portes Scées un hêtre qu'il ne décrit pas, et nomme tantôt les collines auprès desquelles on combat, tantôt les tertres d'où les espions examinent les mouvements de l'ennemi ; la poétique ordinaire renverrait au géographe le soin d'apprendre que la forme des lieux a changé , et à l'historien celui d'indiquer, à mesure que le combat menace la ville ou les vaisseaux, à quelle aile, sur quelle
rive du fleuve les chefs se signalent ; et surtout ^ lorsque Priam^ en proie au désespoir qui lui fait mépriser la vie , porte au meurtrier d'Hector la rançon de son cadavre , qui s'arrêterait à mesurer les distances de la route, et songerait à dire qu'au déclin du jour le vieillard lit boire ses mules près du tombeau d'Ilus , et franchit le gué du Scamandre ? Des traits semblables se rencontrent , en grand nombre y dans la description de Schérie , dans celle d'Ithaque ; pourquoi Homère les admet-il dans ses vers, sinon parce qu'ayant sans cesse sous les yeux le théâtre de l'action , qui n'est pas purement idéal , il veut , lorsqu'il fait mouvoir ses personnages , se représenter , de quelque façon , la route qu'il leur fait parcourir et les lieux où il les conduit?
Ce n'est pas qu'il soit toujours facile de les suivre par la pensée ; et ceux qui contestent l'exactitude d'Homère et la réalité des lieux qu'il a décrits, comptent les distances parcourues, les combats livrés du matin au soir , et il se trouve que les vingt-quatre heures d'une journée de Vllxade ne suffisent pas plus que celles d'une tragédie classique à tous les faits qui s'y pressent ; pour que Jupiter voie de l'Ida ce qui se passe à Troie , il faut en changer l'emplacement ; pour que Mars fasse entendre sa voix , pour qu'Hélène de ses yeux reconnaisse les chefs, il faut que la ville soit plus voisine de la mer ; pour qu'Ëumée fasse deux fois , en un seul jour , la route qui conduit de sa demeure à celle de son maître , il faut que l'une et l'autre ne soient pas situées aux deux extrémités d'une Ile assez longue. Tous ces arguments
sont rigoureux; ils n'oot« eu vérité, qu'on défaut : leur rigueur même. A les prendre au pied de la lettre la marche de l'action est, en effets peu compatible avec l'état des lieux; mais qu'est-ce qui s'éloigne de la réalité? L'action. C'est l'imagination seule du poète qui assiste à ces péripéties ; elle les multiplie ; elle les précipite ; bientôt, le temps est abstrait et la vitesse est idéale ; tout un mois tient dans une journée ; songez que les habitants de l'Olympe sont descendus dans la mêlée , et que les hommes eux-mêmes , ces hommes d'autrefois, sont des demi-dieux. Il n'y a qu'une chose dans la bataille qui soit réelle , et que le poète ait pu voir : c'est précisément le champ où elle s'est livrée.
Toutes les obscurités même, et les contradictions qu'on relève dans le texte { on les exagère , mais elles existent) m'en fourniraient une nouvelle preuve. Il n'est rien de plus aisé que de rétablir , lorsqu'elle est l'œuvre d'un beau génie , une description imaginaire ; elle est assez vague pour que les yeux puissent, sans aucune Infidélité , se la représenter diversement; bor* née à peu de traits , elle échappe à la confusion ; et, comme chacun de ces traits a sa place marquée d'avance par les convenances du sujet et se rencontre précisément là où la raison le chercherait , on n'est jamais arrêté par aucune incertitude. Sans une carte , l'itinéraire que trace un poète est clair , mais celui que trace un géographe demeure obscur ; et si l'on peut discuter, depuis tant de siècles , sur l'objet des descriptions d'Homère, je crois que cela tient aux efforts mêmes que le poète fait pour qu'elles soient exactes ; elles ne sont compliquées que parce qu'elles
\U HOMÈKE
veulent tenir compte de tous les accidents de la réalité. Il aurait fallu seulement n'oublier jamais que TexactUude d'Homère n'est pas , ne peut pas être celle qu'observent les géographes de notre* âge. L'expérience de ces temps primitifs ne soupçonne même pas qu'une science , appuyant sur des calculs rigoureux ses déductions , viendra un jour , non-seulement coordonner et dépasser, mais corriger et démentir les impressions successives de la vue. Les yeux fixés sur l'horizon , il m'est arrivé plus d'une fois, en Grèce, et sans que j'aie pu m'en défendre , d'admirer l'ingénuité des savants qui retrouvent chez Homère une rose des vents , et des mots qui déterminent précisément , dans un sens ou dans l'autre , les points cardinaux. Homère nomme les vents et les parties du ciel comme fait l'usage, à peu près: d'un côté, les vents qui soufflent les frimas; et, de l'autre , ceux dont l'haleine féconde est favorable aux moissons ; ici « les régions lumineuses de l'aurore et du soleil ; et là , les régions des ténèbres; mais comment saurait-il que, sur cette route que le soleil parcourt du matin au soir, et dont le point de départ, comme le point d'arrivée , change du jour au lendemain , il y a des lignes abstraites qui marquent d'une façon certaine, immuable , les limites de l'aurore et du couchant? Et comment ^ lorsque la direction des côtes modifie celle des vents, et que les vents qui viennent des ténèbres , ceux de Thrace , peuvent soufQer du Nord-Est dans l'Hellespottt , du Nord-Ouest dans la mer Ionienne , comment prétendrait-on orienter, d'une façon rigoureuse , d'après les vents , ou d'après le soleil , une contrée homérique ?
Les yeux nous trompent plus gravement encore s'il s'agit de déterminer , non les divisions du ciel , mais celles de la terre habitée, la configuration des ri« vages , les frontières des royaumes , la position re)a tive des villes ^ la longueur et la dîrection des routes. La carte même et la boussole à la main , combien de fois n'y est-on pas trompé ? Si c'est du navire qu'on regarde au loin des côtes, quel nom donner h ce qu'on voit? Quelle est cette cime enveloppée de vapeurs? Ces lignes bleues^ est-ce une lie ou le rivage du continent? Ces brumes qui se confondent avec le ciel et la mer, est-ce un détroit, un golfe, ou une côte basse? Mais, au centre du pays, la confusion est à son comble ; le sentier tourne et l'horizon change ; voici le col franchi : quelle ligne a-t-on suivie ? Quelle est la forme générale des contrées que Ton traverse ? Il est rare que les regards se les figurent comme le compas les trace. Or , Homère, s'il les a connues , n'a pu les connaître qu'ainsL
Demandez-vous d'ailleurs ce qu'a pu voir le voyageur des premiers âges : les ports, surtout ceux des lies , telles qu'Ithaque et la Crète , et , sur le continent , quelques grandes villes, lorsque, comme Pylos et Athènes, elles sont voisines du rivage; ou que leurs richesses , le commerce , les armes leur ont donné . comme à Orchomènes, comme à Mycènes et Sparte, le premier rang. Mais, h mesure qu'il s'éloigne de l'horizon des côtes les plus fréquentées , sur les mers lointaines de l'Occident, comme dans l'intérieur des terres, ses souvenirs ou les récits le trompent; il divise mal la Thessalie , et confusément le Péloponèse ; un
voyage Imaginaire met en Kgne droite les sommets d'un triangle; la route coupe y sans que le poète s'en doute y des montagnes que les chars n'ont jamais franchies. En sera-t-on surpris lorsqu'on sait quelles cartes fantastiques ont dessinées les géographes jusqu'à la fin du moyen-âge, plus de vingt siècles après Homère? Ainsi ^ Homère connaît peu la Grèce, il la connaît mal, et les descriptions qu'il nous en a laissées ne sauraient être acceptées , d'aucune manière, comme la représentation exacte delà réalité. Elles sont exactes cependant , je l'ai affirmé , mais dans la mesure où elles pouvaient l'être, c'est-à-dire qu'elles reproduisent fidèlement la Grèce telle qu'Homère a pu la voir ; à défaut de notions plus précises , elle a laissé dans l'esprit du poète des images, et il les a si naïvement retracées que ses vers semblent encore les mettre sous nos yeux. Il y a loin , sans doute , de quelques images, souvent confuses, presque toujours incohérentes , à une description de la terre , à un sys* tème du monde; et l'autorité d'Homère , qu'on a volontiers étendue au-delà de toutes limites , se trouve ainsi bien restreinte; mais 5 dans les bornes où nous l'avons renfermée , elle sera plus solide et difficile à contester. Il restera même , de sa géographie , plus qu'il ne reste de celle des géographes qui vinrent après lui. En effet , les géographes ont dit ce qu'ils croyaient savoir , et leurs hypothèses les avaient trompés ; du jour où les progrès de la science ont rendu leurs théories inutiles , elles n'intéressent plus que ceux qui voudraient écrire l'histoire des erreurs de l'esprit humain. Mais les descriptions d'Homère ont toujours la
valeur qu'elles avaient pour ses contemporains ; ce ne sera plus ^ s! Ton veut, qu'une sorte de géograpliie pittoresque , et très-lneoroplèle , mais toujours précieuse à consulter; car, comme les progrès de la science , en renouvelant la carte de la Grèce , n'ont changé ni les yeux, ni la nature , les images qu'Homère a laissées des lieux n'ont point perdu leur vérité , et suffisent souvent pour que le voyageur les reconnaisse.
J'en ai fait l'épreuve après tant d'autres, et deux fois, à quelques années d'intervalle, je me suis plu à comparer aux lieux qu'Homère a décrits la description qu'il en a faite ; mais , fidèle au principe que je viens de poser , je n'ai point poussé , aussi loin qu'on l'avait fait , ce rapprochement; lorsqu'Hoinère nomme les lieux , sans ajouter h leur nom un seul mot qui en indique le caractère, il m'a semblé peu important, et assez peu sûr , de prétendre les retrouver ; cette tâche délicate appartient plutôt à ceux qui voudraient savoir d'Homère quel fut l'état de la Grèce aux temps héroïques , qu'à ceux qui-, comme moi , interrogent la Grèce actuelle pour savoir d'elle quel est le caractère des descriptions d'Homère. Je ne cherchais point à replacer sur la carte tous les noms qu'il énumère , mais à reconnaître, dans la nature, la réalité dont ses images représentent l'apparence.
On sait assez, par le témoignage unanime des voyageurs , quelle est l'exactitude des épithètes qu'il joint au nom des villes. Elles sont quelquefois assez communes pour qu'il les ait appliquées lui-même à plusieurs villes différentes , et pour qu'on puisse les appliquer à bien d'autres. Combien , même de celles
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qo'Homère n'a pas citées, méritent, en même temps qae Tirynthe • Mycënes , Athènes , qu'on rappelle leurs fortes murailles ! Combien sont situées, comme Héios, au bord de la mer; comme Aulis, sur des rochers; comme Haliarle, dans les pâturages, ou fleuries, comme Pyrase, ou aimables, comme Mantinée! Ce n'est pas à Epidaure seulement qu'il faut chercher des vignes; ^ Orchomènes , des montons, ou àXhisbé, des colombes. De même , TAxios ne roule pas seul de belles eaux ; ni le Xanthe , des eaux impétueuses; ni le renée , des flots d'argent. On ne doit pas s'attendre «^ ce que ces traits rapides conviennent uniquement à la ville ou au fleuve qu'ils désignent; c'est assez qu'ils leur appartiennent aussi , et les désignent presque toujours mieux que d'autres ne Tauraient fait. Ce mérite est rare , et, quoique le temps ait fait perdre ti plusieurs cimes verdoyantes leurs ombrages, à quelques vallées leurs prairies , et même à quelques acropoles leurs ruines , on ne peut pas le contester à Homère.
Mais si , des lieux qu'Homère nomme et désigne d'un mot , nous passons à ceux qui servent de théâtre à quelque épisode important ou à l'action principale de ses poèmes , cette exactitude , qu'il a cherchée partout , doit être plus scrupuleuse encore : elle l'est en effet ; et comme ici le poète, h mesure que l'action se développe, ajoute quelque trait à la description du lieu de la scène , on parvient , sans trop de peine, en réunissant ces traits épars, à en restituer une image à peu près complète. £t cette image , lorsqu'elle est assez précise pour qu'on puisse réelle-
mont se la figurer dans Tesprit, et chercher des yeux les objets auxquels elle ressemble, la Grèce noos en apprend aussi la vérité.
Ainsi , je ne suis pas bien sûr de savoir laquelle des trois Pylos de Strabon est Pylos la Sablonneuse , où régna Nestor ; ni où est Phèreset la demeure hospitalière de Dioclès , petit-fils de TAlphée; ni surtout par où un char peut aller de Pylos à Phères , et de Phères à Sparte ; Homère , s'il l'a su , ne nous Fa pas dît clairement. Mais ^ assurément, j'ai vu , au pied du Taygète neigeux, la vallée creuse, profonde, où, sur une terre noire, fertile en lotos , en ache , en orge , en blé, en épeautre, s'élève la divine « la vaste , Faimable Lacédémone, chère à Junon , comme Argos, et comme Phtbie, célèbre par la beauté de ses femmes et la vitesse de ses coursiers.
Je ne sais pas où est , sur la plage de SIgée , la place du vaisseau d'Ulysse; ni où s'élèvent, dans la vallée , Gallicolone et la colline des figuiers, voisine du Hêtre; ni auquel de ces tertres , disséminés sur les deux rives du fleuve, il faut assigner le nom d'^yétès , auquel celui de Myrrhine; mais je sais où campaient les Grecs; je sais quels sont, aux deux ailes, ces tombeaux que les navigateurs saluent de loin en entrant dans FHellespont ; j'ai visité , au centre de la plaine, le tombeau d'Hos, qui la domine ; j'ai reconnu Pergame sur ses rochers escarpés , et Ilion battue des vents , et les sources du divin Scamandre. G'est en vain que la nouvelle Ilion, dont les ruines Informes couvrent ce plateau , a fait, depuis Alexandre, rival d'Achille , jusqu'à Gésar, qui descend d'Enée, et jus-
qn'à Virgile, qui le chanta, tant de dupes et tant de complices de ses mensonges intéressés ; c'est en vain que Strabon s'en rapporte au témoignage de Démétrius de Scepcis, un indigène; c'est en vain que Mac-Laren et Webb subtilisent ; sans doute , il y aura loin des vaisseaux à la porte Scée ; il n^est pas bien prouvé que des deux sources du fleuve il coule encore une eau tiède à côté d'une eau glacée , et les traces d'habitations sont rares sur les hauteurs désertes de Bounar-Bachi ; mais , dussé-je prendre ma part des dédains prodigués à Ghoiseul depuis une vingtaine d'années , ni la nouvelle Ilion , ni les liions de Strabon et de Webb ne répondent aux descriptions de VIliade : c'est celle de Glioiseul qui est celle d'Homère.
Enfin, je n'ai cherché dans l'Ile d'Ithaque (1) ni le jardin de Laerte, ni le verger de Pénélope, ni le lit nuptial où Le Chevallier trouve si plaisamment la preuve que V Odyssée doit être l'ouvrage d'Ulysse, ni la colline de Mercure et tous les détours du chemin qui conduit Ulysse des étables d'Ëumée à la ville , ni même (s'il faut l'avouer) les pierres du palais dont Schreiber a donné un pian complet Mais j'ai vu , à n'en pouvoir douter , près du rocher du Corbeau et de la source Aréthuse, sur un plateau qui domine la mer, les lieux où le poète place l'habitation du (idèle porcher; j'ai vu le Nérite, qui se montre de loin aux regards des navigateurs, et la \\\\q aupied du Néion^ dont Gell a fait une acropole inaccessible; et ce port
(1) Cf. ma thèse inlitulée : De Vlyssis Ithaca. Paris , Labure ,
de Pborcys . fermé à toas les vents , que Virgile , d'après les règles d'une autre poétique y ne se fait point scrupule de transporter sur le rivage de la Libye ; et la grotte des Nymphes où les philosophes d'Alexandrie ne voient , comme dans la caverne de Platon , qu'une allégorie. On a contesté , on contestera encore l'emplacement de la ville , et même l'identité de nie. Il n'importe: les noms perpétués à travers les âges , les ruines , les traditions plus ou moins anciennes , les témoignages contradictoires d'écrivains postérieurs , ont sans doute leur autorité , et il faut les consulter. Mais les descriptions d'Homère en ont davantage , lorsqu'elles sont formelles , et les lieux qui leur répondent d'une façon frappante y sont bien, quoi qu'on fasse , ceux qu'Homère a voulu décrire. A Ithaque même y les descriptions prennent un caractère particulier d'exactitude ; le poète y insiste assez pour qu'elles soient à peu près complètes , et l'Ile est assez petite pour qu'on l'embrasse d'un coupd'œii et la voie réellement telle qu'elle est. Ainsi , l'image n'est plus seulement fidèle , elle est exacte ; avec les dessins d'un peintre et les cartes d'un géographe , on ne reconnaîtrait pas plus sûrement le rivage où les Phéaciens déposèrent Ulysse endormi.