‹ HomilétiqueChapitre 14 sur 98 · I SUJETS PSYCHOLOGIQUES · texte numérisé non relu

I SUJETS PSYCHOLOGIQUES

§ V. — Sujets psychologiques.

Que la psychologie, ou la connaissance des éléments, des ressorts et des mobiles de l'homme psychique [soit nécessaire;] que, pour tout dire en un mot, \homme doive être connu du prédicateur, nul doute. Quelques-uns méprisent cette élude, et disent que la Bible suffit ; oubliant que la psychologie qu'elle renferme nous invite à étudier la psychologie, qu'elle est un flambeau pour regarder dans l'homme, et que c'est l'homme qu'il faut regarder. Sur les mystères de l'âme humaine combien de choses dans Job et dans rEcclésiaste! que de points de vue indiqués! Celui qui répétera d'autorité : « L'homme est ceci, l'homme est cela, » sans l'avoir vu soi-même, fera peu d'effet ; il pourrait, par la même raison, n'alléguer d'autre motif du devoir que le commandement biblique : personne ne se croit réduit à cela. Il ne faut pas que personne puisse dire : « Si le prédicateur nous connaissait mieux, il ne parlerait pas ainsi. » Le prédicateur qui parle de l'homme sans l'avoir bien étudié, tombera dans des erreurs graves et manquera d'autorité. Il doit montrer qu'il sait, autant qu'homme peut le savoir, « de quoi nous sommes « faits. » (Psaume CIII, 14.) Mais en général, la psycho- Ic^ie est plus propre à fournir à nos sermons de la substance que des sujets proprement dits; et dans l'un et l'autre cas , elle ne doit être ni de la science, ni de la menue observation : il faut que la psy-

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chologie du prédicateur soit pratique et populaire. Une psychologie purement spéculative, ou trop raffinée, distrait l'auditeur de ce qui doit le préoccuper avant tout ; elle donne à son amour-propre un aliment dangereux (1); elle lui crée des impressions imaginaires; en outre, elle est un élément peu oratoire.

La psychologie, telle que nous l'entendons ici, ne considère pas seulement l'homme individuel, mais aussi l'homme social ; il y a une psychologie comme il y a une physiologie de la société. Elle fait partie du domaine que nous venons d'ouvrir au prédicateur. Rien de plus naturel et de plus facile que de rattacher à l'idée de Dieu celle de toutes les institutions providentielles ; de montrer, par exemple, dès le début de la Bible et du monde. Dieu fondateur de la société et de la civilisation par l'institution presque simultanée de la familky de la parole, de la loi et du travail. [Ces sujets, beaucoup trop négligés, et qui produisent cependant une sorte de saisissement religieux chez les

(i) « Psychologie très délicate, qui s*eii va épiant toutes les émotions de fânie, « surprenant tous ses secrets, lui dérobant des aveux, furetant, si Ton peut piru 1er ainsi, dans ses recoins les plus obscurs, et, par-dessus tout, lui donnant coo- « science de tout son mal, et lui multipliant ses douleurs en les lui nonunant... Je « crois entrevoir ce qu'elle a de nuisible aux grands intérêts de l'âme. Autant la « connaissance de soi-même est le point d'appui nécessaire de toute régénération, M autant peut-être cette minutieuse observation rend cette même œuvro difficile, te Elle tourne en étude, en curiosité les grandes impressions qui inclinent Pâme du « côté de la lumière. Elle transforme furtivement les douleurs du repentir en joies u .de l'amour-propre ; des reproches de la conscience deviennent des découvertes « de l'esprit. On ne rentre pas en soi-même, on en sort plutôt. Spectateur amusé « d'un mal sérieux, on cesse d'y être identifié, on s'en isole, on s'en distrait en tfen « occupant. » (Vimet, Études sur la Littérature française au XIX* siècle. Tome in, pages 28-29.)

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