SUJETS PSYCHOLOGIQUES
auditeurs, rentrent dans les précédents. En effet,] les institutions, les mœurs, et avec elles l'industrie, les arts, la civilisation, les développements divers, découlent de la nature humaine. [Toute vérité mène à la vérité. Sans doute. Christ est le centre de toute vérité; mais pour montrer que Christ est le centre, il faut parler du cercle et des circonférences les plus éloignées.] Reconnaissons cependant que le mot de psychologie [que nous venons d'employer] ne peut pas s'étendre, sans subir une sorte de violence, au nœud secret qui unit les différentes parties du monde et les différents éléments de la vie humaine. C'est plutôt la philosophie [qui les embrasse]. La philoso- ^ phie, en religion, est un instrument, une méthode; il s'agit moins d'une philosophie donnée, d'une construction philosophique, que de cet esprit philoso- {diique au moyen duquel on classe, on généralise, on abstrait, on trouve les vrais rapports des choses, on remonte des apparences à la réalité, des phénomènes au principe, on embrasse l'ensemble. Cet esprit-là nous aide à trouver la philosophie de la religion, c'està-dire le rapport, entre eux et avec le centre, des élénoients dont elle se compose, et son rapport avec le monde et la vie. C'est à l'aide de cet esprit que nous saisissons et faisons sentir la conciliation secrète qui existe entre toutes choses : entre la religion et la nature ou la vie humaine, et, dans la vie humaine, entre Texistence individuelle et l'existence sociale, entre la réalité et l'art, entre la pensée et l'action, entre la liberté et l'ordre, entre les affections particulières et
iOO INTliBâT DE LA NOUVEAUTÉ.
autre côté, ce qui n'est pas nouveau, c'est-à-dire accommodé à la forme d'esprit, aux tendances et aux besoins de chaque époque, n'est pas complètement vrai non plus. La merveilleuse souplesse de l'Évangile, son aptitude à s'adapter aux formes de société, aux caractères, aux positions, aux directions d'esjNrit les plus diverses, n'est pas un médiocre indice de son origine divine. La prédication perdrait-elle à lui ressembler? Elle est trop souvent semblable à elle-même d'un prédicateur à l'autre et d'une époque à l'autre. Les choses dont la force est tout à fait indépendante de la forme sont en petit nombre. Il est peu de sermons des siècles passés qui n'aient besoin d'être traduits à notre usage.
[Il y a donc une nouveauté légitime, nouveauté de sujets aussi, non de doctrines, mais de thèses. C'est ainsi que l'art, chose humaine, se renouvelle ; l'Évangile est immuable, mais il est divin. Pour arriver à cette nouveauté dont nous parlons, le génie n'est pas nécessaire : le prédicateur n'a qu'à ouvrir les yeux et qu'à observer. Qu'il ne s'en tienne pas à l'idée générale et abstraite de l'homme , mais qu'il étudie les honunes qu'il a devant lui et auxquels il parle. S'il veut bien prendre ce soin, il sera nouveau. Mais c'est là une étude difficile, qui exige une attention continuelle, dans laquelle le zèle soutient et dirige, mais dont il ne dispense pas.]
Après avoir abaissé les barrières nous les relevons, c'est-à-dire qu'après avoir ouvert à la prédication en général cinq ou même six domaines, nous les rédui-
LIMITES PROPOSàffi. i(H
sons pour le jeune prédicateur à deux : la dogmatique et la morale. Les trois dernières classes de sujets supposent chez le prédicateur un discernement, un tact, qui ne peuvent être que le fruit de l'expérience. Le jeune prédicateur est plus en sûreté dans des limites plus étroites, qui cependant ne le sont pas assez pour gêner son zèle et pour borner l'utilité de son ministère, et dans lesquelles il peut encore aisément faire entrer bien des idées et des faits recueillis dans les domaines où il ne prend pas des sujets de prédication.