‹ HomilétiqueChapitre 25 sur 98 · TEXTES OBSCURS · texte numérisé non relu

TEXTES OBSCURS

n'en devons qu'un à notre auditoire, et surtout nous ne lui devons pas la discussion qui l'établit (1).

Un texte, sang offrir deux sens, peut n'offrir pas un ^n9 clair.

l«'dbi9QU|rité peut être dans l'idée, lorsque l'objet du t^xte Q$t dans une région, à une hauteur, où notre analyse ne peut atteindre. [Ainsi du passage de 1 Corinthienu, XV, 17, 38 Bur les assujettissements (2), de 1 lierre, III, 18-âû sur la prédication aux esprits retenue en prison, et de Romains, Vn, 1 ï : « Ce n'est « plus moi qui le fais, mais c'est le péché qui habite en jK moi. » L'obscurité de tels passages n-est pas toujours invincible ; ils contiennent souvent de hautes et importantes vérités, dont il faut faire grand cas ; ils ouvrent un vaste champ à la méditation ; mais on peut dire pourtant, en général, quUlne convient pas de dioisir de préférence de tels sujets et les textes qui les expriment.]

Vainement appliquerait-on ici la parole : a Ces cho- « ses ont été écrites pour notre instruction ; » ( Ro-

(i) Voyez Éphésiens, I, 4 : « Irrépréhensibles dans ou par la charité. »

Jean I, 9 : « Tout bomiçe venant au monde. »

ColosBiens, III, 14 : « Le Uen de la perfection. »

Ptiilfppiéns, II, « : «f N'a point regardé comme une usurpation nou « tiré vanité. »

Matthieu, V, 9 : « Heuretii ceux qui procurent la paix, n

Luc Vn, 47 : « Parce qu'elle a beaucoup aimé. » (Ostervald traduit : « C'est à etose de cela qu'elle a beaucoup aimé. »)

(8) Qaesnel explique ainsi ce passage : « Dans Fétat d'innocence. Dieu parlait et « se communiquait i rWomme isHnédiatemetit par lui-même ; le péehé a tout « ehngé. I>an8 l'état de la loi naturelle et de la loi de Moïse, cela se faisait par les « anges, par les twsnmes et par divers moyens extérieurs. Dans l'état de la lo I m grftoe, il le (lift par Jésus-Ghrist son Fils, envoyé aux hommes pour les re me

15^ TEXTES OBSCUHS.

mains, XV, 4.) elle ne s'applique pas à tout. L'instruction est un tout qui a ses accessoires éloignés. Ce n'est pas sur ces accessoires qu'il faut prêcher.

Quand l'obscurité est dans l'expression, dans laquelle je comprends aussi les formes de l'argumentation, que faut^il faire? — On dit : Le ministre est essentiellement le commentateur ou l'interprète de la Parole de Dieu, et comme tous doivent la lire, il faut la faire comprendre à tous. — Je réponds qu'il n'est pas dit que tout soit immédiatement adressé à tous les lecteurs de tous les temps. [Tout au moins l'homme simple ne comprendra pas tout et ne croira pas que tout lui soit adressé. Sans doute l'enseignement de l'Esprit de Dieu ouvre considérablement l'esprit; mais il se peut bien toujours que plusieurs passages, dont la forme est d'un autre temps, demeurent obscurs pour une partie des lecteurs de nos jours. L'édification est l'instruction de l'âme, et elle n'est pas incompatible avec celle de l'esprit; mais si, pour édifier, on doit donner un certain aliment à l'intelligence, un labeur trop considérable nuit sensiblement à l'édification.] Il faut un talent bien particulier pour rester édifiant en

«( dans l'obéissance et rétablir le royaume de son Père. Dans le ciel. Dieu fera tout « en tous par lui-même. Jésus-Christ ayant achevé son œuvre, qui est de recudlUr « les élus de Dieu, de les régir sur la terre, de les conduire à son Père, il n'y aura w plus de médiation ni de sacriflce de Jésus-Christ pour le péché, plus d'entremise « des anges,... plus de ministère des hommes, plus de besoin des Écritures, {dus « de nécessité d'aucun moyen extérieur. Dieu, dans la trinité de ses personnes, réu gnera par lui-même, fera subsister et vivre en lui et de lui tout le corps de TÉ- «c glise, le chef et les membres, les rendra immortels par lui-même comme éternité, « les éclairera et les rendra tout lumineux comme vérité, se répandra en eux et les » consommera en lui-même comme charité. » (Quesnel, Réflexions morales sur le Nouveau Testament:)

lEXTES OBSCURS. d53

de tels sujets. Il en faudrait même beaucoup pour être seulement clair de la clarté que la chaire demande. «Que chacun, au reste, s'éprouve soi-même. » (1 Corinthiens, XI, 28.) Enfin, sur tel de ces textes, tout l'office de Tinterprète est peut-être de montrer qu'ils sont obscurs, et c'est quelquefois le meilleur service à rendre. — Exemples :

Galates, III, 20 : « Le Médiateur ne l'est pas d'un «seul, mais il n'y a qu'un seul Dieu (1). »

Romains, XII, 20 : « ...Tu lui amasseras des char- « bons de feu sur la tête. »

1 Timothée, V, 24, 25 : « Il y a des personnes dont «les péchés sont manifestes, etc. »

Romains, Vil, 10, H : « Le commandement qui « m'était donné pour la vie, m'a donné la mort, etc.»

Au reste, les textes obscurs, ou bien sont importants, mais peuvent être suppléés par d'autres, ou bien ne sont point féconds, et c'est presque toujours le cas.

[Nous pouvons donc, en résumé, proposer la règle suivante ] :

Ne donnez pas pour texte à votre discours un passage obscur, difficile, ou dont l'éclaircissement exigerait une discussion préliminaire trop prolongée. — Cette règle souffrirait exception, si ce texte renfermait une vérité importante qui ne fût pas énoncée ailleurs.

Choisissez un texte fécond. J'appelle fécond un texte

(0 Voyez QuESNEL sur ce passage.

Page 1