TEXTES CHOQUANTS
marquons en passant qu'il est fort utile, sous ce rapport tout particulièrement,] d'avoir à traiter pendant quelque temps des textes imposés, et, en tout temps, de s'en laisser prescrire.
Mais il est pourtant vrai que si l'apparence de la stérilité en impose au plus grand nombre, l'apparence ooafraire peut en imposer à d'autres.
Toute parole frappante, belle, émouvante n'est pas féconde. Les vérités qui sont au terme ou au sommet ne sont pas fécondes comme celles qui sont au point de départ ou. à mi-chemin. Elles n'ont plus rien à produire que des émotions. — Exemples : Colossiens, I, 16 ; Psaume LXXni, 25.
Quelquefois une idée saillante ou piquante, rencontrée dans un texte, peut induire une jeune imagination à le traiter ; mais ce texte ne présente que cellelà, rt tout le reste ne se remplit que de lieux communs.
Vous pouvez, selon les cas et sauf précaution, employer dans le corps de votre discours des passages dont les termes ont quelque chose de repoussant ; mais il ne faut pas en faire les textes de vos sermons. — Exemple : 2 Pierre, II, 22.
Je joins aux passages présentant une image choquante ceux qui ont quelque chose de bizarre ou de trop familier ; mais en général ces texte&-là sont relatifs à de$ sujets qu'on ft'e^t p4§ appelé à traiter.
156 DÉLIMITATION DU TKXTS.
Il n'y a rien à dire sur les dimensions ou l'étendue matérielle du texte. Quant à son étendue logique, nous recommandons l'intégrité et l'unité.
Claude a donné la règle suivante : « Il faut que le « texte renferme l'idée complète de l'écrivain auquel « il est emprunté ; car c'est son langage, ce sont ses « sentiments dont nous devons compte à nos audi- . « teurs. Par exemple, si vous prenez ces mots de j « 2 Corinthiens, I, 3-4 : Béni soit DieUj le père de '[ « notre Seigneur Jésm^Christ, le père de miséricorde et c( le Dieu de toute consolation, qui nous console dans tou- . a tes nos afflictions y afin que, par la consolation doni , « Dieu nous console nous-mêmes, nous puissions aussi , a consoler les autreSy dans quelque affliction qu'ils se trou- « vent; — et que vous vous arrêtiez après ces mots: « le Dieu de toute consolatiouy vous avez un sens com- « plet, mais non pas le sens complet de l'apôtre. Que « si vous allez plus loin et que vous ajoutiez : guî « nous console dans toutes nos afflictions, vous n'avez « pas encore le sens complet de saint Paul, vous n'em- « brassez pas toute sa pensée ; il faut aller jusqu'à la « fin du quatrième verset. Quand l'idée de l'auteur « sacré est embrassée, vous pouvez vous arrêter ; car « il y a peu de textes de l'Écriture sainte qui ne four- « nissent la matière d'un sermon, et il convient égale- « ment mal d'embrasser trop et d'embrasser trop peu ; « il faut éviter les deux extrêmes (1). »
(i) Claude, Traité de la composition du sermon, dans le tome 1er des Œuvres posthumes.
DELIMITATION DU TEXTE. 1 î>7
Je n'adopte pas la règle de Claude. Je me contente, en général, d'un sens complet en soi, pourvu qu'il soit conforme à la pensée de l'écrivain sacré.
La règle de Claude, dans l'application, se déborderait elle-même, en nous entraînant à embrasser un sens plus que complet, C€ qui arrive lorsque, dans saint Paul par exemple, plusieurs pensées s'enchaînent les unes aux autres, non par leur côté le plus large, mais par leur extrémité, par leurs parties terminales (1).
Même lorsqu'il n'en est pas ainsi, il serait bien dommage de ne pouvoir prendre une des propositions dont se compose une période, pour l'envisager à part.
On reconnaîtra facilement les cas où l'on serait incomplet, insuffisant, en n'allant pas jusqu'au terme de la phrase de l'auteiir. Pour moi les passages suivants sont de ce nombre : 1 Corinthiens, XIII, 13; II, 9 ; Philippiens, H, 12-13; IV, 6-7.
En serait-il de même du passage cité par Claude? — En serait-il de même de 1 Timothée, VI, 13-16, de Éphésiens, I, 7-10, de Hébreux, XII, 1-2, ou de Hébreux, Xn, 1 5 ? — Ce serait se mettre à la merci d'un accident de phraséologie, d'une conjonction {car, donc, et) y d'un rien. — Voir Jean, XTV, 21. Ce serait s'in-
(0 [Si celle règle s'appliquait à des écrivains réguliers dans leur style, rinconréolent serait nul ; mais nous avons à faire à d'autres écrivains. Leurs périodes tonveat manquent à la loi d'unité des rhéteurs. Nous craignons d'autant moins de Farooer, que nous y voyons une beauté en tant qu'efle révèle une grande effusion de eœnr. Si Paul et Pierre sont tombés dans ce défaut par négligence, cependant, en voyant le principe de cette irrégularité, on admire et on se tait. Dans chacune delenn pentéea, lenr charité aurait routa embrasser toutes les pensées du durit tianisne, tons lea intérêts de leurs auditeurs.]
i5S DÉLIMITATION DU TEXTE.
terdire certains textes formés de peu de mots suspendus à la phrase, et ne formant pas une proposition, comme Éphésiens, V, 10 : « Examinant « ce qui est agréable au Seigneur ; » et 1 Pierre, V, 7 : « Vous déchargeant sur lui de tous vos soucis. »
Une idée importante, très proportionnée à un ser-
• - ■■»■ mon, est souvent enfermée dans un appendice de
îmothée, 1, 15 : k .. .Pour sauver les
« pécheurs, dont je suis le premier. » — ïlomains, I,