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Éviter une argumentation trop formelle

(i) « Qu'un homme sensible à l'éloquence, et accoutumé au génie de Dimot- M thène, relise la quatorzième Provinciale, la rameuse lettre sur Thomicide. Pas- « cal enferme d'abord ses adversaires entre la religion corrompue et l'humanité oa- « tragée : alors il s'avance contre eux par une progression lente et inévitable, « descendant toujours des plus hauts principes, s' appuyant sur toutes les autorités «c sacrées, et portant le scrupule de la plus rigoureuse logique dans la démonstra- M tion des plus manifestes vérités. Il emploie, pour ainsi dire, à la défaite de ses « ennemis une surabondance de force, et Ton voit qu'il les retient si longtemps m SOUS le glaive de son éloquence moins pour les réfuter que ponir les punir. Cba- « que fois qu'il achève un argument, la cause est gagnée; mais il recommence, « pour traîner ses adversaires vaincus à travers toutes les humiliations de leur erm reur. » (ViixEiuiif.)

(2) « Quel est le vrai terrain de l'éloquence, si ce n'est le lieu commun? Quand « l'éloquence se combine avec de hautes considérations philosophiques, ainsi que

AiffimniTATioir appiimatite it ificATifi. 205

L'argumentation peut être affirmative ou négative, simple ou combinée, directe ou indirecte.

I. Argumentation affirmative et négative. — L'argumentation affirmative prouve la vérité, l'argumentation négative réfute l'erreur.

La réfutation, en général , ne suffit pas sans la preuve, et ne vaut pas la preuve. [Nous sommes plus portés à réfuter qu'à prouver, à détruire qu'à édifier. Cela est plus facile; cela flatte davantage l'amourpropre ; cela est plus en rapport avec nos passions naturelles. Tout le monde est éloquent dans la colère ; peu de gens le sont dans l'amour et dans la paix. Pour la chaire, l'argumentation affirmative est d'une valeur incomparable. En morale et en religion, la certitude de la vérité est beaucoup plus importante que la réfutation de l'erreur. D'oîi naît la haine du mal dans l'âme chrétienne ? de l'affirmation du bien ; quiconque a fait la divine expérience de la grâce le sait. Cela doit se réaliser dans la prédication ; il ne suffit pas de faire vider le terrain à l'erreur, car la vie chrétienne n'est pas un vide, c'est un plein.] — Ce que dit Quintilien de la difficulté plus grande de la réfutation, Difficilius est defendere quam accusare (1), est vrai du plaidoyer, non du sermon. [Néanmoins il faut abonder dans la

«• Tàge moderne nous en fournit des exemples, on est tenté d'abord d'attribuer à la M philosophie l'impression qu'on vient de recevoir ; mais l'éloquence est quelque <t chose de plus populaire;... c'est à la puissance de faire vibrer en nous les cordes « primitives de l'âme, ce qu'elle a de plus simplement humain, c'est à cela et à «« nulle autre chose, que nous reconnaissons l'orateur. (Vinet, Chrestomathie française, tome III. Réflexions à propos du Discours de Royer-CoUard sur le projet de loi relatif au sacrilège.) (t) Quintilien, lib. Y, cap. XIII.

S06 àmumamsaoïn MamamàxwÊ it nàuimm.

preuve ; quand od a prouvé^ la réfutation est d^ biea avancée. La preuve doit absorber Terreur. Même dans les conversations chrétiennes, il faut plus chercher à absori)er l'erreur qu'à la réfuter, tâcher de vaincre sans être obligé de poursuivre les fugitifs. Rigoureusement, celui qui a prouvé a fini ; il n'est pas obligé de réfuter les objections. Il peut alléguer ce droit, summum jus, mais non s'en {«Valoir. La lumière seule peut dévorer les ténèbres ; nous devons (c surmonter le mal par « le bien. » (Romains, XX, 21.) -~ Oui; mais nous devons condescendre aux faiblesses, aux nécessités de nos frères, qui sont aussi nos faiblesses et nos nécessités. Dieu, pour nous ramener à la vérité, a dû renverser en nous bien des idoles de notre comr, de notre intelligence ; il a beaucoup détruit , beaucoup réfuté avant de prouver ; il nous a désabusés avant de nous montrer sa gloire ; beaucoup d'âmes sont arrivées au goût de la vérité par le dégoût des choses terrestres. Ce que Dieu a fait, nous devons le faire.] — La preuve a souvent besoin de la réfutation comme supplément, et même comme complément. [ Il arrive souvent qu'une simple réfutation devient preuve dans l'âme de l'auditeur.] Il y a même des cas où la réfutation suffit sans la preuve, quand le sujet permet de la sous-entendre. On a très convenablement fait des discours tout en réfutation (1).

Nous recommandons, avant tout, dans la réfutation

(0 [Ceit le cas an sormoii 4e UaaiaiaD wb le Jeûne et de sa eoolégmotmr U Zèle pour le salut des dmes. On trouverait auaai de teaux exeaBfiiei àtm^mrdaloue et dans Saurin.]

AJÊÙmmêntom afpiiiiiativb st infeATivE* * 907

une loyauté parfaite. [C'est une r^le de morale, de prudence et d'art. La surprise et l'espèce d'effroi qu'on aura éprouvé en entendant l'objection se tournera en joie après la réfutation. La confiance en l'orateur en sera augmentée. Sous ce rapport, Saurin est un modèle. Il y a chez lui une bravoure dans l'exposé des dbjections, qui devait produire .un très grand effet (1).]

Après cela, il importe de bien déterminer le sens et l'étendue de l'objection. [Nous ne sommes pas aussi rigoureux envers nous-mêmes dans la chaire que nous devrions l'être. Nous sommes exposés à prendre au rabais certaines règles que les autres geiires d'éloquence ne se permettent pas de transgresser. La chaire jouit d'un privilège aussi nuisible qu'avantageux : c'est qu'il n'y a pas de débats, pas de réplique possible ou admise, et, tels que nous sommes, nous en avons besoin. N'ayant pas de contradicteurs dans le temple, nous devons nous prescrire une rigueur d'autant plus grande dans notre argumentation. Saurin est un excellent modèle à cet égard. On pourrait même penser quelquefois qu'il pousse la rigueur jusqu'à l'excès.]

Dans tous les cas où cela paraît nécessaire, il faut diviser la difficulté. A l'ordinaire, la réfutation gagne à la division de l'objection. [Il est rare qu'une réponse unique puisse écraser d'un coup et directement toutes les parties de l'erreur. Des orateurs tels que Bourda-

(i) Voyez la première partie de son second Sermon sur le Renvoi de ta etmrtnhn, tome I, nouTelic édKkm.

^Ù6 ARCmmiTATION SIMPLE BT OOKBIlrft.

loue et Massillon (1) sont peutrêtre allés bien loin en cela ; mais lorsque ce procédé est employé avec mesure, la réfutation y gagne beaucoup. L'auditeur vous voit vainqueur plusieurs fois de suite ; il sent qu'il y avait plusieurs erreurs de l'autre côté et plusieurs vérités du vôtre. Si Ton fait abstraction du contradicteur qui existe dans les âmes, on sera toujours faible : il faut dans un sermon une discussion.]

Enfin, il faut savoir prendre l'offensive, et tourner, s'il se peut, l'objection en preuve. [La défensive pro* longée nous affaiblit, et pour se défendre utilement, il faut attaquer. Les grands prédicateurs n'ont jamais manqué à cette règle. Dans l'erreur qu'on décompose ou attaque, on doit trouver les germes mêmes de la vérité (2).

IL Argumentation simple et combinée {ou graduée). — Nous ne distinguons pas ici entre les formes purement extérieures du raisonnement, ou les figures de logique, telles que le syllogisme, l'enthymème et le dilemme : le syllogisme, forme idéale, qui se reproduit bien rarement ; l'enthymème, qui est la plus fréquente ; le dilemme, forme vraiment oratoire. Les formes que nous avons en vue sont moins extérieures, et affectent davantage le fond même de la pensée. Cela posé, nous distinguons :

l*» La preuve à priori ou descendante, qui, du principe donné, descend à la conséquence, qui prouve le

(i) BouRDALOUE, Deuxième partie du sermon sur V Aumône (édition Lefërre, lome II, page 80), et Massillon, sermon sur la Férité d*un avenir, (édition Lefévre, tome I, page 167).

(2) Voyez le sermon de Saurin sur V Aumône cl les Conférences de Massillon.

ARfiUMENTATlOIf SIMPLE ET OOMBiNiE. 209

&it par sa cause ou par sa nature, et la preuve à pos^ Uriori ou ascendante, qui, de la conséquence connue, s'efforce de remonter vers le principe, qui prouve le fait par les effets. — Je prouve à priori que le mensonge est odieux à Dieu, parce qu'il est un Dieu de vérité ; je le prouve à posteriori par les manifestations que Dieu a données de son horreur pour le mensonge. Je prouve à priori que l'avarice est idolâtrie, par la nature même de l'avarice, et je le prouve à posteriori par ses effets, qui sont les mêmes que ceux de l'idolâtrie proprement dite. Je prouve à priori que les mauvaises compagnies sont funestes, parce que tout ce qui leur est propre doit porter au mal, et je le prouve à posteriori par des exemples. — « Il a été aidé de Dieu, € car il l'avait demandé ; » ou bien : « Il a été aidé de € Dieu, car il a fait une chose qui ne peut se faire «sans Dieu. »

2* L'argumentation analytique et l'argumentation synthétique. Selon la première forme, j'énonce la vérité que je veux prouver, et en la décomposant soit dans ses parties, soit dans ses effets, je la prouve ; — selon l'autre méthode, je forme peu à peu cette vérité des éléments qui entrent dans sa composition.

Le dernier procédé n'est guère propre à la chaire. Il est certain que, quand il ne s'agit que d'exercer sur l'intelligence une espèce de contrainte, quand on n'a d'autre but que de réduire un adversaire au silence, cette méthode, à laquelle Socrate a laissé son nom, peut être employée fort convenablement. Nous la retrouvons dans plusieurs des paroles de notre Seigneur;

210 AAGOaKRTATlON SQIPLE RT OCmBOftÈ.

mais il est intéressant de remarquer qu'il s'en sert pour confondre des adversaires de mauvaise loi, pl^ tôt que poOT instruire des auditeurs bien disposés » Ce qu'elle a de captieux, d'insidieux (1), s'adapte parfeitement aux dispositions d'un esprit destitué de bienveillance et de sincérité, qui ne manquerait pas de se roidir contre la vérité, si elle lui était présentée de premier abord. Une telle méthode n*est point, sous ce rapport, nécessaire au prédicateur. Il ne peut consîdé- Ter ses adversaires comme des auditeurs de mauvaise foi, comme des ennemis qu'il s'agit d'envelopper dans des filets habilement préparés. Leur présence dami te temple révèle chez la plupart d'entre eux autre chose que des dispositions malveillantes ; cetix cpii en auraient de semblables ne pouvant être discernés dans l'assemblée ni personnellemtot pris à partie, ne peuvent être confondus, puisqu'ils n'ont point attaqué, ni réduits au silence, puisqu'ils ne l'ont point rompu. Le dessein du prédicateur est d'ailleurs révélé ou trahi par son texte. Et enfin, ce moyen n'est pas le meilleur pour désarmer la malveillance. Il faut témoigner de la confisince même à ceux qui ne la méritent pas. — Ajoutons que cette méthode exclut presque nécessairement l'éloquence.

Sous ces différentes formes l'argumentation est bûïk pie ou élémentaire, lorsque, avec plus ou umm de force, elle se borne à prouver la vérité d'une proposi-tion ou la fausseté d'une autre. Les différente senti-

(1) Ce n'est pas le cas d« dire : Dolus an virtus quis in hoste requirat? (Ym- GiLE, Enéide, U, 390. )

TAVEaif 8UIPLB IT COKHIOb. fil

ments ou effets moraux qui peuvent résulter de la preuve, l'indignation, la joie, te courage, n'entrent point ainsi ea considération. Mais lorsque la preuve se conaplique ou ise renforce d'un autre élément, lorsque la |Mreuve s'accentue pour ainsi dire, devient plus aiguë ou plus acérée, lorsque la vérité ou Tireur, im* personnelles de leur nature, deviennent un fait perauinel, lorsque l'adversaire se trouve placé, moins «itre la vérité et Terreur, qu'entre l'erreur et les pre* miers principes du bon sens ou de l'instinct, alors Targumentation, d'élémentaire qu'elle était, devient omibinée ou graduée; elle renferme un élément qu'elle pouvait ne pas renfermer sans cesser d'être comjdète. Peut-être n'est^îe guère qu'un de ses éléments essentiels qu'on met en saillie, en relief ; une pierre taillée pour pouvoir Jeter plus de feux.

La première des formes de l'arçumentation œnïbinée est la réduction à l'absurde, ou au contradictoires, ou à l'odieux.

Tout raisonnement est implicitement une néduction à l'absurde, puisqu'il doit toujours, s'il ei^ juste, réduire, l'auditeur ou à en accepter les conclusions, ou à nier quelque vérité d'évidence et de sens commun. C'est toujours là qu'on cherAe à nous amener, c'est à œtte extrémité qu'on nous pousse. La réduction à l'absurde ne devient donc une forme particulière de l'ar* gumentat»n que lorsque, adoptant par supposition la thèse qu'oa dénie, <si ai tire tout ce qu'eUe oontient, c'estnà-dineson objet mème,ou son principe, ou ses con^ séquenees» Cest obliger l'erreur à se réfuter elle-même.

919 AlGUmifTATION SIMPLE ET GOmif&.

C'est employer le cygne à couver les œufs du vautour ou du corbeau. C'est laisser l'ivraie croître jusqu'à h moisson, afin qu'on voie par l'épi ce qu'était la semence.

Une manière fort simple et abrégée de réduire à l'absurde, c'est de ramener l'idée à sa plus nue expression ; c'est, écartant le prestige des mots, de nommer l'objet par son vrai nom ; mais qu'est-ce que son vrai nom? On peut n'être pas d'accord là-dessùs, et l'abus du moyen peut être fort grand. « Qu'est-ce « qu'un trône î disait Napoléon ; un morceau de ve- « leurs tendu sur quatre morceaux de bois. » La périphrase qu'on oppose au vrai nom, est souvent le vrai nom. Voltaire fait dire à un quaker : « Notre Dieu, qui « nous a ordonné d'aimer nos ennemis et de souffrir « sans murmure, ne veut pas sans doute que nous « passions la mer pour aller égorger nos frères, parce a que des meurtriers vêtus de rouge, avec un bonnet «X haut de deux pieds, enrôlent des citoyens en fai- « sant du bruit sur une peau d'âne bien tendue. »

Tout l'artifice des Lettres Persanes tient à faire nommer et décrire les choses par gens qui n'en savent pas les noms de convention et les notions courantes ; (le pape y paraît sous la dénomination de muphti, le moine sous celle de derviche.]

On comprend que ce moyen n'est guère propre à la chaire.

La forme la plus régulière et la moins suspecte consiste à montrer les caractères de l'objet, ses principes et ses conséquences. Diogène faisait une réduction à l'absurde, en action, lorsqu'il jetait devant Platon un coq

>UIGIHIBN1ATI0M SIMPLE BT (XHfBmBB. 213

plumé. Il ne faut souvent que plumer le coq, c'està-dire dépouiller l'objet de toutes les idées adventices qui s'y sont jointes peu à peu par l'effet du temps ; traduire un cas avec lequel l'habitude nous a familiarisés en un autre sur lequel l'habitude n'a pas encore exercé cette influence ; montrer l'identité parfaite de ce qu'on repousse avec ce qu'on accueille (1).

[La seconde forme de l'argumentation combinée, ou graduée, est l'argument ad hominem.] — On pourrait dire aussi que tous les arguments sont ad hominem, ou que l'argument ad hominem est compris dans tout argument, dans ce sens qu'on se prévaut contre l'auditeur de ce dont il est convenu , au moins tacitement, avec nous.

Mais ce qui constitue spécialement l'argument ad hominemy c'est de faire appel à quelque chose qu'a fait ou dit, en dehors de la discussion, la personne que nous voulons convaincre ou réfuter.

On donne vulgairement le nom d'argument ad hominem à plusieurs choses qu'il en faut distinguer. Ainsi : se référer à un souvenir personnel des audi-

(i) Exemples de réduction à l'absurde,

a) par les caractères de l'objet : Le discours de Mirabeau sur la banqueroute, tome I, page 399.

b) par les principes ou les conséquences : CicÉRON, Pro Milone, VII.

Massillon, Sermon sur la Férité d'un avenir, édition Méquignon, tome II,

page 249.

Massillon, Sermon sur le Respect humain, édition Méquiguon, tome m, page 199.

BouRDALOCE, Carême, I, ancienne édition, page 149.

Pascal, Pensées, Partie II, Art. II, (petite édition de Bure. Tome II, page I7).

Lamennais, Importance de la religion par rapport à Dieu, (Chrestomatkie, Tome ni, page 178, troisième édition.)

teiirs (1) ; — créer dans l'auditeur un »Mârdt conforma au sens de notre conclusion (2) ; -^ argent des mœurs de l'adversaire contare sa doctrine, opposer wtt opinio» à son caractère. •— Ceci reporte à une question générale et d^icate. Une doctrine est-elle responsable du oaractère de ceux qui la pnrfèssent et qui la soutien^ nent? Il serait insensé de dire en tout cas et absolcH ment : « Cet homme est malhonnête ; donc ses opinions sont fausses. » Quand il serait vrai que la vérité même s'altère et s'empoisonne dans des cœuns corromrpus^ il n'en serait pas moins contraire à toute bonne logique de condamner une opinion, un principe^ à cause du caractère peu honorable ou peu sûr de celm qui la professe. Il faut, au contraire, séparer ces choses. Il faut bien dire : Jtmeo Danaos et dana fererUes; mais il faut voir à part l'un de l'autre l'idée et l'homme. Je dirais volonti^s avec Mirabeau : « On vous a proie posé de juger la question par le parallèle de ceux qui « soutiennent l'affirmative et la n^ative... Je ne sui- « vrai pas cet exemple (3) . »

Cependant, quand on est convaincu qu'une doctrine est fausse, il est bien permis de juger de l'arbre par se^ fruits, et de la rendre suspecte préalablement par la vie qu'elle engendre, ou de confirmer le mal qu'on en a dit par le mal qu'elle produit.

Tout ceci pourtant n'est pas l'argument ad hominem. Voici deux choses auxquelles je donne ce nom :

(0 Voyez 2 Corinthiens, VU, 9-1 1.

(2) Le « sans dot m d'Harpagon.

ii) Mirabeau, Discours sur l'exercice du droit de ta paix 9tde kt

1^ Mettre l'adversaire en contradiction directe avec des paroles qu'il a prononcées ou des actes qu'il a faits. — Entendons-nous bien. Ce moyen serait déloyal si on en abusait. Il ne s'ensuit pas de ce qu'un homme n'a pas toujours pensé une chose, qu'il ait tort de la penser aujourd'hui. Reprocher à un homme le changement, c'est bien souvent lui reprocher le progrès. S'il n'a pas dissimulé ce changement, on ne peut pas s'en prévaloir contre lui. — Mais on peut représenter à un homme ses paroles et ses actes, comme un témoignage qu'il a rendu en d'autres circonstances à la vérité qu'il repousse aujourd'hui, — en supposant qu'alors il était mieux informé, moins prévenu, dans de meilleures conditions pour bien juger. On lui rappelle souvent ainsi un souvenir honorable, qui l'exhorte et le reprend sans l'humilier (1).

2® Montrer à l'auditeur que telle opinion qu'il a entraîne nécessairement celle qu'il n'a pas ; s'emparer ainsi, pour la tourner contre lui, d'une arme qu'il a fournie à son insu ou involontairement. Mais pouvonsnous le faire soit que nous partagions ou ne partagions pas cette opinion î soit que nous la prenions ou que nous ne la prenions pas dans le sens où la prend l'auditeur?

(f ) Exemples : Iptiigénie à Agamemnoii *. « Mon pdre, etc. » (Ragiiœ, Iphigénie, acte IV, scène IV.) »

Burrhus à Néron : « Ah ! de vos premiers ans, etc. » (Racine, Britannicus, acte IV, scène III.)

GicÉRON, pro lÀgaario, ch. XI.

FlaTÎen à Théodose : « Mais est-il besoin de rappeler, etc. » (Voyez Villemain, BÊiUmges, tome m.)

Pélisson à Louis XIV. — Péroraison du second discours au roi pour M. Fouquet. (Voir ce f rainant' daoft la Chrestomuthie française, tome U, page 254, troisième édition.)

216 ARGiniBIlTATIOll DIRECTE ET IRDIRBCnni.

Lorsque, ne la partageant pas, l'emploi qu'on en ferait impliquerait qu'on la partage, on aurait tort assurément. — Mais alors, direz-vous, quel parti pouvons-nous tirer, dans l'argumentation, d'une opinion que nous ne tenons ni ne donnons pour vraie? Celuici : de montrer la mauvaise foi de l'adversaire, que son opinion, vraie ou fausse, aurait dû conduire au but où nous l'attirons, mais qui n'étend pas les conséquences de son principe jusqu'au bout, ou qui l'applique à contre-sens, ou qui n'a pas pris au sérieux sa propre opinion, et ne lui a pas permis d'engendrer ses conséquences (1).

On remarquera, quant à l'emploi de ce moyen dans la chaire, qu'une Église n'a guère de faits ou de paroles qui lui soient distinctement propres et qu'on puisse lui opposer : l'adversaire à confondre, c'est la nature humaine.

En second lieu, l'usage de ce moyen, périlleux partout, le serait surtout dans la chaire.

On peut regarder la parabole comme une forme d'argument ad hominem (2).

III. Argumentation directe et indirecte. — L'argumentation est directe quand on tire la preuve ou de la nature de l'objet, ou de ses causes, ou de ses effets, ou

(1) C'est ainsi qu'on peut s'expliquer : Matthieu, XII, 27 : « Si je chasse, etc.; »— Luc, XIX, 22 : « Méchant serviteur, etc.; » — (?) i Corinthiens, XV, 29 : « ... Que « feront ceux qui sont baptisés pour les morts, si, etc.; »> — Actes, XVII, 23 : « Car, en passant, etc.; » — Actes, 28-29 : « Car c'est par lui, etc.; » — Jean, VII, 22-23 *. « Moïse vous a ordonné, etc. »

(2) Bel exemple fourni par Bridaine, à l'exemple du prophète Nathan. (Voir Maury, Éloquence de la chaire, XX.)

▲RGiniBNTATION DIRBCTB KT INDIRICTB. 217

enfin de l'expérience et de l'autorité. Nous n'avons pas vu autre chose jusqu'à présent. — Elle est indirecte ou latérale lorsqu'on va chercher quelque fait qui ne soit ni l'objet lui-même, ni la cause, ni l'effet, mais qui, toutefois, ne puisse être admis sans qu'on admette aussi le fait qui est en question.

L'esprit humain est fait de sorte qu'il préfère souvent le reflet de la lumière à la lumière elle-même, l'écho de la voix à la voix. En nous examinant, nous verrons que, dans presque toutes les discussions, nous dérivons rapidement et sans nous en apercevoir vers la preuve indirecte. En tout genre, l'homme se soumet mieux à la contrainte indirecte ; le jugement final qui ressort d'un syllogisme est une espèce de jugement par contrainte. Je ne crois pas qu'il faille compatir sans réserve à cette inclination qui n'est pas toujours exempte de faiblesse ; je crois qu'il faut accoutumer les esprits à regarder la vérité en face, à chercher la vérité chez elle et non pas chez un tiers ; mais il importe aussi qu'on voie (et c'est le propre de l'argumentation indirecte ou latérale ) de combien de côtés à la fois vient la lumière, que toutes choses concourent à prouver ce qui est vrai, que la vérité tient à tout, que « toutes choses s'entre-répondent. » (Proverbes, XVI,. 4.) C'est à cela, comme à l'impression de surprise, que tient la vertu spéciale de l'argumentation indirecte

Ajoutons qu'il est des sujets où l'argumentation directe est presque impossible, soit à cause de l'évidence de l'objet, soit à cause de sa trop grande simplicité;

218 AMOnOffAtlOIf DIRlCrS Et llfUUUMSItt»

— d'autres, au contraire, où elle est très possible et fort en place (1 ) .

Si Ton veut voir combien, en certains sujets, la jM^uve indirecte remporte sur l'autre, on peut comparer les deux sermons de Saurin et de Massillon sur la Divinité de Jésm-Christ. Dans le discours de Massillon, la preuve du dogme est tirée de Viciât du ministère de Jésus-Christ, et de Vesprit de ce ministère, dans ce sens que tout cet éclat est un non-sens et une contradiction, et que tout cet esprit se dément lui-même, si Jésus-Christ n'est pas Dieu. — Le plan de Saurin est celui-ci : I. Jésus-Christ souverainement adorable et souverainement adoré selon l'Écriture. — II. Contradiction entre ce fait et l'idée que Jésus-Christ n'est pas Dieu, puisqu'il n'y a que Dieu à qui tout ce qui précède convienne. (Ceci ne devrait pas être une seconde partie, mais la conclusion de la première ; aussi Saurin ne Ta-t-il remplie que par une discussion incidente.) — III. Nos idées sur ce point sont parfaitement conformes à celles des temps dont l'orthodoxie est lemoing suspecte.

Par les raisons que j'ai dites, je crois l'argumen^ tâtion indirecte plus oratoire et plus populaire que l'autre ; par cela même, celui qui excelle dans l'argiH mentation directe me paraît un génie plus fort. En certains cas, nulle autre argumentation n'est aussi facile que l'argumentation indirecte, et cette considération relève à mes yeux le mérite des orateurs qui excellent

(1) Coiume dans le sujet de la Récompense des satnts. çBontDALomE;)

JAMWRTAtlON DIRIGTE KT nOUKCTB» Sit

daiis Fargumentatioai directe^ qui est celle dans la* quelle nous devcHis surtout nous appliquer à devenir forts. Bourdakme est remarquable dans ce genre par une virtuosité^ par une bravoure que rien n'inti-^ ntide.

l"" Â la tète des formes d'argumentation indirecte se {^ce l'argumentation apagogique ou par ablation. C'est la preuve d'une vérité par voie inverse ou de retraitdément^ l'orateur s'attachant à montrer la nature d'une chose par la nature d'une chose qui lui est c^posée^ ou par les effets de son absence ; ainsi, l'utilité de la science par les suites de l'ignorance, la beauté de la vertu par la laideur du vice, le calme de la foi par le trouble de l'incrédulité. C'est ainsi qu'on mesurerait également la capacité d'un vase en l'emplissant et en le vidant, et qu'on prouve l'addition par la soustraction. Cette méthode est fort naturelle à l'esprit humain et fort au gré des auditeurs, à qui bien souvent la nar ture d'une chose se fait surtout connaître par les effets de son absence. Et peut-être, en particulier, est-il vrai de dire que rien ne rend sensible à la plupart des hcmimes la bonté d'une conduite conforme à la règle omune la vue d'une conduite qui y est diamétralement opposée. C'est sans doute ce qui engagea Massillon, préchant à des ecclésiastiques sur la nécessité du bon exemple, à s'en tenir principalement aux suites du mauvais exemple. Il montre dans ce discours que, sans le bon exemple, toutes les fonctions du prêtre demeurent inutiles, et sont même une occasion de chute et de scandale au peuple que Dieu hii a coor

âiO ARGUllEin:AT10N DIRECTE ET INDIRBCTB.

fié (1). Le bon exemple a sans doute des avantages positifs et appréciables, que Massillon pouvait énumé^ rer; mais il a jugé, avec raison selon nous, que son auditoire serait bien plus frappé des suites fâcheuses du mauvais exemple, qui sont plus évidentes et, pour ainsi dire, plus palpables. Il est certain que le bon ou la conformité à la règle, et le bonheur ou la conformité avec l'intérêt, n'étant précisément que ce que les choses doivent être et ce que Tordre réclame, ils offrent moins de saillie que leurs contraires, et ne sont fort souvent à nos yeux que la simple absence du mal et du malheur, de telle sorte que ce qui est essentiellement positif, le bien, nous paraît négatif, et que ce qui est essentiellement négatif, le mal, nous paraît positif. •

2* A la suite de l'argument apagogique ou par ablation, on peut nommer la réfutation, que nous avons envisagée d'abord sous un autre point de vue. C'est bien aussi une forme de l'argumentation indirecte, — soit parce que, enlevant toutes les objections, elle contraint l'esprit, comme en désespoir de cause, à embrasser la vérité, même sans la connaître (2) ; — soit parce que la réfutation, quand elle est tout ce qu'elle peut être, devient une preuve, ce qui doit peut-être toujours avoir lieu quand le principe qu'on allègue est vrai. Combattre le scandale de la croix ne peut se faire sans relever la gloire de la croix. Là où il n'y a pas de

(1) Massillon, Conférences. Édition Méquignon, tome XIII, page 2.

(2) Comme exemples nous citerons le plan du sermon de Massillon sur le Pardon des offenses (Édition Lefëvre, I, 146.) et son sermon snr la Prière. (/&. I» 198.)

ARfiinBlITATION BIRECTE BT INDIRBGTI. 221

milieu possible entre deux propositions opposées, Texdusion de l'une établit l'autre, et même la produit aux regards (1).

3" Nous nommons ici l'argument ex adverso, ^qui consiste à opposer un fait à un autre fait contraire, arrivé dans des circonstances exactement pareilles. Ceci n'est pas tant un argument que le moyen de rendre un argument plus poignant. Quœdam argumenta^ dit Quintilien, ponere satis non est, adjuvanda sunt (2). Ce moyen est un des plus énergiques, lorsque les circonstances sont bien pareilles, et que par conséquent le rapprochement est légitime, La belle opposition que fait Pascal des maximes des jésuites sur l'homicide avec les règles que suit la justice légale (3), suppose la démonstration antérieure d'une vérité : cette opposition, à elle seule, ne prouve rien.

n en est de même de ce passage du sermon de Bourdaloue sur le Scandale de la croix : « ... Voyez les « fruits merveilleux de grâce que cette pensée a pro- « duits dans les saints, les miracles de vertu, les con- « versions héroïques, les renoncements au monde, les « ferveurs de pénitence, les dispositions généreuses au «martyre. Qui faisait tout cela? La vue d'un Dieu- « homme et d'un Dieu sacrifié pour le salut de « l'homme. Voilà ce qui gagnait leurs cœurs, ce qui « les ravissait, ce qui les transportait : et il se trouve,

(1) Voyez Régdis, II, 119, sur le Support du prochain; -— Bourdaloce, I, 560, éditton Lefëyre, tur le Scandale de la croix; -— Manuel, Sermons, I, Paul deponU Feêtus; — Saurin, tome I, 39, et tome I, 107, même sujet.

(S) QoiNTiLiEN, Ub. V, cap. Xn.

(S) Pascal, Quatorzième Provinciale.

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« chrétiens, que c'est ce qui cause notre scandale^ et <( que notre scandale nous entretient dans une vie c< lâche, impure, déréglée, c'est-à-dire dans une vifi t où nous ne faisons rien pour Dieu, et où nous nous a tenons constamment éloignés de Dieu (1)... »

Écoutons encore Voltaire, faisant dire au président Potier, dans la Henriade :

Ini&dèles pasteurs, indignes citoyens, Que vous ressemblez mad à ces premiers chrétiens Qui, bravant tous ces dieux de métal ou de plâtre. Marchaient sans murmurer sous un maître idolâtre, Expiraient sans se plaindre, et sur les échatauds. Sanglants, percés de coups, bénissaient leurs bourreauxl Eux seuls étaient chrétiens, je n'en connais point d'antres. Us mouraient pour leurs rois, vous massacrez les vôtres. Et Dieu, que vous peignez implacable et jaloux, S*il aime à se venger, barbares, c'est de vous (î) !

Le contraste est un argument complet lorsque, des deux faits que l'on oppose, l'un fait autorité, et que le citer, c'est citer la règle.

Au contraste joignons la différence. Lorsque l'auditeur serait tenté d'appliquer à un cas les règles d'un autre; lorsqu'une ressemblance accidentelle ou accessoire l'empêcherait de voir une différence essentielle ou principale, et de se déterminer d'après cette différence, il est utile, dans l'intérêt de la preuve, de bien faire ressortir la différence.

«... L'éclat de son ministère, dit Massillon dans le

(0 BouRDALOCE. Edition Le(è¥re,toBie I, |Mige 563, col. i.^-VoyeBvaiiî LOif, ^ven^, sermon sur la Divinité 4e Jésus-Christ, pranièro pavÉb : « « ici, mes frères, etc. » (Édition Lefèvre, tome I, poge §9.)

(2) Voltaire, La Henriade, chant YI. .

ABftOlBKTATION DIRBCTS ET INNRBCXB. tfifit

« aermoQ sur la Divinité de Jésus- Christ, est le fonde- « ment le plus inébranlable de notre foi ; l'esprit de son « ministère, la règle unique de nos mœurs. Or, s'il « n'était qu'un homme envoyé de Dieu, l'éclat de son t ministère deviendrait l'occasion inévitable de notre t superstition et de notre idolâtrie, l'esprit de son mi- « Distère serait le piège funeste de notre innocence. € Ainsi, soit que nous considérions l'éclat ou l'esprit t de son ministère, la gloire de sa divinité demeure € également et invinciblement établie (1). »

De même en est-il de la ressemblance, là où on ne yeut voir que la différence. Ainsi Bourdaloue :

« Ahl chrétiens, permettez-moi défaire ici une ré-

« flexion bien douloureuse et pour vous et pour moi,

«mais qui vous paraîtra bien touchante et bien édi-

« fiante. Nous déplorons le sort des Juifs, qui, malgré

t l'avantage d'avoir vu naître Jésus-Christ au milieu

« d'eux et pour eux, ont eu néanmoins le malheur de

« perdre tout le fruit de ce bienfait inestimable, et

t d'être ceux mêmes qui, de tous les peuples de la

« terre, ont moins profité de cette heureuse naissance.

« Nous les plaignons, et en les plaignant nous les con-

c damnons ; mais nous ne prenons pas garde qu'en

«cela même leur condition, ou plutôt leur misère et

« la nôtre, sont à peu près égales. Car, en quoi a oon-

« sisté la ré{Nrobation des Juifs? En ce qu'au lien du

« vrai Messie, que Dieu leur avait destiné, et qui leur

(I) tedoB hdtmy tome I, ptge Bi, col. i. ^ yx»7Ck kimà le lermoci mir 4çi CftoMiiMteii» inâigne$, édMbn Méquignon, ttiie VI, ptge SSS, et StfMm, tome n, pages 384-385^ noMelle éditiom.

^4 ARGUHBRTàTION directe et mDIRSGTS.

« était si nécessaire, ils s'en sont figuré un autre selon « leurs grossières idées, et selon les désirs de leur a cœur ; en ce qu'ils n'ont compté pour rien celui qui « devait être le libérateur de leurs âmes, et qu'ils a n'ont pensé qu'à celui dont ils se promettaient le a rétablissement imaginaire de leurs biens et de leurs « fortunes ; en ce que, ayant confondu, ces deux genxa res de salut, ou, pour parler plus juste, en ce que, « ayant rejeté l'un et s'étant inutilement flattés de la « vaine espérance de l'autre, ils ont tout à la fois été m frustrés et de l'un et de l'autre, et qu'il n'y a eu « pour eux nulle rédemption. Voilà, dit saint Augus- « tin, quelle fut la source de leur perte : Temporalia « amittere metiAerunt, et œtema non cogitaverunt, ac sic t< utrumque amiserunt. Or cela même, mes chers audit< teurs, n'est-ce pas ce qui nous perd encore tous les « jours? Car, quoique nous n'attendions plus comme « les Juifs un autre Messie; quoique nous, nous en tête nions à celui que le Ciel nous a envoyé, n'est-il pas te vrai (confessons-le et rougissons-en) qu'à en juger « par notre conduite, nous sommes, à l'égard de ce « Sauveur envoyé de Dieu, dans le même aveugle- « ment où furent les Juifs, et où nous les voyons en- « core à l'égard du Messie qu'ils attendent, et en qui « ils espèrent (1)? etc. »

Remarquons en général, pour conclure, que la plupart des gens ne jugent que par comparaison, ou par

(I) BouRDALOUB. ÉdiUoii Lefèvre, tome I, page 122, col. 2, sur te Nativité de Jésu9-Ckri8t. — Voyez aussi le sermon sur la Résurrection de Jésus-CkrUt.^iA-' lion Lefèvre, tome I, page 453: « Car, pour développer... »

ARGUiamTÀTION DIRECTE ET INDIRECTE. 225

Je moyen de la comparaison. Jusqu'à quel point pouvons-nous [nous accommoder] à cette disposition?

4* A cet ordre d'arguments se rattache celui qu'on appelle à fortiori ou à majore ad minus (l'argumen progressif). Il consiste à établir qu'une chose étant vraie dans certaines conditions, elle l'est à plus forte raison dans d'autres, qui agissent dans le même sens que les premières, et en augmentent le poids. C'est renforcer la conclusion en renforçant les prémisses :

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