‹ HomilétiqueChapitre 41 sur 98 · ARGUMENTATION DIRECTS ET INDIRECTE. S · texte numérisé non relu

ARGUMENTATION DIRECTS ET INDIRECTE. S

« nos murs ; — s'il parlait ainsi, serait-il en peine de « la manière dont la cité accueillerait ses paroles? Qui a donc aujourd'hui ne l'approuverait pas, ne le loue- « rait pas ; qui ne dirait et ne penserait que nul, de « mémoire d'homme, n'a rendu à la République de « plus éminent service, que nul n'a donné un si grand « sujet de joie à ce peuple romain, à l'Italie entière, à « toutes les nations? Quelle et combien grande, en « d'autres occasions, a pu être la joie du peuple ro- « main, c'est ce dont je ne veux pas juger; mais ce « que je puis dire, c'est que notre époque même a vu « remporter par d'illustres généraux d'éclatantes vie- « toires, et qu'aucune n'a causé une si durable, une si « grande allégresse (1). »

« Faites une supposition ; car enfin les pensées sont

«libres Représentez-vous que je sois parvenu à

« faire absoudre Milon, mais non pas autrement qu'en « faisant revivre Clodius. Pourquoi cet effroi sur votre « visage ? Quelle impression, vivant, ferait-il donc sur « vous, puisque mort, la seule pensée de cet homme « peut vous troubler à ce point? Que dirai-je? Si Pom- « pée, que sa vertu et sa fortune mettent en état de « faire ce qui serait impossible à tout autre ; si Pompée^ « qui a pu demander compte de la mort de Clodius, « pouvait aussi bien le tirer de son tombeau, pensez- « vous qu'il se résoudrait à le faire? Non, alors même « que, par amitié, il voudrait le rappeler du tombeau, €t à cause de la République il ne le ferait pas. Vous

(1) QcERO, Pro Milone, cap. XXVIII.

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a voilà donc asseipblés. pour yenger la mort d'up « hommç, à qui vous i}^ voudriez^ pas, quand vous le « pourriez, redonner la vie, et vous demandez compte a de son trépas au nom.d'unp loi, qjii, si elle eût pu a le faire revivre aussi bien qu'elle peqt le yen§er, « n'aurait jamais été portée (1). »

[On trouve le même raisonnement dans cçs. yers de Voltaire] :

Écoute; tu connais av^ec quelle furie Jadis Catilina menaça sa patrie?

BaOTUS.

Oui.

GAS6IUS.

Si, Ip même jour que ce grand criminel Dut à la liberté porter le coup mortel; Si, lorsque le sénat eut condamné ce traître, Catilina pour fils Teût voulu reconnaître, Entre ce monstre et nous forcé de décider^ Parle : qu'aurais-tu fait?.

BI[DTI|8.

Peui^-tule demander?

Penses-tu qu'un instant ma vertu démentie Eût mis dans la balance un homme et la patrie?

cASsins.

Brutus, parce seul mot ton devoir est dicté (t).

La supposition ou construction, que nous donnons

(1) GiCERO, Pro MiUme^ cap. XXl^.

(2) Voltaire, La mort de César, acte III, scène II. — Voyez aussi SAURUf, sur (« Prix de Vûme^ toiiie II, pa^e 38a, no^ireU^, ^fl^n ; BouiuiàLOUj^ s^ur-to^^^vite de Jésus-Christ, tome I, page 124, col. i, édition Lefèyre; Maiiuel, sur la Résurrection du fils de la veuve, premier recueil, page 22, et sur Lydie, deuxième recueil, page 144.

ici comme un moyen d'argumentation, devient aussi une figure oratoire, et l'une des plus hardies (1),

Nous avons énuméré, sinon toutes les formes que l'argumentation peut revêtir, du moins les principales. Outre l'expérience et l'autorité, qui, dans certains cas, dispensent de l'argumentation, ou s'y ajoutent, ou y préludent, il y a, dans l'argumentation proprement dite, la preuve et la réfutation, dans l'une et dans l'autre l'argument simple analytique et synthétique (celui-ci trop cauteleux), et l'argument combiné ou aggravé, qui a lieu lorsqu'on introduit l'élément personnel, ou lorsqu'on accule à l'absurde ou à l'odieux l'aidversaire qu'on pouvait se contenter de convaincre; et chacune de ces espèces a encore à choisir entre la forme directe et les moyens indirects. Ces derniers sont nombreux. On peut procéder par voie de soustraction, de réfutation, d'opposition, de comparaison, d'analogie, de supposition, de progression, et chacune de ces formes fait usage de quelque fait pris en dehors de la matière propre du raisonnement, du sujet de l'argumentation. — On peut user tour à tour de chacune de ces armes, qui forment ensemble l'armure complète, la panoplie de l'orateur; mais on peut aussi les cumuler en un même sujet. Il importe d'attaquer de plusieurs côtés et avec plusieurs armea différentes, Le fer, l'oqde, le feu, lui déclarent la guerre,

afin d'atteindre les différentes classefr de l'auditoire, et

(i) Voyez Massillon, Carême, sur le Petit nombre des élus ; et l'abbé Povlle, feimoD sur VAumàne (tome I, page 159).

236 DBU-PREUVBS. INDICES.

les différentes parties de rhomme intellectuel, et de montrer combien la vérité a de ressources.

Il y a quelquefois de l'avantage à rassembler dans un espace plusieurs arguments différents (1). Seulement il ne faut pas aller s'imaginer que le nombre supplée la qualité. Vingt demi-preuves ne font pas dix preuves : elles ne font ensemble qu'une demi-preuve. Une raison faible et douteuse fait plus de mal peutêtre que deux bonnes preuves ne font de bien.

Le mot de Quintilien : Firmissimis argumentorum singulis instandum ; infirmiora congreganda sunt (2), est tout à fait dans l'esprit déloyal de la rhétorique des anciens. (Aruspices.)

Qu'on ne confonde pas les demi-preuves, c'est-à-dire les mauvaises preuves, avec les indices. Quand on n'aurait, sur une question, que des indices à fournir, ce serait déjà quelque chose : on réprimerait par là au moins la témérité des négations.

Quaad on a des preuves, les indices ou présomptions préparent bien aux preuves ; et souvent, par une sorte d'effet rétroactif, la preuve administrée donne aux présomptions une valeur qu'elles n'avaient pas paru avoir (3).

§ n. — Motifs.

Le dernier but de l'argumentation, c'est l'action,

(1) Voyez BfAssiLLON, tome IV, pages 24-25, édition Méquignon.

(2) M Si DOS preuves sont fortes, il faut les proposer séparément et insister sur <t chacune; si elles sont faibles, il faut les grouper.» (Quinulien^Uv. V, ch. Xn.)

(3) Voyez Sacrin, tome III, page 265, nouvelle édition. Un bel exemple d'une argumentation serrée et pressante se trouve dans le sermon de Bourdaloue sur le Jugement dernier.

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