‹ HomilétiqueChapitre 42 sur 98 · APPEL AUX AFFECTIONS · texte numérisé non relu

APPEL AUX AFFECTIONS

OU la détermination de la volonté. Or, la volonté n'est déterminée que par l'affection. « Tout notre raisonne- « ment, dit Pascal, se réduità céder au sentiment (1). » On ne veut que ce qu'on aime, ou, du moins, on ne veut que parce qu'on aime.

Partout où il s'agit de déterminer la volonté, ilfaut, de deux choses l'une, ou s'adresser à une affection déjà existante, lui faire appel, l'exciter en lui présentant les objets dont elle se nourrit, ou créer des affections en rapport avec le but qu'on se propose.

Mais le second cas n'a jamais lieu, au moins en sens absolu. Nous pouvons réveiller les affections ; nous ne les créons pas. Je dis cela du bien comme du mal. L'attrait (car ce nom convient mieux que l'affection), Tattrait ou le besoin existe ; s'il n'existait pas, en vain nous l'évoquerions. C'est un germe, peut-être enseveli, mais non pas mort. Un scélérat est souvent caché dans un honnête homme ; et souvent il ne faut à cet honune que des circonstances pour devenir criminel. Il faut plus que des circonstances à l'homme naturel pour devenir saint. Il lui faut un principe de rénovation qui est en dehors et au-dessus de l'ordre naturel. — Mais ce principe extraordinaire de rénovation, il faut qu'il trouve où se poser. Il faut qu'il y ait dans l'âme humaine un sol pour le recevoir. Si la mort dont parle saint Paul (Éphésiens, II, 1, 5.) était l'anéantissement de tous les sentiments et de toutes les idées qui sont en rapport avec le bien, c'en serait fait de l'hom-

Çi) Pascal, Pensées. Partie I, Art. X, $ 4.

itie pour jamais. Le germe est opprimé, non anéanti.

il s'agit donc, dans tous les cas, de présenter à rame ce qui est capable de l'attirer. .C'est ce qu'on appelle tomher. Tant que vous n'avez fait que prouver, ou tant que votre preuve n'a atteint dans l'homtne que son intellect, l'auditeur n'a pas été touché; il demeure intact.

Au lieu de toucher, on dit aussi émouvoir (mettre eh mouvement). La simple conviction de l'esjprit ne met rien en mouvement ; l'âme reste immobile ; l'esprit, il est vrai, a subi une impresèion, a reçu une empreinte ; mais l'homme, pris dans son ensemble, reste où il était; ôt la question était justement de le faire changer de place. Tout ce qui, dans ce sens, est propre à le faire changer de place, s'appelle motif.

De ce que l'homme suit son attrait {trahit svxi quemque cupîd6)j et de ce que, dans notre état actuel, l'attrait des choses sensibles et passagères est très vif, tandis que l'attrait pour l'invisible est endormi et demande à être éveillé, il est résulté, il résulte tous les jouï^s qu'on détermine la volonté de l'homme par l'attrait des choses sensibles et dans la direction de ces choses. Alors l'homme n'est plus libre, non pas pourtant parce qu'il subit une attraction, puisqû'en définitive il faut bien qu'il en subisse une, mais parce qu'il la Subit d^en bas au lieu de la subir d'en haut, parce qu'il n'est pas attiré dans le sens de sa meilleure, mais de sa pire nature, parce qu'il obéit à une attraction à contre-sens de sa loi, qui est Dieu : or, la conformité à la loi, c'est pour lui la liberté.

TOUS LES taOT&S BAiflMis A DEUX. 2139

'Là liberté de rhomme, qui est un être relatif, ne {)eut pas consister à agir sans motifs, mais par de bons hiotifs. Nous ne lui en présenterons que de bons, mafe nous lui en présenterons.

Chose remarquable, et qui montre que toute lumière n'est pas éteinte dans l'homme, il peut bien se décider par de mauvais motifs, mais il a besoin de se les déguiser; encore moins oserait-il les alléguer à d'autres; et surtout il n'oserait proposer expressément le mal à des hommes assemblés, ou, pour mieux dire, leur présenter pour motif la pure et simple satisfaction d'une convoitise. L'éloquence ne serait point éloquence sî elle ne feignait de vouloir le bien, si elle ne donnait Papparence du bien au mal qu'elle conseille. Elle est donc indissolublement attachée à l'idée du bien. L'éloquence est détachée de ses seules racines, quand elle se sépare de la justice et de la vérité. Marat lui-même devait feindre de défendre des principes et non des intérêts. Le mal est comme un azote dans lequel l'éloquence expire, de même qu'elle expire dans l'air en quelque sorte trop pur ou trop subtil de la spéculation.

Motif, attrait, affection^ le noili importe peu, voilà ce qui est nécessaire à la détermination de la volonté , et par conséquent essentiel à Téloqueiice.

Voyons donc quels points noiis pouvons toucher; nous verrons ensuite comment nous dévoHs les toucher. Tous les motifs dont nous pouvons faire des leviers ^e ramènent à ces deux : le Ken et le iKfnheur. On \ettdi plus tard nos raisons pour ne pas* éxcliïi^e ce second motif.

Page 1