ET ÉNONCÉ DU PLAN
penchent, ou même se prononœnt formellement pour le procédé contraire ; ils n'admettent que comme exception ce dont Fénelon ferait volontiers la règle.
[Hûffell, partant du fait, selon lui bien général et bien constaté, que la moitié des auditeurs, surtout à la campagne, se trompent sur le sujet même du discours entendu , et n'en remportent que des points de vue accidentels et particuliers, insiste sur un procédé qui a pour effet de les retenir dès l'entrée dans une certaine ligne, de leur faire prévoir de partie en partie ce qui doit suivre, et de les empêcher de prendre les chemins de traverse pour la grande route (1).
[Théremin s'exprime ainsi : « On peut, à la fin de « Texorde, annoncer les deux ou les trois parties qui « renferment tout le développement du sujet ; car pour- « quoi ne pas profiter de cette occasion comme de « toute autre , de venir au secours de l'attention de « l'auditeur, et de lui faciliter la conception de l'en- « semble? Si son attention est appelée à de trop grands a efforts, ou bien elle se relâche tout à fait, ou bien il « n'y a d'effet que sur l'intelligence et non sur la « volonté, ce qui est aussi fâcheux que si aucun effet « n'avait été produit. — Si cet usage n'est pas observé « par les anciens, s'ils n'annoncent pas, en général, « la division de leur discours , cela peut provenir de « deux causes. D'abord, leur marche leur était plus ou « moins prescrite par l'occasion même de leur discours, a circonstance qui n'existe guère pour l'orateur de la
(i) HÛffell, ÏJber dos TFesen und den Beruf deê evangeliachrchriêtUchen Geistlichen, tome 1, page 294.
370 DBGQLAIUTION DU M8SBIN
« chaire ; et comme cette marche était à peu près h « même dans toutes les causes, il semblait inutile de « rânnoncer. En second lieu, et cette raison me pâte rah capitale, une telle déclaration du plan que Tora € teur se proposait de suivre, aurait trahi une étude « et une préparation , dont ils évitaient l'apparence « avec auteint de soin qu'ils en mettaient à se donner « Tapparence de Timprovisation ; car ils avaient à ftdre « à un public soupçonneux , qui n'aurait attribué une « préparation de ce genre qu'à l'intention de le Irom- « per. Il en est autrement de l'orateur chrétien, qui « peut toujours laisser pénétrer son loyal dessein, de « la découverte duquel il ne peut rien résulter dans « l'esprit de l'auditeur que l'attente d'une instruction « d'ftulant plus approfondie. L'orat^r de la <^ire « peut néanmoins, dans certains cas, avoir ses raisons «( de taire son plan ; qu'il le taise alors librement ; car « sans doute il est toujours nécessaire de disposer ses « pensées de la manière la plus lumineuse et la plus « convenable au but, mais il n'est pas toujours néces- « saire d'annoncer comment on les a disposées (1). »] Écoutons Ammon : « Après l'exorde vient l'énoncé « de la proposition et de ses principales parties. C'est « ce qu'on appelle la partition. Cette règle souffire « quelque restriction dans les sermons analytiques..., « Mais dans les sermons synthétiques on ne devrait « point s'en écarter : d'abord, parce que la partition « détermine le point de vue d'où l'orateur se propose
(1 ) TutREiBN, Die Beredsamheit eine Tugend, page 78.
ET BNOncÊ DU PULTf • 374
« d'envisager la proposition ; ensuite, parce que c'est « la meilleure manière de constater la justesse de sa « division ; enfin, parce que, à la faveur de la partition, « l'auditeur, en possession d'une vue d'ensemble, suit « plus facilement le développement des idées, et r^ « trouve plus vite le fil du discours lorsqu'un moment f[ de distraction le lui a fait perdre. L'orateur qui « énonce avec clarté et précision le thème de son dis- « cours; qui, en tête de chacune des parties, énonce , « encore les propositions secondaires qu'il veut en a faire sortir ; qui, ensuite, les développe avec soin et « les accentue avec justesse ; cet orateur est sûr d'être « parfaitement clair pour son auditoire, sans numéroter, « comme le font quelques-uns, chacune des sections de « son discours (1). »
Nous essayerons de résumer la discussion en la complétant par quelques considérations qui ne se trouvent pas indiquées dans les passages que nous avons cités.
On allègue en faveur de la partition : V que l'attention et l'intérêt de l'auditeur sont plus vivement excités que par le simple énoncé du sujet (la partition en est le complément ; le plan est quelquefois le vrai sujet) ; — 2* qu'il lui est moins facile de se méprendre sur le sujet ou d'hésiter entre l'idée principale et les idées aocidentelles ou de simple développement ; — 3* qu'elle aide l'auditeur à suivre la marche du discours et à retrouver son chemin, si un moment de distraction Yen a écarté ; — 4° que' elle prête secours à sa mémoire,
(0 ÂXMOii, Handbuch der Einleitung zur Kanzelberedsamkeit, page 278.
372 DECLARATION DU DBSSBIN
et l'aide à retenir Tensemble et les parties principales du discours.
On prétend, de l'autre côté :
1* Que la partition est d'invention moderne ; que les anciens ne l'ont pas pratiquée ; que les Pères mêmes n'en ont pas fait usage ; qu'elle nous vient de la sco-
lastique.
Cette première considération a peut-être plus d'apparence que de force : a) D'abord, les anciens ne sont pas sans l'avoir quelquefois pratiquée et recommandée (1). b) S'ils l'ont moins pratiquée que ne font les orateurs de la chaire, il y a pour cela les raisons que Théremin indique.
Laissons donc ce premier argument et voyons les autres.
2* Les autres genres d'éloquence ne font pas usage de la partition.
Cela n'est pas absolument vrai; mais quand cela seraitj on pourrait répondre : a) qu'en général ils ont affaire à des auditeurs plus exercés ; b) que le plan est
(i) «Recte habita in causa partiiio Hlustrem et perepicuam totam efficU oralio- « nem.... Ex qua confidtur, ut certas animo res teneat auditor, quibus dictis intch f ligat Tore peroratum. • (Gicero, De Inventions. Ub. I, cap. XXII.)
Quintilien ne supprime la partition que pour les cas où Ton veut prendre le juge par surprise ou au dépounru ; cette suppression n'est donc pour lui qu'une ruse de guerre. Intérim etiam fallendus est judex, ut aliud agi qttam quodpetimuSy jmtet. Mais ce n'est que l'exception :
< Opportune adhibita, partitio plurimum orationi luds et gratiœ confert. Neque « enim solum id efficit, ut dariora fiant quœ dicuntur, rébus yelut ex turba extractis f et in conspectu judicum positis ; sed refidt quoque audientem certo singularum n partium fine, non aliter quam fadentibusiter,multumdetrahuntratigationi8notala c inscriptis lapidibus spatia. Nam et exhausti laboris nosse mensuram yoluptati osl, «etbortatur ad rdiqua fortius enisequenda, scire quantum supersit; nihil enim • k>ngum videri necesse est, in quo, quid ultimum sit, certum est. w (Qcintilie?i, liv. IVjdiap. V ;