‹ HomilétiqueChapitre 73 sur 98 · PROPRIETE · texte numérisé non relu

PROPRIETE

justice à taxer d'immoralité un homme qui parle mal ; mais on peut bien dire du moins que la corruption générale du langage est une marque de la décadence des mœurs.]

Ajoutons que le mauvais langage décrédite le prédicateur auprès de ceux qui sont en état d'en juger.

Quelques-uns de ces défauts, ceux qui indiqueraient de l'affectation ou un trop grand engagement dans le monde de la mode, sont contraires à la eravité de la chaire (1).

La propriété ou justesse consiste à n'employer que des termes qui conviennent exclusivement à chacune des idées qu'on veut exprimer.

Il ne peut y avoir de synonymes parfaits, [car toute langue est pauvre en comparaison du nombre des idées à exprimer.] Deux formes ne peuvent être appliquées à la même idée : ce sont dès lors deux idées. Il n'y a pour chaque idée qu'un mot; tout autre ne la rend pas. [Quand une langue s'enrichit, ce n'est pas qu'elle gagne du superflu : l'expression prise dans ce sens est impropre. Aucune langue du monde ne peut

(i) Enccrlains pays, en certains temps, on a pu Ctre obligé d'abaisser son langage au niveau de celui de la multitude, et de le corrompre pour être compris : ce n'esl pas le cas chez nous ; — nous n'avons rien entre le français el le patois, et nous n'ayons plus même de patois. — Rien, par exemple, ne nous oblige de dire vite pour tôt; se rappeler de quelque chose, pour se rappeler quelque cJutse; nous avons convenu, pour nous sommes convenus ; aimer lire, pour aimer à lire ; distraisent, pour distraient; observer à, pour faire observer à ; il craignait que je ne Veus perdu ; ses alentours, pour ses entours ; la maison que j'ai faite bâtir; un mésentendu, pour un malentendu; je me suis en allé ; Vendrait où la forêt est la plus épaisse; recouvert, pour recouvré; empêcher à; malgré que, etc.

Cest de nous que la majeure partie du public apprend le fran<:ais. Not» sommes à la fois les gardiens des bonnes maximes et du bon langage.

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renfermer de superflu! té. Un mot à peine trouvé 'va remplir une niche vide et nommer l'idée solitaire qui attendait une existence visible, ou qui n'en aurait eu qu'au moyen d'une périphrase. Ce n'est pas que dans certains cas on ne puisse, sans inconvénient sensible, remplacer un mot par un autre, surtout quand c'est l'idée générale qu'on a en vue. Quand on définit, par exemple, l'indigence (manque du nécessaire) et la pauvreté (manque de tout superflu), il faut bien marquer la distinction ; mais quand on parlerait dans un sermon de l'idée générale de bienfaisance, il serait égal de recommander de porter secours à l'indigence ou à la pauvreté.]

La Bruyère dit sur ce sujet : « Entre toutes les dif- « férentes expressions qui peuvent rendre une seule c( de nos pensées, il n'y en a qu'une qui soit la bonne: c< on ne la rencontre pas toujours en parlant ou en « écrivant. Il est vrai néanmoins qu'elle existe, que « tout ce qui ne l'est point est faible, et ne satisfait point c( un homme d'esprit qui veut se faire entendre (1). »

La Bruyère indique ici deux inconvénients de Tinapropriété: l'obscurité et la faiblesse, et deux avantages de la propriété : la clarté et la force.

Les expressions impropres ne rendent pas le style totalement obscur, mais trouble; c'est une moindre clarté. Cependant, à force d'impropriété, le style devient décidément obscur. — Quant à la force, elle est toujours proportionnée à la clarté; on peut ajouter

(0 La Brcyêre, Les Caractères. Chap. I. Des ouvrages de l'esprit

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