‹ HomilétiqueChapitre 78 sur 98 · CONTENANCE · texte numérisé non relu

CONTENANCE

occupe, à la prédication ; car que dire en faveur de la convenance en général que son nom seul ne dise déjà?

Une question préliminaire se -présente. On parle d'une langue de la chaire. Y a-t-il une langue de la chaire? Cela n'est pas douteux, si l'on n'entend par là que l'ensemble des convenances auxquelles est assujetti un discours religieux associé au culte et prononcé dans un lieu sacré. Mais si l'on va plus loin, s'il s'agit, non de convenancej mais de convention^ si Ton a en vue un certain dialecte, si l'on prétend imposer au langage de l'orateur sacré d'autres règles encore que celles qui résultent de la nature de sa mission et que le sentiment de sa position lui suggère, nous disons : Non, dans ce sens-là, il n'y a pas une langue de la chaire (1) . Laissons pour un moment la parole à M. Théremin :

« A cette question : Quelle est la langue convenable « à l'orateur de la chaire? les uns répondent : La « langue de la Bible; les autres, celle des livres; « d'autres encore, celle de la vie ordinaire ; ceux-ci, « une langue simple et naturelle ; ceux-là, une langue « artistement élaborée , une langue poétique, riche « d'images. Quelquefois aussi on donne pour type la « langue de quelque prédicateur connu. Quant à moi, « si l'on me demande quelle langue le prédicateur doit « employer dans la chaire, je ne puis que répondre : « La sienne. Une vie chrétienne est née en lui, et il se «c nourrit incessamment de la Parole de Dieu, dont un « grand nombre d'expressions et d'images lui sont

(0 £anzehpT9Xiho, -« A^onz/eisprache.

476 smpLiciTÉ.

« devenues familières. Or, cette vie chrétienne ne « forme, pas dans sa vie un courant à part, mais s'unit « et se mêle avec toute sa vie intérieure, composée de « son imagination, de sa sensibilité, de son caractère, « de toutes les facultés de son esprit, des expériences « de sa vie, de sa culture scientifique et littéraire. C'est c< de tous ces éléments combinés que résulte sa parole c< intérieure, la langue dans laquelle il se parle à lui- « même et à Dieu des vérités du salut : et voilà le ton « fondamental de la langue dont il fera usage dans la « chaire. Que chacun donc laisse paraître son indivi- « dualité, sans l'exagérer, sans montrer plus ni moins « que ce qui est en lui, et s' appliquant toujours, non à « mettre en dehors tout ce qu'il peut avoir d'aspérités « et d'arêtes, mais plutôt à les amortir par l'imitation « du plus parfait des modèles, ésus-Christ (1). »

Ces idées, bien méditées, conduisent à toute la vérité sur le style de la chaire. Voyons pourtant plus en détail quelles en sont les convenances.

La première est la simplicité^ qu'il ne faut pas confondre avec le naturel. Le naturel, qui doit régner partout, ne peut pas servir à caractériser le style de la chaire. Mais la simpUcité, qui n'est pas de rigueur en tout genre, est une des convenances de l'éloquence sacrée. De plus, la simplicité peut faire l'objet d'une règle ; elle peut être réglementée, le naturel non.

On confond quelquefois le naturel et la simplicité. Il est vrai que ces deux choses ont du rapport. On ne peut guère être simple si l'on n'est pas naturel ; mais

(0 TuÉREJiix, Die B:redsamheït eine Tugend, pages XXVII-XXIX,

Page 1