NOBLESSE
mouvement d'ascension. Mais si les expressions générales sont les plus nobles^ elles ne sont pas ' les plm^ vives ni les plus touchantes, et l'éloquence manquerait d'air dans cette région éthérée. Il faut sans doute que les idées générales planent sur les idées particulières, qu'on sente dans l'idée particulière la présence de l'idéegénérale ; mais ceci nejustiûe pas, dans l'éloquence^, l'emploi exclusif des termes les plus généraux. La noblesse du style n'est point à ce prix. La grandeur des monarques de l'Orient consiste à se rendre invisibles :. il y a quelque chose de cette grandeur dans un style qui se rend invisible autant qu'il peut,, en remplaçant la présence des objets par une suite de formules, et en faisant de la langue, peinture de la pensée, une espèce d'algèbre.
On ne se méprendra pas à nos paroles. Les conditions du sermon ne sont pas celles d'un poëme. La^ prédication paraîtrait préoccupée de notre amusement plus que de notre édification, si elle voulait préciser et particulariser comme la poésie aime à le faire et a droit de le faire. La prédication, sans doute, aspire comme la poésie à nous rendre les objets présents, mais ce sont d'autres objets. Il est certains faits qu'elle détaille, d'autres qu'elle nomme par une expression générale. Que lui servirait, quand elle veut représenter l'empressement de nos projets et l'ardeur de nos entreprises sous l'image si naturelle d'un char ou d'un cavalier emporté dans la carrière, d'attacher curieusement les rênes à la bouche frémissante de Bucéphale, ou d'ensangljpmter les molettes de l'éperon d'Alexandre? Que
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lui- servirait, en scrutant notre bonne foi en matière d'intérêt, d'accumuler les termes techniques dont se compose la langue toute spéciale de la bourse ou des comptoirs? Il est rare, en cas pareils, qu'une désignation générale ne suffise pas. Mais ces mêmes termes, il faut savoir ne pas les éviter lorsqu'on a l'espérance, en les employant, d'être mieux et plus promptement compris.
La périphrase, qui n'est pas la condition de la noblesse du slyle, est une règle de bienséance, pour éviter de nommer directement des choses dont le vrai nom produirait une impression de honte ou de dégoût. — La périphrase est souvent la définition même de l'objet, son vrai nom. Elle est quelquefois un moyen de relever ce qu'il y a de plus intéressant dans l'objet. Quelquefois enfin elle veut éviter le mot.
Il semble à peu près superflu de parler de la gravité du style de la chaire, parce que ce que nous avons dit de la noblesse du style de la chaire implique ou suppose la gravité. En remontant au principe de l'une, on remonte au principe de l'autre, et ce qui imprime à no8 discours le premier de ces caractères, y grave infailliblement le second . Cependant la noblesse et la gravité sont distinctes. Nous avons dit ce que la première évite et repousse : la gravité, qui, selon l'étymologie de son nom, porte le poids d'une grande pensée ou d'un grand intérêt, ne se permet, ne permet pas à l'esprit e l'au- ^ diteur de se distraire de cette pensée par des pensées beaucoup moins importantes, ou sans importance relativement à l'objet de la prédication ; elle veut bien non»
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intéresser, nous amuser jamais, moins encore laisser naît dans notre esprit rien qui ressemble à une gaieté ooialigne ou profane. Le sourire le plus innocent, celui même que n'exclurait pas une conversation très religieuse, n'est pas innocent dans un temple; je veux dire qu'on n'est pas innocent de l'avoir provoqué. Les conditions des deux discours ne sont pas les mêmes. Il y a là, de plus que dans l'entretien le plus sérieux, un lieu consacré, une assemblée solennelle, un culte dont le discours fait partie et revêt le caractère ; toutes les émotions sont contagieuses, se répandent électrique* ment dans une assemblée, se fortifient et s'aggravent en se multipliant : que deviendra donc Une émotion de gaieté, et qu'est-ce qu'un temple, qu'est-ce qu'une heure de culte où l'on se souvient d'avoir ri ? Je ne suppose pas au prédicateur l'intention de faire rire ni sourire ; je l'avertis seulement de surveiller ses termes tellement que cet effet, malgré lui, n'ait pas lieu.
Nous avons interdit au prédicateur l'arme du ridicule.
En résumé, la gravité consiste à n'occuper l'esprit, môme passagèrement, d'aucune idée qui soit indigne de l'occuper dans un lieu sacré et dans un exercice du culte.
Il me reste à parler d'une dernière convenance du ityle de la chaire, convenance particulière, et qui o*en est pas moins le résumé et le gage de toutes les autres : je veux parler de la couleur scripluraire du langage. Je tâche de me garder ici de tout préjugé : un