COULEUR SCRIPTURA1RE
discours peut sans doute être chrétien , éminemment chrétien, et n'avoir pas la couleur dont je parle : l'inverse aussi peut avoir lieu, c'est-à-dire qu'un sermon fortement coloré d'expressions ou d'allusions bibliques pourrait n'être pas chrétien. Il n'est pas même convenable de n'exprimer ses pensées et ses impressions que par des formules bibliques, et de faire du discours sacré une chaîne de centons scripturaîres. Rappelons ici la maxime de Théremin : « Il faut que chaque pré- « dicateur parle sa langue ; il faut que la pensée chré- « tienne s'individualise en lui; il faut que la parole « de Dieu devienne sa parole; la vérité ne lui sera « devenue propre que quand il sera en état de lui « donner une forme qui soit à lui ; et enfin, un ser- « mon tout composé de passages, et même des plus « beaux passages, ne sera pas un discours; il man- <c quera d'unité et de force oratoire, parce qu'on n'y « sentira pas la présence continue et l'action progresse sive d'une âme en qui toutes les vérités que peut « contenir le discours se sont en quelque sorte person- <c nifiées. » Mais, tout cela étant bien entendu, reconnaissons aussi :
1" Que nous avons une religion écrite, que nous ne devons ni l'oublier ni le laisser oublier, et que lorsque Dieu lui-même a daigné donner une forme aux vérités du salut (i), il serait étrange et contradictoire à notre foi, de ne pas rapporter, et même avec abondance^ des expreesions qui, bien que sorties de bou-
(0 Maury a fait un singulier rapprochement entre la Bible et la mythologie. {Mtmi, LXXX, De l'emploi de l'Écriture sainte^
COUCEOR SCRIPTCmAmE. 495
^es humaines, ont un caractère d'autorité que d'autres paroles ne peuvent avoir. Leur présence dans la prédication lui donne de la majesté, et rappelle aux fidèles ce que nous avons dû nous-mêmes nous rappeler en les citant, savoir que nous ne sommes que des messagers, des ambassadeurs, que nous ne faisons qu'accommoder à un certain temps et à un certain lieu une parole qui n'est pas la nôtre, en sorte que celui qui méprise notre parole, ce n'est pas un homme qu'il méprise, mais Dieu lui-même.
Au reste, il ne s'agit pas seulement de langage et de couleurs, mais de faits et de personnages. Tous les souvenirs de la Bible doivent nous être présents ; car tous sont des preuves ou des symboles; et cette histoire, c'est l'histoire nationale de l'Église chrétienne ; ce sont ses origines ; ce sont ses titres. L'histoire du règne de Dieu sur la terre oflFre sans doute encore <i'autres faits à citer, et il ne faut rien se refuser dans ce domaine ; mais les faits dont la Bible a consacré la mémoire, ont sans doute les premiers droits et la plus grande autorité. Après tout, la substance principale de ia Bible et de notre religion, ce sont des faits, tîe sont des personnes ; pourrions-nous ne citer que des doctrines et des préceptes î II importe beaucoup de conserver à la religion son caractère d'histoire et de dispensation ; il faut le rappeler sans cesse, soit directement, en faisant servir les faits de point de départ ou de oonSraaation à nos raisonnements, soit indirectement, par des rapprodbemenrts et des allusions mfultipliées. Les occasions sont nûmbreusea pour le prédica-
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teur nourri de T Écriture sainte et doué de quelque imagination. Saurin, voulant faire sentir, la nécessité des épreuves de cette vie pour nous faire souhaiter une vie meilleure, dit que « lorsque la colombe rencont e « hors de l'arche les vents déchaînés , les eaux débora dées, les bondes des cieux ouvertes, l'univers entier o enseveli sous les ondes, elle cherche son refuge dans « l'arche. Mais lorsqu'elle trouve des plaines et des « campagnes, elle s'y arrête. Mon âme, voilà ton a image. » — Ailleurs, insistant sur la nécessité de joindre la prière au travail dans l'œuvre de notre salut, il dit : « Nous devons imiter l'exemple de Moïse atta « que par l'Amalécite ; il partage avec Josué l'ouvrage a de la victoire Moïse monte sur la montagne, Josué a descend dans la plaine ; Josué combat , Moïse prie ; « Moïse tend s s mai s suppliantes au ciel, Josué lève a un bras guerrier ; Moïse oppose sa ferveur au cour- « roux du ciel, Josué oppose ses armes et son courage « à l'ennemi du peuple juif : et par ce sage concours de « prière et d'action, de confiance et de vigilance, Is- (i raël triomphe, Amalec est mis en déroute (1). »
Nous avons pour maître celui qui est la Parole, pleine de grâce et de vérité, celui à qui l'Esprit n'a point été donné par mesure, celui qui, seul ayant la vérité en lui-même, comme il avait la vie en lui-môme, a enseigné d'autorité. — Serait-il possible que nous ne fussions pas heureux et empressés de répéter ses paroles, avec respect, avec une intention marquée, et non point comme des citations banales ?
(0 Saqrin, tome I«% pace 56, DouyeHe édition.
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T. La Bible renferme des pensées « qui ne seraient « jamais montées au cœur de l'homme, » de sublimes paradoxes sur notre nature, sur notre condition, sur nos dangers, sur notre avenir, sur les intentions de Dieu à notre égard, et, pour nous servir d'une expression qu'on ne peut guère éviter, sur le caractère de Dieu. Aucune de ces pensées extraordinaires, inouïes, n'a pu recevoir une forme plus complète et plus pure que celle que lui a imprimée l'Esprit même qui l'a conçue. Cette forme est sacrée, fondamentale; la pensée qu'elle revêt ne peut jamais en être séparée absolument ; nous pouvons l'exprimer, la développer dans notre propre langage ; mais nous ne pouvons nous dispenser de rappeler les expressions mêmes qu'ont employées pour l'exprimer ceux qui, les premiers, nous l'ont révélée : il faut nous appuyer sur une autorité extraordinaire pour dire des choses extraordinaires. Il me semble qu'on ne peut pas convenablement traiter de ce qu'il y a de plus ineffable dans la religion, étaler l'incompréhensible miséricorde de Dieu, ou répéter ses terribles menaces, sans prendre au moins pour point de départ les paroles mêmes de l'Écriture mainte. N'eston pas heureux de trouver des formes toutes faites pour 5 des vérités qu'à peine l'homme ose prononcer, tant elles le surpassent et le confondent (1) ? '
« Les imaginations des pensées de leur cœur ne sont a que mal en tout temps. » (Genèse, VI, 5.) "\
« Le cœur de l'homme est rusé et désespérément malin. » (Jérémie, XVII, 9.)
(1) « Ces passages (de la Bible) sont comme une riche veine d*or qui serpente à « tniTers d'autres métaux grossiers. » (RicBiRoso:! }
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€ L'homme est privé de toute gloire devant Dieu. » (Romains, DI, 22.)
€ Le méchant sera revêtu de malédiction comme d'un « habit ; elle entrera dans son corps comme de Teau, cet comme de l'huile dans ses os. » (Psaume CJX, 18.)
« Puisque par la sagesse le monde n'a point connu € Dieu dans la sagesse, il a plu à Dieu de sauver par « h folie que nous prêchons ceux qui croiraient. » (1 Corinthiens, I, 21.)
« La femme peutrelle oublier son enfant qu'elle al- « laite, et n'avoir pas pitié du fils de ses entrailles î Um € quand les femmes les auraient oubliés, encore ne € f oublierais-je pas, moi. » (Ésaïe, XLIX, 15.)
€ Et l'Éternel parlait à Moïse face à face, comme un « homme parle avec son intime ami. » (Exode,. XXXffl, H.)
« Dans toutes leurs détresses il a été en détresse, i^ (Ésaïe, LXffl, 9.)
3°. Je n'essayerai pas de parler, après Rollin et surtout après Fénelon, après Maury, de l'éloquence et de la poésie de la Bible. J'observerai seulement que ce qui la distingue et la met au-dessus de tous les chefsd'œuvre littéraires, c'est que ses beautés ne sont point littéraires, c'est que partout la pensée a donné la forme, en sorte que l'union de la forme et de la pensée né fut jamais aussi intime. La beauté de la langue biblique a donc partout quelque chose de substantiel, qui attache immédiatement l'esprit au fond des choses, sans lui permettre de s'amuser à l'envelopper. On eat saisi avant d'avoir eu le temps de jouir et presque
cwvimi scripturaux;
é^9!âkmrer. — C'est encore une chose remavqiialrie cpm œ langage oriental, si étrange dm premier aspeet poiv des^ imaginations occidentales, soit en même temp» si luimain^ et par là même si univ^sely qu'il a^assimite aisément à tous les peuples, à toutes: les ferme? de: c»- TÎlisation, à tontes les langues, beaucoup mieux ^e jw pousnraientle faire le langage et la littératare de tel sièctet et de tel peuple beaucoup moins éloigné de nous. Toiif et qui, dans ces^ saints livres, se rappwte à l'homme, tout ce qui peint l'homme , est d'une profondeur e6 é'uHe simplicité que rien n'a jamais éga>lé ; la Bible^ dans ces sujets, a parlé une langue universelle, a dén jdoyé une* poésie universelle : la BiUe étai^ faite^ sous ce rapport , comme sous tous fes autres, pour être 1» livre du genre humain. Toute raison d'autorité nnse* h part, HOU» ne saurions emprunter à aucune autres scmrce des images, des traits plus convenables aux su^ jets que nous traitons dans lé chaire j m orner Ib discours- religieux de beautés plus décente» et plus graves.
Tous les genres de beautés* propres au* discouyi re^ Kgieux abondent dans llÊcriture sainte, et notre po^ tkni vis4rvis d'elle nou» donner te êmt^ nom we^ok le devoir de nous approprier toutes ces beautés, ft vff arque nous qui puissions le faire ; ce (pii, partout ailteors serait plagiai ou affectation, est une âm pfus hautes convenances, est te vérité du genre que houb Goltivrafl;. Qui ne voudrait, -mais qw oserait, éams Vautres gemmes, semer, son^ discours -d^awlanl d^afln» lions vives, le eobrcr d'autant d& reiMst* MaÎB^Ii
SOO GOULBCR SCRIPTURAIRB.
Bible est plus qu'une source ou un document ; la Bible est presque notre sujet ; nous avons à parler d'elle; notre voix lui sert d'écho ; elle est comme une forêt que nous exploitons, comme un champ que nous moissonnons; ce travail est moins ajouté à notre tâché que ce n'est notre tâche elle-même ; c'est donc hardiment et franchement que nous puisons dans ce trésor. Et quel trésor ! Ce livre a atteint le sublime de tous les
'sujets. Les types les plus achevés du grand et du pathétique, de l'humain et du religieux, du fort et du tendre, sont là comme en dépôt. Entre tous les livrés qui ont exprimé les idées du même ordre, si Ton était libre de choisir , si l'autorité était égale, c'est à celuilà qu'on reviendrait toujours. Les noms dont il a
. nommé toutes les choses de Dieu et de l'homme sont cléfinitifs, sont irrévocables. Ce qu'il a dit d'une ma-
.nière ne peut plus se dire d'une autre manière sans être affaibli. Des peuples entiers se sont emparés de ce langage et l'ont fondu avec le leur ; la Bible a donné à la parole humaine une multitude d'expressions, conu^ à la pensée humaine quelques-unes de ses formes les plus consacrées. En répétant aux hommes les paroles de la Bible, on leur rappelle des traditions de famille.
Avez-vous une autre image que celle-ci à donner de la puissance créatrice : « Dieu dit : Que la lumière soit; a et la lumière fut? » (Genèse, I, 3.)
Reste-t-il, pour peindre l'autorité du Créateur sur le double monde des êtres physiques et des êtres moraux, quelque chose encore après cette parole : « H
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« apaise le bruit de la mer, le bruit de ses ondes, et c( rémotion des peuples? » (Psaume LXVj 8.) *
Atteindrez-vous mieux le sublime de la douleur qu'il n'a été atteint dans ces paroles : « On a entendu de « grands cris dans Rama : Rachel pleurant ses enfants , c< et elle n'a point voulu être consolée, parce qu'ils ne « sont plus? D (Jérémie, XXXI, 15 ; Matthieu, H, 18.)
Rendrez-vous jamais la désolation du péché avec une énergie aussi menaçante que l'a fait Ésaïe lorsqu'il a dit : « Il y aura des ténèbres dans ses ruines? » (Ésaïe, V, 30.)
Trouverez-vous , pour peindre la divine harmonie de toutes les perfections de l'Éternel, et l'unité ineffable de ses desseins envers nous , rien qui approche de la douceur et de la grandeur de cette parole: « La justice et la paix se sont entre-baisées ? » (Psaume LXXXV, U.)
Mais il faudrait transcrire la Bible entière. Faisons une dernière remarque. C'est que c'est se priver d'un grand nombre des beautés les plus originales et les plus saisissantes que la Bible peut fournir, que de ne pas puiser dans l'Ancien Testament comme dans le Nouveau. U faut le dire : l'Ancien Testament est une parabole continuelle ou un rudiment du Nouveau ; et l'application de l'Ancien Testament aux idées du Nouveau, par cela même qu'elle est moins directe que celle qu'on peut faire des passages évangéliques , a un charme particulier, inépuisable, qu'il ne faut pas négliger. Sans faire de l'allégorie gratuite, sans rien forcer, mais par des rapprochements naturels, tout
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l!Ancien Testament se met au seraoe des idées dire* tiennes, et les présente sous un aspect qui étooine et tpii touche. Une étude attentive de l'Ancien Testament &it ressortir vue multitude de ra^rodiements beuicfux et naturels, après tous ceux qu'on a d^a déoo»irerts et exploités (!)•
Remarquons toutefois que toutes ces beautés se décolorent ou se perdent dans un discours sans individualité, dans un discours qm n'a pas de fimd , pas de valeur intrinsèque, comme des fleurs dont la tige n'a pas de racines dans le sol, penchent la tête« pâlissent :8t meurent.
4° Quand je repasse dans ma pensée toutes les contenances auxquelles j'ai cru devoir assujettir le style de la prédication, simplicité, popularité, familiarité, noblesse, il me semble que je les vois toutes réunies dans le style scripturaire, et qu'il en est, comme je le disais il y a un moment, le résumé et le gage* Il me semble que la Bible est le vrai diapason du prédicateur, à qui elle marque d'une maniée sûre le ton généred de son discours ; c'est dans la Bible que son imagination doit se tremper, c'est de ce milieu qu'il JÊaut sortir, pour être fort avec mesure, simple avec grandeur, familier avec noblesse et gravités Je remarqnoni •en particulier que c'est la Bible qui imprime et maintient au discours de la chaire cette juste mesure de popoiarité, que nous sommes sans cesse exposés, dans Tétat
fi) Nous pouvons ^ter ici Feiorde dn lermoo 4e Sccnif, «r le CanUgme de Siméony et la péroraison de celui de Bosscet lur YImpénitence finale. Voir et ier morceau "page 246.
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actuel de la civilisation, ou à manquer ou à dépasser.
Ce que j'ai appelé populariti, volontiers je l'appellerais humanité. C'est tout ce qui rappelle aux hommes la communauté de leur origine et de leur conditioio. C'est la vive empreinte de ce qui rend un homme l'égal ou le semblable d'un autre homme. Cette égalité, cette similitude, on l'oublie trop, soit dans la grande politesse des mœurs, soit dans des habitudes trop intellectuelles. Même dans une condition moyenne, la vie est tellement artificielle, la nature est tellement traduite, qu'on ne distingue plus la saveur du texte original ; et quant au pauvre, au misérable, il n'a saw les yeux qu'un texte corrompu qui le repousse et l'attriste. Je me plais, je l'avoue, à voir une autorité divine ramener pêle-mêle toutes les classes de la société vers un monde où la nature et la vie commune comptent pour quelque chose, où les rois parlent comme des bergers, où les premiers des docteurs sont des bateliers ou des faiseurs de tentes, où, le langage du pauvre devenant le langage de tous, le pauvre se sent divinement relevé et le riche saintement humilié. La Bible correspond au milieu, au centre de la vie humaine, à sa forme la plus sincère ; elle y réunit, des deux extrémités de la société, ceux qui sont au-dessous et ceux qui se croient au-dessus de cette région ; elle rend senable à Thomme sa pure qualité d'homme, par là même sa véritable grandeur, voilée par des nécessités trop dures ou rapetissée par des conventions trop délicates.
Nous l'avons déjà dit : cet aspect de l'humanité est le
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plus grand par là même qu'il est le plus général. Or, rien ne supporte mieux que ce qui est vraiment grand une forme simple et naïve. La Bible, en prêtant sa grandeur à nos discours, leur prêtera sa naïveté. Elle nous placera, avec elle, à une hauteur d'où nous pouvons tout dire. En la mêlant à nos propres paroles, nous enhardissons notre style, à la fois ambitieux et timide ; il devient tout ensemble, et dans une exacte proportion, grave et libre. La Bible sert tantôt de saufconduit, tantôt d'inspiration à des idées, à des traits que sans elle, peutrêtre, nous n'aurions pas hasardés ; ce que nous n'oserions pas dire en notre nom, nous le disons de sa part et dans ses termes. Le principe de destruction qu'apporte avec soi l'infidélité, quelle autre image l'exprimerait mieux que celle-ci : « Cette « iniquité sera pour vous comme la fente d'une mur « raille qui va tomber, faisant ventre jusqu'au haut, « de laquelle la ruine vient soudain et en un moment; « il la brisera comme on brise une cruche d'un potier « de terre, qui est cassée, laquelle on n'épargne point, « et des pièces de laquelle on ne trouverait pas un têt « pour prendre du feu du foyer, ou pour puiser de « l'eau d'une fosse? » (Ésaïe, XXX, 13, 14.) Voilà une image dont on ne s'aviserait pas, ou que, l'ayant trouvée, on n'oserait guère présenter, mais qui, venant de la Bible, est librement employée et volontiers acceptée. — Celui qui voudrait peindre l'insuffisance des doctrines humaines pour répondre à toutes les questions et satisfaire à tous les besoins de l'homme, n'oserait pas peut-être de son chef, mais bien d'après
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l'Écriture, employer Timage suivante : « Le lit sera « trop court, tellement qu'on ne s'y pourra pas étendre, u et la couverture trop étroite quand on se voudra en- <c velopper. » (Ésaïe, XXVIII, 20.)
Le Dieu que l'Évangile nous révèle semble s'avancer vers nous avec cette parole : Homo swm, humani nfhil a me alimum puto (1). Mais c'est à lui à le dire; c'est à lui qu'il sied d'emprunter à la langue des hommes toutes les expressions capables d'exprimer les inexprimables condescendances de sa charité. Que ce soit donc lui-même qui dise dans nos sermons : « L'Esprit de l'Éternel les a conduits tout doucement, « comme on conduit une bête qui descend dans la «plaine.» (Ésaïe, LXIII, 14.) «Vous serez portés sur «le côté, et on vous caressera sur les genoux.» (Ésaïe, LXVI, 12.) Mais plus nous citerons l'Écriture, plus nous oserons parler comme elle. Nous finirons par dire aussi : Homo sum... Nous le deviendrons en effet. Rien n'est si humain que le christianisme ; nul n'est homme autant qu'un chrétien. En s'inspirant de l'Écriture , l'éloquence de la chaire atteindra sans peine à cette grandeur mêlée de familiarité, à cette familiarité pleine de grandeur, qui devraient être, et qui n'ont pas toujours été l'inimitable cachet de la prédication.
On ne peut pas donner des règles particulières sur la manière d'introduire les paroles de la Bible dans le discours de la chaire. La seule que je voulusse donner,
CO Tére!(ce, Heauton, acte I, scùne 1.
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et elle est tout à Ceiit générale, est eelle-d : Nourrisseat» vous de la Bible, vivez dans la BiUe, unissez-vous à elle ; qu'elle abonde dans votre mémoire et dans votre cœur; qu'une lecture fréquente, faite pour vousmêmes, vous ait révélé la force, vous ait donné le secret d'une foule de passages, qui, sans cela, refito* raient pour vous à l'état de lieux communs, et ne prendraient point racine dans votre mémoire ; mâei leur souvenir à vos émotions, à vos {n*ières, à vos préoccupations les plus graves; que ses paroles de* viennent peu à peu la formé naturelle et involontaire de vos pensées les plus intimes ; — puis, méditez un sujet pour la chaire, écrivez, prêchez; votre parole arrivera tout imprégnée des sucs, toute nuancée des couleurs de cette parole inspirée; la parole des pro* phètes sera fondue dans la vôtre; elle ne s'en distinguera pas; elle n'y paraîtra pas appliquée du dehors; elle ne nuira pas à l'individualité de votre expression; vous ne tomberez jamais dans le pastiche , et c'est bien, ainsi que le requiert la nature du ministère évangélique, un homme que des hommes auront entendu.