‹ Homilétique ou théorie de la prédicationChapitre 103 sur 110 · PARTIE MATÉRIELLE DD DISCOURS, OU LES SONS · texte numérisé non relu

PARTIE MATÉRIELLE DD DISCOURS, OU LES SONS

Si nous ne sommes pas appelés à flatter l'oreille, nous devons au moins la ménager, et les conseils que nous donnerons dans ce chapitre se ramènent aisément à ce dernier but.

[Sans doute on ne pourrait guère parler de Tharmonie, non plus que des autres qualités du style, si elle exigeait du prédicateur une attention trop absorbante, et qui pût le distraire de soins plus essentiels ; mais l'art n'est pas ou ne doit pas demeurer un dur et minutieux labeur, il doit devenir une seconde nature. L'habitude rend facile ce qui était compliqué à l'origine : le mouvement de la main sur le clavier de l'orgue finit par être un vrai jeuj et en lui-même îl n'est peut-être pas aussi difficile que celui de l'œil sur le clavier de l'alphabet. L'art n'existerait pas s'il ne devenait nature. Il n'y a d'inspiration possible qu'à condition que toutes les facultés y concourent sans se

570 lUPHONIB.

gêner mutuellement dans leur action, et c'est à cet équilibre des facultés qu'il faut arriver. Tout art doit s'apprendre sans doute, et cela est vrai de Tart d'écrire comme des autres ; mais une fois l'habitude prise, et l'art devenu nature, il sera aussi difficile d'écrire mal, qu'il le serait sans lui de bien écrire.

[L'harmonie comprend trois choées : Y euphonie y le notnbre et V harmonie imitative. Cette dernière est du langage poétique, et sans vouloir l'interdire à la chaire, il faut lui interdire du moins de la chercher. Mais nous devons dire quelque chose de l'euphonie et du nombre.

[Veuphonie est la rencontre des sons agréables et l'exclusion des sons discordants. Ce dernier point, le soin d'éVitet la cacophonie, est isans doute l'éteehtifel.] fniei ieê ittaïuyâls sbnd le eoncouKs odteax.

Je n'ajoute pas :

Le vers le mieux rempli, la plus noble pensée

l9e peut plaire à Tesprit quand Toreille est blessée (\).

Je ne suis pas si délicat ; mais l'oreille blessée indispose l*esprit.

[Sans doute, il y a une harmonie des paroles qui devient une sorte de musique, qui enivre l'auditeur, et il faut se garder d'éveiller ou de nourrir la frivolité par la mollesse et une sorte d'épicuréisme du style ; mais il ne faut pas non plus tomber dans l'excès contraire.] Les cacophonies ont moins de conséquence dans les langues fortement accentuées et vibrantes, où la prosodie dédommage de l'euphonie; [mais le français n'a

pas ces avantages ; il est sourd ^ nasal, il abonde eti e muets, et doit redouter plus que d'autres langues lô superbissimum aurium judidunty dont parle Cicéron. Ort aurait donc tort de ne pas donner quelque soin à Teu^ phonie 5 car il ne serait â^^remment pas tnoins fâcheux de distraire des idées par les mauvais sotts que par les beaux.

[Le nombre est tout ausisi important.] La phrase, qui est utie unité pour F esprit j doit en être \lné pour l'oreille ; mais Tunité n'est sensible que par la plurà*lité ^ où l'on ne sent pas la seconde, on ne serit pfts noti plus la pt'emière. Il en est de la t)hrase comme des Vers, dont l'unité musicale ne se sent que par le paî*lage ou la césure. Dans la prose comme dans la poésie, il y a des espaces, des intervalles, des nombres bii dti nonabré. Mais la différence entre elles , c'est qii'éti prose ^ tout nombre de syllabes est propre soit à la phrase totale, soit à chacune de ses parties, tandis que le Vet^ choisit, une fois pour toutes, et exclusivement, certains nombres et certains partages^ qui rendent plus sensible l'intention musicale , et il les constate au moyen de la rime. La poésie chante ; la prose ne chante pas précisétaent, elle parle ; mais l'oreille demande ôbh plaisir, qui consiste dans des intervalles bien iJlacéd, des espaces bien mesurés et des chutes heureuses, tbhtôt sonores, tantôt amorties, tantôt masculines, tantôt féminines j chutes qui correspondent à la rimedàiis les vers (1);

(1) Voyez la description duCy^iie,par BurroN^dani la Chreêttmaihit française, tëitië I*, page m, imblèftl» èfdiHém

Page 1