‹ Homilétique ou théorie de la prédicationChapitre 12 sur 110 · Les sujets psychologiques · texte numérisé non relu

Les sujets psychologiques

Les sujets de cet ordre sont ceux qui sont propres à donner à la vie chrétienne un fondement èolide, dans tous les temps et dans tous les lieux. — Ainsi, ils ne seront jamais une pure et simple exposition scientifique.

Ce n*est pas toute la dogmatique [ qui fournit ces sujets] ; c'en est la partie la plus substantielle, le cœur de chaque vérité. — Non que le reste soit indifférent ou indigne d'attention, mais il a son usage ailleurs ; et ce qui n'est pas fait pour être porté en chaire a pu servir à fortifier les dehors de telle vérité qu'on porte en chaire très convenablement.

n y a, chez d'excellents maîtres, des sermons qu'on peut appeler théologiques. Ils ont pu avoir tort, quelquefois, de traiter de tels sujets ; on a peut-être plus de tort, aujourd'hui, de n'en traiter aucun. La théologie, comme discussion des textes ou comparaison des systèmes, n'est pas propre à la chaire ; mais comme considération approfondie de la vérité du salut, elle a sa place dans la prédication. On pourrait comparer

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certains serinons théologiques aux tragédies admiratives de Corneille ; ce n'est pas un genre, si Ton veut, c'est une exception qui a besoin de se justifier par l'exécution; mais enfin l'exception est admise. La contemplation des choses sublimes ne reste pas sans effet sur le cœur et sur la volonté. Il est bon, comme nous l'avons dit, d'élever toutes les facultés de rhomme ; Tàme s'épure dans ces hautes régions.'

Il n'est d'ailleurs pas facile de dire ce qui est théologie et ce qui ne l'est pas. Il ne faut pas s'en rapporter au titre. Tillotson a fait, sur le péché, un sermon théologique; celui de Chalmers sur le même sujet ne l'est pas. — Saurîn, en traitant la Vision béatifique de Dieu (1 Jean, III, 2), eût pu n'être pas théologique, et aussi ne l'est-il pas partout; mais il l'est trop souvent. Il établit que cette vision produit une communication d'idées, d'amour, de vertu, de félicité (1).

Transformez la théologie en religion et, à plus forte raison, ne transformez pas la religion en théologie. C'est ce qu'a fait-Saurin dans le sermon cité. C'est ce que vous ferez toutes les fois que vous voudrez trop analyser et disséquer. Toute dissection d'un fait moral est provisoire et hypothétique ; on sépare ce qui n'est point séparé, ce qui ne peut l'être, ce qui, étant séparé, perd sa nature ; il y a donc, dans l'analyse la mieux faite, quelque chose de faux, ne fût-ce que dans le caractère de successivité qu'elle imprime à des faits

(OTQ|fliSAfuii, tam nii pHe m» mav«m é^Hion, pur M «4^^ 0Q D|^ et ipige 114, sur les senUmewU de Dieu.

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simultanés. C'a été peut-être, de la part de Dieu, une précaution prise contre nous, que la forme synthé- . tique et complexe qu'il a donnée ou laissée à toutes les vérités. C'est déjà sans doute les analyser que les exprimer, quelque peu analytique que soit l'expression ; mais on pourrait dire que l'Esprit qui a dicté les saintes Écritures a évité la rigueur des formules scientifiques et conservé aux idées le caractère le plus synthétique dont elles soient susceptibles quand on veut pourtant les énoncer. Nous n'avons pas voulu nous le tenir pour dit, et nous avons analysé ce qui ne l'était pas, et voulu prendre à la rigueur certaines classifications qui n'étaient qu'apparentes. L'abus est allé jusqu'à la puérilité. Du même sérieux dont il distingue avec saint Paul l'esprit, l'âme et le corps, tel prédicateur distinguera l'honneur, la gloire et l'immortalité, ce qui est dans les cieux, sur la terre et sous la terre, les brebis et les agneaux que saint Pierre doit paître : — non-seulement on donnera à chaque mot son intention, à quoi je consens, mais on érigera en classifications scientifiques des énumérations oratoires, des accumulations emphatiques, des figures de langage, des parallélismes hébraïques, etc. L'exégèse a rendu trop de services pour qu'on ne doive pas lui pardonner beaucoup ; mais vraiment il y a beaucoup à lui pardonner.

Gardons-nous de cette cruelle anatomie, exercée sur le vif, et toujours meurtrière. N'allons pas, en traitant le passage : « La Parole de Dieu atteint jusqu'au fond « de l'âme et de l'esprit, des jointures et des moelles, »

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(Hébreux, IV, 12) distinguer scrupuleusement les éléments d'un passage dont la confusion fait la beauté. Quel ne serait pas l'étonnement de saint Paul s'il voyait établir un discours ou bâtir un système sur des distinctions auxquelles il ne pensa jamais I

Des sermons de pure science, tels que ceux de D wight sur le sabbat , de Clarke [ sur l'existence de Dieu], ne me semblent point des sermons; sans que je veuille nier qu'il y ait des temps et des lieux où l'on a pu prêcher ainsi.

V apologétique peut fournir des sujets à la chaire ; et^ dans un sens, tout l'ensemble de la prédication est de Fapologétique. Mais, à prendre ce mot dans son sens ordinaire, la chose qu'il désigne ne peut être employée dans la prédication qu'avec beaucoup de discrétion. La nature de l'auditoire, le peu d'étendue des discours, ne le comportent guère. Il faut craindre de rencontrer le scandale en cherchant l'édification. — N'oublions pas qu'en religion chrétienne, montrer c'est démontrer. Viriutem vidednt [1)1

n y a une apologétique générale qui peut, en tout pays, fournir des sujets de prédication. Saurin ( Suffisance de la révélation)^ Bourdaloue [Sagesse et douceur de la loi chrétienne), Tillotson ( Tranquillité que donne la religion et Utilité de la religion par rapport aux sodites) [n'ont eu garde de les négliger.] Les sermons de la fondation de Boyle, ceux de Chalmers sur l'astronomie peuvent se justifier, mais ils semblent demander

(i) Perse. Satire 111, ven 38.

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