‹ Homilétique ou théorie de la prédicationChapitre 13 sur 110 · CONTROVERSE · texte numérisé non relu

CONTROVERSE

un auditoire spécial. On peut en souhaiter un auquel des sermons de ce genre puissent convenablement être adressés. Peut-être ne faudrait-il pas être aussi timide qu'on l'est à introduire de tels sujets.

[Après l'apologétique il convient de mentionner la controverse.] La vraie controverse de la chaire a lieu avec le péché, qui est la grande hérésie. Celle de symbole a symbole, d'Église à Église, est peu convenable en général. On pourra dire que le péché est au fond de chaque hérésie, ou s'y rattache aisément ; qu^en religion aucune erreur n'est oisive. Cela est vrai; înaîs, ou bien cette hérésie ne se produit paâ sous lés regards de votre Église, et alors pourquoi en parlera ou elle est sous ses yeux ; et alors, en général, il vaut mieux surmonter le mal par le bien, absorber l'erreur dans la vérité. C'est eîncore ici le cas de dire : Virtutem videant !

On ne peut pourtant pas toujours éviter la controverse, n faut surveiller les erreurs qui se produisent dans le lieu où l^on prêche, du moins celles qui y prennent pied ; mais il ne faut pas leur rendre le service de les publier, et de les pîopàger en les combattant.

Les apôtres, qui se sont élevés contre les disputes vaines, ont fait de la controverse. Mais comme saint Paul se hâte vers le but, comme il dérive rapidement vers l'édification, ne permettant jamais à aucune question de rester à l'état purement spéculatif (1).

(1) Exemples : Romains, XI, 32-36 ; Galates, IV, 19-20 ; Romains, V (voir ce qui

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[Les vérités de la religion naturelle peuvent-elles prendre place dans les sermons? La première difficulté se trouve dans Ténoncé même de la question. Qu'entend-on par vérités de la religion naturelle? Où est la limite î — Ces vérités ont reçu du christianisme un nouvel aspect, une nouvelle forme hors de laquelle le prédicateur chrétien n'est pas libre de les envisager. Ne pouvant pas faire abstraction du christianisme, il ne pourrait se placer au point de vue de la religion purement naturelle que par une fiction qui ne serait ni légitime ni profitable. Les vérités naturelles se trouvent dans la religion chrétienne, maîsr transformées, complétées. Et quel profit y aurait-îl â les priver du complément qu'elles ont reçu du christianisme? Par là même qu'on prêche le christianisme, on prêche la religion naturelle, et il n'est nullement nécessaire de faire pour elle une classe de discours à part. Dans la chaire même, il vaut beaucoup mieux considérer les vérités que la religion renferme comme des faits moraux internes que comme des vérités objectives.]

n est toujours bon sans doute de montrer que nous portons en nous des vérités que l'Évangile est venu confirmer, uîi germe qu'il a fécondé. Il y a des arguments plus ou moins forts en faveur de certaines vérités sur lesquelles la religion repose et qu'elle suppose, et en faveur des devoirs de la morale. La Bible

précède)*; Hébreux, X, 19-25. — On pourra lire, dans les Sermons théologiques de 'IiLLOTsoii, tome III, pages 317-371, le sermon sur la Transstibstantiation ; ei ^one D, celui sur VlncwUiwie du salut dans l'Église romaine.

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même fait usage de ces arguments, surtout en morale. Quant aux dogmes de la religion naturelle, on ne peut qu'en ébaucher la démonstration, que le christianisme achève. Je ne voudrais pas faire paraître ces arguments plus forts, mais aussi pas plus faibles qu'ils ne sont. [Au reste, n'oublions pas que les prédicateurs qui, par condescendance ou par une méthode peu réfléchie, ont voulu conduire leurs auditeurs à la religion révélée par la naturelle, y ont peu réussi. La religion révélée mène mieux à la religion naturelle que celle-ci à celle-là. Cette assertion n'est pas paradoxale. En effet, la religion soi-disant naturelle ne prend de la réalité et ne mérite son nom de religion que lorsqu'elle a reçu le sceau de la révélation. Car, de religion naturelle, au sens vrai, il n'y en a pas. La révélation donne une certitude, un sens nouveau, à des vérités présumées, mais non encore vivantes, et non encore appliquées à la conscience. Généralement, les prédicateurs évangéliques n'ont pas essayé de cette fausse méthode ; c'est le rationalisme qui a traité de prédilection ces sujets. S'il avait pour but de développer l'éloquence, il s'est grandement mépris;] même oratoirement, les vérités de la religion naturelle, abandonnées à elles-mêmes, ne sont rien; et l'avantage oratoire du prédicateur chrétien sur le prédicateur rationaliste est incalculable.

§ n. — Sujets de morale.

[Les sujets de morale, le mot même de morale, sont

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aujourd'hui fort décriés et très injustement. Si le mot ne se trouve pas dans l'Évangile, on ne peut pas en conclure qu'il n'est pas légitime de s'en servir. La Bible n'emploie pas le langage de la science, mais celui de la vie, et elle prêche sans cesse la morale sans juger nécessaire ou utile de nous avertir qu'elle fait de la morale. Elle n'emploie guère non plus le mot de vertu, et cependant on parle des vertus chrétiennes, et sans le moindre inconvénient. Ce qui a discrédité les sujets de morale, c'est la manière dont on les a trop souvent traités, en séparant la morale du dogme dans lequel elle puise son autorité et son efficacité, en la dessavourant et l'afiadissant. Nous pouvons donc réhabiliter le mot sans inconvénient.] La morale est la doctrine des mœurs ou de la vie pratique considérée dans ses rapports avec la loi et la grâce. Nous hésiterons peu à lui demander des sujets de prédication, si nous nous arrêtons aux considérations suivantes :

1® La morale abonde dans les discours de Jésus- Christ et dans les écrits des apôtres. [Jésus-Christ a été le prédicateur de la morale : ses discours en renferment bien plus que de dogme, et cela est tout à fait naturel. Il était lui-même le dogme, le grand fait auquel se rattachent tous les autres. Quand il avait dit : « Je suis celui qui devait venir, » il donnait des règles pour la vie. La morale ne manque pas non plus chez les apôtres, et même la morale très spéciale.]

V Elle est un excellent pédagogue pour conduire à Jésus-Christ. [Ne méprisons pas la morale sous le prétexte que la conversion est tout. Il faut amènera la con-

version, et rien n'en fait mieux ressortir la nécessité que l'exposé des règles de la vie pratique. Dieu luimôme n'a-t-il pas voulu que la loi servît de précurseur au christianisme ? ]

3° La morale jette beaucoup de lumière sur l'enseignement dogmatique.

4* Elle a des rapports intimes avec le bonheur des individus et de la société.

Il faut distinguer, quant aux sujets de prédication morale:

1 . La morale descriptivBy [qui s'attache, comme son nom l'indique, à étudier et à dépeindre des phénor mènes de la vie morale, comme le font La Bruyère et La Rochefoucauld], et la morale préceptive^ [qui s'occupe des règles de conduite. La première est très utile pour la chaire ; les faits prêchent.] Elle fournit de la matière et une base à la seconde. Mais la morale préceptive fournit seule des sujets à la prédication.

2. La morale générale et la morale particulière. Jl ne faut pas s'en tenir à la première, ni emprunter à la seconde des sujets trop particuliers.

3. Les mêmes sujets dans des intentions , différentes, selon les impressions qu'on veut prqduire; consolation, encouragement, humiliation, crainte, etc.

4 . Enfin, les circonstances générales et les circpiistances particulières. Il est utile de ^'arrêter à ces dernières, mais pour rattacher fortement ce qui passe à ce qui ne passe point. [Revenons sur ces distinction^, en tant qu'elles ont pour objet la morale préceptive, celle qui fournit des sujets à la prédication.

[Les devoirs généraux sont ceux descmels tous les autres déœulent, qui sont le premier écoulement des vérités dogmatiques vers la pratique, Tintermédiaire entre le dogme et les détjails de la vie, les devoirs de piété, de méthodologie chrétienne. Ces devoirs peuvent être considérés comme la matière essentielle de la prédication. On est confondis de voir la richesse qu'offre le christianisme en fait de morale générale. Le prédicate,ur doit nécessairement s'en occuper beaucoup : ici comme en toutes choses, il faut être fort siir les principes. La tâché d'ailleurs est facilitée en ce sens que le terrain de la morale générale est de beaucoup le plus cultivé et par conséquent le plus accessible, niais cette considération même doit nous montrer la nécessité de ne pas s'en tenir aux faits généraux. Il

faut que le prédicateur mette en lumière la puiësâtiCe du christianisme qui se fait jour jusque dan^ les détails et aux extrémités de la vie. Il faut le voir ainsi à l'œuvre pour se bien pénétrer de son excellence. L'erreur, ou la demi-erreur, n'est pas infinie; la vérité seule pousse jusqu'au bout des choses. Il est bien néœssaire d'ailleurs de combattre ou de rectifier les idées reçues sur certaines parties de la morale. Des erreurs très graves sont accréditées, mênàe au sein dés classes de la société les plus cultivées. Et si l'on descend plus bas, on trouvera pis encore. Le prédicateur chrétien doit venir à cet ég^rd au secoiirs du peuple, releyef , autant qu'il dépend de lui, les idées morales, et porter ses soins tout particulièrement aux endroits menacés.]

Toutefois, s'il est intéressant de montrer que les plus petits détails de la vie relèvent du christianisme, qui a la main aussi délicate que puissante ; s'il est même nécessaire de rectifier les idées sur certaines parties de la morale trop obscurcies, il n'en est pas moins vrai qu'il ne faut pas traiter des sujets trop particuliers. Détachez d'un liquide coloré ou sapide une très petite goutte, elle n'a, dans son isolement, ni couleur ni saveur. Il est difficile, à la dernière extrémité d'un rameau, de ne pas perdre de vue le tronc. [Que l'on se représente, par exemple, des sermons sur la propreté, sur la politesse, etc. De telles matières peuvent être abordées sans doute, mais il faut que ce soit occasionnellement, et elles ne peuvent fournir le sujet d'une prédication.] La morale particulière ne doit point être exclue ; mais de tels détails trouvent leur place dans des matières plus générales ou dans des sujets historiques.

A côté des sujets que l'Évangile a traités, il en est qu'il n'a pas même mentionnés, comme le suicide, l'esclavage, etc. Ces derniers, loin de devoir être exclus, sont quelquefois au nombre des plus intéressants et des plus évangéliques. [On s'est plaint du silence de l'Évangile sur ces points importants ; ] mais nous devons bien plutôt lui savoir gré de n'avoir pas tout dit. [Outre les raisons de circonstance, il faut considérer en général qu'il voulait créer pour nous la nécessité d'achever, de compléter. L'ÉgUse est le révélateur continuel de la vérité : elle ne peut rien ajouter au principe ; mais, dans le sens de développement,

d'application, de conséquence, elle a toujours à agir, à avancer. Si l'Évangile avait tout dit, il n'y aurait pas besoin de prédication.]

La morale applicable à certaines classes de l'auditoire, aux parents, aux enfants, aux magistrats, doitelle être prêchée? [Nous le pensons. Les hommes sont rarement aussi touchés des vérités générales que des particulières. Il faut prendre chacun sur son terrain, individualiser la vérité.] Saurin a fait un sermon sur la Vie des courtisans (1). [Ne craignons pas que ce qui est dit spécialement en vue de certains auditeurs n'atteigne qu'eux. Ce qui ne nous concerne pas directement peut nous fournir d'utiles instructions, et des leçons détournées nous touchent souvent plus que celles qui nous sont données en face. Il est bon d'ailleurs d'être instruit des devoirs de la position môme où l'on ne se trouvera jamais ; on acquiert par là une intelligence plus complète de l'ensemble de la morale chrétienne.]

Certains péchés ne peuvent être que les péchés de quelques-uns. [Mais, tout comme les vertus sont sœurs, les vices sont frères ; il y a solidarité entre toutes les parties du mal comme entre celles du bien. Il faudrait faire voir à son auditeur que s'il est exempt de certains vices qui le choquent, c'est souvent par l'effet des circonstances. Il y a là une philosophie du mal dont la connaissance est inhérente à celle du christianisme. Et de même qu'il est insuffisant de parler des

(i ) Sacr», tome III, DOUYeUe édition.

devoirs sans tous les rattacher à un devoir, il l'est aussi de parler des péchés sans en montrer Torganis: me. Il faut que le fidèlie ne connaisse pas seulement la vie, mais toute la vie. Et la Bible ne s'y est pas épargnée : elle est un tableau naïf, complet, de la vie humaine élémentaire : ainsi doit être la prédication.]

Comme la morale de certaines positions et les péchés (de certaines classes, les cas de conscience né doivent être abordés qu'avec précaution, sous le sceau d*une utilité générale bien évidente, mais ils ne peuveiït pas être absolument exclus. [ïl ne faut les traiter ni dans des discours spéciaux, ni même à part dans un discours, mais faire voir qu'ils s'absorbent dans un grand principe, qui, lorsque l'âme en est pénétrée, éciaii*cit les difficultés de la vie pratique. Si nous étions consommés dans l'unité avec notre Chef, il n'y aurait pas de cas de conscience : dans la réalité, tout lé mondé en rencontre, et de fort difficiles, de fort douteux, même avec le secours de la prière. Mais, en général, la casuistique, dont les subtilités multipliées ont calomnié le christianisme, n'est pas du ressort de la chaire. Celui qui est tourmenté d'un scrupule de cette nature devra recourir au pasteur plutôt qu'au prédicateur.] La tâche de celui-ci n'est pas tant dé résoudre lés questions de cette sorte que de les faire disparaître. [L'anaour est le casuiste suprême.]

On peut aussi, [comme nous l'avons dit plus haut,] classer les sermons de morale selon la nature de l'impression immédiate qu'on cherche à produire. Consi-

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