SERMONS POLITIQUES
guillonner la curiosité engourdie, nous le défendons. Les bruits de ce monde doivent expirer à la porte de ce sanctuaire, où, comme dans le monde éternel, « il « n'y a plus de temps. » Le temple est un ciel : on entre un moment dans Téternité pour rentrer dans le temps ; et il n'y doit pénétrer, de tous les événements qui se passent au dehors, qu'une seule chose, les vérités qu'ils apportent.
Quant aux sermons patriotiques et politiques, [il fau« drait plutôt les écarter; et pourtant on peut être obligé dans de certaines circonstances graves d'aborder de tels sujets dans la chaire.] D'un côté, l'humanité du christianisme lui donne un contact avec tous les intérêts de la vie, lui fournit un mot à dire dans toutes les circonstances ; d'un autre côté, il ne se laisse pas captiver dans le lieu et le temps, et il ne se môle qu'avec une extrême réserve à tout (;e qui ne porte pas 1q sceau de l'éternité (1). — Il faut prendre garde de souffler sur ce brasier des passions de l'homme naturel. Comment aujourd'hui parler politique sans prendre parti ? Il faut remarquer aussi l'utilitarisme caché de la plupart de ces sujets (2). Il vaut mieux, au prédicateur comme au navigateur, se tenir sur la haute mer : c'est près des côtes que les naufrages sont fréquents (3). —
(1) La manière dont le jeûne est célébré montre assez que la nation n'est plus Églite,
(2) [11 y a dans Saurin quelques sermons politiques, mais ils sont en général restés dans de justes limites.] Voyez aussi le sermon d'Ândllon sur le Jubilé de la Monarchie.
(3) Nimium premendo
Litus iniquum.
(Horace, Odes, livre II, ode X.)