SERMONS POLITIQUES
Je crois bien qu'on ne peut pas absolument éviter d'entretenir le public de ce qui le préoccupe, .de ce qui l'iabsprbe ; mais il ne faut l'en entretenir que pour le GalimBï* ou le mpdérer. Dominez., sans les toucher, les affaires de ce monde ; ne vous mettez en rapport avec elles que pour leur imprinaer un caractère ; faites-les voir à l'auditeur des hauteurs du ciel. Voyez le Seigneur et ses apôtres. — Je ne yeux pas presser à la rigueur l'exemple qu'ils nous ont laissé sur ce point ; [cependant il est remarquable qu'aimant leurs compatriotes comme ils le . faisaient , ils aient abordé avec tant de réserve les sujets politiques.] Les apôtres, d'accord avec leur maître, ne nous ont laissé là-dessus qu'un seul exemple.
Qn doit distinguer en cela le prédicateur de l'écrivain religieux, qui peut être journaliste, pamphlétaire s'il le veut. — Le prédicateur est de plus, et en même temps, président d'une assemblée de culte. Son discours même fait partie du culte. Cela ne permet pas, ce me semble, de faire du sermon tout ce qu'on serait tçnté d'en faire. On a aujourd'hui tîant d'autres moyens.
§ m. — Sujets historiques.
Ce que nous avons dit de l'unité oratoire ne semble pas conduire à l'idée de sujets historiques. Si, comme le dit Quintihen, on écrit pour raconter et non pour prouver, on parle pour prouver et non pour raconter. Mais d'abord, ainsi que iious l'avons établi, la pre-
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mière affaire du prédicafêut est d'enseigtîer ou d'instruife : et raconter peut être une formé de l'instructiôn. « On ne raisonne, àî-jé dit (^ùél(|uè pdtty qué c< faute de savoir raconter. )> Lès faits bieii racontés sont Pînstriictîôn la plus incisive, et je diluais là plus décisive, parce que l'auditeur pu le lecteur s'admiriîstrë ïtîi-fièiné Tinstructiôn. C'est |)ar dés histoires éssèntièlletoerit que Bîèu s'èiiiparë de notre cœur. C'est par des histoires, par des romans, qué les îdéeè se répandent. Kous sommes trop préoccupés de l'argumentation qui n'est qu'une forme de la démonstration. t)u reste, il né s'agit pas ici, purement et simplement, de raconter ; le récit n'est que la base ou lé point d'appui de l'instruction qui doit suivre. ïl est donc tout à fait conforme à fidée d'un discours oratoire de raconteir; mais l'orateur ne raconte pas comme l'historien.
Ajoutons que rien n'intéresse autant Ja masse des auditeurs que les histoires. Nous avons bien peu d'égard aux besoins dé la multitude quand nous ne lui racontons rien. tJieu a été plus condescendant.
Nous cherchons à transformer une histoire en précepte ; Héf dér aurait voulu transformer chaque précepte en histoire (1). L'un et l'autre sont bons; il faut les accueillir l'un et l'autre. Ainsi, au lieu de dire CavaricBy nous dirons l'avare^ ou, encore mieux, un
[indépendamment de l'histoire sainte proprement dite, la prédication trouvera des matériaux abondants
(1) Lehrsatz (précepte). — Voyez Herder, Briefe dos StuéUum der The9loffie ^treffend. Tome II, page 36. Édition de Carlsruhe, 1829.