‹ Homilétique ou théorie de la prédicationChapitre 21 sur 110 · SUJETS PSYCHOLOGIQUES · texte numérisé non relu

SUJETS PSYCHOLOGIQUES

auditeurs, rentrent dans les précédents. En effet,] les institutions, les mœurs, et avec elles l'industrie, les arts, la civilisation, les développements divers, découlent de la nature humaine. [Toute vérité mène à la vérité. Sans doute, Christ est te centre de toute vérité; mais pour montrer que Christ est le centre, il faut parler du cercle et des circonférences les plus éloignées.] Reconnaissons cependant que le mot de psychologie [que nous venons d'employer] ne peut pas s'étendre, sans subir une sorte de violence, au nœud secret qui unit les différentes parties du monde et les différents éléments de là vie humaine. C'est plutôt la philosophie [qui les embrasse]. La philosophie, en religion, est un instrument, une méthode; il s'agit moins d'une philosophie donnée, d'une construction philosophique, que de cet esprit philosophique au moyen duquel on classe, on généralise, on abstrait, on trouve les vrais rapports des choses, on remonte des apparences à la réalité, des phénomènes au principe, on embrasse l'ensemble. Cet esprit-là nous aide à trouver la philosophie de la religion, c'està-dire le rapport, entre eux et avec le centre, des éléments dont elle se compose, et son rapport avec le monde et la vie. C'est à l'aide de cet esprit que nous saisissons et faisons sentir la conciliation secrète qui existe entre toutes choses : entre la religion et la nature ou la vie humaine, et, dans la vie humaine, entre l'existence individuelle et l'existence sociale, entre la réalité et l'art, entre la pensée et l'action, entre la liberté et l'ordre, entre les affections particulières et

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les affections générales (1), entre les instincts et les devoirs, entre l'intérêt pour le présent et la pensée de râvenir. Mais tout ceci rentre dans la classe des sermons apologétiques, et la philosophie apparaît ici, [ainsi que je l'ai dit,] non comme objet, mais comme instrui

[Cette extension presque indéfinie du domaine de la prédication, qui du moins n'exclut rien, ne peutelle pas être en scandale ? On peut demander si Jé^u&- Chfist est venu discourir sur toutes sortes de matières. Non : Jésus-Christ a parlé d'une bonne part^ d'une seule chose nécessaire, pour laquelle il faut se décider, et au besoin à l'exclusion de toutes les autres. 11 y a dans le ministère évangélique un caractère d'urgence. L'enseignement de Jésus-Christ et des apôtres est véhémerit, peu semblable au développement tranquille de l'exposition scientifique. « Sauvez-vous du milieu de cette race perverse^ » (Actes, II, 40.) sauvez-vous, dussiez-vous y laisser vos trésors et des lambeaux de vousmêmes; — voilà la prédication de Jésus-Christ, la prédication évangélique. La chaire chrétienne n'est pas une chaîire (l'académie. — On voit que l'objection est forte. Ceux qui se représentent le pasteur comme

(i) Exemple : « Ne pleurez point celui qui est mort, et n'en faites point de con- « doléance ; mais pleurez amèrement, celui qui s'en va en . exO ; car il ne retour- » nera plus, et ne verra plus le pays de sa naissance. » (Jérémie, XXII, lo.)

INTiRÂT DE LA NOUVEAUTlI. 99

un missionnaire (et ils ont raison), ne peuvent comprendre notre lenteur. N'oublions pas cependant que prêcher, c'est instruire. S'il s'agissait seulement de pousser rapidement le pécheur au pied de la croix, l'Évangile lui-même serait beaucoup trop développé. La bonne nouvelle se trouve dans beaucoup de sujets. Les paroles qui terrassent les consciences sont semées dans l'Évangile, et il y en a d'autres à l'entour. Elles doivent sans doute être présentes virtuellement dans idiaque discours, mais elles ne dispensent pas d'étudier les diverses faces de la vérité. Effrayer n'est pas tout, c'est même peu de chose ; il faut toucher, et pour cela instruire. Il est un grand nombre d'âmes que l'on n'acquerra à Christ qu'à ce prix. Hâtons-nous donc d'instruire, et instruisons à loisir ; Dieu pendant ce temps fera son œuvre. L'instruction n'est pas affaire de goût ou de choix, mais de nécessité. Un enseignement qui, dans toutes ses parties, tend à l'édification, ne peut être retranché de la mission du prédicateur.

D'ailleurs, il ne faut jamais perdre de vue que la

nouveauté est un grand moyen d'intéresser, et que

la prédication ne se soutiendra sous ce rapport qu'à

la condition de se renouveler sans cesse. On veut du

nouveau, et, toutes réserves faites, l'on n'a pas tort. Ce

besoin de nouveauté est plus sérieux qu'on ne pense,

et l'auditeur le plus pénétré est loin d'y être étranger.

Tout prédicateur avisé « tirera de son trésor des cho-

« ses nouvelles et des choses vieilles.» (Matthieu, XIII,

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