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sujet ; mais trouvera-t-il toujours un texte qui exprime son sujet? On ne peut pas le croire. Et dans ce cas, il fera de deux choses Tune : ou bien il ne relèvera, de la parole biblique, que ce qui se rencontre exactement avec son sujet, et fera abstraction du reste; ou bien le texte deviendra le moule de son discours : et alors croit-on que ce sera un plan bien naturel que celui qui, formé d'abord dans son esprit d'après la nature des choses et d'après son point de vue individuel, devra se reformer ensuite selon les sinuosités d'un texte qui n'a pas la forme de sa thèse, et qui n'a pas même la forme d'une thèse?
Si vous lui dites de renoncer à la forme de sa thèse, ou plutôt à sa thèse même, en faveur du texte, de quelles chaînes ne chargez-vous pas le ministère de la parole? et ne savez-vous pas que la Bible renferme beaucoup plus de vérités qu'elle n'en exprime? et que c'est un de ses mérites de suggérer, de susciter une ioule d'idées qu'elle renferme virtuellement, je le veux, mais non actuellement? — Si vous voulez tout i la fois que le prédicateur ait l'air de n'avoir égard qu'au texte, et que néanmoins il traite sa thèse complètement et exclusivement telle qu'il l'a conçue, c'est peut-être bien pis. Vous le contraignez à un artifice indigne de la chaire ; vous voulez que, sous air d'un regpect inviolable pour la lettre de la Bible, il lui fasse violence, il la torde : n'est-il pas évident qu'il montrerait plus de respect pour elle en la suivant de moins près, et en ne la forçant pas à entrer dans le cercle de sa conception, alors qu'il feint au contraire de faire
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entrer sa conception dans le cercle de cette parole? Pour tous les auditeurs un peu exercés, un peu daitvoyants, c'est un respect dérisoire.
Ou'ott nous dise qlie la vraie pfédiicatioh doit être, aitisi qu'elle le tut à son origine, une simple explication et application de la Parole inspirée, oh noue transporte sur un terrain tout autre, dans une autre question, que nous pouvons discuter, sans etitamer, sans compromettre en rien lés idées que nous venotis d'exjKJser.
Des houime& de caractères très diflFérentô et dé doctrines très opposées se sont rencontrés dans l'opinion que l'usage des textes est un abus. Selon Voltaire (qu'il ne faut pas se hâter de récuser ; car pourquoi h'auraitril pas rencontré la vérité sur ce sujet, qui n'est pals précisément une question de religion (^)t) , tt il serait à souhaiter que Bourdaloue, en battnissàht te de là chaire le mauvais goût qui l'avilissait, en eût w banni aussi cette coutume de prêcher sur Un texte. A En effet, parler longtemps sur une citation d'une « ligne ou deux, se fatiguer à compassér tout son dis- « cours sur cette ligne, un tel travail paraît un jeu peii « digne de la gravité du ministère. Le texte devient a une espèce de devise, ou plutôt d'énigme, que le « discours développe (2). »
ïl faut secouer le joug de nos habitudes, dont chacune devient à la longue une seconde nature ; il faut se transporter iàu point de vue d'un homme qui n'a
(1) « Fas est et ab hoste doceri. » ( Otide, Met. lib. y. 428.)
(2) Voltaire, Siècle de Louis XIV.
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point entendu prêcher, qui ne connaît de la prédication que son but et non ses usages, et se demander ce qu'on éprouverait en voyant une brandie entiëre du genre oratoire assujettie à cette règle, et chaque discours développant, non une idée du prédicateur ou Une Wée qui lui est devenue propre, mais une parole arraàée du milieu d'un discours étranger. Je crois pouvoir dire qu'on serait pour le moins étonné. Et on n'en resterait pas sans doute au simple étonnement, si le discours smr lequel on serait tombé était un discours de Bourdaloue, qui semble, ainsi qi;ie tant d'autres orateiffs de sa communion, n'avoir pris un texte que pour montrer son habileté à s'en débarrasser ; et si le prédicateur n'a pu faire autrement, si le texte lui a été imposé, le blâme alorfe se porte ailleurs, mais il se porte quelque part ; le prédicateur est innocent^ mais l'instittition ne l'est pas. L' étonnement ne serait pas moins grand si, au lieu d'un sermon de Bourdaloue, c'était un sermon de Reinhard : l'un se débarrasse de son texte, l'autre le torture pour lui faire dire ce qu'il n'a pas dit, ce qu'il n'a pas voulu dire. Mais si cet étranger, ce nouveau-venu, assistait à Une de ces prédications dont la chaire réformée offre tant d'exemples, où le texte n'est pas un prétexte^ où le texte n'est pas un défilé que l'on traverse avec effort, mais vraiment un texte, une pensée divine dont on cherche à pénétrer le sens, à mesurer la portée, à développer les parties, à déduire les conséquences, serait-il également étonné î Je ne le pense pas. Il ne ferait peut-être aucune réflexion sur l'usage; et s'il eh faisait, il ee
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pourrait fort bien qu'elles fussent favorables à l'usage.
A la longue, pourtant, et à mesure qu'il entrerait dans l'esprit de la prédication et du ministère, il se pourrait aussi qu'il lui vînt quelque doute sur la légitimité de l'usage, du moins en ce qu'il a d'absolu. Il ferait peut-être les réflexions que nous avons présentées sur l'incompatibilité du texte et du sujet, à prendre chacun d'eux dans la rigueur de sa notion « Il pourrait dire comme Claus Harms : « Nous sera-t-il « permis de demander s'il est aussi fondé en raison « qu'en usage de prêcher sur des textes î Oserons- «. nous exprimer l'opinion que le thème et le texte ne « se rapprochent que pour s'exclure mutuellement, « qu'un thème ne comporte pas un texte, et qu'un « texte ne comporte pas un thème? Oserons-nous « même affirmer que l'usage de prêcher d'après un « texte a nui, non-seulement à la perfection de la préce dication comme art, mais aussi à la connaissance « chrétienne, et, ce qui est plus grave, à la vie chré- .« tienne (1)? »
Il y a deux choses dans ce passage. L'une est une asàertiôn rigoureusement vraie sur l'alliance forcée d'un sujet ou d'un thème conçu d'avance et d'un texte conçu et rédigé par un autre. Nous avons souscrit d'avance à cette objection ; la difficulté ne peut être niée ; nous verrons un peu plus tard si elle ne peut point
(i) Harms, Pastoraltfieologie, tome I, page 65. — Voyez aussi tome U, page 158. — Ces opinions de Harms ont été discutées par Tholuck, Theologischer Ameiger, année 1835, Nos 63 et 64. — Voir sur le même sujet Kqester, Lekr- Jmch, page 194, S 35 de VHomUtique, et Huffell, Ûber dos fFesenund den Be- Tuf des evangelischrchtistlichen Geistlichen,' tome I, page 345.
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être surmontée. — La seconde partie du passage cité est une simple allégation, dont on ne produit pas les preuves, sur le tort que cet usage a dû faire à la prédication même, à la connaissance chrétienne, à la vie chrétienne. Je ne pense pas qu'on puisse absolument la repousser. La manière, au moins, dont l'usage a été pratiqué, a pu, jusqu'à un certain point, produire ces effets. L'interprétation suivie du texte de la Bible, fûlrelle la forme exclusive de la prédication, n'aurait pas eu tous ces inconvénients ; mais l'usage des textes isolés, joint à la nécessité de ne prêcher jamais sans texte, a certainement, dans sa rigueur et dans son absolutisme, quelque chose de faux, quelque chosede servile, qui rétrécit l'espace, qui borne la pensée, qui contraint l'individualité du prédicateur : je parle, qu'on y prenne garde, de cette méthode employée sans aucun tempérament, sans aucun adoucissement. B resterait ^ safvoir, après cela, si la méthode opposée, ou seulement la liberté de prêcher sans texte, n'aurait pas eu plus d'inconvénients encore, si les abus qui en seraient résultés n'auraient pas été plus graves. Nous voyons bien l'abus auquel a donné lieu la méthode qui a prévalu, et nous ne voyons pas ceux qu'aurait produits l'autre méthode ; mais il n'est pas très difficile de se les représenter, et il n'est pas plus difficile de comprendre qu'un usage aussi constant et aussi universel n'est, pas sans quelque fondement solide, et n'a pas été, dès le principe et dans sa simplicité, un abus et une erreur. Il resterait encore à savoir si r usage des textes n'est pas susceptible de
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modifications qui, sans le réduire à n'être plus qu'une formalité dérisoire, le purgeraient de ce qu'il peut avoir de servile, de faux, d'irrationnel.
C'est ce que j'examinerai en finissant. Mais d'abord, prenant cette méthode en général, sans égard à l'application qu'elle peut avoir reçue et à l'abttô qu'on peut en avoir fait, je fais les observations suivantes.
Premièrement, la consécration que cette méAode a reçue du temps et du consentement universel, lui a donné une telle force, qu'il n'appartient qu'au temps qui l'a introduite de l'abolir, et encore cette abolition suppose peut-être une violente secousse dans l'Église.
Secondement, cette méthode représente bien, au moins extérieurement, formellement, l'idée que le prédicateur est le ministre de la Parole de Dieu. Elle le rappelle aux autres et à lui-même.
Troisièmement, elle a des avantages réels. Le premier est l'avantage moral pour le prédicateur, d'avoir h rattacher son discours à une parole de la Bible. Le second est le respect qu'imprime à Tauditoire, au commencement du sermon, renonciation d'une parole ^crée. Le troisième, c'est qu'en général un texte bien spisi et ^rré de près produira un discours plus spécial, plus frappant et plus vivant, que ne le serait un discours b^sé sur une conception abstraite : c'est une originalité toute faite. Enfin, pour la plupart des prédicateurs, cette méthode est bien plus propre que l'autre à multiplier les sujets.
Ammon a fort bien résumé les avantages de l'usage