AVANTAGES DES TEXTES
des textes dans les paroles suivantes : « La Bible est « la source de notre connaissance extérieure de la re- «ligion. Elle est à un haut degré, en particulier dans «sa partie historique, facile à comprendre, intéres- « santé et dramatique ; elle fournit en abondance des «matériaux de la plus haute importance pour les « expositions les plus variées, sur la théologie, la reli- «gion et la sagesse pratique. Ses passages se retien- «nent avçc la plus grande facilité à cause de leur « expression simple et frappante ; ils facilitent ainsi « la reproduction particulière des vérités exposées. La « divinité subjective de son origine donne à la divinité « objective de son contenu une autorité (1), qui fortifie «les convictions religieuses de l'homme cultivé, et « qui tient lieu de preuve à Thomme illettré (2). »
Claus Harms lui-même, après avoir fait contre l'usage de prêcher sur un texte les objections que nous avons rapportées, conclut néanmoins à la conservation de cette méthode (3) ; il y revient par une considération d'utilité morale, et s'il admet des sermons sai^s texte, ce n'est qu'à titre d'exception.
Si la prédication sur des textes présente des difficultés dans la théorie , il est certain qu'elles peuvent être fort atténuées dans la pratique. Nous nous ferons comprendre en distinguant trois cas :
Ifi premier, qui se présente certainement, pt qui çttême n'est pas si rare, est celui où notre texte fait un
(0 En aHemand : Eine Glaubwûrdigkeit.
(2) ÂmioN, Handbuch der Kanzelberedsamkeit, page 88 de la troisième édition.
(3) HAaiis, Pastoraltheologie, tome I, page 83.
lia AVANtAGBS DES TBtTSd.
avec notre sujet, Tun se superposant exactement à l'autre ; dans ce cas, il n'y a point de difficulté à atténuer, point d'obstacle à faire disparaître.
Ou bien le sujet, conçu d'avance, ne trouve pas sa formule précise dans un passage de l'Écriture. Si néanmoins le sujet est chrétien, il doit pouvoir s'appuyer sur un texte de la Bible, dont l'idée est à celle du sujet ce que l'espèce est au genre ou le genre à l'espèce, — ou qui exprime l'idée du sujel en la compliquant de quelques circonstances accessoires ou adventices, — ou qui encadre l'idée dans un fait individuel ; — bref, [sur un texte] auquel, sans jeu d'esprit et sans subtilité, nous pouvons rattacher le sujet de notre discours. Nous ferons abstraction de ce qui est accessoire ou contingent, ou nous en parlerons sans nous y arrêter. — Le texte sera tout au moins, en pareil cas, l'annonce générale ou le point de départ de la vérité qu'on veut établir. Il décore, il solennise le discours du prédicateur. Il n'y a rien là contre cette franchise qui est la première condition de la dignité de la chaire. Le texte n'est point un prétexte ; le sermon est scripturaire. [Une telle manière de se rattacher à la Bible est préférable assurément à cet imaginaire respect qui fait violence au texte ou à la pensée, et elle se justifie par la nécessité, que les circonstances peuvent imposer, de prêcher sur un sujet qui ne trouve son expression exacte et adéquate dans aucun passage de l'Écriture (1).]
(1) Ce serait le ca« du prédicateur qui, aux Était-Unis, aurait à prêcher sur Tes-
• àvÀMTAÊfes DBS rttrkêé II 3f
Ou bien, enfin, on a devant les yeux, d'abord et uniquement, un texte. Je remarque que c'est- le cas le plus fréquent, la position la plus naturelle du prédicateur, et que, par une e^ce de force des choseSy par une habitude que contracte naturellement un esprit incessamment occupé de la Bible, il s'opère entrer le texte et le sujet une' conciliation, une fusion, quel nous ne concevons pas à priori. On est alors au service de son texte, non pas pourtant dans un esprit de servilisme, de minutie et d'exégèse puérile; il est pour nous comme un fruit mystique dont nous vou-* Ions exprimer tout le suc et conserver tout le parfum ; on en développe respectueusement, non les mots précisément et les détails accidentels, mais les idées ; cependant, comme Tidée et la forme sont toujours unies, et nulle part aussi étroitement que dans la Bible, le discours prend la forme du texte, et j'ai déjà dit quel en est l'avantage. Il n'a rien d'abstrait, il est concret comme un fait, comme une histoire. L'assertion de l'auteur sacré est comme un fait dont on rend «ttûptè.
Nous ferions volontiers de cette méthode la règle, comme en effet le Cas que nous avons supposé est la règle. Mais alors, entrant en plein dans le point de^ vue, nous abonderons dans l'esprit de ce procédé, qui est de voir, dans chaque assertion d'un auteur tewaré^*
f^Tfage. U en serait de môme pour celui qui aurait à prêcher sur ce qu'il faut Iravaillft par la réforme des individus à celle do la société; ou sur Vordré) dan» lel affaires domestiques ; ou dans le but de justifier les mystères dans la religion ; ou sur les signes conmie moyen de détermination; ou sur le progrès dans rintelU- SencedesTûfesdéDieu.
non-eeufôment une assertion, mais un fait, j'entends un fait de Fauteur, un fait qui n'a pas eu lieu deux fois de la même manière. Nous partirons de Vidée que tout texte est unique , un individu pour ainsi dire ; nous partirons de Tidée que, dans un livre dont les auteurs n'ont point parlé pour parler, il y a autant de pensées que de paroles, que deux formes accusent deux idées. La Bruyère a dit avec justesse, ^ qu'entre « toutes les différentes expressions qui peuvent rendre « une seule de nos pensées, il n'y en a qu'une qui soit « la bonne (1). » — Par la même raison, entre tous les sens que nous pouvons donner à un texte, il n'y en. a qu'un qui soit le bon. Un mat peuj; servir à individualiser un texte. Exemple : « doubliez pas a d'exercer la bienfaisance, etc. »^ (Hébreux, XHI, 16.) C'est s'appauvrir et se rendre vague à plaisir que de procéder autrement. C'est se dérober à soi-même une grande partie des sujets qui se trouvent indiqués dans la Bible, C'est renoncer, en beaucoup de cas, à cette conciliation entre le texte et le sujet dont nous avons tant parlé. Car c'est souvent au moyen d'un mot, mais d*un mot caractéristique, qu'un texte peut devenir l'expression exacte ou approximative du sujet que nous avions en vue avant de chercher ou de rencon«« irer le texte» Bien souvent, pour opérer cette concilia^ tiott, le vrai moyen n'est' pas de faire abstraction de tel ou tel trait du texte, mais au contraire d'en tenîf compte.
(1) La BtvbVÉKË, Les Varactères. Chap< ti Des oUi)ragBt ée l*§§pnt
CHOIX DBS TBXTB8» lltt
§ II. — JRègks . qui doivent présider au choix des textes,
Ces choses étant bien entendues, nous avons à dire les règles qui doivent présider au choix des textes.
La première est aussi précise qu'absolue : Le texte doit être tiré de la Parole de Dieu. — « Si quelqu'un «parlç, qu'il parle selon les oracles de Dieu. >» (iPierre,IV, 11.)
Nous avons l'air de dire une chose oiseuse, mais nous n'avons pas dit : « Le texte doit être tiré de la Bible ; » c'est là ce qui serait oiseux. Or, cette Bible, traduite par Ostervald, Martin ou tel autre, n'est la Parole de Dieu que sous bénéfice d'inventaire.
i^ [D'après ce que nous venons dédire, les textes pris dans les livres apocryphes sont exclus de- notre choix.]
2' Pouvons-nous prendre pour texte un passage que la critique rejette ou qu'elle rend considérablement suspect? [Il en est de très beaux, de très évangéliques; mais s'ils sont évidemment interpolés, ou très fortement suspects, il faut les rejeter. Les passages de cette classe sont peu nombreux. Jean, VIII, 1 à il et 1 Jean» V, 7, peuvent servir d'exemples*]
y^ Pouvons-nous prendre pour texte la traduction défectueuse d'un passage de la Bible? — [Non; ce serait ériger les traducteurs en prophètes, en hommes inspi-*
rés.Nos textes doivent être pris dans l'original, et si la
Version en usage en a altéré le sens, il faut qu'elle soit
iï4 N^CBdârrÉ d'éîddibr
rectifiée. Ce procédé causera quelque surprise s'il s'agit d'un passage très connu ; mais le scandale, est déjà donné par la divergence des traductions en usage. Il est donc très important, nous le répétons, d'étudier le texte dans l'original. Dans le doute, il faudra s'abstenir, et dans tous les cas user de ménagements^; maii^ on ne pourra se dispenser, sans toutefois introduire dans là chaire des discussions qui n'y doivfent p&s trouver place, de rétablir le vrai sens dans l'exorde du discours, par exemple, ou dans les abords du sujets Citons ici quelques exemples de variantes ou de traductions fautives :
'. Ésaïe, LU, 15 : «Il fera rejaillir le sang de plusieurs^ A nations, » {Osteirvald. )o\Hii\ arrosera, il aspergera, » (version anglaise.) au lieu de : « Il fera tressaillir plii- « sieurs peuples (1). » ^
Philippiens, lï, 6 : «Il n'a point regardé comme « une usurpation d'être égal à Dieu, » {Ostervald.) au lieu de t « Il n'a pas fait trophée, » ou : c< tiré va- « nité, etc. »
Romains, IX, 28 : « Le Seigneur va faire une «grande diminution sur la terre, » [Ostervald.) au lieu de : «une affaire abrégée,» (Martin.) (2) ou: « l'œuvre qu'il a résolue (3)* »
Romains, XII, 6. (Cf. verset 3.) On a traduit souvent : « Selon l'analogie de la foi. » Ostervald traduit avec raison : « Selon la mesure de la foi. »
(i) « Also wird er vîelc Vœlker in freudiges Erslaunen setzen. (De Wette.) (5) « A short work. «'{Fersion anglaise.)
(3) 2yvTé/*vûi, decerno^ definio; résoudre. — <f Die bcscblossene Sache wird «t der HetT'thimauf Erdca. » (De Wett .)
LE TEXTE DANS l'ORIGINAL. 117
Romains, XJV, 5 : « Que chacun abonde dans son « sens. » {Fénehn.) Cette traduction est fautive r Ostervald dit : « Que chacun agisse selon qu'il est pleine- « ment persuadé dans son esprit. » Il y a proprement dans le texte : « Que chacun soit pleinement persuadé a dans son esprit. »
Romains, XIY, 23 : « Tout ce que l'on ne fait pas « avec foi est un péché, » [Ostervald.) au lieu de : « Tout « ce qui ne vient pas de la foi est péché. »
Jean, I, 9. Martin traduit : « La lumière... qui «éclaire tout homme venant au monde. » Il s'agirait dès lors de la conscience, lumière qui éclaire tout homme. Il faut traduire : « La vraie lumière, qui a éclaire tous les hommes, est venue dans le monde.»
Psaume, XIX, 13 : « Et ab alienis (des péchés «d'autrui), » selon la Vulgate et M. de Lamennais (l)j au lieu de : « Absous-moi des fautes cachées. » Ostervald dit : « Nettoie-moi. »
Proverbes^ XVIII, 3. C^ passage, qui sert d'épigraphe au livre de M. de Lamennais Sur r indifférence y est traduit dans la Vulgate par les mots : « Inipius quum ^inprofondum venerit con^emm7. (L'impie, quand il est <c tombé jusqu'au fond de l'abîme, méprise.) » Ostervald traduit : « Quaind le méchant vient, le mépris «vient aussi, et l'opprobre avec l'ignominie (2). »
« Il est en vérité impardonnable, dit De Wette, «que plusieurs prédicateurs s'en tiennent purement
{^) Imitation de Jésus-CJmst, livre III, chap. 14, Réflexions.
(3) « Konunt der Freyier, kommt auch VcrachtuDg, und mit Schando Çchmacb
IDiWbttb.)
ItB PAROLES d'hOIOIES
c( et simplement à la version de Luther, si souvent « fautive, surtout dans TAncien Testament, et qu'ils « prêchent ainsi sur une prétendue pensée biblique « qui ne se trouve nullement dans le texte original. <:< -Un lecteur de ma' traduction m'exprima un jour son « étonnement de n'y pas retrouver un texte sur le- « quel il venait d* entendre un sermon qui l'avait fort a édifié. Il s'agissait du passage d'Ésaïe, XXVIII, 19*: « Les épreuves (1) enseignent à' prendre garde â la «parole. » On sait que le texte original ne renferme « ici aucune pensée qui ait la moindre analogie avec «celle-là (2). » De Wette traduit lui-même :« C'est « une terreur déjà d'eh entendre le bruit. » Oster- « vald dit : « Dès qu'on entendra le bruit, il n'y aura « quer trouble. >> — De Wette corrige aussi Luther sur Jean, XTV, 1, qu'il traduit : « Que votre cœur ne se « tfouble point; confiez-vous en Dieu et. confiez-vous « en moi ; » tandis qu'il y a dans Llither : « Si vous
« croyez* en Dieu, vous croyez aussi en moi. >> '
4^ ï^ouvons-fious prendre pour texte une parole d'homme contenue dans la Parole de Dieu î — Oui, quand cette parole est présentée comme ùti fait. Ce fait est souvent d'une bien grande importance, et bien digne d'être approfondi par la prédication, alors même que cette parole serait sortie de la bouche d'un adversaire de la vérité. Dieu a trouvé à propos de la consferver dans le livre de ses oracles. Si « la sagesse est « justifiée par tous ses enfants,» (Luc, VII, 35.) elle l'est
(r) En allemand : u Die Ânrechtung. »
(2) De Wette, Préface de sa traduction de la Bible.
SBRYANt Dl nXTESé liO
aussi par quelqueB^uns de ses adversaires. [Voici quelques passages du genre de ceux que nous avons en vue] :
Jlaro^ n, 7 : « Qui peut pardonner les péchés que «Dieu seul? »
Marc, IX, 24 : « Je crois, Seigneur, viens en aide « à mon incrédulité. »
Luc, XI, 1 : a Seigneur, enseigne-nous à prier. »
Jean, VII, 46 : « Les huissiers répondirent : Ja- « mais homme n'a parlé comme cet homme. »
Luc, VII, 19 : a Es-tu celui qui devait venir, ou « devons-nous en attendre un autre? »
Luc, XXni, 47 : Le eentenier, voyant ce qui était («arrivé, glorifia Dieu, disant : Certainement cet « homme était juste. »
Luc, XXIV, 32 : « Notre cœur ne brûlait-il pas au « dedans de nous, lorsqu'il nous parlait en chemin, et «( nous expliquait les Écritures ? »
Jean, VI, 68 : et A qui irions-nous. Seigneur? Tu « as les paroles de la vie éternelle. »
Actes, V, 38, 39 : « Et maintenant je vous dis : «Ne poursuivez plus ees gens-la, mais laissez-les en « repos ; car si ce dessein est un ouvrage des hom- « mes, il se détruira de lui-même; mais s'il vient de « Dieu, vous ne pouvez le détruire, et prenez garde < qu'il ne se trouve que vous ayez fait la guerre à «Dieu »
Romains, XV, 4 : « Ces choses ont été écrites pour « notre instruction. »
Genèse, LXVII, 9 : « Les jours des années de mes « pèlerinages fK)nt cent trente ans, et les jours des an-
1^ sEî^ sxtSricuh du. texte.
« nées do ma vie ont été courts et mauvais. » — [C'est un gémisseçûent de Jacob et de l'humanité, qu'il faut recueillir : souvent nos soupirs sont çle§ prophéties.]
Nous ne sommes pas encore sortis du vestibule de la question, il faut pénétrer plus avant. Toutes les règles que nous venons de donner ne sont pas une garantie suffisante ; il faut ajouter que notre texte n'est tiré de la Parole de Dieu que quand nous lui donnons le sens qu'il a dans l'intention de l'auteur sacré.
Ne nous occupons pas de la tâche du traducteur, quoique nous ayons supposé que tout prédicateur e$t aussi traducteur; ne considérong que le prédicateur. [Pour arriver à une parfaite intelligence du sens d'un passage, il faut qu'il examine d'abord le texte même, ,j)uis Je contexte.]
I. Le texte même. — Il y a à constater, dans chaque . passage, le sens verbal ou extérieur y et le sens intérieur.
Le premier est ce qu'on appelle communément Ja signification, l'idée que portent immédiatement les signes dans l'esprit, indépendamment de toute considération ultérieure, je veux dire étrangère aux éléments philologiques dont le passage est composé. — Le second estl'idée qu'au moyen de ce sens extérieur, l'auteur du passage a voulu communiquer à l'esprit du lecteur ; en sorte que la première idée obtenue n'est à l'égard de la seconde que ce que les mots ont été à l'égard de la première. — La clef du premier sens est
SBIfS EXTÉRIEUR DU TEXTE. 491
la connaissance des mots ; la clef du second est la coqnaissance des choses.
Pour ne pas errer sur le sens que nous appelons extérieur, il faut avoir une idée précise de la langue des auteurs, je veux dire de la valeur des signes et des formes de cette langue, comparés aux formes et aux signes correspondants de notre propre, langue. En d'autres termes, il faut savoir à quel taux il faut prendre les mots principaux, qui reviennent le plus souvent et entrent dans Içs passages les plus importants.
Il y a, dans la langue de la Bible, un certain nombre de mots qu'on peut dire capitaux, et dont le sens, exactement saisi, devient la clef de la Bible» Si Ton s'arrête purement et simplement à la signification usuelle des termes au moyen desquels le traducteur a rendu de tels mots dans notre langue, on court grand Tique de commettre de graves erreurs. Ainsi en est-il des mots crainte, chair y âme, cœur y foi, justice, intelli" gence, insenséy lumière^ juste^ homme de bien, méchant, wiu (2 Pierre, I, 5). Le traducteur vous a traduit le^ mots ; il faut vous traduire à vous-même les idées (1). Le prédicateur, ou plus généralement l'exégète, aura ici deux choses à considérer, qui n'en sont qu'une
(i) Ce n*est pas au traducteur â expliquer ou à commenter. 11 doit rendre les
expressions de Toriginal, et en conserver, sans s'embarrasser des conséquences, les
duretés, les obscurités, le caractère paradoxal; il ne doit pas reculer devant des
niétaphorés qui sembleront étranges parce qu'elles sont étrangères. (« Vinum dat
** cornua pauperi. » Voyez le mot corne, t Samuel, II, lo etPsaume GXII, 9.) Ce-
pendant il y a ici même une limite. Ces métaphores, par exemple, sont éteintes
dans le langage du texte ; elles se raniment dans la traduction, et exagèrent par là
Dt^mc la pensée de l'original. Cette dépréciation des signes du langage a lieu dans
tous les idiomes, et nous explique pourquoi nous recevons, à certains égards, une
"Impression plus vive des ouvriiges écrits dans une autre langue que de ceux de la
192 Mm ilhiitiEtB DU tsfis.
peut-êtfe, le caractère; lés mœurs de la langue, —et la philosophie du peuple. [Parlons d'abord du premier point.]
Les mêmes mots, les mêmes formes ont une valeur autre dans une langue où domine l'espf it de synthèse et dans celle que distingue un esprit analytique. [La langue synthétique est celle de la poésie pure; l'analytique, celle de la prose pure. Ni Tune ni l'autre n'existent. L'analyse domine dans notre langue, et là synthèse dans celle des auteurs sacrés.
[Une langue synthétique semble avoir pour caractère d'étabUr des communications entre toutes les idées qui ea sont susceptibles, de façon que la langue tout entière devient une ligne continue. L'analyàe classe et distingue avec toujours plus de précision : chaque signe prend un domaine circonscrit, dont il lui est in- 'terdit de s'écarter. Des mots qui étaient fort élastiques avant te règne de l'analyse, finissent par rentrer dans leur coquille. C'est en ce sens que Bossuet a dit du style de Calvin qu'il est triste, c'est-à-dire nuy austère.
nôtre. Noos tommes m^me induits en erreur sur la force de Texpression/ Il tm quelque temps au Français qui lit des livres, anglais pour réduire à sa juste valear Tadieclif anteious, qui ne signifie ni angoissé, ni anxieux, mais simplement désireux ou curieux. — Il y a ensuite des locutions dont la reproduction exacte produirait, sans aucun profit, un effet étrange. Comment traduire littéralement une
phrase coihme celle-ci : ou TrapavyeAisc nctpYiyygiXetjxvj ? (Actes, V, 28.) Gepeo-
dant on aurait tort de ne pas traduire fl^DJEI flID ( moth tthamoutb, Genôse, H,
17) par : « Tu mourras de mort. » Serait-ce une règle sûre que de traduire toujours le même mot par le même mot? Cela n'est ni sûr ni rationnel, n ne faut pas se flatter d'être d'autant plus fidèle qu'on sera plus littéral ; souvent on le sera moins; cela se comprend aisément. — Nous sommes loin de posséder une traduction exacte, et si, pour avoir là Parole de Dieu, il fout avoir la lettre de cett^pa* rôle, nous ue poMédontf pas la Parole de Dieu.
8BII8 BXTSRISVR DU TEXTE. iSÇ
Tout est ainsi de plus en plus réglé dans les langues; on ne laisse plus rien à l'arbitraire ; elles deviennent constitutionnelles; et si cette différence ne nous échappe pas dans notre propre langue^ en la prenant à deux siècles de distance, combien ne sera-t-elle pas plus frappante encore entre le français et Thébreu !]
Lorsqu'on a affaire à un livre écrit dans une langue poétique, où Ja synthèse domine, on doit tenir compte des habitudes de cette langue.
Une langue poétique^ c'est-à-dire parlée par, un peuple poétique, se plaît tour à tour à diminuer et à augmenter, pour laisser à l'imagination du lecteur le plaisir de faire une partie du chemin, d'ajouter ou de retrancher (1). [La Bible est remplie de ces façons de parler, et on en a souvent abusé.]
Elle aime tour à tour à rendre absolu ce qui est relatif, et relatif ce qui est absolu (2) .
Elle généralise ce qui est particulier et particularisé ce qui est général, prenant le devoir tantôt à son sommet, tantôt à sa base (3).
Elle ne sépare pas d'une manière tranchée lès no-
(i) Exemples : t< Le péché m'a Tait mourir par le commandement. » (Romain^ Tïï, II.)
« Celui qui est né de Dieu ne fait point le péché. » (i Jean^ m, 9.)
« Si quelqu'un Tient à moi et ne hait pas son père et sa mère,... il ne peut être mon disciple. » (Luc, XIY, 26.)
« Ce qui estélevé devant les hommes estabominatjon devant Dieu.» (Lue,XVl, 15.)
« La toi n'est point contre ces choses. » (Galates, Y, 33.)
«^tes œuvres infructueuses des ténèbres. » l[Éphésiens, V, ii.)
(Onésime) m qui t'a autrefois été Inutile. » (Philémon, ii.)
(2) « N*ittVite pa^ tes amis. » (Luc, XIV, 12.)
« n fetouma Justifié préférablement à i'aiAre. » (Luc, XYIII, M.) '
(t) « Ttt B6 rendrai point de làui témoignage contre ton prochain. » (Bxodd,
121 SBNS BXliRIEUR DU TEXTB.
tions qui se touchent : méchant et însensé; dire et faire; connaître et éprouver ; regretter et se repentir ; se reperir Ur et changer de dessein ; oublier et trahir ; juger et conr damner. Elle prend le sentiment pour l'acte et réciproquement. Elle se plaît aux consonnances d'idées, aux synonymies, à la symétrie, au parallélisme, à procéder par couples ou par paires d'idées (1).
Elle classifie sans intention scientifique. — « Crée « en moi un cœur net, et renouvelle au dedans de « moi un esprit droit. » (Psaume LI, 12.) [L'Ancien et le Nouveau Testament abondent en exemples- pareils. On trouve fréquemment chez les prophètes et chez les apôtres des séries de substantifs ou d'adjeotifs qu'on a prises, bien à tort pour base de divisions de discours.]
Elle aime à jouer sur les sons, caractère qui se retrouve d'ailleurs en quelque mesure dans toutes les laides {2).
(i) « L'aise des sots les tue, et la prospérité des Insensés les perd. >» (Proverbes, I,3Q.) .
M Ta parole est une lampe à nos pieds et une lumière à nos sentiers. » (Psaume CXÏX, 105.)
« L'Éternel ^t ma lumière et ma délivrance : de qui aurai-je peur? L'Ëtemtl «« est la force de ma vie : de qui aurai-je de la crainte ? » (Psaume XXVII, i.)
« Quand ton ennemi sera tombé, ne t'en réjouis point, et quand il sera renversé, « que ton cœur ne s'en égayé point. »> (Proverbes, XXIV, 17.)
« II a désaltéré l'âme altérée, et rassasié de ses biens Tàme affamée. » Psauine CVII, 9.)
Voyez aussi Ésaïe, LIX, i à 6.
Nos langues modernes ne sont pas étrangères à ce procédé : Périls et risquât; mort et martyre; crainte et tremblement; us et coutumes; par voU et par chemin ; voies et moyens. — V-oyez sur ce caractère de la langue biblique Hbr- DER, Hehr. Poésie, tome I, page 23, et Pétavel, Za fille de Sion, page 76^
(2) L'allemand a : Schutz und Trutz; leben und weben; scJuUten und toçlfen; elle mit H" elle; — le français : Ai feu ni lieu; sans foi ni loi; peu et paix, Kempis dit : ria crucis, via lucis. Les paronomases ou assonances sont oonh