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Les textes temporels doivent donc, à moins d'indication précise, rester dans le sens temporel. L'allégorisme livre tout au hasard, et ceux qui en font usage au profit d*une tendance, favorisent sans le savoir la tendance contraire.
Passons maintenant aux choses de l'ordre spirituel et aux textes gui s'y rapportent. — Il y en a de deux sortes : les unes purement spirituelles, dont la réalité est tout entière dans le monde invisible; les autres mixtes, qui sont spirituelles aussi, mais qui, combinées avec des faits de l'ordre temporel, prennent place dans le temps et dans l'espace.
Les secondes ne sont pas spirituelles par allégorie ; elles le sont essentiellement, ou en elles-mêmes ; elles renferment , elles expriment les mêmes vérités que les premières ; mais enfin elles ne sont spirituelles que par un c5té, dont il faut se contenter. Tout ce que la matière et le temps joignent d'accidentel au fait spirituel, demeure matériel et temporel. Il ne faut pas vouloir spiritualiser cet élément. Ce serait vouloir enchâsser le diamant dans le diamant : — sans profit; car il n'en est pas du diamant de la vérité comme des autres; son prix ne dépend point de son volume, mais de sa pureté et de son feu. [C'est donc à tort que] Ton a dit que Jacob croisant ses bras sur deux de ses enfants signifie qu'il n^y a "point de bénédiction que sous la croix ; — il s'ensuivrait que les autres enfants de Jacob n'ont point été bénis. On a dit [à tort aussi,] que « quand il n'y a qu'une victime, c'est pour rap- « peler que Christ est la victime unique, et que quand
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« il y en a deux, c'est pour indiquer que Christ de- « vait souffrir à deux reprises, en Gethsémané la nuit, <iet sur Golgotha le jour (1).»
Le régime, l'éducation du peuple juif sont choses spirituelles. Dans l'ensemble de son histoire, il est l'image la plus parfaite de l'individu et du chrétien sous la direction de Dieu. Ce que nous disons de l'ensemble^ nous pouvons le dire des grands traits. L'entrée d'Israël dans Canaan à force armée, n'est pas seulement l'image, mais l'exemple de l'obéissance et de la résolution du chrétien, appelé comme le Juif à combattre et à souffrir. La foi est l'âme de l'un et de l'autre. (Voir Hébreux, XI.) — La manne du septième jour est un exercice de foi et de confiance. Mais si l'on veut voir dans la manne la distribution de l'Esprit de Dieu aux fidèles, dans chacun des ennemis rencontrés par les Juifs la figure de chaque obstacle que rencontre l'âme dans le chemin de la vie, on dépasse arbitrairement la limite, on donne lieu à une sorte d'amusement sur les matières les plus graves, on rend tout problématique en voulant rendre tout certain.
Il ne faut pas objecter les figures et les types indiqués dans la Bible. Ils m'indiquent, entre autres choses, que tout n'est pas type et figure ; si tout l'était, rien ne le serait.
Quajxt aux textes qui sont purement spirituels, qui expriment quelque idée ou quelque fait du monde moral, nous comprenons dans leur nombre ceux gui sont
(t) G. HoMOD, Explication de l'Écriture, page U8.
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compliqués d'une circonstance temporelle trop insi- .gnifiante pour être prise en considération. >
Dans ces textes, il faut distinguer différents ordres ou degrés de spiritualité. Le texte est plus ou moins spirituel selon que l'idée est plus ou moins distincte, l'objet plus ou moins élevé, le sentiment plus ou •moins profond.
[ La foi des aveugles (Matthieu , XX, 29*34) , qui -crient : « Seigneur, fils de David, aie pitié de « nous, » etc., quoique réelle, est-elle un modèle de la foi chrétienne dans son idéal? Il y a donc là spiritualité, mais spiritualité inférieure. Tout ce que sentirait un chrétien par rapport à Jésus-Christ ne s'y trouve-pas. — Dans les hosanna de la multitude, (Luc, XIX, 37-38.) il y a tout le système chrétien, si Ton veut. Cette multitude avait le sentiment cbnfus que le Christ était un roi béni, et que dans sa venufe il y avait paix pour les hommes et gloire à Dieu. Mais il est plus que douteux que ces sentiments fussent clairs, distincts et complets. Il y aurait abus à entendre ces paroles comme on les prendrait si elles étaient prononcées par un Paul, un Pierre, un Jean, après l'envoi du Saint-Esprit (1).]
Cette différence de degré peut se trouver entre des passages du même livre ; elle se trouve nécessairement entre l'Ancien et le Nouveau Testament; car si l'œuvre que ces deux livres ensemble nous retracent, est une œuvre unique, c'est aussi une œuvre progressive.
(0 Voyez, comme exemples du même genre dans F Ancien Testament, Jérémie, Xni, 16 et XX, 7.
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Elle est unique, puisque Dieu n^a jamais voulu qu'une chose, le rétablissement de son image dans rbomme, la formation d'un peuple qui fût à lui; unique, puisque les mêmes principes pénètrent toutes les parties de la Bible : en Dieu, comme fait, la sainteté et l'amour; en l'homme, comme loi de sa vie, l'obéissance et la foi.
Sous le premier rapport, vous voyez, dès la chute, tout préparé, tout concerté pour la réhabilitation.
Sous le second rapport, vous voyez inculquer avec force et perpétuellement les principes sur lesquels s^édifie toute la doctrine évangélique. [Le christianisme est plus ancien que le judaïsme, la foi en principe plus ancienne que la loi. Paul fait retourner les Hébreux tout au travers de la loi jusqu'à la foi d'Abraham.] La loi n*a fait que « survenir.» (Romains, V, 20.) Survenir n'est pas interrompre, mais n'est pas non plus commencer.
Mais cette unité, [ai-je dit,] a la forme du progrès. On va du moins au plus, soit dans l'œuvre, soit dans le principe. Cette progression est celle d'un germe, qui ne s'accroît pas par superposition du dehors, mais qui produit du dedans même tout son développement successif.^
Il y a, dans l'Ancien Testament, des principes posés, une attente excitée, un besoin créé : principes auxquels l'Évangile a donné un corps, attente qu'il a réalisée, besoin qu'il a satisfait. C'est dire d'avance que de l'Ancien Testament au Nouveau, on va du moins au plus. Si on ne va pas en effet du moins au plus, on ne comprend pas la nécQssité d'oin ten]^ps d'arrêt, ni la raison
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de deux économies. Â quoi bon la seconde^ si tout se ^trouve dans la première?
On.pe\^t dire que tous les éléments du Nouveau Tesjtament se trouvent dans l'Ancien, mais enveloppés, joaanquant de précision, de perfection, e^t enfin n'étant pas consacrés par les faits avec autant de «puissance que dans le Nouveau Testament..
Mais enfin (1) ils sont consacrés dans les faits: ils se présentent d'entrée sous cette foriïie.
,Dieu consacre par un fait l'idée de son unité^ en .localisant sa présence , quoique son action soit représentée comme universelle, et sa nature comme spirituelle.
Il consacre sa providence par le fait de l'adoption, protection et direction d'un peuple particulier.
Il consacre $a souveraineté en faisant tout converger à lui, jusqu'au .moindre détail, dans le gouvernement des choses extérieures. (Théocratie, Dieu jaloux.)
Il consacre sa justice par les. peines et les récompenses.
Il consacre le principe d'obéissance spirituelle, ou du . « culte en esprit et en vérité, » (Jean, IV •) en repoussant le service purement extérieur, fût-il même parfaitement exact. (Gain.)
(1) Le morceau qui commence ici et qui se termine,. i la page 138, par lesmots: ... la couleur et le relief manquent, » est noté, dans le manuscrit principal dn Cours dlIùmUétique, d'un signe qui n*est pas expliqué, mais qui semble indiquer .que M. Yinet avait Tiatention de le revoir. Voici d'ailleurs comment il l'a résumé dans un manuscrit plus récent, mais fort abrégé : <c Tout ce qui est élémentaire V dans la vérité est exprimé de la même manière et avec la même force dans les w deux livres; mais au delà, la différence commence, et elle est considérable. Il u ne faut pas prêter à des textes de l'Ancien Testament un degré de spiritualitié ■q u'ils n'ont pas et qu'ils ne peu\ent avoir, n (Éditeurs.) >
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n consacre le principe de la foi justifiante, en y attachant la bénédiction, et faisant du héros de la foi le àef et la personnification du peuple élu. ce Toutes les « nations de la terre seront bénies en lui (1). »
Il consacre, par le sacrifice perpétuel, notre déchéance et la nécessité d'une réparation. — Il fait annoncer un Réparateur.
Enfin, au sein du peuple légal, il crée un peuple spirituel, soumis à la loi parfaite qui est la loi de la liberté!
Toutes ces idées sont réalisées dans TAncien Testament; mais il fallait qu'elles fussent personnalisées. .Second degré : la personne après les faits.
Quand l'Évangile dit : c< La loi a été donnée par « Moïse, mais la grâce et la vérité sont venues par J6- «sus-Christ,» (Jean, I, 17.) il n'établit pas une opposition entre la vérité et la loi ; mais il veut dire que la vérité n^a été connue tout entière, vue distinctement, que par le moyen de la grâce, qui la renferme toute. (Baptême d'eau, baptême de feu ; — voix de la terre, voix du ciel ; — l'eau et l'esprit.)
Or, cette grâce n'avait pas été révélée au peuple de l'Ancien Testament aussi distinctement qu'en Jésus- Christ à celui du Nouveau. La loi ne contient que tmhre des biens à venir ; (Hébreux, X, t ; YIII, 5.) la loi est l'ombre que la grâce jette en arrière de soi ; toute
tO Genèse, XVUI, 18. — Les choses les plus spirituelles sont plus anciennes; ^Oei précèdent la loi, et Ton ne saurait trop se rappeler que la loi n'a fait que '^fvenir, (Romains, V, 20.) » pour faire abonder le péché. » — La fin et le com "'^^l'ceinent se rejoignent par-dessus l'économie mosaïque, ce grand épisode.
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ombre suppose, annonce, fait prévoir un corps; elle en rend les contours, la forme générale, la silhouette, mais la couleur et le relief manquent. On peut dire d'elle, comme il a été dit de la prophétie, qu'elle est une lampe qui luit dans un lieu obscur, (2 Pierre, I, 19.) comparée au soleil de justice qui porte la santé dans ses rayons. (Malachie, IV, 2.)
Aussi les membres spirituels de ce peuple, pénétrés de tous les principes que nous avons indiqués, sont virtuellement chrétiens ; je veux dire que chacun d'eux est tel que. Christ survenant et se manifestant, il n'aurait pas eu à changer de principes pour être chrétien actuel. 11 est chrétien parce qu'il le serait. — Il est chrétien généralement , non spécialement ; — implicitement, non explicitement ; — virtuellement, non actuellement. — Il est chrétien élémentairement.
Toutes les fois qu'il exprime de ces convictions élémentaires, qui ont pu avoir pour lui toute leur clarté et leur signification hors de la connaissance imnaédiate de Jésus-Christ, ce chrétien de l'Ancien Testament dit une chose identique à celle qu'exprimeraient les mêmes termes dans la bouche d'un « Israéhte » du Nouveau Testament (1) ; et nous pouvons sans restriction ni modification nous approprier ses paroles, bien qu'il n'y ait pas attaché toutes les idées, ni une idée aussi précise, aussi distincte, aussi concrète, qu'un chrétien venu après Jésus-Christ y attacherait. — Chose remarquable : un Israélite, même spirituel, n'est pas iden-
(1) « VlvnJéX de Dieu. » (Galates, VI, 16.)
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tique à un chrétien spirituel ; mais le peuple spirituel de r Ancien Testament est l'image parfaite du chrétien. Rien de plus spirituel que ce qui est dit à ce peuple ou de ce peuple dans l'Ancien Testament. — (Ésaïe, LXIII, 14 ; — LXVI, 12 ; - Jérémie, XXXI.)
Mais il y a aussi des passages qui semblent destinés à montrer l'avantage du Nouveau Testament sur l'Ancien ; des passages où l'idée, non-seulement est moins précise, mais moins parfaite ; des passages où la défectuosité relative de l'Ancien Testament paraît ; des idées qui demandent à être complétées, purifiées par l'esprit du Nouveau Testament.
A ne considérer que la spiritualité, ou l'obligation pour le prédicateur de se maintenir au niveau de la spiritualité de l'Évangile, et la partie élémentaire, un prédicateur chrétien pourrait prêcher très longtemps sur des textes tirés de l'Ancien Testament, ou du moins il pourrait, sans en altérer le sens, et sans rester au-dessous de l'esprit du christianisme, prêcher fort souvent sur des textes pris dans cette portion des Écritures. Essayons d'en donner la preuve.
Condition de l'homme. — Psaume XXXIX, 7-13 : « L'homme se promène parmi ce qui n'a que l'appa- «rence..... Je suis voyageur devant toi et étranger « comme tous mes pères. »
Condition morale. — Jérémie, XVII, 9 : « Le cœur est « trompeur, et désespérément malin par-dessus toutes « choses. »
Besoins moraux de V homme. — Psaume LXIII, 2 : <<Mon âme a soif de toi; ma chair te souhaite en cette