TEXTES OBSCURS
mains, XV, 4.) elle ne s'applique pas à tout. L'instruction est un tout qui a ses accessoires éloignés. Ce n'est pas sur ces accessoires qu'il faut prêcher.
Quand l'obscurité est dans l'expression, dans laquelle je comprends aussi les formes de l'argumentation, que fautai faire? — On dit : Le ministre est essentiellement le commentateur ou l'interprète de la Parole de Dieu, et comme tous doivent la lire, il faut la faire comprendre à tous. — Je réponds qu'il n'est pas dit que tout soit immédiatement adressé à tous les lecteurs de tous les temps. [Tout au moins l'homme simple ne comprendra pas tout et ne croira pas que tout lui soit adressé. Sans doute l'enseignement de l'Esprit de Dieu ouvre considérablement l'esprit; mais il se peut bien toujours que plusieurs passages, dont la forme est d'un autre temps, demeurent obscurs pour une partie des lecteurs de nos jours. L'édification est l'instruction de l'âme, et elle n'est pas incompatible avec celle de l'esprit; mais si, pour édifier, on doit donner un certain aliment à l'intelligence, un labeur trop considérable nuit sensiblement à l'édification.] Il faut un talent bien particulier pour rester édifiant en
(c dans r obéissance et rétablir le royaume de son Père. Dans le ciel. Dieu fera tout u en tous par lui-même. Jésus-Christ ayant achevé son œuvre, qui est de recueillir «( les élus de Dieu, de les régir sur la terre, de les conduire à son Père, il n'y aura u plus de médiation ni de sacrifice de Jésus-Christ pour le péché, plus d'entremise M des anges,... plus de ministère des honbmes, plus de besoin des Écritures, plus « de nécessité d'aucun moyen extérieur. Dieu, dans la trinité de ses personnes, ré- « gnera par lui-même, fera subsister et vivre en lui et de lui tout le corps de TÉu glise, le chef et les membres, les rendra inunortels par lui-môme comme éternité, » les éclairera et les rendra tout lumineux conune vérité, se répandra en eux et les u consommera en lui-même comme charité. » (Quesmel, Réflexions morales sur le Nouveau Testament.)
IBXXBS OBSCURS. 153
de tels sujets. U en faudrait même beaucoup pour être seulement clair de la clarté que la chaire demande. c( Que chacun, au reste, s'éprouve soi-même. » (1 Corinthiens, XI, 28.) Enfin, sur tel de ces textes, tout l'office de l'interprète est peut-être de montrer qu'ils sont obscurs, et c'est quelquefois le meilleur service à rendre. — Exemples :
Galates, III, 20 : a Le Médiateur ne l'est pas d'un «seul, mais il n'y a qu'un seul Dieu (1). »
Romains, XII, 20 : c< ...Tu lui amasseras des char- « bons de feu sur la tête. »
1 Timothée, V, 24, 25 : « Il y a des personnes dont «les péchés sont manifestes, etc. »
Romains, Vil, 10, H : « Le commandement qui « m'était donné pour la vie, m'a donné la mort, etc.» Au reste, les textes obscurs, ou bien sont importants, mais peuvent être suppléés par d'autres, ou bien ne sont point féconds, et c'est presque toujours le cas. [Nous pouvons donc, en résumé, proposer la règle suivante ] :
Ne donnez pas pour texte à votre discours un passage obscur, difficile, ou dont l'éclaircissement exigerait une discussion préliminaire trop prolongée. — Cette règle souffrirait exception, si ce texte renfermait une vérité importante qui ne fût pas énoncée ailleurs.
Choisissez un texte fécond. J'appelle fécond un texte
(0 Voyez QuESNBL sur ce passage.
154 TBlTÊS FECONDS.
qui, saris additîoh étrangère, saris lé secours de détails minutieux, isans digression, réduit a ses véritables fermes^ fournit matière à un dévélof)periiérii intéreàsànt dans toiitès ses t)artiës, et laisse entré nos malins lin résultat iinportàiit: — [Tout teite féœnd sera en inêinè tèirit)S iin texte pratîcjue ; car sî le |)fêaicatteiir peut aborder des matières spéculatives, c'est toujours dans lin liit^rêt pratiqué, et non dans un irifêrei ])hilosophique pur.]
tl est difficile de donner des exéni|)!e8. tié (Jiii est stérile pour les uns est productif pdtir lès kiitrés^ et a ce «ersft.
De bonnes études théologiquès; la rriéditation; ûiie Habitude pliilosot)hi4ue de Tesprit, peuveiit faire voir la fécondité où elle ne paraissait pas d'abord. Celui qui saisit lés rapports de l'idée avec d'autres idées, ses affinitésj ses prolongements,' celiii (J^i isait généraliser, remonter aux principes, voir de ibiii lès conséquences, féconde un terrain stérile pour beaucoup d'autres.
Je suppose d'ailleurs une prédication textuelle ; car l'embarras serait petit s'il rie s'agissait de traiter les textes qu'à la manière catholique.
Mais, dira^-t-on, libres comme nous le sommés de choisir nos textes, pourquoi n'irions-riouspas dirëctemërità ceux qui sont évidemment féconds? — D'abord, ce serait écarter des textes qui ont leur mérite particulier, leur caractère propre, et réduire beaucoup la latitude du choix. Puis, il est bien probable qu'à ce compte-là très peu àe textes seront fècoiids. Les plus riches, àii bout du comptey ne sont riches que pour la méditation. [Jle-
TÎdcTBS CHOQUANTg. iB8
marquons en passant qu'il est fort utile, sous ce rapport tout particulièrement,] d'avoir à traiter pendant quelque, temps des textes imposés, et, en tout temps, de s'en laisser prescrire. , ,
Mais il est pourtant yrai gue i^i l'apparence de la stérilité çn impose au pliis grand nombre, l'apparence coritraire peut ep imposer à d^autres.
Toute parole frappante, belle^ émouvante n'est pas féconde. Le^ vérités qui sont au terme ou au sommet ne spnt pas fécondes comme celles qui sont au point de départ ou à mi-chemin. E^les n'cjnt plus rien à produire, que des ^mpjjons. -r Exemples : Colossiens, I, 16 ; Psaume LXXni, 25. .,,
Quelquefois, une idée saillapte ou piquante, rencontrée dans un texte^ peut induire une jeune imagination à le traiter ; mais ce texte ne présente que cellelà, et tout le reste ne se remplit que de lieux communs.
Vous pouvQz, selon les cas et sauf précaution, employer dans le corps de votiçe discours des passages dont les termes ont quelque chose dç repoussant; mais il ne f^ut pas en faijçe ji^s textes de vos sermons. — Exemple : 2 Pierre, II, 22. >
Je joins aux passages présentant une image choquanté ceux qui ont quelque chose de bizarre ou de trop familier ; maïs en général ces textes-là sont relaufs a des sujets qu on n est pas appelé a traiter.
156 DÉLlUITATiON. DU TEXTE.
Il n'y a rien à dire sur les dimensions ou l'étendue matérielle du texte. Quant à son étendue logique, nous recommandons l'intégrité et l'unité.
Claude a donné la règle Suivante : « Il faut que le « texte renferme l'idée complète de l'écrivain auquel « il est emprunté ; car c'est son langage, ce sont ses « sentiments dont nous devons compte à nos audi- « teurs. Par exemple, si vous prenez ces mots de c( 2 Corinthiens, I, 3-4 : Béni soit Dieu^ le père de « notre Seigneur Jéms^Christ, le père de miséricorde et « le Dieu de toute consolation y qui nous console dans tour « tes nos afflictions y afin que, par la consolation dont c( Dieu nous console nous-mêmes, nous puissions aussi « consoler les autres^ dans qvslqus affliction quHls se trouc( vent ; — et que vous vous arrêtiez après ces mots : « le Dieu de toute consolation^ vous avez un sens com- « plet, mais non pas le sens complet de l'apôtre. Que c< si vous allez plus loin et que vous ajoutiez : qui « nous console dans toutes nos afflictions, vous n'avez « pas encore le sens complet de saint Paul, vous n'em- « brassez pas toute sa pensée ; il faut aller jusqu'à la « fin du quatrième verset. Quand l'idée de l'auteur c< sacré est embrassée, vous pouvez vous arrêter ; car c( il y a peu de textes de l'Écriture sainte qui ne fource nissent la matière d'un sermon, et il convient égalece nient mal d'embrasser trop et d'embrasser trop peu; « il faut éviter les deux extrêmes (1). »
(i) Claude, Traité de la composition du sermon, dans le tome 1er des Œuvres posthumes.
DiSlIHITATION t)U TKXTB. 1 f>7
Je n'adopte pas la règle de Claude. Je me contente, en général, d'un sens complet en soi, pourvu qu'il soit conforme à la pensée de l'écrivain sacré.
La règle de Claude, dans l'application, se déborderait elle-même, en nous entraînant à embrasser un sens plus que complet, ce qui arrive lorsque, dans saint Paul par exemple, plusieurs pensées s'enchaînent les unes aux autres, non par leur côté le plus large, mais par leur extrémité, par leurs parties terminales (1).
Même lorsqu'il n'en est pas ainsi, il serait bien dommage de ne pouvoir prendre une des propositions dont se compose une période, pour l'envisager à part.
On reconnaîtra facilement les cas où l'on serait incomplet, insuffisant, en n'allant pas jusqu'au terme de la phrase de l'auteur. Pour moi les passages suivants sont de ce nombre : 1 Corinthiens, XIII, 1 3 ; II, 9 ; Philippiens, n, 12-13; IV, 6-7.
En serait-il de même du passage cité par Claude? — En serait-il de même de 1 Timothée, VI, 13-16, de Éphésiens, I, 7-10, de Hébreux, XH, 1-2, ou de Hébreux, Xn, 15 ? — Ce serait se mettre à la merci d'un accident de phraséologie, d'une conjonction {car, donc, ^t)y d'un rien. — Voir Jean, XTV, 21. Ce serait s'in-
(t) [Si cette régie s'appliquait à des écrivains réguliers dans leur style, Fincon- Téoient serait nul ; mais nous avons à faire à d'autres écrivains. Leurs périodes loaTent manquent à la loi d'unité des rhéteurs. Nous craignons d'autant moins de l'^Tooer, que nous y voyons une beauté en tant qu'elle révèle une grande effusion ^ GQor. Si Panl et Pierre sont tombés dans ce défaut par négligence, cependant, ^ TOyant le principe de cette irrégularité, on admire et on se tait. Dans chacune fleurs pensées, leur diarité aurait voulu embrasser toutes les pensées do chrii ^^nimie, tous les intérêts de leurs auditeurs.]
158 DlïUlfITATION DU TEXTS.
tercjire certains textes formés de peu de mots suspendus à la phrase, et ne formant pas une proposition, comme Éphésiens, V, JO : « gxanainant « ce qui est agréable au Seigneur ; » et 1 Jfjerre, V, 7 : « Vous déchargeant sur lui de tous vos soucis. »
Une idée importante, très proportionnée ^ un sermon, est souvent enfermée dans un appendice ^q pjirase. Ainsi 1 pmo|;liée, I, 1^ : k .. .|Jour sauver Jes « pécheurs, dont je suis le premier. » — Jlomains, I, 31 : « Sans intelligence, sans foi, sans affection wUmr a relie, implacables, sans compassion. » — 2 Timotbée, m, 3 : « Sans affection naturelle, sans fîdéli- « té, calomniateurs, incontinents, cruels, ennemis des « gens de bien (1). »
La rède de Claude me paraît vaeue ou inapplicable. Je crois qu'on trouve un sens complet, et conséquemment un texte, dans toute série de mots d'où ressort pour tout esprit attentif une proposition, et qui se suffit à ejle-même, c'est-à-dire, qui n'a pas besoin, pour présenter un sens vrai, des mots qui précèdent ou qui suivent.
C'est sans doute un devoir d'examiner avec soin si les idées plus particulières, les additions que l'auteur a rattachées a son idée principale , ne la complètent pas, ne la présentent pas dans tout son jour, n'écar-
(i) Je ne compte pas dans ce nombre les mots : « Dans un peu de temps, » (Jean, xVl, i6-'23.) siir lesquels Harms a fait un sermon [dont il expose ainsi jle planj : «Le mot : Dam peu de' temps, (uber ein Kleines) considéré dans sa divine énergies 1° n égàye les affligés. 2« Il maintient la joie dans les cœurs joyeux. 3« U ^ïdte Ift leAtelir. 4<> Il'troiible Tinsouciance. 5*> U soutient ceux qui combattenl. $*> 11 af* fônnii ceux' qiu ïrépassent. »
DJUMITATION DU TEXTE. 159
tent pas les équivoques ou les préventions (1), etc. — Nous ne com)3attons que la règle qui ferait dépendre la circonscription (J'un texte de quelque circonstance purement accidentelle.
S'il ne faut pas confondre les textes avec les phrases et les p^riocjes, e\. l'unité logique avec l'unité grammaticaje, i\ ne faut pas croire non plus que le texte s'arrêtçf pi^ s!arrête le seps grammatical, ni même où se clOf l!uni|4 IPSi^H^- Plusieurs unités logiques peuvent f(ffmeç ensen4>|e une unité plus grande, et il est impossible de dire d'avance et d'une manière absolue quellejs sont les limij;es d!un vrai texte. Ijn môme texte ett peuj, fournjr (|ix; dix textes en peuvent former un. L'arJ <Jç découpçr un texte, l'art de grouper plusieurs textes en un seul, mériterait d'être approfondi.
Ç!^t ainsi que dans le passage j^atthieu, y, ^-JQ, chaque béatitude forme un texte particulier j mais on pourrait aussi les réunir en un seul texte. Celui de Jean, FV, 31-38 présente trois trajts du caractère 4e Jésus-Christ : une sublime préoccupation (i} oubjie (je ïQaiigerJ, une su|)lime impatience ([es campagnes sont prêtes), une sublime abnégation (l'un sème et l'autre moissonne). De tout cela on pourrait faire trojs suje|s distincts.
le dpcj;eur Buscji a traité dans un sermon le passage de JLuc, X, 2^-^7 j[2). Là, la première parole 4©
(1) Voyez les exemples cités plus haut: i Corinthiens, II, 9; XŒ, 13; Philippin», 11, 12-18 ; lY, 6-7. ■ • ■)
(2) Voyez le recueil de sermons de divers auteurs, publié par Fuedner et Lei- H)iDT en (àveur de l'Église éyangélique de Karlshuld, dans le Donaumoos, sous le ■ ^^ : iftfi HefTp ein Glauffe, Barmen, 193T, page 352.
160 DliUMlTATION DU TKXTF.
Jésus-€hrist : « Bienheureux sont les yeux qui voient c( ce que vous voyez, » est représentée comme ayant provoqué la question du pharisien. L'erreur de cet homme est accompagnée d'une intention pure. Jésus- Christ répond à sa question par une question nouvelle. A la réponse du pharisien : « Tu aimeras le Seigneur « ton Dieu, etc., » Jésus-Christ réplique : «Tu as bien « répondu. » L'orateur montre qu'en effet le pharisien a bien répondu. Mais en présence et sous l'influence de Jésus^hrist, cette réponse, en apparence si tranquillisante, ne le tranquillise pas. Il se doute que s'il a bien répandu sur la loi, il n'a pourtant pas bien accamr pli la loi. Désirant sérieusement être justifié devant Dieu, il veut remplir le précepte de l'amour du prochain de la manière et dans le sens que Dieu veut (i). Làdessus vient l'histoire du Samaritain. L'auteur cherche quelle impression cette histoire, si belle en tout temps et pour tout le monde, a dû produire sur cet homme dans ces circonstances. Puis il passe à la réponse du pharisien, dont il fait valoir les expressions, qui montrent, selon lui, que son cœur était touché. Son cœur est ouvert à l'amour du prochain ; mais cet amour suppose l'amour de Dieu, tel que le prescrit le premier commandement. Comme le pharisien n'a pas encore fait l'expérience d'un tel amour du prochain, notre Seigneur le lui montre dans un fait et finit par lui recommander de le reproduire. Puis une application à nous, qui avons besoin que Jésus-Christ nous enseigne
(0 Quant au premier commaiMleiiieDt il ne Cût point de qoeition. Pourquoi 7
dUimitation du TmE* iB4
de même; et enfin la réponse à cette objection : Si de véritables bonnes œuvres nous sont impossibles, si do|ic nous lie pouvons être sauvés par nos œuvres, comment cela se concilie-t-il avec les réponses de Jésus- Christ au pharisien : « Tu as bien répondu ; » -r- « Va a et fais de même? »
I^e docteur Julius Mûller peut également être cité ici pour son sermon sur Matthieu, XVII, 1 à 18. « Le « récit de notre texte, dit-il, commence par la relation « d'un des événements les plus sublimes et les plus « n^eryeilleux de la vie de Jésus-Christ, sa transfîgura- «. tiPA sur une montagne de la Galilée, et l'apparition « de Moïse et d'Élie dans la lumière de gloire qui l'en- « vironne. Ce récit nous conduit ensuite vers les trois (( disciples qui furent témoins de l'événement, nous a retrace leur ravissement et leur effroi, et nous donne « quelque idée de la sainte émotion de leur cœur en « redescendant de la montagne. Enfin, nous sommes « transportés ^u milieu de la foule qui couvre la plaine, « et nous assistons à l'un de ces spectacles douloureux « que donnent le péché et la misère humaine^. Ainsi « notre histoire descend, pour ainsi dire, par degrés, « des lumineuses hauteurs de la gloire de Jésus-Christ, «jusque.dans l'obscure vallée de la bassesse humaine. « Nous allons renverser cet ordre dans notre médita- « tioji de ce jour. Au lieu de descendre, nous monte- « rons, et nous envisagerons trois degrés de la vie « chrétienne : le premier, celui du trouble, de l'hési- ^< tation et de la perplexité ; le second, celui de la con-
<< naissance béatifique de Jésus-Christ et de l'al^andon