‹ Homilétique ou théorie de la prédicationChapitre 47 sur 110 · DE l'autorité · texte numérisé non relu

DE l'autorité

lorsqu'il court après la brebis, que torsqu'il la nour^^^ de sa main dans le bercail d'où elle ne songe pas à oortir ? Cette poursuite des brebis égarées, qui a dû toujours être l'essentiel de notre ministère, l'est plus évidemment aujourd'hui que jamais ; et si, dans cette poursuite, dont la direction, les détours, la longueur semblent déterminés par la brebis elle-même, nous paraissons dépendre d'elle, si par monts et par vaux, broussailles et ravins, c'est-à-dire par tous les chemins où la passion et le préjugé, le savoir et l'ignorance, Fétourdissement ou les sophismes peuvent faire vagabonder une âme qui fuit devant la vérité , nous somme» (4)ligés de haleter après elle et de régler docilement notre course sur sa course désordonnée, si cJbaque époque, en renouvelant les formes de Terreur, nous contraint à renouveler les formes de la vérité, qu'est-oe que peut enlever cette charitable condescendance au caractère d'autorité dont la prédication doit être toujours empreinte ? Quoi ! la charité ôterait-elle quelque chose à l'autorité? l'autorité consisterait-elle et se montrerait-elle dans l'obstination à parler toujours la même langue et à maintenir les mêmes formules? et les infinies condescendances de la charité divine ont-elles jamais avili , n'ont-elles pas plutôt embelli et adouci la sainte majesté du Dieu que la Bible nous fait connaître! n faut bien convenir toutefois que la prédication, eu devenant plus distinctement une supplication ou une lutte , a perdu chez quelques-uns une partie de ce C3bractère de majesté calme et sereine qui, chez les apôtres, et d'abord chez leur Maître, s'unit si admirable-

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nent à la sainte véhémence de la charité. Peufc^tre 9iti88i que le dogmatisme et le soin trop minutieux des nuances doctrinales nuisent à la simplicité et à la grandeur, qui sont les traits sous lesquels l'autorité aime à se produire. Il faut écarter ces obstacles, et, sans affectation, sans recherche, mais par le seul sentiment de notre vocation, retrouver ce ton qui rassure en imposant, et que tous nos auditeurs , sans exception , ont besoin de trouvef dans notre prédication.

le crois qu'en général nous restons, sous le rapport de Tautorité , en dessous de ce qui est légitime, possible et nécessaire. La hardiesse et la liberté des pro- {dliètes ne se font pas assez sentir dans nos discours. En un mot, nous ne reprenons pas assez. Nous combattons à armes courtoises, comme dans un tournoi ; nous oublions qu'un combat sérieux demande le fer émoulu, et qu'un semblant de combat ne donne qu'un semblant de victoire. Une compassion plus vive pour nos peuples, un sentiment plus grave de notre responsabilité, enfin un idéal plus élevé et plus solennel de notre état, devraient nous mettre au-dessus des vaines considérations, et de certaines bienséances qui, à vrai dire, ne nous regardent pas. Ce n'est peutrêtre pas ridée qu'on se fait aujourd'hui du ministère, j'en conviens ; mais est-ce à nous à nous conformer à cette idée, ou est-ce à nous à la réformer? Si les maximes du monde sur ce sujet sont la mesure de notre liberté, 2 n'y a pas de raison pour que nous ne descendions toujours plus bas dans la complaisance; si, au cott» *faire, nous nous adjugeons toute la liberté que chré-

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liennement nous pouvons nous adjuger; si, hién \vin de laisser entamer notre ministère, nous revendiquons pour lui toute Tautorité qui lui appartient, il y a toutes sortes de raisons de croire que le monde, avec étonnement d'abord, y consentira et s'y accoutumera. Il aime le courage et l'indépendance ; il n'est fort que contre les faibles ; et c'est notre timidité qui fait sa hardiesse. Partout et en tout temps , pourvu que nous suivions la vérité avec la charité, notre ministère sera ce que nous voudrons qu'il soit. Accepté d'ailleurs ou non accepté, l'essentiel est qu'il soit ce qu'il doit être.

Le caractère et la position y peuvent faire quelque chose. Tel orateur a plus naturellement de l'autorité que tel autre. Telle Église encourage plus que telle autre le ton d'autorité. Mais avant tout cet accent est essentiel à la prédication de l'Évangile. Il ne faut pas confondre, dans leur principe, l'autorité apostolique avec une certaine hardiesse naturelle, qui, du reste, n'y nuit pas, et s'y ajoute fort à propos. Une grande humilité, et même une grande humiliation intérieure, une grande tristesse de cœur, n'empêchent pas de parler avec autorité, et cette autorité de se faire sentir. Celui qui tremble devant Dieu n'en est pas moins hardi devant les hon^mes ; et sa confusion même rend gloire à Dieu. Je crois qu'avec tout caractère naturel et dans toute position extérieure, je crois aussi qu'avec peu ou beaucoup de talent, peu ou beaucoup d'esprit, un ministre peut prêcher avec beaucoup d'autorité, [à Certaines conditions que nous allons énumérer] :

r S'il parle au nom de Dieu, et ne veut rien sa-

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oir, sur les choses de Dieu, que ce qu'il a appris de Keu même. Le principe de notre autorité est dans lotre soumission, et notre autorité sur les autres est ïautant plus grande que l'autorité de la Parole divine est plus grande sur nous-mêmes; nous pesons sur eux, si j'ose dire ainsi, de tout le poids dont la vérité pèse sur nous. Ici se montrent à la fois le désavantage apparent et l'avantage réel de la position du prédicateur, si on la compare à celle de tout autre orateur.

L'orateur profane est maître de sa pensée ; il ne la modifie que par elle-même ; mettons-le, pour mieux faire saillir le contraste, sur le même terrain que le prédicateur évangélique, sur le terrain de la morale et de la religion : il tire ses principes de son propre fonds, c'est-à-dire de sa raison et de son sens moral ; il y rattache, convenablement aux lois de la logique, des conséquences et des applications ; aucune force étrangère n'a brisé sous ses pieds le premier échelon, ni enlevé le dernier; il parcourt librement l'échelle tout entière, également maître de son point de départ et de ses conclusiçns. La raison et la conscience peuvent bieu, il est vrai, passer pour des autorités; mais ce sont des autorités qu'on aime à reconnaître ; qui, nées et développées avec nous, sont une partie de nous, sont nous-mêmes ; auxquelles nous adhérons d*emblée , par cela seul que nous en avons reconnu ''existence ; et qui, parleur nature même, sont parfaite- ^nt exemptes du caractère d'arbitraire plus ou moins î^érent à toute autre autorité. Identiques, du moins ^ous le croyons, chez tous les individus pensants, elles

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doivent ous les concilier ou nous les soumettre ; < comme tous les moyens puisés à cette source ont F ai d'être à nous, en même temps qu'ils sont à tout la monde, nous avons, en cas de victoire, la satisfaction de nous sentir personnellement vainqueurs, sans que, pour cela, ceux que nous avons persuadés se sentent personnellement vaincus. Position agréable pour les deux parties, et bien différente de celle où l'éloquence évangélique place respectivement le prédicateur et soa auditoire. Sans doute que le ministre chrétien a beaucoup affaire de la raison et de la conscience ; aidé par dles, il ferme toutes les issues par oii les âmes vour draient s'écarter du cercle où il prétend les faire eùr trer ; puis, quand il les y a enfermées, c'est avec la conscience et la raison qu'il les y retient, qu'il les y fixe, qu'il les y établit, qu'il leur fait dire enfin : «D a est bon que nous demeurions id, plantons-y nos teûr «tes; » (Matthieu,. XYII, 4.) en sorte qu'il ne fût rien absolument sans la conscience et la raison. Mais oe£ facultés acceptent la vérité et ne la créent pas ; la vérité est donnée : donnée comme un fait souv^n, comme une pensée divine, non comme une déductioD de notre intelligence ; donnée comme un fait que noB facultés doivent élaborer, exploiter, mais qu'eUean'enar sent jamais trouvé. En un mot, la raison et la conscience sont les pierres de toudie de la vérité, et non, conuoe dans d'autres sphères, la source même de la vérité.

N'est-ce pas une chose gênante pour le prédicateur) que d'être obligé de reconnaître toujours une autorité extérieure, une autorité qui n'est pas en lui, qui n'est

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