‹ Homilétique ou théorie de la prédicationChapitre 58 sur 110 · AU POINT DE VCB ORATOIRE · texte numérisé non relu

AU POINT DE VCB ORATOIRE

les idées ou par la suite des faits, Fénelon, dans son ^ocond Dialogue sur l'éloquence (1)^ s'élève absolument ontre les divisions, qui ne mettent qu'un ordre appaent, qui dessèchent et gênent le discours, qui le divi" ent en trois ou quatre discours. Les grands orateurs le l'antiquité et les Pères de l'Église ne divisaient pas eurs discours, où cependant ils distinguaient ce qui levait rêtre, et où Ton observait aussi une loi de progression.

[Expliquons-nous, cependant.] Il ne faut pas confondre deux choses différentes : la division en elle-même et les énoncés qui la rendent sensible. Il est clair que nous ne parlons ici que de la première de ces deux dioses : la division en elle-même. Or, la division interrompt-elle la continuité du mouvement? Cela ne peut pas s'entendre de toute espèce de division ; car alors il faudrait renoncer au mouvement, tout discours étant nécessairement divisé en parties plus ou moins distinctes, et toute disposition impliquant une décomposition. A quoi Fénelon s' oppose-t-il? Ce ne peut êtreà la division dans ce sens général ; mais, d'un côté, à la division fonnelle, annoncée d'avance, et de l'autre, à une décomposition trop artificielle et poussée trop loin. Je crois qu'il s'oppose en particulier à une subdivision fondée sur des distinctions peu importantes, à cette refente perpétuelle des idées, qui suspend à tout moment la marche du discours, et commande à tout moment des haltes intempestives; [méthode dont il faut se défier, parce

(i) Dialogue JJ, vers la fln : « N'en doutez pas. Puisque nous sommes en «train... »

qu'elle est trop commode. Dans une certaine mesure, elle peut être nécessaire; mais, poussée à l'excès, elle devient un oreiller de paresse, une dispense de méditer. C'est bien alors que Ton a, au lieu d'un discours suivi, une suite de petits discours. Ce n'est pas un beau marbre bien veiné, mais une dure mosaïque. — Fénelon parlait de cela d'autant plus à propos que cette méthode était fort accréditée. Dans les plus beaux sermons de Massillon , la chair du discours enlevée , on verrait audessous peu de frais d'invention r'tout est dans cette découpure superficielle.]

De même que nous avons dit que la disposition en tant que logique est déjà oratoire, nous disons que le mouvement en tant qu'il est continu est déjà progressif. Il en est comme de la chute des corps graves, avec cette différence que ce n'est pas de l'accélération du mouvement , mais de son intensité que nous parlons (1). Le mouvement qui n'est pas interrompu est toujours plus fort. Mais le progrès dans le mouvement a aussi quelque chose de propre et de spécial, comme qui dirait d'un corps qui, indépendamment de l'impulsion première et de la pente qui l'entretient et pour ainsi dire la renouvelle, recevrait incessamment quelque impulsion additionnelle.

.(1) « Tout moayement réel a sa quantité. Ce n'est pas retendue ni la Titeae u toute seule ; c'est le degré même de sa réalité, dont la vitesse et l'amplitude ne « sent que le résultat et le signe : c'est l'intensité. Or, Tintensité, le degré de la <f réalité n'a sa mesure directe que dans l'énergie de la cause, dans U forée. D^tt te autre côté, si la forceestàeUe-mémc sa mesure, elle se mesure aussi, eUe mesure « du moins son énergie actuelle à la résistance qu'elle doit vaincre. Le mouvement « est la résultante de l'exc' s de la puissance sur la r(^sîslance. »

(Ravaisson, De Vllahitude, pages 18-19.)

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