PROPRIÉTÉ
mais nous ne sommes pas accoutumés à distinguer entre les mots d'une signification semblable, c'est-à-dire exprimant, sous une nuance particulière, une môme idée générale. Faute de bien se i:endre compte des nuances, on emploie, pour chacune d'elles, ou le terme générique qui les embrasse toutes, ou l'un des termes spéciaux pris au hasard. Ce mot, plutôt que les autres, revient presque toujours, les autres demeurent sans emploi, le vocabulaire se restreint, le langage s'appauvrit. Il y a des esprits heureux, favorisés en butre par l'éducation, à qui la langue livre à tout moment toutes ses richesses en expressions et en tours. On dit d'eux qu'ils la connaissent bien ; mais qu'est-ce à dire? Les autres la connaissent-ils moins, aucun des termes dont elle se compose ne leur étant étranger ou nouveau? Les premiers la connaissent mieux en ce ^ens qu'ayant reçu de chacun de ces mots une impression plus distincte et plus vive, le mot, mieux vu, mieux senti, et avec lequel ils ont eu une relation plus intime, est plus instantanément suscité par leur pensée On peut, jusqu'à un certain point, s'approprier cet avantage par l'étude, j'entends surtout l'étude réfléchie des bons auteurs; — ce serait aussi un travail utile que d'aller aux informations quand on est incertain sur la valeur d'un terme ou sur le choix à faire entre deux mots, c'est-à-dire de recourir aux travaux les plus appréciés sur la synonymie. On peut recommander enfin, sous ce rapport, l'exercice de la traduction.
La propriété, dans l'expression des idées morales.