PRÉCISION
rite (1); elle est bien près de Taffectation et du style épigrammatique. Elle n'est souvent que lé faux semblant de la précision, et rien n'est plus facile que d'avoir à la fois beaucx)up de concision et très peu de précision. Car on peut être à la fois parcimonieux et prodigue, et ne laisser, après cette affectation de rigueur, que des idées vagues dans l'esprit du lecteur. La précision nous interdit les répétitions, les épi-
' thètes oiseuses, les pléonasmes, les chevilles (2) : elle va plus loin, et, devenant une véritable vertu du style, elle nous fournit les tours les plus prompts sans brusquerie, et nous suggère la concentration de plusieurs mots en un seul, lorsque ce mot, en effet, contient la substance de plusieurs. Elle prétend épargner au ledteur la peine de faire la somme des idées qu'on aurait pu lui faire embrasser d'un coup d'<Bil: Cependant la redondance et un certain entassement de circonstances et de mots peut être à propos (3).
La nécessité de la précision est inégale d'un genre
• de composition à un autre. La prolixité serait partout rebutante ; maio une certaine abondance est nécessaire quand, au lieu d'écrire, on parle, et surtout quand on parle à un auditoire très divers (4) ; et quelque diffîi-
(i) Voyez RoLLiN, Traité des études, Uv. V, ch. II, art. I.
(2) Voyez BoUeau critiqué par Condillac, ^r^ d'écrire, page il 5, édiUondeGe nève, 1808, et P. Corneille, tome I, pages 129, 132, édition Didot, 1800.
(3) Voyez Pélisson, Discours au roi pour M. Fouqitet. (ChrestonuUhie frca- . çaise, tome II, pages 254-258, troisième édition.) —Voyez aussi i Corinthieiis, XV,
(4) « La précision, étrangère aux protestations de Tamour', aux confidenoes de « l'amitié, à la liberté du style épistolaire et aux ténèbres de la diplomatie, reo- « contre des obstacles légitimes dans T éloquence, dans la poésie et dans Tart dn- « matique. Toutes les fois qu'on parle simultanément à plusieurs hommes, il bu^