PRÉCISION. 46 L
sion convient aux effusions du cœur. Un cœur ému a besoin de multiplier la pensée qui l'agite et de la mettre au large par le nombre des mots et des images. On n'émeut guère aussi les autres par un langage très serré, à moins qu'il ne suive et ne résume des pensées plus abondamment développées.
Dans le même discours, il peut se trouver des degrés différents de précision. Mais on ne va guère de plus de précision à plus d'abondance. L'onde semble peu à peu se resserrer pour jaillir avec plus de force. (( L'art oratoire, dit Lémontey, ne semble prodiguer « de somptueux développements que pour préparer à a ses harangues un résumé plus pressant, et finir « comme Démosthène ce qu'il a commencé comme «.Isocrate (i). »
« .se proporlionner à VattcnlioD des plus frivoles, à rintelligence des plus simples, u à la paresse des plus lents. Toutes les fois qu'il s'agit de convaincre des esprits «< divers, quelle variété de tons et d'images, quelles attaques redoublées ne sont- «c elles pas nécessaires, contre des dispositions dont la malveillance connait plu- « sieurs degrés^ contre des préjug<^s dont les racines ne sont pas les mêmes ! Ainsi « la chaire sacrée, la ^ibune politique, essayent des routes différentes, et tour à «c tour s'arment de véhémence, d'autorité, d'onction, d'imagination et d'arguw ments.;... » (Lémontey.)
(i) Satins est aliquid {orationi) superesse quam dcessc. (Quintiuen. Liv. IV, di. II.) — « Ce qui cause ordinairement l'obscurité du discours, ^c'est de vouloir « toujours s'eipliquer avec brièveté. 11 vaut mieux pécher par trop d'étendutï «I que par trop peu. Un style qui serait partout vif et concis, tel par exemple « que celui de Salluste, ou tel que celui de TertuUien , peut convenir A des ou- « vrages qui, n'étant pas faits pour être prononcés, laissent au lecteur le loisir et M la liberté de revenir sur ses pas ; mais non à une prédication qui, par sa rapidité, «c échapperait à l'auditeur le plus attentif. 11 ne faut pas même supposer qu'il le « soit toujours, et la clarté du discours doit être telle qu'elle puisse porter la lumière « dans les esprits les plus inappliqués, comme le soleil frappe nos yeux sans que «. nous y songions, et presque malgré nous. L'effet souverain de cette qualité n'est « pas qu'on puisse entendre ce que nous disons, mais qu'on ne Ipuisse pas ne point « Fentendre. » (Rollin, Traité des études, livre Y, chap. Il, art. 1er, ])e la manière dont un prédicateur doit parler.)