NOBLESSE
« celle dans cette humble méthode de se mettre ainsi « à la place des pécheurs, en déplorant ses propres « contradictions, ses erreurs, ses angoisses et ses rein mords. Il excite le plus touchant intérêt, il attendrit « ses auditeurs jusqu'aux larmes, toutes les fois que, « les peignant eux-mêmes dans sa personne, avec la « vérité la plus frappante, quand il dévoile les profon- « deurs de sa conscience, il se dénonce à Dieu comme « un ingrat y comme un misérable j comme un insensé (1).» Il n'est aucun des prédicateurs reconnus pour modèles qui ne parle fréquemment de soi dans ses discours, mais toujours dans l'intention et dans l'espri* que nous avons donnés pour limites à cette familiarité oratoire. Leur moi n'a pas le même sens que le moi si étroitement personnel, si véritablement égoïste d'un Démosthène et d'un Cicéron. C'est le moi cômmunicatif de la sympathie et de l'humilité.
Simple, populaire, familier, le style de la chaire doit être tout cela sans cesser d'être noble. H n'y a sans doute rien de plus noble que la vérité chrétienne, et c'est même le premier caractère qui nous frappe en elle. Le style doit y correspondre, il doit être noWe. Mais en quoi consiste la noblesse du style î La noblesse, dans le style comme dans la société, emporte l'idée de distinction et même d'exclusion. Il y a une classe d'images et de mots réputés nobles, comme il y a, dans
(i) Macrt, Essai sur Véloquence de la chaire, LVI. De l'ëgofsme ions i^ orateurs. — Voyez deux maniiTos de parler de soi dans Massillon, Sermon sur U jeûne, à la fin de Texorde el à la fin du discours.
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les constitutions aristocratiques, une classe d'hommes qu'une barrière visible et distincte sépare du commun des citoyens. Le langage a aussi son élément roturier, confondu dans les dictionnaires, mais non dans le discours, avec l'élément aristocratique. Un terme qui n'est pas noble, c'est un terme qui contraint notre pensée à un contact trop immédiat avec un objet qu'elle dédaigne, c'estrà-dire qu'elle juge indigne de l'occuper hors les cas d'absolue nécessité. L'homme ne se soumet pas volontiers ou ne veut pas avoir l'air de se soumettre volontiers à ce qui l'avertit trop distinctement de ce qu'il y a d'humiliant dans sa nature ou dans sa condition. La noblesse dans les manières, les actes ou le langage, est le soin de la dignité hunjaine, et chacun sent que cette dignité réside dans la pensée ou dans la partie de nous-mêmes qui pense. De là résulte, d'abord, l'exclusion de certaines idées, ou, quand on ne peut pas absolument les écarter, l'exclusion des mot» qui les rappellent trop directement, et la préférence donnée aux termes qui les présentent d'une manière oblique, et par un côté fuyant, à l'esprit qui les fuit. II s'agit donc de voir si tel mot, par une cause quelconque, porte atteinte dans notre âme à notre respect pour nous-mêmes ou pour tel objet que nous ne saurions mépriser sans nous mépriser nous-mêmes. C'est cette impression que nous devons épargner à nos auditeurs, d'abord par le choix de la pensée, ensuite par le choix du mot. Mais entendons-nous bien. Nous aurons égard aux répugnances légitimes, invincibles, non à celles que suggère le raffinement des mœurs et de la