‹ Homilétique ou théorie de la prédicationChapitre 93 sur 110 · NOBLESSE · texte numérisé non relu

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culture ; ces dernières, il faudra quelquefois savoir les braver pour être vraiment noble, et rien n'^t œoins noble que les conventions réciproques d'une politesse méticuleuse. Laissons-les à leur place et n'allons pas les y troubler ; mais qu'elles ne viennent pas non plus imposer leur joug à la généreuse liberté du langage apostolique. La religion, qui renferme en soi la vraie nature, le vrai naturel, tend sans cesse à ramener la civilisation à ses vraies conditions, et la rapproche de la noblesse à proportion qu'elle l'éloigné du raffinement ; car si la grossièreté est ignoble, le raffinement ne Test guère moins. Cet esprit du christianisme doit être celui de la chaire. Le prédicateur, dans le choix de ses termes, aura égard à l'état de la société du sein de laquelle est extrait son troupeau ; mais ce juste ménagement n'aura rien d'une complaisance puérile, et il osera tenter d'élever au-dessus d'elle-même, au-dessus de ses vaines délicatesses, cette société à laquelle le christianisme seul peut rapprendre le beau naturel.

La noblesse du style, suivant Buffon, dépend « de « l'attention à ne nommer les choses que par les ter- « mes les plus généraux (!)• » Et il est vrai que tout ce qui étend l'horizon de la pensée, tout ce qui, la dégageant de ses points d'appui, l'élève vers sa source et lui donne de l'espace, est conforme à la nature de l'homme, convenable à sa dignité. Nous nous sentons élever en passant de la notion de l'individu à celle de l'espèce, de l'idée de l'espèce à celle du genre : notre liberté, notre spiritualité se révèlent à nous dans ce

(1) Buffon, Discours sur le style.

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mouvement d'ascension. Mais si les expressions générales sont les plus nobles, elles ne sont pas les plus vives ni les plus touchantes, et l'éloquence manquerait d'air dans cette région étbérée. Il faut sans doute que les idées générales planent sur les idées particulières, qu'on sente dans l'idée particulière la présence de l'idéegénérale ; mais ceci ne justifie pas, dans l'éloquence, l'emploi exclusif des termes les plus généraux. La noblesse du style n'est point à ce prix. La grandeur des monarques de l'Orient consiste à se rendre invisibles : il y a quelque chose de cette grandeur dans un style qui se rend invisible autant qu'il peut, en remplaçant la présence des objets par une suite de formules, et en faisant de la langue, peinture de la pensée, une espèce d'algèbre.

On ne se méprendra pas à nos paroles. Les conditions du sermon ne sont pas celles d'un poëme. La prédication paraîtrait préoccupée de notre amusement plus que de notre édification, si elle voulait préciser et particulariser comme la poésie aime à le faire et a droit de le faire. La prédication, sans doute, aspire comme la poésie à nous rendre les objets présents, mais ce sont d'autres objets. Il est certains faits qu'elle détaille, d'autres qu'elle nomme par une expression générale. Que lui servirait, quand elle veut représenter l'empressement de nos projets et l'ardeur de nos entreprises sous l'image si naturelle d'un char ou d'un cavalier emporté dans la carrière, d'attacher curieusement les rênes à la bouche frémissante de Bucéphale, ou d'ensanglanter les molettes de l'éperon d'Alexandre? Que

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lui servirait, en scrutant notre bonne foi en matière d'intérêt, d'accumuler les termes techniques dont se compose la langue toute spéciale de la bourse ou des comptoirs? Il est rare, en cas pareils, qu'une désignation générale ne suffise pas. Mais ces mêmes termes, il faut savoir ne pas les éviter lorsqu'on a l'espérance, en les employant, d'être mieux et plus promptement compris.

La périphrase, qui n'est pas la condition de la noblesse du style, est une règle de bienséance, pour éviter de nommer directement des choses dont le vrai nom produirait une impression de honte ou de dégoût. — La périphrase est souvent la définition même de l'objet, son vrai nom. Elle est quelquefois un moyen de relever ce qu'il y a de plus intéressant dans l'objet. Quelquefois enfin elle veut éviter le mot.

Il semble à peu près superflu de parler de la gratili du style de la chaire, parce que ce que nous avons dit de la noblesse du style delà chaire implique ou suppose la gravité. En remontant au principe de l'une, on remonte au principe de l'autre, et ce qui imprime à nos discours le premier de ces caractères, y grave infailliblement le second . Cependant la noblesse et la gravité sont distinctes. Nous avons dit ce que la première évite et repousse : la gravité, qui, selon l'étymologie de son nom, porte le poids d'une grande pensée ou d'un grand intérêt, ne se permet, ne permet pas à l'esprit e l'auditeur de se distraire de cette pensée par des pensées beaucoup moins importantes, ou sans importance relativement à l'objet de la prédication ; elle veut bien nouB

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intéresser, nous amuser jamais, moins encore laisser naît dans notre esprit rien qui ressemble à une gaieté maligne ou profane. Le sourire le plus innocent, celui même que n'exclurait pas une conversation très religieuse, n'est pas innocent dans un temple; je veux dire qu'on n'est pas innocent de l'avoir provoqué. Les conditions des deux discours ne sont pas les mêmes. Il y a là, de plus que dans l'entretien le plus sérieux, un lieu consacré, une assemblée solennelle, un culte dont le discours fait partie et revêt le caractère ; toutes les émotions sont contagieuses, se répandent électriquement dans une assemblée, se fortifient et s'aggravent en se multipliant : que deviendra donc une émotion de gaieté, et qu'est-ce qu'un temple, qu'est-ce qu'une heure de culte où l'on se souvient d'avoir ri î Je ne suppose pas au prédicateur l'intention de faire rire ni sourire ; je l'avertis seulement de surveiller ses termes tellement que cet effet, malgré lui, n'ait pas lieu.

Nous avons interdit au prédicateur l'arme du ridicule.

En résumé, la gravité consiste à n'occuper l'esprit, môme passagèrement, d'aucune idée qui soit indigne de l'occuper dans un lieu sacré et dans un exercice du culte.

11 me reste à parler d'une dernière convenance du style de la chaire, convenance particulière, et qui n'en est pas moins le r(f samé et le gage de toutes les autres : je veux parler de la couleur scripturaire du lanf^^io. Je tâche de me garder ici de tout préjugé : un

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discours peut sans doute être chrétien , éminemment chrétien, et n'avoir pas la couleur dont je parle : Tinverse aussi peut avoir lieu, c'est-à-dire qu^un sermon fortement coloré d'expressions ou d*allusions bibliques pourrait n'être pas chrétien. II n'est pas même convenable de n'exprimer ses pensées et ses impressions que par des formules bibliques, et de faire du discours sacré une chaîne de centons scripturaires. Rappelons ici la maxime de Théremin : c< Il faut que chaque préce dicateur parle sa langue ; il faut que la pensée chré- « tienne s'individualise en lui; il faut que la parole « de Dieu devienne sa parole; la vérité ne lui sera «c devenue propre que quand il sera en état de lui « donner une forme qui soit à lui ; et enfin, un ser- <c mon tout composé de passages, et même des plus <c beaux passages, ne sera pas un discours; il mana quera d'unité et de force oratoire, parce qu'on n'y € sentira pas la présence continue et l'action progres- « sive d'une âme en qui toutes les vérités que peut c( contenir le discours se sont en quelque sorte personne nifiées. » Mais, tout cela étant bien entendu, reconnaissons aussi :

V Que nous avons une religion écrite, que nous ne devons ni l'oublier ni le laisser oublier, et que lorsque Dieu lui-même a daigné donner une forme aux vérités du salut (1), il serait étrange et contradictoire à notre foi, de ne pas rapporter, et même avec abondance, ded expressions qui, bien que sorties de boa-

(0 Maury a fait un singulier rapprochement entre la Bible et la mythologie. itUài, UJX. Ih Vêmploi <U V Écriture Mente.)

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dies humaines, ont un caractère d'autorité que d'autres paroles ne peuvent avoir. Leur présence dans la prédication lui donne de la majesté, et rappelle aux fidèles ce que nous avons dû nous-mêmes nous rappeler en les citant, savoir que nous ne sommes que des messagers, des ambassadeurs, que nous ne faisons qu'accommoder à un certain temps et à un certain lieu une parole qui n'est pas la nôtre, en sorte que celui qui méprise notre parole, ce n'est pas un homme qu'il méprise, mais Dieu lui-même.

Au reste, il ne s'agit pas seulement de langage et de couleurs, mais de faits et de personnages. Tous les souvenirs de la Bible doivent nous être présents ; car tous sont des preuves ou des symboles ; et cette histoire, c'est l'histoire nationale de l'Église chrétienne ; ce sont ses origines; ce sont ses titres. L'histoire du r^ne de Dieu sur la terre offre sans doute encore d^autres faits à citer, et il ne faut rien se refuser dans ce domaine ; mais les faits dont la Bible a consacré la mémoire, ont sans doute les premiers droits et la plus grande autorité. Après tout, la substance principale de la Bible et de notre religion, ce sont des faits, ce sont des personnes ; pourrions-nous ne citer que des doctrines et des préceptes? Il importe beaucoup de conserver à la religion son caractère d'histoire et de dispensation ; il faut le rappeler sans cesse, soit directement, en faisant servir les faits de point de départ ou de confirmation à nos raisonnements, smt indirectement, par des rapprochements et des allusions multipliées. Les occasions sont nombreuses pour le prédica-

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leur nourri de TÉcriture sainte et doué de quelque imagination. Saurin, voulant faire sentir la nécessité des épreuves de celle vie pour nous faire soubçaiter une vie meilleure, dit que « lorsque la colombe reneonte « hors de l'arche les vents déchaînés, les eaux débor- « dées, les bondes des cieux ouvertes, l'univers entier « enseveli sous les ondes, elle cherche son refuge dans a l'arche. Mais lorsqu'elle trouve des plaines et des « campagnes, elle s'y arrête. Mon âme, voila ton «image.» — Ailleurs, insistant sur la nécessité de joindre la prière au travail dans l'œuvre de notre salut, il dit : « Nous devons imiter l'exemple de Moïse atta <L que par l'Amalécite ; il partage avec Josué l'ouvrage a de la victoire Moïse monte sur la montagne, Josué a descend dans la plaine ; Josué combat, Moïse prie; « Moïse tend s s mai s suppliantes au ciel, Josué lève « un bras guerrier ; Moïse oppose sa ferveur au cour- « roux du ciel, Josué oppose ses armes et son courage « à l'ennemi du peuple juif : et par ce sage concours de « prière et d'action, de confiance et de vigilance, Is- « raël triomphe, Amalec est mis en déroute (1). »

Nous avons pour maître celui qui est la Parole pleine de grâce et de vérité, celui à qui l'Esprit n'a point été donné par mesure, celui qui, seul ayant la vérité en lui-même, comme il avait la vie en lui-même, a enseigné d^aulorilé, — Serait-il possible que nous ne fussions pas heureux et empressés de répéter ses paroles, avec respect, avec une intention marquée, et non point comme des citations banales ?

(0 Sauris, tome U% page 56, nouvelle édition.

COULEUa SCRIPTURAIRE. 497

T. La Bible renferme des pensées « qui ne seraient « jamais montées au cœur de l'homme, » de sublimes paradoxes sur notre nature, sur notre condition, sur nos dangers, sur notre avenir, sur les intentions de Dieu à notre égard, et, pour nous servir d'une expression qu'on ne peut guère éviter, sur le caractère de Dieu. Aucune de ces pensées extraordinaires, inouïes, n'a pu recevoir une forme plus complète et plus pure que celle que lui a imprimée l'Esprit même qui l'a conçue. Cette forme est sacrée, fondamentale; la pensée qu'elle revêt ne peut jamais en être séparée absolument ; nous pouvons l'exprimer, la développer dans notre propre langage; mais nous ne pouvons nous dispenser de rappeler les expressions mêmes qu'ont employées pour l'exprimer ceux qui, les premiers, nousl'ont révélée : il faut nous appuyer sur une autorité extraordinaire pour dire des choses extraordinaires. Il me semble qu'on ne peut pas convenablement traiter de ce qu'il y a de plus ineffable dans la religion, étaler l'incompréhensible miséricorde de Dieu, ou répéter ses terribles menaces, sans prendre au moins pour point de départ les paroles mêmes de l'Écriture sainte. N'eston pas heureux de trouver des formes toutes faites pour dès vérités qu'à peine l'homme ose prononcer, tant elles le surpassent et le confondent (1) ?

« Les imaginations des pensées de leur cœur ne sont « que mal en tout temps. » (Genèse, VI, 5.)

« Le cœur de l'homme. est rusé et désespérément malin. » (Jérémie, XVII, 9.)

(0 « Ces passages (de la Bible) sont comme une riche veine d*or qui serpente à « IraTers d'autres métaux grossiers. » (RicnAansosi.)

JÊK OOUtttR 8GKIFTURAIft«;

« LlK^Tfie est privé de toute gloire devant Dieu. » (IfaMnains, m, 22.)

^ Le médiant sera revêtu de malédiction comme d'uB t îiabrt; elle entrera dans son corps comme de Feati, ir^ comme de Thuiledans sesos. » (Psaume CIX, W.)

« Puisque par la sagesse le monde n'a point connu € IKeu dans la sagesse, il a plu à Dieu de sauver par ir la folie qu6 nous prêchons ceux qui croiraient. » (1 Corinthiens, ï, 21.)

^ La femme peut-efle oublier son enfant qu'elle al- « taile, et n'avoir pas pitié du fils de ses entrailles î Mais « quand les femmes les auraient oubliés, encore ne « Voublierais-je pas, moi. » ^saïe, XLIX, 15.)

MK Et rÉternel partait à Moïse face à face, comme un t îiommè parle afvec ^n intime ami. » (Exode, XXXHI, 11.)

« Dans toutes leurs détresses il a été en détresse. î> ^aïe, LXm, 9.)

3\ Je n'essayerai pas de parler, après Roflin etsurtbul après Fénelon, après Maury, de l'éloquence et de la poésie dé la Bible. Pobserverai seulement que ce qui la distingue et la met au-dessus de tous les chefe- (f œuvre littéraires, c'est que ses beautés ne sont point littéraires, c^'est que partout la pensée a donné la forme, en sorte que l'union delà forme et de la pensée lïe fut jamais aussi intime. La beauté de la langue 'biblique a donc partout quelque chose de substantiel, qm attadite immédiatement Tesprit au fond des choses, sans lui permettre de s'amusera l'^veloppw. 0* eét SBÎdi ttvaiit d'avoir eu le temps de jouir et presque

d'admîrer . — G*est encore une chose n^i»m|uafale qw ce langageortental, si étrange au premier aspect poor des imaginations occidentales, soit en nï^e temps si humain, et par là même si universel, qu'il s'assimile aisément à tous les peuples, à toutes les formes de d* TÎlisation, a toutes les langues, beaucoup mieux que ne pourraient le faire le langage et la littérature de tel siècle et de tel peuple beaucoup moins éloigné de nous. Tout œ qui, dans ces saints livres, se rapporte à l'homme, tout ce C[ui peint l'homme , est d'une profondeur et d'une simplicité que rien n'a jamais égalé ; la Bible, dans ces sujets, a parlé une langue universelle, a déployé une poésie universelle : la Bible était faite, sou» oe rapport , comme sous tous les autres, pour être le livre du genre humain. Toute raison d'autorité mise è part, nous ne saurions emprunter à aucune autre source des images, des traits plus convenables aux sujets que nous traitons dans la chaire , ni orner le discours religieux de beautés plus décentes et plus graves.

Tous les genres de beautés propres au discours re« ligieux abondent dans l'Écriture sainte, et notre posî*tien vis-à-vis d'elle nous donne le droit , nous impose le devoir de nous approprier toutes ces beautés. ÎI n^y a que nous qui puissions lé faire ; ce qui, partout ailleurs serait plagiat ou affectation, est une des plus hautes convenances , est la vérité du genre que noite CultiTons. Qui ne voudrait, mm qui oserait, 'dans

if «U<i6s genres, semer: soû discoure d'autant d'idha^ éions Vivesy le ccAorei^ d*autant ée reBetsf . HaiH Ifa

500 OOULBUR SCRIPTURAIRB.

Bible est plus qu'une source ou un document ; la Bible est presque notre sujet ; nous avons à parler d'elle; notre voix lui sert d'écho ; elle est comme une forêt que nous exploitons, comme un champ que nous moissonnons ; ce travail est moins ajouté à notre tâche que ce n'est notre tâche elle-même ; c'est donc hardiment et franchement que nous puisons dans ce trésor. Et quel trésor ! Ce livre a atteint le sublime de tous les sujets. Les types les plus achevés du grand et du pathétique, de l'humain et du religieux, du fort et du tendre, sont là comme en dépôt. Entre tous les livres qui ont exprimé les idées du même ordre, si l'on était libre de choisir, si l'autorité était égale, c'est à celuilà qu'on reviendrait toujours. Les noms dont il a nommé toutes les choses de Dieu et de l'homme sont définitifs, sont irrévocables. Ce qu'il a dit d'une manière ne peut plus se dire d'une autre manière sans être affaibli. Des peuples entiers se sont emparés de ce langage et l'ont fondu avec le leur ; la Bible a donné à la parole humaine une multitude d'expressions, comme à la pensée humaine quelques-unes de ses formes les plus consacrées. En répétant aux hommes les paroles de la Bible, on leur rappelle des traditions de famille.

Avez-vous une autre image que celle-ci à donner de la puissance créatrice : « Dieu dit : Que la lumière soit; a et la lumière fut? » (Genèse, 1, 3.) . Reste-t-il, pour peindre l'autorité du Créateur sur le double monde des êtres physiques et des êtres morauXy quelque chose encore après cette parole : « 11

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« apaise le bruit de la mer, le bruil de ses ondes, et « rémotion des peuples? » (Psaume LXV, 8.)

Atteindrez-vous mieux le sublime de la douleur qu'il n'a été atteint dans ces paroles : « On a entendu de a grands cris dans Rama : Rachel pleurant ses enfants, « et elle n'a point voulu être consolée, parce qu'ils ne « sont plus? » (Jérémie, XXXI, 15 ; Matthieu, II, 18.)

Rendrez-vous jamais la désolation du péché avec une énergie aussi menaçante que Ta fait Ésaïe lorsqu'il a dit : « Il y aura des ténèbres dans ses ruines? » (Ésaïe, V, 30.)

Trouvere?-vous , pour peindre la divine harmonie de toutes les perfections de l'Étemel, et l'unité ineffable de ses desseins envers nous , rien qui approche .de là douceur et de la grandeur de cette parole: « La justice et la paix se sont entre-baisées î » (Psaume LXXXV, 11.)

Mais il faudrait transcrire la Bible entière. Faisons une dernière remarque. C'est que c'est se priver d'un grand nombre des beautés les plus originales et les plus saisissantes que la Bible peut fournir, que de ne pas puiser dans l'Ancien Testament comme dans le Nouveau. Il faut le dire : l'Ancien Testament est une parabole continuelle ou un rudiment du Nouveau ; et l'application de l'Ancien Testament aux idées du Nouveau, par cela même qu'elle est moins directe que celle qu'on peut faire des passages évangéliiques, a un charme particulier, inépuisable, qu'il ne faut pas négliger. Sans faire de l'allégorie gratuite, sans rien forcer, mais par des rapprochements naturels, tout

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l'Ânden Testament se met au service des idées cbrétiennes, et les présente sous un a^et qui étcHine et qpà touche» Une étude attentÎYe de l' Axtciest Testament lût ressortir une multitude de rapprochements heureux et naturel aprèa tous ceux qu'on a déjà déooaverts et exploités (1 ).

Remarqooiis toutefois que toutes oe$ beautés se décokre&t ou se perdent dans un discours sans individualité; dans un discours qui n'a pas de fond^ pas de valeur intrinsèque^ comme des fleurs dont la tige n'a pas de racines dans le sol, penchent la tète^ pâlissent et iD^xrent.

4" Quand je repasse dans ma pofisée toutes lescoor Tenances auxqudles j'ai cru devoir assujettir le styk de la prédication^ simplicité 7. popularité^ Ssuniliaritè, noblesse^ il me semble que je les vois tcrates réunies dans le style scripturaire, et qu'il en est, conune je le disais il y a un moment, le résumé et le gage» H me semble que la Bible est le yrai diapason du prédicateur, à qui elle marque d'une manière sâre le fcm gjénéral de son discours ; c'est dans la Bible que sm imagination doit se trempar, c'est de ce milieu qu'il faut sortir,, pour être fort avec mesure, simple avee grandeur, faonilier avec noblesse et gravité. Je reoiarqueni en particulier que c'est la BiUe qui imprime et maintient au discoars de la chaire cette juste mesurede popolarité, que nous sommes sans cesse exposés,, dans Félat

(t) îtouft poirroM citer ici ïtitmét àm wnmm i» SâiRoi, av le CmHfm et Siméon, et la péroraison de celui de Bossuet sur Yltnpénitence finaU, Voir ce

GOULBUB SCRIPTUiUIRB. 803

actuel de la civilisation, ou à coianquer ou à dépasser. Ce que j'ai appelé popularùéy volontiers je Tappella* rais hsmanité. C'est tout ce qui rappelle aux hommes la communauté de leur origine et de leur conditLOU,, C'est la vive empreinte de ce qui rend un homme 1'^ gai ou le semblable d'un autre homme. Cette égalité^ cette similitude, on Toublie trop, soit dans la grande politesse des mœurs, soit dans des habitudes trop inteir loctuelles* Même dans une conditixm moyenne, la vîe eM tellement artificielle, la nature est tellemcuat trah duite^ qu'on ne distingue plus la saveur du teiLte ori? gînal ; et quant au pauvre, au misérable, il n'a sous les yeux qu'un texte corrompu qui le repousse et l'attriste. Je me plais, je l'avoue, à voir une autorité di* vine raniener pêl^-méle toutes les classes de la société vers un monde où la nature et la vie commune comptent pour quelque chose, où les rois parlent c(mime des bergers, où les premiers des docteurs sont des bateliers <m des faiseurs de tentes, où, le langage du pauvre devenant le langage de tous, le pauvre se sent divine- XDent relevé et le riche saintement humilié. La Bible correspond au milieu, au centre de la vie humain^, à aa forme la plus sincère ; elle y réunit, des deux ei^ trémités de la société, ceux qui sont au-dessous et ceux •qui se croient au-dessus de cette région ; elle rend senr jible à l'homme sa pure qualité d'homme, par là même sa véritable grandeur, voilée par des nécessités trop dures ou rapetissée par des conventions trop délicates.

Nous l'avons déjà dit : cet aspect de l'humanité est le

ÔO'i COULEUR SGRIPTURAIRE.

plus grand par là même qu'il est le plus général. Or, rien ne supporte mieux que ce qui est vraiment grand une forme simple et naïve. La Bible, en prêtant sa grandeur à nos discours, leur prêtera sa naïveté. Elle nous placera, avec elle, à une hauteur d'où nous pouvons tout dire. En la mêlant à nos propres paroles, nous enhardissons notre style, à la fois ambitieux et timide ; il devient tout ensemble, et dans une exacte proportion, grave et libre. La Bible sert tantôt de saufconduit, tantôt d'inspiration à des idées, à des traits que sans elle, peut-être, nous n'aurions pas hasardés ; ce que nous n'oserions pas dire en notre nom, nous le disons de sa part et dans ses termes. Le principe de destruction qu'apporte avec soi l'infidélité, quelle autre image l'exprimerait mieux que celle-ci : « Cette <( iniquité sera pour vous comme la fente d'une mu- « raille qui va tomber, faisant ventre jusqu'au haut, « de laquelle la ruine vient soudain et en un moment; « il la brisera comme on brise une cruche d'un potier « de -terre, qui est cassée, laquelle on n'épargne point, « et des pièces de laquelle on ne trouverait pas un têt « pour prendre du feu du foyer, ou pour puiser de « l'eau d'une fosse? » (Ésaïe, XXX, 13, 14.) Voilà une image dont on ne s'aviserait pas, ou que, l'ayant trouvée, on n'oserait guère présenter, mais qui, venant de la Bible, est librement employée et volontiers acceptée. — Celui qui voudrait peindre l'insuffisance des doctrines humaines pour répondre à toutes les questions et satisfaire à tous les besoins de l'homme, n'oserait pas peut-être de son chef, mais bien d'après

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r Écriture, employer l'image suivante : « Le lit sera <c trop court, tellement qu'on ne s'y pourra pas étendre, i< et la couverture trop étroite quand on se voudra ence velopper. » (Ésaïe, XXVIII, 20.)

Le Dieu que l'Évangile nous révèle semble s'avancer vers nous avec cette parole : Homo «tim, humani nihil a me alienum pulo (1). Mais c'est à lui à le dire; c'est à lui qu'il sied d'emprunter à la langue des hommes toutes les expressions capables d'exprimer les inexprimables condescendances de sa charité.. Que ce soit donc lui-même qui dise dans nos sermons : « L'Esprit de l'Éternel les a conduits tout doucement, « comme on conduit une bête qui descend dans la « plaine. » (Ésaïe, LXIII, 14.) « Vous serez portés sur « le côté, et on vous caressera sur les genoux. » (Ésaïe, LXVI, 12.) Mais plus nous citerons l'Écriture, plus nous oserons parler comme elle. Nous finirons par dire aussi : Homo 5um... Nous le deviendrons en effet. Rien n'est si humain que le christianisme ; nul n'est homme autant qu'un chrétien. En s'inspirant de l'Écriture, l'éloquence de la chaire atteindra sans peine à cette grandeur mêlée de familiarité, à cette familiarité pleine de grandeur, qui devraient être, et qui n'ont pas toujours été l'inimitable cachet de la prédication.

On ne peut pas donner des règles particulières sur la manière d'introduire les paroles de la Bible dans le discours de la chaire. La seule que je voulusse donner,

(OTérence, Heauton, acte I, scène 1.

506 conLum scriptubairi^

et eile est tout à fait géotérale, est celle-ci ; Nourrissezvous de la Bible, vivez dan$ la Bible, nnissez-voos à elle; qu'elle abonde dans votre mémoire et dans votre cœur; qu'une lecture fréquente, faite pour vousmêmes, voQS ait révélé la force, vous ait donné le secret d'une foule de passages, qui, sans cela, resteraient pour vous à l'état de lieux communs, et ne prendraient point racine dans votre mémoire ; mâez leur souvenir à vos émotions, à vos prières, à itqs préoccupations les plus graves ; que ses paroles deviament peu à peu la forme naturelle et involontaire de vos peansées les plus intimes ; — puis, méditez un sujet pour la chaire, écrivez, prédiez; votre pande arrivera tout imprégnée des sucs, toute nuanoée des couleurs de cette parole inspirée; la parole des prophètes s^a fondue dans la vôtre ; elle ne s'en distinguera pas ; elle n'y paraîtra pas appliquât du dehors ; elle ne nuira pas à l'individualité de votre expression; vous ne ICEoberez jamais dans le pastidie , et c'est lûen, ainsi que le requiert la nature du ministère évaqg^lique, un homme que des hommes auront entendu.

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