GRADATION
« restait encore trois mois jusqu'à la moisson ; j'ai fait « pleuvoir sur une ville, et [e n'ai point fait pleuvoir « sur l'autre ; une pièce de terre a été arrosée, et « rautre pièce, sur laquelle il n'a point plu, est séchée ; a et deux, même trois villes, ont couru vers une autre « ville pour boire de l'eau, et n'ont point été rassasiées; « et vous ne vous êtes point convertis à moi, dit l'É- « temel. Je vous ai frappés de brûlure et de nielle ; le <c hanneton a brouté tous les jardins,, les vignes, les a figuiers et les ol iviers ; et vous ne vous êtes point con- « vertis à moi, dit l'Éternel. Je vous ai envoyé la mor- « talité comme je Tavais envoyée en Egypte, et j'ai fait « mourir par l'épéè vos gens d'élite, outre vos chevaux « qui avaient été pris, et j'ai fait monter la puanteur « de vos camps en vos narines ; et vous ne vous, êtes a. point convertis à moi, dit FÉtemel. Pen ai renversé a parmi vous comme je renversai Sodbme et Gomorrhfij a et vous avez été comme un tison tiré du feu ; et vous « ne vous êtes point convertis a moi, dît l'Éternel. C'est « pourquoi je te traiterai de la même manière, ô Israël t a et puisque je veux te faire cela, prépare-toi à la rena contre de ton Dieu, Ô Israël (1)1 »
2 • La gradation, [qui est une forme importante du mouvement et une qualité essentielle du style,, s'élève,, dans certains cas au rang de figure par le rapprochement des parties, leur nombre et la rapidité de leur succession. Ainsi, à la fin de la quatorzième Provinciale^ le résumé de la doctrine des jésuites sur Thomicidej^ et en
etlà»/^/e de Sndaineypagc vio.
ÀCCCHULATION. 547
particulier les derniers mots] : « Souvenez-vous que le «f premier crime des hommes corrompus a été un homi- < dde en la personne du premier juste ; que leur plus « grand crime a été un homicide en la personne du « éaef de tous les justes ; et que l'homicide est le seul « crime qui détruit tout ensemble l'État, l'Église, la « nature et la piété ! » Et dans la Satyre Ménippée : « Ta n'as peu supporter ton roi si débonnaire, si facile, « si famiKer, qui s'était rendu comme concitoyen et « bourgeois de sa ville.... Que dis-jeî peu supporter? « Cest bien pis : tu Tas chassé de sa ville, de sa mai- « SOT, de son lict. Quoy chassé? tu Faspoursuivy. Quoy a poursuivy? tu Tas assassiné, canonizé Tassassina- 9 teur, et feict des feux de joye de sa mort (1). »
3. Vaccumulatimj [qui se combine souvent avec la gradation, peut produire aussi un très grand effet. Le sermon de Massillon sur la Passim de Jésus- Christ en fomnirait de nombreux exemples. Nous en citons un seuFf: « Je vous conjure, lui dit-il, au nom du Dieu vice vant, de nous dire si vous êtes le Christ Fils de DieuT « Mais si c^estun désir sincère de connaître la vérité, à c< quoi bon Tinterroger lui-même sur la sainteté de son « ministère? hiterrogez Jean Baptiste, que vous avez re- « gardé comme un prophète, et qui a confessé que c'é- « tait là le Christ ; interrogez ses œuvres, que personne « avant hii n'avait faites, et qui rendent témoignage que « c*est le Père qui l'a envoyé ; interrogez les témoins <c d!& sa vie, et vous verrez^ si imposture a jamais été
(if)fliraafii«iBtf. 'Aubrax pour lè Ifierf état;
548 RBTICBKCB.
c< accompagnée de tant de caractères d'innocence et de « sainteté ; interrogez les Écritures, vous qui avez la « clef de la science, et voyez si Moïse et les prophètes « ne lui ont pas rendu témoignage ; interrogez les « aveugles qu'il a éclairés, les morts qu'il a ressuscites, « les lépreux qu'il a guéris, le peuple qu'il a rassasié, « les brebis d'Israël qu'il à ramenées ; et ils vous din ront tous que Dieu n'a jamais donné une telle puisci sance aux hommes ; interrogea? le ciel, qui s'est ouïe vert tant de fois sur sa tête, pour vous avertir que « c'était là le Fils bien-aimé ; et si ces témoignages ne « suffisent pas, interrogez l'enfer lui-même, et vous ap- , « prendrez des démons, qui lui obéissent en sortant des « corps, qu'il est le Saint de Dieu. Mais ce n'est pas ici « une recherche sérieuse de la vérité, c'est un piège « qu'on tend à l'innocence ; et comme il arrive souvent « aux grands surtout, prévenus de leurs passions, on « consulte, et on ne veut point être détrompé ; on fait a semblant de vouloir s'instruire, et on serait fâché « ^'être éclairci. »
4 . La réticence [ne peut être d'un usage fréquent dans la chaire : le prédicateur parle à bouche ouverte, il n'a rien à cacher. L'orateur cependant peut s'arrêter devant le développement d'une idée par des fnotifsdi- . trers, en particulier pour ne pas présenter trop vivement à l'imagination des tableaux grossiers ou odieux. On comprend qu3 l'occasion de la réticence se présente plus fréquemment à l'orateur de la tribune ou du barreau qu'au p;édicat3ur. On ne peut cependant lui interdire absolument un mouvement qui peut avoir un