‹ Hommage à Monsieur ChevreulChapitre 6 sur 18 · M. DUJARDIN-BEAUMETZ · texte numérisé non relu

M. DUJARDIN-BEAUMETZ

La thérapeutique a dû jusqu'à ces derniers temps ses plus précieuses acquisitions à l'empirisme; mais si elle veut désormais occuper le rang important qui lui est assigné dans le groupe des sciences médicales, il est nécessaire qu'elle s'ouvre d'autres chemins que ceux qu'elle a parcourus jusqu'ici.

Parmi ces routes il en est une qui lui est toute tracée par les progrès incessants de la chimie moderne. Grâce aux perfectionnements des méthodes d'analyse, la chimie a pu isoler, dans le nombre innombrable de substances que le règne végétal fournit à la thérapeutique, les principes actifs sous forme d'alcaloïdes et l'on peut dire aujourd'hui que les médicaments d'origine végétale ayant une action thérapeutique certaine possèdent tous un ou plu-

sieurs alcaloïdes ou glucosides qui résument leurs propriétés médicinales. Mais il est un point qui a été beaucoup moins étudié et qui mérite cependant toute notre attention, c'est celui de savoir, étant donnée la constitution atomique d'un corps, quels sont les effets que l'on en peut attendre; c'est sur ce point que je désire appeler l'attention des thérapeutes.

La chimie moderne, en groupant les corps en séries parallèles et en les associant entre eux, nous a montré des faits utiles dont nous pouvons trouver aujourd'hui les apphcations à la thérapeutique. Prenons par exemple cette grande classe des alcools, nous allons voir qu'en étudiant leur action physiologique et toxique, elle peut nous fournir des indications précieuses au point de vue qui nous occupe.

Dans un long travail fait en collaboration avec le D"" Audigé, nous avons démontré que, lorsqu'on prend dans le groupe des alcools une série naturelle comme celle formée par les alcools par fermentation, qui offre, outre une origine commune, une formule atomique présentant une progression croissante, l'action toxique de ces alcools suit pour ainsi dire d'une façon mathématique leur progression atomique ; de telle sorte que les doses toxiques limites, c'est-à-dire celles qui déterminent la mort d'un chien en vingt-quatre heures, par kilogramme du poids du corps de l'animal, sont représentées par les chiffres suivants :

C^H'O Alcool éthylique 78^75

CWO Alcool propylique 3ft'75

C^H'^O Alcool butylique 18'85

C'H'^O Alcool amylique Ik'SO

Cette action toxique progressive des alcools fermentés , que nous avions constatée chez le chien et qui nous a permis d'en tirer des conclusions capitales au point de vue de l'action nocive des

divers eaux-de-vie et esprits de consommation, a trouvé une application récente à la thérapeutique.

Dans les expériences si importantes que le D"" Miquel a entreprises pour juger la valeur antiseptique des différentes substances, il a montré que cette valeur était proportionnelle à la formule atomique de ces alcools fermentés et que le degré d'asepsie, c'està-dire la quantité d'alcool nécessaire pour empêcher la putréfaction de se produire dans un litre de bouillon neutralisé, était d'autant moins élevée que la formule atomique était plus complexe ; les formules suivantes montrent bien le fait que j'avance :

G^H'O Alcool éthylique degré d'asepsie 95

CH^O Alcool propylique — 60

C'H'°0 Alcool butylique — 35

G°H'^0 Alcool amylique — 14

Sans quitter ce groupe des alcools, nos expériences ont montré que, lorsque l'on prenait la série des alcools mono-atomiques dans son ensemble, les lois précédemment applicables aux alcools fermentés ne trouvaient plus leur entière application, et cela par suite d'un élément important, la solubilité plus ou moins complète du corps en expérience; de telle sorte que l'alcool cétylique, qui occupe le rang le plus élevé au point de vue de la formule atomique (C'H^'^O), ne jouit d'aucune action toxique à cause de son insolubilité absolue.

C'est encore cette question des radicaux alcooliques qui nous permet d'aborder un des points les plus intéressants de l'étude de certaines substances médicamenteuses, celle de la caféine et de ses dérivés par exemple.

Fischer nous a montré qu'on peut introduire dans la formule complexe de ce corps qu'il considère comme de la trimethylxanthine des radicaux étrangers à la place d'un atome d'hydrogène

et qu'alors on obtient des corps multiples tels que l'hydroxycaféine, l'éthoxycaféine, la méthoxycaféine, selon qu'on a remplacé cet atome d'hydrogène par de l'hydroxyl, radical mono-atomique de l'eau auquel on a enlevé un atome d'hydrogène (OH), ou bien par del'éthoxyl qui n'est que l'éthyloxyde ou de l'oxyéthyl (OC^H^). Les formules suivantes donnent d'ailleurs bien la constitution de ces corps d'après Fischer :

a. CH^Az— CH CH^Az— CH CH'Az — C.OC^H'

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