‹ Hommage à Monsieur ChevreulChapitre 7 sur 18 · I II I II I II · texte numérisé non relu

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f). CO G— AzOT CO G— AzCH^ GO G— AzGH'

c. CH«Az — G = Az CH^Az G:=Az CH*Az G = Az

=C»H*»Az*0^ =G«H"'Az*03 ^C'»H'*AzO^

Caféine. Hydroxycaféine. Éthoxycaféine.

Si l'on étudie chacun de ces nouveaux corps ainsi formés en le comparant à la caféine, on voit, comme l'a fait Filehne et comme je l'ai répété moi-même, que l'introduction de chacun de ces radicaux a modifié dans un sens voulu l'action physiologique et toxique de la caféine. On commence par établir, par des expériences faites sur les grenouilles, imia temporaria et rana esmlenta^ que la caféine détermine chez ces animaux une rigidité musculaire caractéristique et que 12 milligrammes de caféine amènent chez ces batraciens un tétanos continu.

Si l'on prend maintenant l'hydroxycaféine, il faut, pour obtenir les mêmes effets, administrer des doses beaucoup plus considérables près de 20 centigrammes. Le groupe hydroxl (OH) a donc atténué profondément l'action toxique de la caféine et cet effet résulte de ce que ce groupe atomique rend la caféine facilement décomposable, de telle sorte qu'introduite dans l'économie, elle s'oxyde et se détruit rapidement, ce qui fait que l'organisme échappe à son action toxique.

Voyons ce que va produire l'introduction du groupe atomique éthoxyl (OC"H^). Lorsque l'on administre à la grenouille de 15 à 30 milligrammes de cette étlioxycaféine, on n'observe plus de tétanos, mais bien une sorte de stupeur avec diminution des réflexes. Cette action est encore beaucoup plus marquée chez le cobaye et le lapin où l'on voit se produire, sous l'influence de ce médicament, un sommeil prolongé, tandis qu'au contraire à dose égale la caféine produit chez ces animaux un véritable tétanos. Le groupe éthoxyl introduit dans la formule de la caféine a donc modifié l'action tétanique de cette dernière et en a fait un médicament narcotique.

Je n'ai pas encore étudié la méthoxycaféine, mais on peut, a priori, penser que l'introduction du radical méthoxyl a transformé la caféine, médicament tétanisant, en un médicament curarisant. En effet, il y a bien des années, déjà, que Fraser (d'Edimbourg) a montré que, lorsqu'on introduit le groupe méthyl dans la plupart des alcaloïdes, on transforme ces médicaments en médicaments curarisants. C'est ainsi que du méthylstrychnium, du méthylbrucium, du méthylnicotium administrés à des animaux produisent chez eux des effets toxiques absolument analogues à ceux du curare, et j'ai moi-même vérifié la véracité de ce dire en expérimentant les sels de cicutine et leurs dérivés. Je me propose d'ailleurs de continuer cette étude en étudiant successivement l'amyloxycaféine, la phénoxycaféine, la giycéroxy caféine.

On voit donc que la thérapeutique peut, en introduisant des radicaux différents dans la formule atomique de certains alcaloïdes, en modifier les propriétés, les approprier à des effets médicamenteux différents et en faire ainsi tantôt des médicaments tétanisants, tantôt des médicaments narcotiques, tantôt des médicaments curarisants, suivant qu'un radical méthyle, éthoxyle, hydroxyle, viendra s'ajouter à la formule atomique du corps primitif.

Cette étude des alcools nous permet encore d'aborder un des

LA FORiMULE ATOiMIQUE DES CORPS.

points les plus intéressants de cette question de l'influence de la formule atomique des corps sur leurs effets thérapeutiques. Je veux parler de l'isomérie. C'est là un sujet que mon ami le professeur Gautier a longuement étudié et je me permets d'y revenir. De ce que les corps aient la même formule, en résulte-t-il qu'ils aient la même action thérapeutique? Pour ma part, je ne le pense pas. La formule atomique totale de deux corps, quoiqu'ayant une identité parfaite, peut présenter un groupement atomique différent.

Voyez les iso-alcools comparés aux alcools par fermentation : nous savons aujourd'hui que, nés dans un liquide identique, ils résultent cependant d'un ferment différent, comme l'a très bien montré Ordonneau, et, tandis que les ferments de bonne quahté nous donnent les alcools vrais, les ferments inférieurs ou de mauvaise qualité produisent au contraire les iso-alcools. Ces iso-alcools n'ont pas la même action nocive que leurs alcools correspondants, ils sont plus toxiques. J'ai étudié à cet égard l'alcool iso-propylique comparé à l'alcool propyîique et j'ai constaté manifestement le pouvoir toxique plus grand du premier comparé à celui du second.

Voyez la caféine et comparez-la à la théine, à la matéine, à la guaranine : au point de vue de leur formule atomique, ces corps paraissent semblables; je n'oserais affirmer qu'au point de vue de leurs effets physiologiques et toxiques il y ait la même identité.

L'étude des antiseptiques a aussi permis d'étabhr certaines lois qui trouvent ici leur application. Lorsque l'on compare le degré d'asepsie des différentes substances, on voit que, dans une même série, plus le poids atomique est élevé, plus le degré d'asepsie est considérable; c'est ainsi que le mercure, l'argent, le platine, occupent le premier rang. Malheureusement cette loi ne peut se générahser et lorsqu'on l'applique à des corps comparables

comme le chlore, le brome, l'iode, on voit que le brome qui a un poids atomique beaucoup plus considérable que le chlore a un pouvoir aseptique trois fois moins considérable que le premier.

Quoi qu'il en soit, je crois que désormais la thérapeutique, en suivant la nouvelle voie que je viens de tracer et en étudiant les corps en fonction de leur constitution chimique, fera désormais de nombreuses et précieuses acquisitions. J'appelle surtout l'attention sur cette belle série aromatique qui, quoique à peine explorée, nous a fourni déjà des médicaments si précieux. C'est là une mine inépuisable, surtout si on suit dans cette étude une marche scientifique basée sur la constitution atomique de ces différents corps.

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