‹ Hommage aux jeunes catholiques-libéraux [microforme]Chapitre 14 sur 22 · AUX JEUNES LIBÉRAUX-CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

AUX JEUNES LIBÉRAUX-CATHOLIQUES

cœurs généreux ! Egarés par le libéralisme, ils acclamaient précisément le contraire de ce qu'ils aimaient; et c'est avec ce bois pourri qu’ils se sont flattés de construire l’arche qui devait infailliblement sauver le monde moderne.

Pauvres catholiques-libéraux ! Ce sont eux qui ont fourni aux plus perfides ennemis de l'Eglise les armes avec lesquelles ceux-ci nous attaquent aujourd'hui. En Italie, à Rome, en Espagne, à Genève, à Berne, en Prusse, quelle est la prétention des « Etats libres», si ce n’esi la réalisation de la formuie catholico-libérale : l’Aglise libre dans l'Etat libre ? Après y avoir épuisé les « moyens moraux ». ils y emploient la force brutale.

Et dire que cela n’ouvre pas les yeux à nos catholiques-libéraux de France, de Belgique, etc. |

Pour vous, mes très-chers arnis, ne soyez noint assez mMyOopes pour vous laisser prendre à ces miroirs d’alouettes, aux piéges de ces belles formules,au moyen desquels le démon attire et perd les esprits imprudents.

1, Etat ne sera jamais libre, libre de la vraie liberté, que lorsqu'il prendra pour première règle de respecter les volontés de Dev, telles que les lui enseigne et les lui présente la saint Eglise. En avançant le contraire, les catholiques-libéraux ne savent ce qu'ils disent,

Comment se fait-il que personne ne s’y mé-

«Soit, répliquera-t-on peut-être. Moi, je ne suis pas de ces libéraux que condamne le Saint-Père. A dire vrai, Je ne vois pas mème bien ce qu’il veut dire; et, pour ma part. je ne connais point ce genre de catholiques-libéraux. Tous ceux que je connais, et qu'on veut bien appeler libéraux, sont des gens parfaitement raisonnables, qui se tiennent uniquement sur le terrain de la politique, où la Religion n’a rien à faire ; 1ls se bornent à réclamer pour le pays les libertés publiques, sans lesquelles, ils en ont lintime conviction, il n’y a point de vraie liberté pour l'Eglise ».

Illusions et belles paroles que tout ci1.

Si vous êtes catholique et si, avec cela, vous êtes Libéral, vous êtes catholique-libéral ; et si vous êtes catholique-libéral, vous êtes de ces catholiques-libéraux que condamne le Chef de l'Eglise, lequel dit expressément et à diverses reprises, qu'il entend parler de vous, de vous, catholiques-libéraux pieux, et non pas des libéraux impies. Relisez les Brefs.

Vous ne voyez pas ce que veut dire le Pape!

Comment se fait-il que tout le monde le voit, excepté vous ?

Vous ne connaissez pas cette espèce Ge catholiques-libéraux dont le Pape ne cesse de réprouver les doctrines et les agissements !

prend ? Catholiques et protestants, bons et mauvais, tout le monde met immédiatement le doigt ‘dessus. sur les personnes, sur les journaux, sur les revues, etc. Les catholiques- libéraux des Brefs sont précisément ces catholiques-libéraux qui prétendent ici qu’il ne s’agit pas d’eux, qui, jusqu'à ces derniers temps, étaient fiers de ce nom, et suivaient les chefs ecclésiastiques et politiques que chacun sait. On dira tout ce qu’on voudra il n’y a pas deux espèces de catholiqueslibéraux ; il n’y en a qu’une, et elle est mauvalse.

Ils commencent maintenant à répudier le nom de libéraux. C’est déjà quelque chose ; c'est le sens catholique qui commence à dominer le non-sens libéral. Mais il ne s’agit pas du nom seulement; c’est surtout le fond qu'il faut laisser là ; le fond, c'est-à-dire les idées fausses, «le virus caché des principes libéraux, 1» ce « germe des erreurs qu'ils retiennent et nourrissent obstinément, ?» el qui n’est «autre chose que cette fausse coception, cette conception anticatholique de la notion de la liberté et de La notion de lau- Lorilé, ainsi que nous l’avous rappelé plus haut, Ce qu'il faut mettre de côté, c’est cette manière toute humaine, anti- surnaturelle, «aticatholique de juger et les doctrines et Les personnes et les choses; c’est l'esprit c'e parti, c’est l’entôtement, c’est, en

1 Bref de Quimper, 2 Bref d’Oréans,

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un mot, tout ce que nous avons signalé dans ce petit opuscule.

Hs se disent «raisonnables, » par opposition à nous autres,. catholiques tout court, qui sommes toujours, le Pape le premier, des exagérés, des ultramontains, qui perdons l’Eglise et la France. « Raisonnables !» C’est raisonneurs qu’ils devraient dire. La vraie raison est inséparable de la vraie foi, de la vraie fidélité catholique. Les catholiqueslibéraux n’ont que la prudence humaine à leur disposition; et c’est pour cela qu'ils perdent toutes les bonnes causes, soit religieuses, soit politiques.

Comme nous l'avons déjà dit, ils ont la prétention de mettre d’un côté l’ Eglise et la Religion, et de l’autre côté la société et la politique. Urgez un peu le système, et logiquement, fatalement, vous arrivez en un instant à ces principes révolutionnaires extrèmes, qu'ils sont les premiers à réprouver.

Nous ne saurions trop le répéter: comme toute chose ici-bas, la politique doit ètre catholique, c’est-à dire conforme à la loi de Dreu et soumise à sa volonté aussi sainte que souveraine ; et le Pape, et les Evèques, etles prètres, et après eux tous les chrétiens, ont le droit et Le devoir de rappeler aux gouvernements quis’en écartent les grands principes de la politique chrétienne et de les ramener ainsi au premier de leurs devoirs.

Ils se bornent, disent-ils enfin, à réclamer pour:le pays les libertés publiques, indispensables, selon eux, à la vraie liberté de

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l'Eglise. Eh, ce sont précisément ces « libertés publiques », idoles du libéralisme, que le Saint-Siége déclare officiellement être les ennemies mortelles et de l'Eglise, et de la foi, et de la société. Ces fameuses « libertés publiques », que sont-elles, en effet, sinon les libertés révolutionnaires de 89.

c'est-à-dire la liberté de tout imprimer, la liberté de tout dire, la liberté de l’hérésie et de la libre-pensée, la liberté des sociétés sccrètes et des clubs, la suppression légale de l'autorité de l'Eglise, aussi bien que de la véritable autorité civile ? Nos libéraux sont libéraux, précisément parce qu’ils réclament et acclament, comme autant de principes de vie, tous ces principes de mort. [L'Eglise condamne, repousse ces principes : eux, ils les admettent, et, oublieux des règles les plus élémentaires de leur foi, ils pensent que l'Eglise a tort etqu'’ils sont plus clairvoyants qu'elle. Leurs intentions sont bonnes :

voilà tout ce qu’on peut dire à leur décharge. Mais, mon Dieu ! quel mal ils font, les ecclé siastiques surtout, avec leur collection d'idées fausses.

Les vraies, les seules vraies et bonnes libertés publiques sont les libertés chrétieunes. Gelles-là, l Eglise est la premiere, ou pour mieux dire, est la seule à Les réclamer et à combattre pour elles : c’est La liberté de la vérité, €'est la liberté du dront, c'est la liberté de la famille et de la société chrétiennes ; c’est la liberté de l'exercice légitime de l'autorité religieuse, civile, do-

mestique. C’est, en un mot, la liberté de tout ce qui est bon et bienfaisant.

« Comment donc des hommes de mérite et de savoir, comment de grands chrétiens, et surtout comment des ecclésiastiques et des théologiens ont-ils pu être catholiqueslibéraux ?

C’est d’abord parce que les plus grands esprits sont parfaitement capables de se tromper, surtout lorsque la passion s’en mêle : témoin,le grand Bossuet, avec le gallicanisme ; témoin Fénelon, avec le quiétisme. Or, le libéraïisme étant, parmi nous, la question brûlante du moment, il n’est pas étrange que la passion s’en soit mêlée et s’en mêle encore.

On conçoit sans peine que des esprits dis.

tingués, que des cœurs généreux, épris d’amour pour la liberté, aient pu confondre la vraie avec la fausse, et acclamer le libéralisme, croyant acclamer la Dberté. Tel a été le cas du P. Lacordaire et de M. de Montalembert, dont les noms glorieux sont si souvent encore invoqués comme des arguments sans réplique, en faveur du libéralisme. Qui ne rend hommage et à leurs intentions et à leurs talents ? Mais, tout en aimant, tout en honorant les personnes, ne saerifions jamais les principes. En étant catholiques-libéraux, ils se trompaient ; voilà tout,

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Et puis, remarquons-le bien, parce qu’un homme de mérite et de vertu s’est trompé sur un point, ce n’est pas, Diru merci ! une raison pour que sur le reste 1l perde de sa valeur. Quand un beau fruit se trouve gâté par un côté, on enlève la partie gâtée, et on garde le reste. Ainsi faut-il faire à l’égard des hommes distingués, ecclésiastiques ou laïques, qui se sont laissé atteindre par les erreurs libérales : admirons, louons, imitons tout ce qu'ils ont de bon et de catholique ; mais rejetons avec soin ce qu'ils ont de libéral, ce qu'ils peuvent avoir d’hétérodoxe.

Nous serons ainsi dans le vrai, et nous rendrons à chacun ce qui lui est dû.

C'est précisément en vue du danger qu’'inspirent aux gens de bien les qualités, les talents et même les vertus privées des chefs du parti catholique-libéralque le Saint-Père a parlé dans son célèbre Bref au comité catholique d'Orléans. Que mes jeunes lecteurs veuillent bien s’y reporter.

Le « groupe ami » dont parle le Souverain- Pontife n’est autre que l'état-major du parti catholique-libéral. Pour nous, ils sont plus dangereux, peut-être, que Les” imnpies, nous dit le Pape : nous nous méfions naturellement des hnpies ; nous ne pensons pas à nousméfier d'hommes, intelligents d’ailleurs, et plus ou moins pieux ; qui font hautement

AUX JEUNES CATHOLIQUESLIBÉRAUX.

profession de dé vouement à la cause de l'Eglise,

C’est « un groupe » :

des journaux, des organes connus.

ils sont unis, ils ont Ce n’est

qu'un groupe : comme parti proprement dit, ils sont peu nombreux ; mais leur influence s'étend au loin.

C'est « un groupe ami»: ami et ennemi tout ensemble; ami, en tant qu’ils sont catholiques ; ennemi, en tant qu'ils sont libéraux, c'est à-dire en tant qu’ils admettent l'erreur, qu'ils font opposition au Saint-Siége, qu’ils divisent profondément Les forces catholiques ; et le Pape répète ce qu'il a dit tant de fois déjà, à savoir, qu’à ses yeux, ce danger est le pire de tous ceux qui menacent aujourd’hui la société catholique.

Leur doctrine est «équivoque : » elle contient du vrai et du faux, du bien et de mal.

Ils adoptent les principes révolutionnaires de 1789, bien qu’ils aient une horreur trèsréelle des conséquences extrêmes de ces

rincipes. Ils font comme ce puissant dia-

ecticien qui, dans une dissertation philosophique, disait gravement: « J’adopte le principe; mais je nie les conséquences.» On avait beau lui démontrer que les conséquences découlaient inévitablement du principe : 1l répétait : «N'importe. J’adopte le principe ; mais je nie les conséquences.» Nos catholiques-libéraux, dit le Saint-Père, «tout en repoussant les conséquences extrêmes des erreurs, en retiennent et en nourrissent obstinément le premier germe.» C’est la partie gâtée de la belle poire. |

Et d’où vient leur succès auprès du grand nombre ? De ce que, «ne voulant pas embrasser la vérité tout entière, n’osant pas

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non plus la rejeter tout entière, » ils flattent, sciemment où non, les erreurs du jour et les préjugés à la mode, conservant ainsi assez de fidelité pour ne pas trop faire peur aux catholiques, et assez «d'indépendance » pour rester sympathiques anx inmondains, aux gouversements, voire mème aux protestants et aux hbres-penseurs. Libéraux, ils sont audacieux ; catholiques. ils sont prudents. De là, le succès des chefs du parti auprès des esprits peu solides, c’est-à-dire, auprès du grand nombre.

Ils interprètent à leur façon, mais non à la façon du Saint-Siège, L:S ensrignements de l'Eglise, les Encyciiques, le Syllabus, les Brefs Apostoliques, les décrets du Concile; et, ainsi habillée, la verité catholique se trouve ressembler à peu près à l’erreur libérale, à l'erreur qu’ils ne cessent de caresser. De là, je le repète, leurs succès auprès du grand nombre. Les chefs en sont venus à ne plus même se douter qu’ils intervertissent complétement les rôles: au lieu de faire humhlement concorder leurs propres sentiments avec les enseignements de l'Eglise, ils veulent, bon gré malgré, plier les enseignements de l’Église à leurs idées personuelles: «Ils s'efforcent, dit le Vicaire de Jésus-CHrisr, d'interpréter les enseignements de l'Eglise, de manière à les faire concorder à peu près avec leurs prapres sentiments ; »

ils oublient que c’est l'Eglise qui est infaiihble, et non pas eux.

Au fond de tout cela, 1l y a bien de l’or-

gueil et de l’obstination. «Aujourd’hui encore », ajoute le Saint-Père, aujourd’hui, c'est-à-dire après le Sylabus, après le concile, après les avertissements réitérés du Saint-Siége, «il en est qui adhèrent aux vérités récemment définies pour éviler la note de schisme », plus que par véritable soumission, par la Soumission du jugement, Est-ce là l'esprit catholique ? et n'est-ce pas surtout le cœur que Du régarde ?

Eufin dans ce Bref mémorable, le ‘Pape rappelle à deux reprises que la fermeté de la foi repose uniquement sur «ladhésion parfaite à l'esprit et aux doctrines de la Chaire de Pierre », parce que là seulement se trouve l’infaillibilité de l’enseignement. A cette obéissance pleine etentière au Saint- Sisge, il faut joindre sans doute la déférence

et le respect dus à l’Evêque; mais ce res-

pect et cette déférence doivent laisser intact le premier de tous nos devoirs, à savoir, la soumission au Pape, à son antorité suprème, à tous ses enseignements, à toutes ses directions. — À cette condition seulement, nous serons forts. Toujours, nous devons à l'Evêque le respect, la deférence, « obsequentes » ; mais nous ne devous le suivre qu’autant que lui-même suit Pierre, l'unique Chef de l'Eglise, le seul souverain Pasteur, le seul iocteur infaillible. A-cause de cela, il est dit ici: «cObsequentes », et non pas « sequentes ».

Oh ! mes bons amis, soyons fortement catholiques ; ne nous laissons pas entrainer

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par les sympathies, ou, pour mieux dire, | par les préjugés à la mode. Et nous aussi, | répétons l’acclamation d’obéissance et d’a- fl mour qui sortit du cœuret des lèvres des L?

deux cents Evêques réunis à Rome en 1867 ‘à pour les fûtes du centenaire de Saint Pierre : « Petrus solus loquatur! Petrum solum sequamur !»

C'est la seule règle sûre; c’est la seule règle infaillible,

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