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AVANT LES FUNÉRAILLES

9 avril.

Il y a un suffrage universel qui compte, et dont les manifestations, spontanément dictées par le respect et Tamour, défient toute contradiction. C'est Témouvant spectacle qu'offre à nos regards émus le concours inusité qui, depuis hier, se fait auprès de la dépouille mortelle du maître que nous pleurons. Pour apporter un témoignage suprême à ce fidèle serviteur de rÉglise, pour réciter à ses côtés Tune de ces prières qui soutiennent les combattants pendant la vie et les aident encore après la mort, des religieux, des prêtres, des laïques en grand nombre, des familles entières, se succèdent auprès de son lit funèbre et s'y agenouillent.

Il n'en est pas qui ne sorte profondément ému et comme dans l'admiration de l'air de paix profonde qui règne sur ce mâle visage, où la douleur n'a pas laissé de traces, oii il semble que l'intelligence rayonne toujours, avec cette force calme que donne la sérénité du triomphe, enfin conquis après les rudes labeurs d'une vie de bataille, qui, pour ce grand chrétien, n'eut pas un jour de repos.

Nous voudrions, pour l'édification de nos lecteurs et notre propre consolation, pouvoir nommer tous ces visiteurs. On comprendra que cela nous soit impossible. Nous ne pouvons non plus, et à notre grand regret, citer comme nous le voudrions l'expression des sympathies qui, du dehors, nous viennent de toutes parts. Mais ce que nous voulons dire, parce que rien n'aurait pu, de son vivant, aller plus au fond du cœur de notre vénéré maître, c'est le témoignage que lui rendent nombre de ses lecteurs, prêtres et laïques, rappelant avec émotion qu'ils lui doivent, après Dieu, les uns, la grâce de la vocation sacerdotale ; les autres, leur affermissement dans la foi ou leur conversion; tous, l'amour de l'Église romaine poussé jusqu'au plus absolu dévouement pour la personne de Pierre, son autorité, ses enseignements.

« Quoique éloigné du champ de bataille depuis quelques années, écrit de Moulins à M. Eugène Veuillot l'un de ces témoins dont le nom lui-même fait autorité, votre frère emporte avec lui une gloire impérissable : celle d'avoir déterminé et achevé en quelque sorte le grand mouvement vers Rome que de Maistre et de Bonald avaient pu seulement indiquer au milieu des préjugés de notre pauvre France. »

« Non seulement, écrit le doyen d*une paroisse importante d'une grande ville du Nord, non seulement je prierai, mais i'ofifrirai de plus le saint sacrifice pour Fâme de l'incomparable chrétien qui m*a permis de lui donner le nom d'ami, et à qui je suis redevable en grande partie de ce que j'ai d'amour pour la sainte Eglise et pour son chef, d

On verra plus loin que, dès le premier moment, les catholiques de Lille ont eu la pensée de faire célébrer une messe pour Tâme de notre illustre chef.

Ces suffrages spontanés et sans nombre, venant après la bénédiction du Souverain-Pontife et les éloges des princes de rÉglise * ; ces suffrages qui multiplient pour l'âme de M. Louis Veuillot les prières de cette Église qu'il a tant aimée : voilà, certainement, l'hommage qui va le mieux à sa grande mémoire, celui qu'il a le plus chrétiennement ambitionné, celui dont sa sœur, son frère, ses enfants, ses neveux et nous tous, ses modestes collaborateurs, devrons le plus de reconnaissance aux amis qui, de toutes parts, manifestent ainsi leur grande, leur fidèle affection.

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