‹ Hommages à Louis VeuillotChapitre 18 sur 51 · ET DE S. ÉM. LE CARDINAL JACOBINI · texte numérisé non relu

ET DE S. ÉM. LE CARDINAL JACOBINI

Le 11 avril, M. le marquis de Drcux-Brczc avait exprimé a M. Eugène Veuillot, de la part de M^»* le comte de Chambord, les vifs regrets que le prince éprouvait de la mort de Louis Veuillot. Voici la lettre de remerciement que M. Eugène Veuillot adressa au roi :

Paris, 15 avril 1883.

Monseigneur,

Nous avons été profondément touchés, ma sœur et moi, des sentiments que vous avez daigné nous faire exprimer par M. le marquis de Dreux-Brézé.

Ce précieux témoignage donné à l'œuvre de mon frère était mérité. Louis Veuillot croyait fermement que le régime monarchique est nécessaire à la France ; et, tout en acceptant les pouvoirs de fait, quand ces pouvoirs acceptaient l'Eglise, il n'a cessé de s'incliner devant le droit royal résidant en vous. Nul, quand il a fallu faire un gouvernement, n'a demandé avec plus de force que le trône légitime fut relevé.

En même temps qu'il reconnaissait la monarchie traditionnelle et en attendait le relèvement de la patrie, il aimait et admirait le prince qui, ferme sur les principes, seules assises d'une vraie restauration, n'a pas permis qu'on le diminuât, et a su dire en un langage si élevé que l'indépendance légitime et nécessaire du trône n'avait rien à craindre de la pleine reconnaissance des droits de l'Eglise.

Ces convictions, que Louis Veuillot a souvent exprimées avec une autorité particulière, nous les gardons. Monseigneur, non seulement par respect pour sa chère et grande mémoire, mais aussi dans la certitude que nous continuons de servir

avant tout TEglise, quand nous proclamons et défendons les droits du représent<ant si chrétien de la monarchie chrétienne.

Je suis, Monseigneur, avec le respect le plus absolu, votre très humble serviteur,

EUGENE VeUILLOT.

M'i* le comte de Chambord honora M. Eugène Veuiliot de la réponse suivante :

Goritz, 23 avril 1883.

Un chrétien comme votre frère, Monsieur, ne pouvait mourir, après une lutte dW demi-siècle pour Dieu et le triomphe de son Eglise, sans que je prisse part à l'émotion de tous les vrais catholiques. Le marquis de Dreux-Brézé, en vous portant l'expression de ma sincère condoléance, n'a été que le fidèle interprète de mes regrets et de ma gratitude. Je dis ma gratitude, parce que du jour où cet esprit si élevé, aussi inaccessible aux calculs de l'ambition qu'aux lâchetés du respect humain, écKiiré par les leçons de l'expérience et guidé par la droiture de sa raison, fut saisi de la vérité politique comme il avait été saisi de la vérité religieuse, de ce jour il a* été le plus vaillant auxiliaire de la monarchie traditionnelle, dont la nécessité n'est jamais mieux démontrée qu'à l'heure où nous sommes, à l'heure des derniers abaissements et des suprêmes humiliations. Devant les persécutions accomplies et celles qui se préparent, comme il aurait flétri les crimes sociaux qui se succèdent si rapidement dans notre France, en appelant sur elle les plus redoutables châtiments !

Après avoir tenté d'arracher au père de famille l'âme de son enfant, l'athéisme triomphant n'a-t-il pas la prétention de s*installer au chevet de l'ouvrier chrétien, sur son lit d'hôpital, pour en interdire l'accès au véritable consolateur et à l'unique ami ? Avec quelle éloquence Louis Veuiliot eût dénoncé à la conscience publique la suppression des aumôniers dans les hospices, suivant de si près l'expulsion des héroïques filles de la Charité!

Je ne puis oublier non plus sa chaleureuse adhésion donnée à ma parole dans toutes les circonstances où j'ai cru devoir élever la voix devant mon pays. Spécialement en 1873, alors que nous touchions au port, quand les intrigues d'une politique moins soucieuse de correspondre aux vraies aspirations

de la France que d'assurer le succès de combinaisons de parti, m'obligèrent à dissiper les équivoques en brisant les liens destinés à me réduire à l'impuissance d'un souverain désarmé, nul autre ne sut pénétrer plus avant dans ma pensée, ni mieux donner à ma protestation son véritable sens.

J'étais donc bien fondé avons parler de ma gratitude, qui s'étend, n'en doutez pas, à tous ses collaborateurs, en commençant par vous, le plus intimement associé à ses rudes combats. Puissent les témoignages de sympathie qui vous arrivent de toutes parts être une consolation pour la digne sœur qui a tenu une si grande place dans la vie de celui que vous pleurez, pour ses filles, pour le gendre dont Louis Yeuillot était avec tant de raison si fier, pour ses neveux, pour tous les vôtres ! Soyez mon interprète auprès d'eux tous, et comptez sur mes sentiments bien sincères.

Henri.

Cette lettre, qui fut le dernier acte politique du comte de Chambord, souleva dans la presse de Tifs et longs débats; elle déplut tout particulièrement aux royalistes parlementaires et aux catholiques libéraux. Les chefs de ces deux groupes et leurs journaux s'y trouvaient atteints à divers titres. Le roi, en même temps qu'il affirmait des principes opposés aux leurs, les accusait d'intrigues, et, de plus, il glorifiait Louis Yeuillot. Ce dernier coup rendait les autres plus durs encore.

Quant aux révolutionnaires, ils prirent acte des paroles royales pour établir que nul accord ne serait jamais possible entre le roi et les doctrines révolutionnaires, môme mitigées par les représentants du libéralisme. Ils rendirent hommage d'ailleurs à la noblesse et à la parfaite loyauté de ce langage.

La presse catholique et la presse vraiment royaliste n'eurent que des applaudissements.

Lettre de M^^ le duc de Madrid à M. Eugène Veuillot.

Venise, 11 avril.

Mon cher Monsieur Veuillot,

Le coup qui vous frappe en vous enlevant votre frère a eu un douloureux retentissement dans mon cœur.

Je n'oublie pas que l'Espagne catholique et royaliste avait mérité les admirables plaidoyers du grand écrivain dont vous pleurez la perte ; elle en est fière k juste titre, et je peux vous assurer qu'elle unit ses prières et ses regrets aux vôtres.

Soyez aussi l'interprète de ma douleur personnelle auprès

de toute la famille de ce courageux défenseur des grandes causes, que Dieu vient d'appeler à soi, et croyez-moi. Monsieur Veuillot, votre affectionné,

Carlos.

Après la mort de Louis Veuillot, M. Eugène Veuillot remercia le Pape de la bénédiction qu'il avait envoyée au rédacteur en chef de Y Univers mourant. Il reçut bientôt de S. Ém. le cardinal Jacobini, secrétaire d'Etat, la lettre suivante :

A M. Eugène Veuillot,

Monsieur ,

Le Saint-Père a reçu la lettre que vous lui adressiez le 14 avril, et II a agréé Thommage respectueux que vous lui offriez dans cette lettre, au nom de toute votre famille et de la rédaction de V Univers.

Dès que Sa Sainteté fut informée de la maladie très grave de votre illustre frère, Elle se hâta de lui envoyer sa bénédiction apostolique, et ce fut avec un vif regret qu*Elle apprit ensuite la nouvelle de sa mort. Ses nobles sentiments, sa dévotion toute particulière envers le Saint-Siège, les constants services que, par sa très vaillante plume, il a, pendant ane longue suite d'années, courageusement rendus dans la défense des intérêts les plus sacrés de la Religion et du Siège Apostolique, rendent encore plus pénible une telle perte. Mais nous sommes consolés par la pensée qu'il doit jouir maintenant, dans le repos éternel, de la récompense de ses travaux ; et cette confiance doit être, pour vous et votre famille, le plus doux soulagement dans la douleur extrême causée par la perte d'un parent si cher.

Dans la confiance que vous continuerez à vous montrer son digne imitateur par vos écrits et par vos sentiments envers le Chef suprême de TÉglise, je saisis cette occasion de vous témoigner l'assurance de l'estime distinguée avec laquelle je sais, Monsieur, votre dévoué,

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