‹ Hommages à Louis VeuillotChapitre 24 sur 51 · Min. Cap · texte numérisé non relu

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Par une attention touchante, en même temps que cette lettre, M"* Veuillot recevait un portrait de M«' Taurin avec cette inscription : A Louis Veuillot, — Venez, béni de m')n Père, possé^ derle royaume qui vous a été préparé : car J'étais sans asile, et vous m'avez recueilli. — Exemplum forte reliquit.

Dépêche de Rome :

Rome, 15 avril, 4 h. 35.

En arrivant de Jérusalem, les pèlerins font des prières à Rome pour Louis Veuillot et demandent au Pape de bénir sa famille. Bailly.

ai2 HOMMAGES A LOUIS VEUILLOT

Lettre de M. le curé de Langon (Gironde) à M*l« Veuillot :

J'ai aimé passionnément Louis Veuillot. Lecteur assidu

de V Univers pendant plus de trente ans, j'étais fier de compter parmi ces prêtres que quelques-uns appelaient les amis fanatiques du grand écrivain. Ce que j'ai été autrefois, ce que j'étais en 1870, à Rome, où j'eus l'honneur d'être reçu par vous, et plus tard à Pauillac et à Langon, où je vous ai vue à côté de illustre malade, affectueuse et pleine de sollicitude, je le suis encore et plus que jamais...

Je reconnais devoir à la lecture de V Univers et des écrits de Louis Veuillot les moments les plus doux de ma vie...

Je reconnais lui devoir mon ardent amour pour rÉgiise...

Comment ne l'aimerais-je pas et comment ne pleurerais-je pas sa mort?...

C'est un des plus beaux souvenirs de mon existence d'avoir reçu à ma table, dans mon modeste presbytère, celui que j'ai toujours regardé comme un des plus grands hommes de ce siècle...

Pourquoi faut-il que sa forte plume, sa plume divine, ait été brisée dans un temps où elle aurait pu être si utile aux grandes causes ? pourquoi faut-il qu'un si intrépide soldat du Christ ne combatte plus?...

Daignez agréer, etc. Salviaxi.

Lettre de M. l'abbé Pougeois, curé doyen de Moret et auteur d'une remarquable Histoire de Pie IX ^ à M. Eugène Veuillot :

Moret, 15 avril.

Monsieur le rédacteur. — Uni d'esprit et de cœur, non seulement avec la France catholique, mais avec l'univers catholique tout entier, près du cercueil de votre illustre frère, je me contentais d'ouir avec consolation, chaque matin, les échos de la louange universelle répétés, depuis huit jours, dans les colonnes de V Univers.

Au milieu de ce concert d'éloges funèbres, je ne songeais nullement à sortir de mon silence admirateur, quand une voix discordante vint afQiger mon oreille.

Hier, notre Semaine religieuse, de Meaux, disait du vaillant champion que la cause catholique vient de perdre : a II fut frappe par le gouvernement impérial et désavoué par le sou-

verain Pontife lui-même. Il eut contre lui des hommes aussi croyants et aussi chrétiens que lui... »

Je sens le besoin, comme membre du clergé meldois, de protester contre cette flèche du Parthe, ou plutôt contre ce restant de la queue de Bossuet qu'on croyait tombée tout entière sous les décrets du dernier concile.

L'essai de dénigrement contenu dans le jugement précité est tout simplement une témérité étayée d'une erreur : c'est une témérité, car les hommes aussi croyants et aussi chrétiens que Louis Veuillot, qui l'ont contredit, ont eu besoin, plus que lui, de modifier leur croyance pour rester unis à l'Église; c'est une erreur, car ce n'est pas à Rome que le rédacteur en chef de V Univers a été désavoué, c'est à Orléans aussi bien qu'aux Tuileries et plus tard à l'Élysee, ce qui n'est pas tout à fait la même chose que d'être désavoué à Rome. En effet, au moment même où le journal catholique de Louis Veuillot était excommunié par deux prélats gallicans, l'éminent publici^te recevait, comme gage d'orthodoxie, la sainte communion de l'auguste main du souverain Pontife.

Je me borne, pour l'honneur de la vérité et du rédacteur en chef de V Univers, à cette simple rectification.

Il ne doit pas être dit que notre Semaine religieuse a parlé au nom de tout le diocèse, et que le clergé diocésain tout entier a laissé passer sans mot dire l'étrange boutade et l'erreur historique que l'innocente Revue vient de servir à ses lecteurs.

Recevez, Monsieur le Rédacteur, etc.

A. POUGBOIS, curé doyen do Moret, ancien ehan. honor. do Meaox et de Bordeaux.

Lettre de M. le vicaire de Tirepied, diocèse de Coutances, à M. Eugène Veuillot :

Je ne suis rien ou bien peu de chose dans l'Église de Dieu. Mais la foi faisait ambitionner à Louis Veuillot le mémento du plus humble des prêtres. Ce pourra être pour un frère une consolation de penser que je me suis empressé de réaliser le pieux désir du grand chrétien. Ce n'était, du reste, qu'une dette de reconnaissance envers celui dont les pages charmantes m'ont fait passer de si bonnes heures, et versé en mon âme tant d'amour et de dévouement pour Dieu et sa sainte Église.

A. JotJBIN, yicaire do Tirepied.

Lettre des bénédictins olivétains de Soulac (Gironde) à M. Eu* gène Veuillot :

Abbaye de N.-D. de la Fin-des-Torrofl, à Soulae-los-Bains, le 13 arril.

Monsieur. — Au nom de nos frères exilés et en notre nom, nous venons vous offrir nos condoléances les plus affectueuses et les plus senties, à Toccasion de la mort de votre illustre frère, le glorieux défenseur des moines, Tami de tous nos cœurs, l'objet de notre admiration, le soutien de Dieu.

Nous ne sommes plus que deux ici, combattant sur la brèche, pour Dieu et pour la foi ; mais les expulsés de notre abbaye, dispersés à tous les vente du ciel, prient avec nous pour rame bien-aimée qui comprenait si bien notre vie, et qui est remontée vers son Dieu.

On a pu briser les chaînes de notre vie de famille, mais on n'a pas enlevé de nos cœurs Tamour de la Croix sainte, joie, consolation et espoir du crucifié qui fut Louis Veuillot, notre maître dans les bons combats de la foi, notre ami dans la persécution, notre modèle dans Tespérance, notre maître dans la lutte contre Judas, Pilate et consorts.

L'un des nôtres écrit un livre où il raconte comment et pourquoi il a brisé les chaînes du siècle, ce qu'on fait dans le cloître, ce qu'on y aime, ce qu'on y espère. Il dira ce qu'on y lit, et il nous a promis à ce sujet une page émue, vibrante et aimante sur le glorieux et saint défunt, qui, nous l'espérons, a déjà reçu de Dieu la récompense de ses combats, de ses vertus, de ses espoirs indomptés.

Veuillez agréer, Monsieur, au nom de tous nos expulsés et de notre part, l'expression respectueuse et sympathique de notre commune douleur et de notre dévouement.

Les Bénédictins olivéiains de Soulac.

Lettre d'un prêtre du diocèse de Viviers à M. Eugène Veuillot:

Lo B..., 15 avril.

Monsieur. — Je joins mes sentiments de condoléance à tous ceux qui vous sont adressés à l'occasion de la mort de votre illustre frère, et vous prie d'en faire part aux membres de votre famille et à la rédaction de VUnivers.

La mort de M. Louis Veuillot n'est point un deuil isolé : elle atteint la littérature française, la patrie, et, par-dessus tout, l'Église et le clergé.

Je ne VOUS apprendrais rien en énumérant les immenses services qu'il a rendus à la papauté, à TÉglise de France spécialement, en la désinfectant des restes du gallicanisme ^t en arrêtant du moins les progrès qu'aurait faits, sans lui, la secte catholico-libérale.

Dieu lui avait assigné une mission : il l'a remplie avec un conrage, un talent, une abnégation qui commandent l'admiration.

Je célébrerai le saint sacrifice pour l'âme du regretté défunt, le 16 courant*.

Agréez, etc. F. G.

Lettre de M. le chanoine Auber, historiographe du diocèse de

Poitiers, à M. Eugène Yeuillot :

Poitiers, 15 avril.

Monsieur. — Abonné à V Univers avant que M. Veuillot y travaillât, je l'y avais remarqué dès son apparition, il y a bien près de cinquante ans. Et toujours je l'avais trouvé le même : son talent, son ardeur, sa foi, son énergie de parole et de conviction, sa fierté religieuse, et enfin tout ce qui constituait sa nature d'élite, rien n'avait baissé en lui depuis qu'arrivé, si jeune encore, à l'apogée de sa splendeur littéraire, il communiquait à toute intelligence élevée quelque chose de ce que Dieu lui avait donné. Style, conception, tournure d'esprit, tout lui était personnel ; et, s'il reflétait par tout cela les grands maîtres de notre langue si difficile, on sentait pourtant à sa lecture qu'il avait au-dessus d'eux-mêmes l'ingénieux talent de se les approprier et de les valoir. N'est-ce pas là le génie ?Un autre caractère me le rendait cher : c'est qu'il fut toujours persécuté pour sa cause et la nôtre ; c'est qu'au milieu des persécutions, harcelé par les pamphlets de la haine injuste ou de l'hostilité aveugle, quand les honnêtes gens eux-mêmes, et en grand nombre, attaquaient sa politique, toujours catholique avant tout, et eussent voulu trouver en lui l'homme de parti bien plus que l'homme de Dieu et de son Eglise, le brave athlète ne reculait pas, le lion s'agitait d'autant plus pour l'attaque ou la défense, le soldat frappait toujours, et des débris de ses armes il renouvelait le combat, et toujours pour terrasser ses adversaires.

1. Je note ici qao beaucoup de prêtres nous ont écrit seulement ces mots : « Je célébrerai la messe pour l'âme de ce grand serviteur de TEgliso. »

aie HOMMAGES A LOUIS VEUILLOT

Que de fois, en des polémiqaes où des mécontents le faisaient apparaître, ai-je lutté pour lui et avec lui pour la défense de ses principes ! Je ne doutais nullement alors, en dépit d'accusations passionnées, qu'il n'aimât au fond la légitimité et ses vieilles et honorables traditions. Rien ne prouvait pourtant que l'heure fût venue de l'appeler, de la protéger, quand aucunes chances ne parlaient encore en sa faveur. Mais j'avais pressenti dans le polémiste violemment et injustement honni l'homme des prévisions sages, qui n'avançait qu'avec précaution, qui ne se hasardait pas sur un terrain inabordable, et qui pourrait invoquer un jour cette prudence calculée pour défendre plus ardemment le principe sacré de Ja monarchie, qui, seule en France, fait la garantie de la gloire nationale et du bonheur de tous. On a vu depuis vingt ans comme je m'étais peu trompé. Quand tous les partis en sont venus à n'en plus faire qu'un seul contre la religion et contre rÉglise, Veuillot a bien su démontrer que le lis ne pouvait s'enlacer qu'à la croix ; que le roi, préposé de Dieu pour tenir l'épée haute devant son Église, avait besoin d'autres gens que de cupides et d'ambitieux. Il aura porté devant ce Maître étemel, qu'il adora toujours en esprit et en vérité, ces nobles pensées et ces jours si longs dépensés comme ses nuits mêmes au service de Dieu et de son peuple. Je soutiens qu'il n'y a pas, en dehors de l'apostolat sacerdotal, une gloire comme celle-là.

Consolons-nous, après tout. Il n'est pas mort; ce n'est qu'un sommeil. Puissent tous ceux qu'il flagella de sa plume incomparable, les impies orgueilleux, les hommes de rien qui font les journaux pour de l'argent et du scandale pour des honneurs, se rappeler que, n'ayant plus rien à oser contre lui, ils l'ont trouvé enfin irréprochable, et que, s'ils résistent encore à ses leçons, à ses exemples et à son souvenir, un jour viendra où tous, en présence de Dieu avec lui, ils comprendront la différence entre le génie de Dieu et la médiocrité, qui ne l'est pas!

Agréez, etc. C. Aubbr,

chanoine, historiographe.

Lellrc de M. le curé de Nevoy, diocèse d'Orléans, à M. Eugène

\euillot :

Novov, 15 avril.

Monsieur. — Lecteur de votre vaillant journal depuis 1850, j'ai suivi avec le plus vif intérêt toutes les grandes questions traitées dans ses colonnes, toutes les luttes soutenues, toutes les épreuves subies. Devenu curé depuis un certain nombre d*années, moi aussi j'ai dû restaurer, presque reconstruire mon église, et je viens payer une dette de reconnaissance envers le vénéré chef de la rédaction pour les secours qui, grâce à une note plusieurs fois publiée dans le journal, me sont venus de divers côtés.

Mais ce que j'ai toujours le plus admiré en M. Louis Veuillot, c'est cette foi ardente qui fustigeait l'erreur d'où qu'il la vît surgir ; cet amour saintement enthousiaste pour la sainte Eglise et son chef, ces élans de charité pour tout ce qui est bon. Enfin, le dirai-je, j'ai toujours estimé notre cher défunt comme une âme d'un mérite héroïque aux yeux de Celui qui scrute les reins et les cœurs.

Votre douleur est grande. Monsieur, mais votre consolation ne Test pas moins depuis que vous avez pu contempler les magnifiques funérailles de celui que nous pleurons ; depuis que vous assistez à ce magnifique concert de louanges parti, à son adresse, de tous les points de la France, et bientôt du monde catholique tout entier. C'est d'une voix unanime que tous les vrais amis de l'Église s'écrient aujourd'hui : Comment est tombé cet homme puissant qui sauvait le peuple d'IsraCl ? J applaudis de toute mon âme à tant d'hommages si justement mérités, et je payerai en mémento y au saint autel, mon tribut de reconnaissance envers le cœur si noble, si vaillant, si dévoué, de ce soldat de la sainte Eglise...

Veuillez agréer, etc. J.-G. Cunin,

curé do Nevoy.

M. l'abbé Richer à M. Eugène et M^l» Elise Veuillot :

Ayranches, 15 aTril.

La congrégation des sœurs institutrices du Carmel d'Avranches, au diocèse de Coutances, a l'honneur d'offrir l'expression de sa respectueuse et vive sympathie à Monsieur Eugène Veuillot et à Mademoiselle Élise Veuillot, et de leur faire savoir que neu/* messes seront célébrées du 17 au 25 avril, dans la chapelle de la communauté, pour l'âme de leur illustre frère, dont

TËglise pleure la perte; cent cinquante communions et de nombreux chemins de croix seront offerts pour Tâme de ce vaillant défenseur de la liberté de renseignement catholique et des congrégations religieuses par les sœurs et novices de cette communauté.

Au nom de la supérieure générale de la congrégation des sœurs institutrices du Carmel d'Avranches, L'abbé Richer,

chapelain de la communauté.

Certamen forte dédit illi ut vinceret. (Sap.) Non est invcntus similis illi, (Eccli.)

Euge, serve bone et fidelis,,., intrain gaudium Domini tui. (Evangel.)

Lettre de M. l'abbé Haas, chanoine de Gap, à la rédaction de V Univers :

Ancien secrétaire de Tévêché de Gap, de 1841 à 1882, ami très dévoué, dès les grandes luttes de 1844, du vaillant athlète que le bon Dieu vient d'appeler à Lui, j'offre mes plus vives et mes plus affectueuses condoléances à toute la famille et à la rédaction de V Univers. Le cher et vivement regretté défunt ne sera pas oublié dans mes faibles prières, surtout au saint autel.

Non sumus de /lis quispem non habent,,, Beati mortui qui in Domino moriuntur... Bonum certamen certavit, fidem servavity reposita est illi corona justitiw quam reddet illi justus Judex.

In Domino speravit, non confundetur in xternum.

E.-J. Haas,

chanoine titulaire.

Lettre de M. l'abbé Patry, chanoine, archiprétre de Notre-Dame de Mayenne, à M. Eugène Ycuillot :

L'abbé Patry, archiprétre de Notre-Dame de Mayenne, et ses quatre vicaires ont la douleur d'offrir a Monsieur Eugène Ycuillot leurs sentiments de respectueuse sympathie à l'occasion de la mort du grand athlète chrétien.

Ils prieront pour que Dieu donne la couronne de justice à celui qui si longtemps et si fidèlement a combattu le bon combat.

Factus est in pace locus ejus, et habitatio ejus in Sion.

In memoria œterna erit justus : ab auditione mala non timebit.

Lettre de M. l'aumônier des Ursulines de Quîmpcrlé à M. Eugène Veuillot :

Quimporlé, lo 15 avril.

Monsieur. — ... Je ne suis qu'un simple prêtre, mais j'estime immensément la vertu de reconnaissance. £t c'est un besoin impérieux de mon cœur de vous dire à vous que je suis reconnaissant à Louis Veuillot de ce qu'il m'a fait aimer avec force, avec passion, la sainte Église, Rome, le souverain Pontife, la patrie française. Ah ! si vous saviez comme nous Vaimions, Louis Veuillot, nous prêtres bretons, si attachés au siège de Pierre ! Et qui donc ne resterait persuadé que V Univers et son illustre rédacteur en chef ont eu une vraie et grande mission dans l'Église de Dieu ?

C'est par la prière, Monsieur, que nous pouvons, nous autres prêtres, payer nos dettes de reconnaissance. Aussi, que j'ai prié depuis huit jours pour l'âme immortelle de votre bien-aimé frère ! Vous serez sans doute heureux de savoir que les religieuses dont je suis l'aumônier ont offert beaucoup de communions à cette même intention. Puissent nos prières adoucir aussi la blessure de votre cœur !

Veuillez, etc. Coat,

aumônier des Ursalines do Quimporlé.

Lettre de M. le curé de Charbonnières, diocèse de Lyon, à M. Eugène Veuillot :

Monsieur. — ... Le malheur qui vous a frappé nous atteint avec vous. Il vous prive d'un bien digne frère et d'un admirable coopérateur, et nous d'un habile écrivain, d'un penseur vraiment chrétien et d'un vaillant champion de l'Église, que nous aimions tant à lire et à méditer.

Pour le bien qu'il a fait à mon âme, je lui promets pour longtemps un souvenir au saint autel.

Veuillez agréer. Monsieur, etc. C. Bbrjon,

caré do Charbonnières.

Lettre de M. l'abbé Lovct à M. Eugène Veuillot :

Chambéry, 15 avril.

Le bien que m'a fait M. Louis Veuillot a été pour mon esprit et mon cœur une de ces grâces qu'on n'oublie jamais.

Si j'aime ardemment l'Église ; si le Pape a pris dans mon âme la place sacrée qu'il y occupe ; si je me sens le courage et

le bonheur de faire le sacriGce, non seulement de mon sang, mais, ce qui coûte plus encore, de mon jugement et de mon obéissance, à toutes les volontés du souverain Pontife, c'est à la lecture fidèle de V Univers depuis onze ans que je le dois.

L'ineffable plaisir de le lire n'était rien en comparaison de la joie immense que je trouvais à me nourrir de ses pensées, de sa foi et de son noble amour pour la %virginale doctrine de Rome.

Il m'a fait si profondément aimer cette cité souveraine, que je n'ai pas eu de paix jusqu'à ce que je l'eusse vue, habitée, admirée et comme photographiée dans mon cœur.

Je l'ai donc vue, j'y suis resté deux ans, j'y ai refait toutes mes études de théologie et de droit. Dieu les a bénies au delà de tout ce que je puis dire, et ce m'est un devoir aujourd'hui de déposer sur sa tombe glorieuse le tribut de ma reconnaissance envers lui : car, après Dieu, c'est bien à lui que je dois ce bonheur.

Mes prières pour son âme généreuse et pour les parents qu'il laisse dans le deuil n'ont pas cessé depuis le jour que m'est arrivée la triste nouvelle. Je les continuerai longtemps encore, afin de placer ma gratitude au niveau des bienfaits.

J'ai l'honneur d'être, etc. François Lovbt,

vicaire à Notre-Damo, à Chambéry (Savoie).

Lettre de M. le curé de Plounevez-Quintin, diocèse de Saint-

Brieuc, à M. Arthur Loth :

15 avril.

Cher Monsieur. — Je voudrais, par votre bienveillante entremise, dire à M. Eugène Veuillot combien, avec tous mes confrères de ce pays, je pleure le frère illustre et incomparable qu'il vient de perdre, et combien, en même temps, nous nous associons aux témoignages d'admiration et de sympathie qui, de toutes parts, acclament sa mémoire vénérée.

Merci encore. Et veuillez toujours me croire votre bien respectueusement dévoué, H. Le Fichant,

curé.

Lettre de M. Jean Grange à M. Eugène Veuillot :

Saint-Paul, 15 avril.

Monsieur. — Plusieurs prêtres du diocèse de Limoges veulent que je vous dise qu'ils ont prié et continueront de prier

pour votre illustre frère, qu'ils regardent comme le laïque qui a Je plus fait, sans contredit, pour TÉglise et le clergé. Permettez-moi d'ajouter que ces sentiments sont les miens.

Jean Grange.

Lettre de M. l'aumônier de THôtel-Dieu de Narbonne à M. Eugène Veuillot :

Narbonno, 15 avril.

Monsieur. — C'est un pauvre inconnu, aumônier de l'Hôtel- Dieu de Narbonne, qui se regarde néanmoins comme membre de cette grande famille de V Univers dont monsieur votre frère était le chef.

C'est vous dire avec quelle filiale sympathie je partage votre douleur. Je ne cesserai tous les jours de le recommander à la miséricorde divine, acquittant ainsi la dette de reconnaissance pour tout le bien qu'il m'a fait.

Lettre de M. Louis Hervé, directeur de la Gazette des campagnes ^ à M. Eugène Veuillot :

Je m'associe de toute mon âme à votre deuil de famille et aux sentiments de regret et d'admiration que provoque la mort de notre chef à tous. J'ai regretté vivement de ne pouvoir aller à Paris prendre part aux prières et aux hommages que nous devons tous à ce noble maître. Mais mon cœur et ma pensée étaient avec les vôtres et y seront toujours, jusqu'à ce que Dieu nous relève de notre poste et nous rallie à notre illustre chef là-haut !

Lettre de M. Jacques Pilliard^ à M^e Elise Veuillot :

Rome, 15 avril.

Je viens d'apprendre immédiatement que votre illustre frère a succombé à la terrible et longue maladie dont il était frappé depuis si longtemps. C'est une grande douleur. Dieu l'avait choisi entre tous pour défendre son Eglise. Il l'avait doté d'un

grand talent ; et fidèlement il l'a tout employé, tout dépensé à

1. M. PilUard, peintre, est l'un de cegFran^aiB venus à Rome pour un voyage et qui, en ayant aubi Vattrait au point do s'y établir pour toujours, ont fourni à Louis Veuillot l'occasion d'écrire sur ce sujet de si belles pages dans son Parfum de Rome.

son service ; il a vaillamment combattu jusqu'à la fin ; il a maintenant sa couronne, sa récompense éternelle : tout est là. Cela devrait consoler, mais ne console pas, ou du moins très imparfaitement, d'une perte si grande. Le cœur est déchiré, il saigne longtemps, et les larmes mêmes soulagent peu. Je comprends et je partage tout à fait votre douleur, vous, gardienne fidèle et tendre d'un frère chéri.

... Je ne veux pas prolonger cette lettre: elle serait inopportune en ce moment solennel ; je voulais seulement, au milieu du concert qui s'élève autour de vous, vous faire entendre la voix d'un ami obscur sans doute, mais dévoué et fidèle. Veuillez l'accueillir. Mademoiselle, et agréer, avec l'expression de la douleur que me cause une perte si grande, toute la part que je prends à celle que vous éprouvez vous-même.

Lettre de M. le comte Hclion de Barrême à M. Auguste Roussel :

Villa Barrômo, Montfayet, par Avignon, le 13 avril.

Mon cher Monsieur et confrère. — Je n'ai pas eu la fatuité de mêler ma faible voix à tant de voix puissantes et illustres qui se sont élevées pour rendre un glorieux témoignage au grand mort que vous pleurez.

Je me suis contenté de prier pour lui et de faire dire une messe pour lui, dans la chapelle même où j'irai dormir, à mon tour, le jour que j'ignore, mais que Dieu a déjà fixé...

On a dit de Voltaire, au plus fort de la Révolution française : // ne voit pas ce qu'il a fait^ mais il a fait ce que nous voyons. Nous, nous dirons de Louis Veuillot (il est de ceux qu'pn appelle par leur nom, car la postérité commence pour eux dès qu'ils sont entrés dans la mort) — nous dirons de Louis Veuillot : 'Il a préparé cette belle et triomphante journée de laquelle il est absent.

Je n'ai jamais eu de rapports fréquents avec notre glorieux défunt ; et pourtant, comme il avait la bonté de me le rappeler quelquefois, j'étais une de ses vieilles connaissances.

Je l'avais rencontré, pour la première fois, en Piémont, à Borgo, en 1858 ou 1859, chez M"* la duchesse de Montmorency-Laval. Être présenté à Veuillot par la fille de Joseph de Maistre, c'était une bonne fortune, surtout pour un jeune homme de dix-huit ans. Peu de jours après, j'eus l'honneur de diner avec lui chez S. Exe. le comte Solar délia Margarita,

HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT 223

qui avait daigné réunir un humble novice de la vie publique à des hommes tels que Tabbé Margotti, cet admirable polémiste dont ritalie est fière, et qui défend les vrais principes et les vraies doctrines dans VUnità cattolica, comme il le faisait alors dans VArmoniay le comte de la Motte, les comtes Costa délia Torre, de Camburzano, Grotti,etc...

£n 1862, lors de la grande manifestation en faveur du pouvoir temporel à laquelle la canonisation des martrys japonais servit de prétexte, j'assistais à un consistoire; en voyant le magnanime Pie IX s*avancer porté sur sa chaise curule, au milieu des cardinaux, des patriarches et des évêques, je ressentis plus vivement que jamais la honte des lâchetés, des abandons, des trahisons de la France ofticielle, et je dis à haute voix à un ami : a Comme Tépée de la France loyalement levée ferait bien dans ce cortège ! Pourquoi ne pouvons-nous pas animer la statue de Charlemagne qui monte la garde aux portes de Saint-Pierre ? Oh ! comme Henri V reprendrait dignement auprès de la Papauté la place du grand empereur ! »

Un homme qui était devant moi se retourne, me prend la main et me dit : « Comme vous avez raison ! Vous êtes un bon Français, parce que vous êtes un bon chrétien! » Cet homme, c'était Louis Veuillot. Il habitait, chez M. l'évêque de Moulins, M^' de Dreux-Brézé, piazza Navone. Je le vis souvent, et j'appris de lui à aimer Rome...

A Paris, où il était alors presque porte à porte avec M. de Montalembert, rue du Bac, j'étais un rare visiteur, parvus cuitor et infrequens. Je me souviens pourtant d'une promenade que je tis avec lui : c'était en 1866. Je l'avais rencontré, vers cinq heures du soir, au Palais-Royal, et, tout en écoutant ce causeur si séduisant, je l'accompagnais jusque chez lui.

Nous traversions le jardin des Tuileries, où nous nous croisâmes avec M. Thiers. Tout à coup, Louis Veuillot s'arrête devant le palais et me dit : a II y a quelqu'un là-dedans qui aurait pu faire la France grande et se faire un nom immortel de son vivant; avec ses faiblesses pour la révolution, il se perdra, et nous avec lui, et peut-être la France avec nous. Napoléon III est un aveugle: il ne voit pas que l'on a semé le chanvre dans ce jardin, et cependant le chanvre avec lequel sera faite la corde dont on se servira pour le pendre commence déjà à pousser. Ce palais sera brûlé, et ce sera justice»...

Plus que jamais le travail est amer et ingrat, et il est dur de supporter ces menses vacuos et noctes laboriosas dont parle

224 HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT

Job. Mais sachons attendre Fombre et la récompense avec plus de patience que le serviteur et le mercenaire dont parle le même Job : Sicut servus desiderat umhram, et sicut mercena^ rius prsestolatur finem operis sui.

M. Yeuillot nous a donné Texemple: il a travaillé sans relâche tant que Dieu a voulu se servir de l'ouvrier, et il s'est soumis quand ce même Dieu lui a retiré, avant Theure, le magniûque outil confié à ses mains fidèles...

Devant un tel deuil, je ne suis pas maître de ma plume: je Tai laissée courir, et elle m'a entraîné plus loin que je ne le voulais en partant.

Dans tout cela,* veuillez ne prendre[que l'expression de ma sympathie pour le deuil de l'Univers, qui est un deuil public pour tous les catholiques, un deuil de famille pour tous ceux qui croient, qui combattent et qui espèrent.

Si vous aviez la bienveillante pensée d'offrir l'hommage de mes condoléances à M. Eugène Yeuillot, l'héritier de la plume — j'allais dire de l'épée — de son illustre frère; à M"* Veuillot, si dévouée, que le grand écrivain a appelée l'ange gardien de son foyer, cette mère qui de la maternité n'a connu que les devoirs, les sollicitudes et la tendresse; à tous vos vaillants confrères de V Univers, vous me feriez plaisir et honneur.

Recevez, etc. Hélion de Barrême.

P. 'S, — Je ne vous dis rien pour les jeunes gens de la famille, parce qu'en lisant dans l'Univers la signature Pierre Yeuillot, je comprends qu'il n'est nul besoin de former le souhait du grand poète romain : Maneant in religione nepotes.

Lettre de M. François de Paule Galard, d'Espagne, à M. Auguste Roussel :

Yich, le 15 avril.

Monsieur. — Quel est le catholique, surtout s'il «appartient à l'armée de la foi, qui ne se soit pas senti ou ne se sentira pas affligé en apprenant la mort du grand athlète, défenseur de la religion, de la justice et du droit, de l'insigne Yeuillot ?

Il est, par conséquent, fort naturel que moi, qui ai reçu les preuves les plus éclatantes de la grandeur de son âme et de la noblesse de ses sentiments, je m'associe à ceux qui regrettent le plus la perte de cet illustre homme de science, rempli de zèle en faveur de la régénération de la malheureuse société corrompue et égarée.

Permettez donc, mon bon et cher Monsieur Roussel, de présenter à la famille du défunt les sentiments de respectueuse condoléance que, en ma qualité d'ancien colonel carliste, de journaliste, et particulièrement d*homme reconnaissant, je la prie de bien vouloir agréer.

François de Paule Galard.

Lettre de M. le comte de Maumigny à M. Arthur Loth .

Novora, 15 avril.

Cher Monsieur Loth. — J*ai une grâce à vous demander : c'est d'être mon interprète auprès de M. Eugène Veuillot.

Au milieu de l'immense concours de princes de l'Église, de membres du clergé, de publicistes, d'amis, d'admirateurs, je n'avais pas qualité pour m'unir directement aux douleurs de la famille.

Ancien collaborateur de votre rédacteur en chef au premier Univers f je devais m'y associer par mes prières et mes regrets, et j'ai aussitôt prié un de mes amis de célébrer une messe à son intention, pensant toutefois que toute une vie de dévouement au siège de Pierre, et les saintes prières de tant d'évêques et de religieux lui avaient déjà ouvert la gloire éternelle. Néanmoins, j'ai cru que c'était le meilleur moyen de lui témoigner ma reconnaissance, et pour la place qu'il a bien voulu m'accorder dans son journal, et pour ces admirables exemples de courage et de foi que j'y trouvais journellement comme collaborateur, et plus tard comme assidu lecteur.

Dieu fait tout pour ses élus ; et, selon toute apparence, la rude épreuve qui l'a écarté du champ de bataille n'a pas moins servi à sa gloire ici-bas que dans l'autre, ses adversaires étant guéris de leurs anciennes blessures, ou du moins y étant moins sensibles.

Agréez, Monsieur, etc. Comte de Maumigny.

Lettre de M. Guyot de Salins, directeur de l'association l'Union

cathoUquey à M. Eugène Veuillot :

Loricift, lo 15 avril.

Cher Monsieur. — Je n'avais pas l'honneur d'être connu personnellement de votre illustre frère ; permettez-moi cependant, par reconnaissance pour l'appui bienveillant que VUni^

vers a bien voulu accorder à Tassociation de l'Union catholique , à laquelle depuis bien des années je consacre mes humbles efforts, de vous exprimer la part bien vive que j'ai prise à la perte douloureuse que vous avez éprouvée.

C'est la foi seule qui vous consolera. M. Louis Veuillot a combattu le bon combat pendant un demi-siècle, en mettant tout entier son admirable talent au service de la sainte cause de la religion, sans négliger en politique les principes légitimistes.

Quel noble exemple a laissé à tous ce courageux champion de rÉglise, par une énergie et une persévérance à toute épreuve !

Offrez, je vous prie, mes respects à mademoiselle votre sœur, et recevez, etc. Guyot de Salins.

Lettre d'un abonné de V Univers à M. Eugène Veuillot :

15 avril.

Monsieur. — Permettez-moi d'abord une petite digression : (( Un évêque, curieux, durant une retraite ecclésiastique, de savoir si saint François de Sales priait seul dans sa chambre avec l'air recueilli et profondément pieux qu'il montrait en public, eut l'indiscrétion de faire un trou dans le mur de la chambre (il était son voisin de chambre) et il fut convaincu, par ses propres yeux y de l'admirable tenue et de la profonde piété de M. de Genève, comme on l'appelait alors. » J'ai agi un peu de même avec M. Veuillot, et voici le fait arrivé il y a «nviron trente-trois ans.

J'étais à Rome, à l'hôtel de la Minerve, et M. Veuillot s'y trouvait aussi, avec M*' Gaume.

Je n'avais pas l'honneur de connaître personnellement M. Veuillot, mais j'étais son admirateur et je désirais lui parler. On me l'avait montré : je pouvais donc le reconnaître dans la rue, et souvent je cherchais quelque prétexte, mais je n Posais pas exécuter mon projet.

Enfin un jour, sur les deux heures de l'après-midi, je revenais de la place du Panthéon, quand je croisai M. Veuillot; il marchait d'un air distrait et préoccupé. Une idée bizarre me survint : suivons-le, me dis-je, et voyons où il va. Je le laissai donc me dépasser, me retournai, et, me mettant à dix pas, je le suivis. Bientôt il atteignit la place du Panthéon, la traversa, et se dirigea vers l'église Saint-Louis des Français, où j'allais

HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT 327

souvent à la messe. Je le suivais toujours. M. Veuillot entra dans l'église ; vite je hâtai le pas, soulevai la portière de cuir qui, dans le jour, en ferme l'entrée latérale, et, m'arrêtant, je regardai ce qu'il allait faire.

Il va, me dis-je, voir probablement les belles peintures des chapelles, visiter le tombeau du cardinal d'Ossat, voir la madone k laquelle on attache tant de bijoux, etc., etc. Je m'approcherai de lui, et, par une demande quelconque, à l'aide de mon Guide Artaria de Milan, j'entamerai conversation.

Pas du tout : comme j'étais resté caché derrière le second pilier, je le vis aller devant le grand autel; il s'arrêta à cinq ou six pas de la table de communion, puis se mit à genoux, la tète dans les mains.

Je tirai ma montre, et, m'asseyant sous l'angle du pilier, car il

n'y avait pas de chaises ce jour-là, bien qu'an en mette tous les

dimanches, je voulus voir si, seul dans cette église silencieuse

et absolument vide à cause de l'heure et du jour non férié, le

champion des catholiques priait avec application et ferveur.

Sans chaise, sans appui, à genoux, tout droit, la tête dans ses mains, il resta i'umobile près de quarante minutes. Jamais je n'ai vu mieux prier, si on en juge par son immobilité : car, à son attitude, on eût dit un bloc de pierre. Je fus fort édifié et je me dis : Il prie bien ; oh I ce n'est pas pour se faire voir : car j'étais entré sans bruit. Dès qu'il se releva, je sortis sans qu'il s'en aperçût, d'autant plus qu'il avait baissé la tête et fixait la terre.

Je me mis de côté* sur l'esplanade de l'église, le laissai me dépasser encore ; puis, après qu'il eut fait environ deux cents pas, comme je le suivais toujours, je m'approchai de lui, et, m'enhardissant, je demandai si je n'avais pas l'honneur de parler à M. Veuillot. Il fut très gracieux, très courtois, et me permit de venir le voir un instant lui dire quelques mots, à deux reprises différentes, dans sa chambre, à l'hôtel de la Minerve. Je ne sais pourquoi cette prière silencieuse et cette attitude humble et ferme tout à la fois me sont restées dans la tète; elles m'ont souvent (rappelé une phrase de lui, que j'ai lue je ne sais plus où : Vous n'irez pas à l'Académie , mais vous irez au ciel. Vraiment cet homme priait bien ; or c'est parce qu'il priait bien, qu'il méprisait tout, en comparaison du ciel, et combattait tout, en l'honneur du Maître du ciel.

Agréez, Monsieur, tous mes respects.

Un des abonnés de h' Univers.

Lettre de M.' le comte de Salaberry à M. Auguste Roussel :

Fossô (Loir-ct-Chcr)^ 15 avril.

Je ne veux pas attendre plus longtemps, mon cher ami, pour venir déposer sur la tombe de M. Louis Veuillot mon modeste et reconnaissant souvenir. C'est à vous, qu'il avait associé de si près à sa vie, que je demanderai d*être mon interprète auprès de toute sa famille, dont je partage la vive douleur.

Mais quel adoucissement elle doit trouver dans ce concert unanime de regrets et de respects !

Les Philistins eux-mêmes n*ont pas résisté à Tentraînement général, et sont venus rendre hommage à ce grand guerrier enlevé du champ de bataille par suite des fatigues du combat. Tout en ne croyant saluer que leur maître dans Tart d'écrire et de traduire sa pensée, leur témoignage a parlé plus haut : ils l'ont adressé au cœur généreux, au courage invincible, à l'homme de bonne foi, qui n'a jamais varié que pour défendre encore plus ardemment la justice et la vérité, lorsqu'elles lui apparaissaient sous un jour plus complet.

C'est à cette œuvre qu'il a consacré ses forces : il aimait l'Eglise jusqu'au sacrifice suprême : par elle, il était devenu fort et puissant; par lui, elle triomphe de tous les honneurs rendus à sa mémoire ; et lorsque le serviteur aura présenté au Maître le compte des dix marcs d'argent qui lui avaient été confiés, nul doute que le Maître n'ait aussitôt récompensé la fidélité du serviteur.

Ce n'est donc pas sur lui qu'il faut pleurer; c'est nous seuls qu'il faut plaindre, nous, les catholiques, les enfants de l'Église, sa grande famille, à qui il ne reste plus qu'à méditer longuement et utilement les grands exemples que nous a laissés cet héroïque chrétien.

Veuillez croire, etc. Comte de Salaberrt.

Lettre de M. J. Benoît à M»« Veuillot :

Canal de Suez.

Mademoiselle. — Je prends une part bien vive à la perte douloureuse que vous venez de faire en la personne de votre frère. C'est une grande perte pour la religion et pour l'Église. Après quarante ans de bon combat, il est allé recevoir la recompense du fidèle serviteur de Dieu. Je prie Notre-Seigneur

HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT 229

et sa très sainte Mère pour votre frère, que j'ai eu Thonneur de connaître, étant en service chez M. Emile Keller.

J'assisterai à la messe de mardi au service funèbre. Que ce grand chrétien ne nous oublie pas dans la paix de Notre- Seigneur.

Recevez, Mademoiselle, Texpression de toutes mes sympathies. JosBPH Benoit,

ancien ralet do chambre de M. Emile KeUer, employé au canal de Suoz.

M. le docteur Chamousset, ancien médecin de la marine, écrit de Chambéry à M. Eugène Veuillot :

C'est un simple soldat de la cause que défendait avec tant de courage et d'abnégation M. Louis Veuillot, qui vous prie d'accueillir avec bienveillance l'expression de ses regrets et l'assurance de son concours de ferventes prières pour le cher défunt, qui n'en a peut-être plus besoin.

Opéra illorum sequuntur illos. Docteur Chamousset.

De Chappois (Jura), M. le docteur Droux et ses frères écrivent qu'ils s'associent à la douleur de la famille de Louis Veuillot, a le vaillant défenseur de l'Eglise, le grand écrivain, le grand chrétien que pleurent les catholiques du monde entier ».

Un ancien zouave pontifical, aujourd'hui curé en Alsace, écrit à

M. Eugène Veuillot :

Monsieur le rédacteur. — Votre très regretté frère, toujours sur la brèche pour la bonne lutte, a aussi répondu a tant d'autres grâces du bon Dieu en faisant le bien sur son passage. Je suis un de ceux qu'il n'a pas oubliés, et je viens vous exprimer ma reconnaissance et vous faire savoir ma participation à votre grande douleur.

Veuillez agréer, etc. H....,

ex-capor. du rég. do zouaves pontificaux, décoré de Mentana.

l>'n religieux rédemptoristc écrit à M. Eugène Veuillot :

Paris, 15 avril.

Tous les jours, je parcours avec émotion les pages si émues consacrées à la mémoire de celui dont la perte retentit encore

si douloureusement dans mon cœur. J'espère que vous con« tinuerez à nous édifier en nous livrant tout ce qui touche à votre illustre frère : cela console et cela fait du bien.

M. Gœury, de Guingamp, écrit que lui et sa famille s'associent à la a douleur qu'excite la perte que vient de faire la catholicité. Ils prieront pour Tâme du cher défunt ».

M"* Pinson, d'Angers, tient à dire la part qu'elle prend au deuil « que partagent tous ceux qui aiment TÉglise et la France ».

Un religieux, bien connu par ses travaux et porteur d'un nom de la vieille noblesse de France, écrit à M. Eugène Vcuillot :

Je laisse passer le flot des grands, pour- vous envoyer un triste et doux souvenir. Vous n'en avez pas besoin : cette douleur est glorieuse et catholique. L'Église et les hommes vous ont rendu justice. Permettez-moi d'y joindre la sympathie d'un humble soldat de la Croix, qui ne peut que féliciter ceux qui tombent au champ d'honneur.

Lettre de S. G. MKf Guillemin à Mll« Élise Veuillot :

Vaillafans (Doubs), IC avril.

Mademoiselle. — C*est bien tard que je viens vous offrir mes condoléances pour la perte douloureuse que vous avez faite, et qui en même temps se fait sentir à toute notre France et surtout au parti catholique, dont votre illustre frère était un des plus fermes et des plus glorieux soutiens. Renfermé au fond de nos montagnes, il n'y a que deux jours que j'ai appris ce malheur ; mais au moins, depuis ce douloureux moment, le souvenir de notre cher défunt ne s'est pas éloigné de mon esprit. Je Tai recommandé de tout cœur à la miséricorde divine, et il n*y a que quelques moments encore que je célébrais la sainte messe pour le repos de son âme.

Puis, le règlement de notre congrégation nous prescrivant la célébration de trois messes pour chaque confrère défunt, et M. Louis Veuillot pouvant à juste titre être considéré comme Tun des nôtres, ce sont deux messes encore que je lui dois, et que je célébrerai comme pour un des membres de la congrégation. Mais déjà, je n'en doute pas, les mérites de cet intrépide défenseur de la foi et toutes les prières qui ont été faites pour lui auront ouvert les portes de la céleste patrie, et il continuera à remplir envers nous le rôle de protecteur et d'ami qu'il a si bien exercé sur la terre.

Pour moi, j'ai pleine et entière confiance en lui; et comme précédemment il a bien voulu me témoigner un intérêt spécial, ainsi qu'à notre mission et aux œuvres que j'ai cru devoir entreprendre, j'espère qu'au ciel, où il est sans aucun doute déjà maintenant, il voudra bien me conserver l'amitié et la protection dont il m'a donné tant de preuves sur la terre...

Pour vous, Mademoiselle, il ne me reste qu'à vous offrir la nouvelle assurance du respect et de l'amîtîé que vous conserve

33a HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT

le pauvre évêque missionnaire , et avec lesquels, jusqu'au bout de la vie, il vous restera bien sincèrement et bien cordialement attaché en N.-S. -{-Zéphtrin Guillemin,

cvdqae missionnaire à Canton ^Chine'^.

Monseigneur Tévêque d'Annecy envoie « l'expression de toutes ses sympathies ».

Dépêche du R. P. Marquigny, qui faisait partie du pèlerinage

de Terre sainte :

Home, 16 avril, 7 h. 35 soir.

J'ai appris en débarquant la douleur qui vous frappe, et je pleure dans Rome le grand champion des causes romaines.

Lettre de M. Tandeau de Marsac, chanoine de Limoges :

Lecteur de V Univers depuis 1845, et abonné au journal avec M. Delor, curé de Saint-Pierre, depuis 1859, je vous prie d'agréer mes condoléances et l'assurance que je n'oublierai pas dans mes saints sacrifices l'âme du vaillant et éloquent défenseur de l'Eglise, que vous pleurez et que la vraie France et l'Église pleurent avec vous. L'abbé Tandeau de Marsac,

chanoine titulaire.

M. le chanoine Ardant, secrétaire général de l'évêché de Limoges, écrit aux rédacteurs de Y Univers pour leur offrir a ses plus sincères et ses plus vives condoléances à l'occasion de la mort de M. Louis Veuillot, leur chef vénéré, un des plus intrépides chrétiens de notre époque et l'incomparable polémiste de notre siècle ».

Le R. P. Rey, supérieur de la chapelle du Vœu national au Sacré-Cœur de Jésus, écrit que a les chapelains de Montmartre offrent leurs plus respectueux et affectueux sentiments de condoléance à Monsieur Eugène Veuillot et a sa famille, à Mademoiselle Veuillot et à toute la rédaction de V Univers y qu'ils ont toujours aimés, admirés, défendus ».

Le R. p. George, rédemptoriste, en son nom et au nom de sa communauté, a offre à Monsieur Eugène Yeuillot ses sincères et profondes condoléances pour le grand deuil qui frappe sa famille et qui nous émeut et attriste tous. Nous prierons, ajoute le P. George, pour celui que nous avons tant aimé. »

M. l'abbé Paradis, curé de Sainte-Marguerite, à Paris, envoie cette devise bien éloquente en sa brièveté : Invincibili gloria iûcto,

M. Tabbé Jules Bonhomme, curé de Saint-Jean-Baptiste de Grenelle, à Paris, témoigne « de toute son admiration pour le grand publiciste chrétien et de ses plus respectueuses condoléances pour sa famille ».

Lettre de M. Fabbé Genty, vicaire général d'Autun, à M. Eugène Yeuillot :

L'un des premiers abonnés de V Univers, je prie Monsieur Eugène Yeuillot et les autres membres de la famille, ainsi que la rédaction de V Univers, d'agréer l'expression de la bien vive douleur que j'ai ressentie à la nouvelle de la mort de M. Louis Yeuillot, qui aura une bonne part dans mes faibles prières.

M. l'abbé Juvanon, vicaire général de Belley, en adressant au frère et à la famille de M. Louis Yeuillot ses empressés sentiments de condoléance, écrit qu' « il prend part au deuil que cause à TÉglise et h la France la mort de M. Louis Yeuillot, et qu'il priera pour le repos de l'âme de ce vaillant champion de la foi catholique ».

Lettre du P. Peureux, procureur général de la congrégation du Saint-Esprit et du Saint-Cœur de Marie, à M. Eugène Yeuillot :

Je prie Monsieur Eugène Yeuillot d'agréer l'expression de mon respect et celle de mes regrets profondément sympjithiques pour lui et sa chère famille, aussi bien que pour ses dévoués collaborateurs. Mais la perte qu'ils viennent de faire ne les atteint pas seuls.

C'est Tunivers catholique qui est également frappé dans la personne de M. Louis Yeuillot, son zélé et vigilant défenseur.

Lettre de M. Tabbé Laminette, vicaire de Sainte-Marguerite, à Paris :

Je suis trop heureux de cette justice tardive mais éclatante, rendue enfin au grand serviteur de Dieu et de son Eglise, de ces témoignages venus de partout, et quelques-uns de si haut, de cette glorification si supérieure déjà aux vieilles injures, pour ne pas en exprimer ma profonde joie.

Lettre de M. l'abbé Ballay, curé de Yiéthorey (Doubs) :

Rangé parmi ses plus humbles mais ses plus sincères admirateurs, je salue la mémoire du vaillant champion de l'Église et de la France.

Fleverunt eum omnis populus Israël planctu magno, et luge^ bant dies multos, (Mach.)

Lettre de M. G. Marquet, prêtre de Saint-Sulpice, supérieur du

grand séminaire de Bayeux, à M. Eugène Veuillot :

16 arril.

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