AD JESUM PER MARIAM
Monsieur. — Permettez au plus humble des admirateurs du grand chrétien que nous pleurons avec vous, de vous offrir ses condoléances et de vous dire combien il joint ses prières et ses larmes aux vôtres.
Daignez, Monsieur, agréer pour vous et votre famille l'expression de mon profond et religieux respect.
Lettre du supérieur général des religieux de Sainte-Croix à
M. Eugène Veuillot :
N.-D. de Sainto-Croix, à Ncailly-Poris, IC avril.
Cher Monsieur. — Embarqué à New- York sur VAmérique, le 4 avril courant, c'est hier seulement, à mon arrivée à Paris, que j'ai appris la mort de M. Louis Veuillot. Depuis longues années, votre illustre frère m'honorait de son amitié et de ses encouragements. Son grand cœur n'était-il pas le soutien et le défenseur des intérêts catholiques, et en particulier de nos
chères missions d'Amérique, où j*ai passé plus de quarante années, aux États-Unis, dans Tlndiana ? Apôtre par ses écrits comme le missionnaire par sa parole, il ne portait pas seulement le plus vif intérêt à nos œuvres, il était pour elles une lumière et une force.
Les articles de V Univers, traduits en anglais dans nos journaux, et particulièrement dans nos modestes publications du Scholastic et de VAve Maria, ont puissamment contribué à révangélisation du nouveau monde. Peut-être suis-je le premier des plages transatlantiques, mais certainement je ne serai pas le seul à payer un légitime tribut d'admiration et de gratitude au grand chrétien, à l'éminent écrivain que Dieu vient de rappeler à lui. Ed. Sorix, c. s. c,
sapériear général.
Lettre de M. l'abbé Martin, curé de Popian (Hérault) :
IG avril.
Je m'associe de tout cœur à la perte douloureuse et incomparable que vous venez de subir, dans la personne de l'éminent pubïiciste M. Louis Veuillot, rédacteur en chef de votre excellent journal.
Son souvenir me sera toujours cher et précieux.
Je possède ses œuvres presque au complet. Je les relis toujours avec un nouvel intérêt.
Lecteur de Y Univers depuis plus de quinze ans, j'ai conservé avec un soin jaloux et comme un vrai trésor les articles qu'il a signés.
Nous sommes heureux de penser qu'il est déjà en possession du souverain bonheur, en échange de ses immenses travaux pour la bonne cause, et de son dévouement pour l'Eglise, qu'il a constamment déployé jusqu'à l'hcroisme... Martin,
curé.
Lettre de M. le curé d'Arvert à W^^ Veuillot :
Arvcrt, IG avril.
Mademoiselle. — J'ai appris avec la plus profonde douleur la mort de M. Louis Veuillot. Je m'unis à tous les cœurs catholiques pour vous exprimer, ainsi qu'à votre honorable famille, mes meilleurs sentiments de condoléance.
Puisse l'explosion universelle et spontanée de regrets qu'il emporte avec lui dans la tombe consoler votre douleur et fortifier le courage des vaillants rédacteurs de l' Univers î
23« HOMMAGES A LOUIS VSUILLOT
J'ai fait, il y a plusieurs années, le voyage de Paris exprès pour voir votre illustre frère. Quoiqu'il fût souffrant et que rétat de sa vue lui inspirât quelque crainte pour un avenir prochain, il eut néanmoins la bonté de me procurer, en voulant bien me recevoir, la bonne fortune que j'étais venu chercher dans la capitale.
« Qui pourra vous remplacer, lui disais-je, comme rédacteur en chef de V Univers , si vous devenez incapable de continuer le bon combat ?
— Soyez tranquille, me répondit-il : Dieu n'a besoin de personne ; il saura bien pourvoir à mon remplacement. »
J'étais suspendu à ses lèvres pendant qu'il me parlait, comme il savait le faire, de ce qui nous était cher à tous deux, et qu'il me faisait part de ses craintes, qui n'étaient, hélas! que trop bien fondées.
« Vous êtes admirable, osai-je lui dire, au milieu de cette tempête de contradictions auxquelles vous avez été et auxquelles vous êtes en butte chaque jour. Les coups qui vous frappent m'irritent plus que je ne puis vous le dire. Voyez donc : ils vous arrivent de partout, de droite, de gauche, d'en bas (il souriait) et d'en haut.
— Oh ! pour les coups d'en haut, ils sont des coups de grâce : ce sont de bons coups ; il faut toujours les accepter avec amour et reconnaissance, » répondait-il avec un tel accent de douceur et d'humilité, que j'éprouvais comme une honte intérieure d'être moins pieux et moins parfait, moi prêtre catholique.
Je n'oublierai jamais les fruits de pieuse édification que j'ai recueillis de ce délicieux et trop court entretien.
Louis Veuillot est celui de tous les hommes illustres du dixneuvième siècle que j'ai le plus aimé et le plus admiré, pour le noble usage qu'il a fait de sa haute et magnifique intelligence^ et de tous les trésors dont Dieu avait orné son cœur, pendant un demi-siècle de luttes héroïques en faveur de la sainte Eglise, notre mère commune.
Maintenant que sa bouche est muette et que sa plume incomparable repose à côté de lui dans son cercueil, je pense à l'invoquer comme le patron des écrivains, des polémistes, des littérateurs et des journalistes, qui l'ont, à bon droit, regardé comme leur maître à tous, et qu'il a tous égalés, sinon surpassés par l'incontestable supériorité de son talent.
Oh ! que M*' Clément Villecourt, de sainte et pieuse mémoire, évêque de la Rochelle, était bien inspiré ! Je ne sais
HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT 237
quelle année, en présence de quelques prêtres présents à la réception de son courrier, qu'il venait de lire :
« Messieurs, leur disait-il avec enthousiasme, je viens de recevoir une lettre de Louis Veuillot ! Savez- vous que c'est un honneur, pour un évêque comme moi, de recevoir des lettres de cet homme-là ? »
L'appréciation de l'éminent et saint prélat, partagée alors par plusieurs autres pontifes, était la contre-partie de la campagne belliqueuse menée, dans le temps que vous savez, avec si peu de mesure et de charité, contre notre indomptable athlète catholique, qu'on accusait avec tant de fiel d'en manquer totalement.
J'ai la certitude que si on mettait dans le plateau d'une balance toutes les phrases, tous les mots, tous les articles que le feu de la discussion, par la force des choses ou par le fait de la fragilité de l'humaine nature, a fait tomber de sa plume éloquente ; et, dans l'autre plateau, tous les flots d'insultes et de haine que l'esprit de secte religieuse et de révolutionnaire impiété n'a jamais cessé de répandre sur sa personne, sur ses intentions odieusement interprétées, j'ai la certitude que son plateau à lui serait léger.
Tel est mon humble jugement, qui pourrait peut-être un jour se confondre avec celui de l'impartiale histoire.
Veuillez excuser, etc. Gaillard,
prdtre, curé d'Arvcrt (Gharonto-Inférieurc).
Lettre de M. Martiel, ancien curé de Saint-Maurice, à M. Eugène
Veuillot :
Lagaépie (Tarn-et-Garonno), IG avril.
Monsieur le Directeur. — Une seule fois dans ma vie j'ai eu l'honneur de voir Louis Veuillot, de causer avec lui ; il m'est resté un impérissable souvenir de la rapide soirée pendant laquelle, quelques-uns de mes amis et moi, nous fûmes comme éblouis par cette belle intelligence, par ce caractère si grand et si vrai. Louis Veuillot, pendant sa vie, a rendu Y Univers illustre entre tous les bons journaux. L'incomparable gloire qui resplendit sur la tombe de votre rédacteur en chef rejaillira sur votre journal, l'immortalisera, et nous attachera de plus en plus à lui, nous ses vieux fidèles. In memoria seterna erit justus : sepulchrum ejus erit gloriosum.
Veuillez agréer, etc. Martiel,
prôtro.
Au sujet de la messe célébrée à Marseille pour le repos de l'âme de Louis Veuillot, nous lisons dans le journal catholique et populaire le Citoyen :
Nous avons rendu compte, hier, du service funèbre qui a été célébré lundi matin, dans Téglise de Saint- Vincent de Paul, pour le repos de Tâme de M. Louis Veuillot.
On voudra bien nous excuser d'y revenir, pour insister sur le concours empressé et significatif des membres de notre clergé et des congrégations religieuses de notre ville. On re* marquait, en effet, dans l'assistance, divers membres de la Compagnie de Jésus, plusieurs religieux dominicains, capucins et oblats, et divers pères du Saint-Sacrement.
Lettre de M. l'abbé C. Bausson, curé de Frolois, diocèse de
Nancy, à M. Eugène Veuillot :
Frolois, 16 ayril.
Cher Monsieur. — Je vous en conjure, continuez à nous donner dans l'Univers la suite des hommages rendus à votre bien-aimé frère. Non, rien n'est plus capable d'apaiser notre douleur que ces témoignages venus de tous les côtés pour attester la grande place qu'occupait dans l'Eglise le grand catholique qui vient de disparaître de la scène du monde, mais qui y sera toujours vivant et par son œuvre de prédilection, dont il avait fait sa chose, l'Univers, et par son fidèle compagnon de toute la vie, des bons comme des mauvais jours, qui continuera, tant par lui-même que par ses collaborateurs et ses enfants, qui déjà payent leur dette à l'honneur d'être des Veuillot. Oui, defunctus adhuc (et semper) loquitur !
Je vous remercie, cher désolé, de vouloir bien communiquer à vos amis ces témoignages intimes que l'on conserve dans la famille, et qui sont le plus précieux héritage de ceux qui nous ont quittés.
En lisant toutes ces lettres, il me semble que je revis avec le grand mort d'il y a déjà dix jours. Oh ! quelle grande place il occupait dans le monde catholique !
Je suis impatient de l'arrivée quotidienne du journal, et je ne suis heureux que lorsque j'ai savouré ces éloges dont quelques-uns, beaucoup, viennent de si haut; et je me convaincs tous les jours davantage du service qu'a rendu à la sainte Église cette plume désormais en repos forcé, mais dont le long travail d'une vie tout entière consacrée à la défense des vrais principes restera impérissable...
HOMMAGES A LOUIS TEUILLOT 23»
Me sera-t-il permis de joindre mon humble témoignage à tant d'autres qui sont pour vous une immense consolation ? Si j'aime un peu notre sainte Eglise catholique ; si mon cœur a battu si ardemment pour le grand Pie IX ; si, au moment du concile, j'ai éprouvé de si douces émotions, et si j'ai toujours, surtout à ce moment-là, enseigné avec ardeur le dogme désormais inattaquable de l'infaillibilité pontificale, tellement que mes enfants passaient, aux yeux de mes confrères, pour de petits théologiens, c'est certainement à notre grand mort que je le dois?...
Me permettrez-vous de vous dire que, si nous pouvons vous aider par nos faibles prières, nous ne cesserons de le faire et de vous recommander au saint sacrifice, tout en n'oubliant pas celui qui n'est plus, et qui vous a laissé une si lourde tâche?...
Lettre de M. Dubois, notaire à Asnan (Nièvre), à M. Eugène Veuillot :
Monsieur le rédacteur. — Quel vaillant soldat de l'Eglise et comme il a combattu le bon combat! C'est .une véritable épopée que cette campagne entreprise il y a cinquante ans par quelques jeunes catholiques en faveur de leur mère la sainte Eglise, de ses desseins sur le monde, de sa doctrine infaillible, contre des pouvoirs jaloux, contre des légistes entichés de César, contre une société incroyante et imbue des préjugés séculaires ; alors que, dans le sanctuaire même, nombre de sujets, et plusieurs d'élite, tenaient obstinément, par une espèce de culte national ou par des impressions d'enfance, aux vieilles erreurs gallicanes. Dans cette lutte longue et ardente, où la foi du petit nombre a fini par triompher, certains combattants de la première heure se sont lassés, d'autres sont devenus des adversaires; M. Veuillot, lui, est resté jusqu'à la fin, malgré les déboires et les persécutions. Mais aussi la parole du Maître est fidèle : « Celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé. » Le coureur, arrivé au but, n'a donc point à craindre d'être frustré de sa couronne.
Si les catholiques doivent saluer en M. Veuillot un de leurs plus vaillants modèles, les Français ne doivent pas davantage oublier son attitude pendant la guerre et la Commune : l'intelligence et l'énergie dont il a fait preuve à certaines époques, et généralement dans toutes les questions où les intérêts français étaient engagés, prouvent éloquemment que les vrais ca-
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tholiques sont en même temps les meilleurs patriotes (pardon de ce mot profané).
Comme influence morale, M. Veuillot est le Voltaire retourné de son siècle : non pas, comme son prédécesseur, auprès du stultum pecus, à tous les degrés incapable de le comprendre ; mais pour la partie saine ou simplement intelligente de France et d'Europe, au sein de laquelle sa plume si bien appropriée n*aura pas en vain popularisé la vérité. Et cette influence sera plus sensible dans le siècle prochain que dans le nôtre : tant mieux pour nos enfants !
Honneur donc et paix au guerrier qui repose après une telle carrière!
C'est dans ces sentiments, etc. H. Dubois.
Lettre de M. Baylory à M. Eugène Veuillot :
Pau, 10 avril.
Monsieur. — Après une nuée de témoignages si hautement autorisés, ayant beaucoup aimé celui que nous pleurons, M. Louis Veuillot, votre frère bien-aimé, à cause de la pureté de sa foi et de son énergique conviction, je sens le besoin d'unir plus étroitement mes douleurs aux vôtres, et de vous dire : Courage ! Nous ne sommes pas de ceux qui n'ont point d'espérance : car nous serons bientôt unis, dans le monde des saints, à celui qui fut la joie des humbles, la terreur des obstinés et des dévoyés volontaires.
Veuillez agréer, etc. F. Baylory.
Lettre de M. le général Cathelineau à M. Eugène Veuillot :
Erncmont-sar-Buchy (Seine-Inférieure), 16 avril.
Mon CHER Eugène Veuillot. — A l'annonce du malheur qui vient d'atteindre tous les vrais catholiques, tous les vrais Français, et vous en particulier, mon cher ami, je voulais vous envoyer l'expression de la douleur dont mon âme était saisie devant la perte de celui que j'avais toujours admiré, alors même que nous n'étions pas d'accord en politique; mais qui bientôt devenait, pour moi, un véritable ami et un défenseur aussi dévoué que fidèle. Je crus plus convenable de laisser s'amoindrir votre cuisant chagrin, au milieu de cette immense et sympathique démonstration de regrets et d'admiration si justement mérités par celui que nous pleurons tous.
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Permettez-moi donc aujourd'hui, mon cher Eugène, devenir payer la dette sacrée que je dois à la mémoire de ce bouillant athlète qui, toujours sur la brèche, a trouvé assez de courage, d énergie et de ressource pour consolider les murailles ébranlées, pour repousser des myriades d'ennemis, et doubler le nombre et la vaillance de ceux que sa voix puissante attirait dans l'impérissable citadelle du Christ, toujours attaquée sans doute, mais que le vieux défenseur, en tombant, a pu entrevoir plus forte que jamais.
Au milieu de ses combats sans fin, son brûlant amour du triomphe de l'Eglise et de la patrie devait amener sa haute intelligence à découvrir l'étoile conduisant au véritable Sauveur : aussitôt Louis Yeuillot acclame le roi, et ce rude chrétien devient légitimiste.
Grand exemple que vous avez si fidèlement suivi et que nous ne devons jamais oublier! Et l'histoire dira, pour votre consolation et la gloire de votre nom, que. Louis Yeuillot fut à notre époque l'adversaire le plus redoutable aux persécuteurs de TEglise et de nos libertés, de la France et de son roi.
Elle dira encore qu'il fut le plus bouillant apôtre de toute saine doctrine, l'ami le plus fidèle, le lutteur le plus intrépide, le martyr de sa foi et de ses espérances. Oui, sa gloire est impérissable sur la terre, et son bonheur sera éternel près du Christ, dont il fut le vigoureux apôtre.
Si vous pleurez, mon cher ami, réjouissez-vous aussi dans le Seigneur, et croyez en mes vifs sentiments d'admiration, de regrets et d'espérance. Cathblinbau.
Lettre de M. Maxime de la Broise :
Je présente mes profonds respects et mes sentiments de condoléance à toute l'honorable famille du glorieux défunt ; j offre à tous les parents et à la famille littéraire de M. Louis Veuillot l'assurance de toute la part que j'ai prise à cette perte immense que le parti catholique vient de faire.
M. Raphaël d'Hédouville témoigne de ses regrets profonds et de sa douloureuse sympathie. Il ajoute : Mirabilis Deus in sanciia suis.
a4â HOMMAGES A LOUIS TEUILLOT
Lettre de M. Jules Falkowski à M. Eugène Yeuîllot :
Cracovio, 16 avril.
Monsieur. — Permettez-moi de joindre mon humble voix à cette immense manifestation de tristesse que cause au monde catholique la mort de votre illustre frère, et à cet hommage universel qu'on rend à son génie, à son grand caractère, à sa persévérance inébranlable dans la défense de la foi catholique attaquée aujourd'hui sur tous les points de l'Europe. Ce qui peut vous consoler un peu, Monsieur, c'est que la mort a été pour lui l'heure du triomphe: car elle a montré quelle puissante armée il a réunie autour de son drapeau dans tous les pays de l'Europe, quel respect et quelle admiration il a su inspirer même aux ennemis du catholicisme.
D'ailleurs, il n'est pas mort tout entier pour le monde *. il laisse un organe animé de sa pensée, et qui continuera sous votre direction sa mission salutaire.
Veuillez agréer, etc. Jules Falkowski.
Lettre de M. J. Russel à M. Eugène Veuillot :
Maëstricht (Limboorg hollandais), IG avril.
Très vénéré Monsieur. — Si quelque baume peut cicatriser la profonde blessure faite en votre cœur par la mort de votre illustre frère, ce sont bien les innombrables preuves d'affection qui de tous côtés vous arrivent.
M. Louis Veuillot n'est plus, mais sa mémoire bénie et ses immortelles œuvres restent. Il fut le défenseur infatigable de Pie IX. C'est à ce saint Pontife qu'il est réuni, pour ceindre la couronne qu'il a si glorieusement conquise.
Votre bien dévoué serviteur, J. Russel.
Lettre de M. Louis de Veyrières :
Beauliea (Corrèzc).
Permettez-moi de faire observer que le concert d'éloges soulevé par la mort de Louis Veuillot, défenseur de l'Église y est l'admirable contre-partie des hommages si injustement rendus à l'homme qui s'est écrié : « Le cléricalisme, c'est l'ennemi. »
M. Ernest Landeau écrit à M. Eugène Veuillot pour lui présenter, ainsi qu'à sa famille a l'expression des sentiments que la mort de son illustre frère a fait vibrer si profondémeat dans tous les cœurs catholiques français ».
Lettre de Ms^ Pinto de Campos à M. Eugène Yeuillot :
Lisbonne, 17 avril.
Monsieur Eugène Veuillot. — Veuillot est mort! Quoi de plus naturel que la mort d'un homme? Ce qui ne serait pas naturel , ce serait Toubli des actes admirables de sa vie, des services importants qu'il a rendus à Dieu, à la patrie et à rhumanité. Que M. Veuillot ait rendu d'éclatants services à Dieu, à la patrie et à l'humanité, ses écrits immortels le démontrent éloquemment.
Comme catholique, je ne pouvais rester indifférent à cette perte irréparable. Je n'avais pas l'honneur d'être personnellement connu de M. Louis Veuillot, que je n'ai vu qu'une seule fois, à Rome, pendant le concile du Vatican. Ce fut là une des périodes les plus remarquables de sa vie.
N'ayant pas dans ce moment un autre hommage à rendre à ce vaillant athlète de l'Église, je viens de le servir selon la manière que lui-même jugeait la plus utile au chrétien mort, selon ses propres paroles, que j'ai lues sur un des derniers numéros de VUnwers : je lui ai dit « une messe et un me^ mento » à l'église de Notre-Dame de l'Incarnation de Lisbonne, et j'en ai fait célébrer une autre à l'église de Noire- Dame de Lorette de cette même ville.
Parmi les personnes qui assistaient à la messe de Tlncariiation figuraient, M. le conseiller Lopez Gama, ministre du Brésil ; M. de Mello e Carvalho, pair du royaume de Portugal, et sa famille ; M. Sette, chef de bureau au ministère de rintérieur; M. le capitaine de vaisseau Charles Pesta, écrivain distingué; M. le commandeur J. -H. Ulrich, banquier; M"* de Koudriaffski, mère du secrétaire de la légation de Russie ; la amiHe de M. Victor Sassetti, propriétaire du grand hôtel de Bragance; la famille française Baron; M"* veuve Ëmaûs; M. Beltrad, attaché à la légation du Brésil ; M. Narciso Vieira, négociant à Pernambuco ; M. le vicomte de Castilho, récent
traducteur de la Vie de Jésus j et fils du célèbre poète portugais, et plusieurs prêtres, entre autres M. le docteur Garcia Diniz, prieur de la paroisse, membre du tribunal supérieur ecclésiastique de Lisbonne, et M. Ferdinand de Brits, trésorier de la même paroisse.
M. Garcia Diniz, rédacteur de la Crença religiosa, a écrit quelques mots touchants et expressifs sur la regrettable mort de M. Veuillot. Je m'empresse de vous envoyer ce journal
J'ai cru. Monsieur, vous être agréable en vous racontant, sans prétention aucune, cette pieuse cérémonie. Vous en pouvez donc inférer que le nom glorieux de votre frère n'est pas oublié en deçà des Pyrénées.
PiNTO DE CaMPOS, prélat référendaire de S. S., et ancien sénateur du Brésil.
Lettre de M. l'abbé Rivelois, curé de Quiéry-la-Motte, diocèse d'Arras, à M. Eugène Veuillot :
Très cher Monsieur Veuillot. — J'occupe sur cette terre une si petite place, que mes sympathies et mes regrets pour la mort d'un écrivain comme M. Louis Veuillot devraient compter pour bien peu de chose : c'est pour cela que j'ai hésite longtemps si je devais me taire ou exprimer à sa famille et à ses amis éplorés la part que je prends à l'immense douleur qu'ils éprouvent en ce moment de cruelle séparation. Mais la lecture assidue de rf7/i/(»<?r5 depuis trente-cinq ou trente-six ans m'a fait tant de bien, que le silence en pareille circonstance me semblerait une véritable ingratitude : je viens donc unir ma faible voix à celles de nos évêques, à celles des princes, des magistrats, de tout ce qu'il y a d'illustre et de savant en France aussi bien qu'à l'étranger; je viens vous dire que je pleure avec vous l'homme providentiel que le bon Dieu rappelait naguère à lui pour le récompenser. M. Louis Veuillot n'a sans doute aucun besoin de nos prières : toutefois je prierai pour son âme au saint sacrifice de la messe ; je prierai pour ses proches, pour les dignes collaborateurs par l'organe desquels il continue de nous parler.
Daigne le Seigneur consoler et bénir tous ceux qui lui étaient chers, mais surtout l'Eglise, qu'il a tant aimée et si vaillamment défendue.
HOMMAGES A LOUIS TEUILLOT 245
Lettre de M. l'abbé Alguié, curé de Saint-Michel de Condom, à M. Eugène Veuillot :
Condom, 17 avril.
Monsieur. — Permettez-moi de vous offrir mes sentiments de condoléance à l'occasion de la mort de votre illustre frère, et d'unir ma faible voix au concert unanime de regrets et de louanges qui vous viennent de tout l'univers.
Depuis plus de trente ans que je lis assidûment VUniverSy j'ai toujours admiré dans le vaillant champion de l'Église une noblesse de caractère et une droiture de cœur qui ne sauraient être surpassées. On peut dire de lui qu'il aima la justice et hait l'iniquité. Il aima surtout avec passion la sainte Église et le vicaire de Jésus-Christ; et cet amour, au témoignage d'un de nos plus grands évêques, est une marque certaine de prédestination...
Lettre de M. l'abbé Classen, curé doyen d'Estemach (Luxembourg), à M. Eugène Veuillot :
17 avril.
Monsieur. — J'eusse été présomptueux si j'avais cédé à la tentation de mêler l'hommage de l'admiration et l'expression de la douleur de vos lecteurs luxembourgeois aux voix éloquentes qui avaient qualité pour honorer la mémoire de M. Louis Veuillot, au nom des belles-lettres et au nom de la sainte cause de l'Eglise de Jésus-Christ.
Je ne puis cependant, à l'occasion du renouvellement de mon abonnement, résister au besoin que j'éprouve de vous exprimer la vive reconnaissance dont les lecteurs luxembourgeois de V Univers sont pénétrés envers le grand défunt pour les douces délices que ses articles, ses livres et son journal leur ont procurées, délices pures, qui étaient pour eux une source féconde où ils ont puisé tous les jours de l'enthousiasme pour l'Eglise, de l'encouragement pour le bon combat et aussi beaucoup d'amour pour la Vierge Immaculée.
J'ai l'honneur d'être, etc.
Lettre d'un curé de Lorraine (partie annexée à la Prusse) :
(Lorraine), 17 avril.
Vénéré Monsieur. — Le vide fait par la mort de l'incomparable Louis Veuillot nous est peut-être plus sensible à nous
Sis HOMMAGES A LOUIS TEUILLOT
autres, pauvres Alsacien s-Lorrains, parce qu'il était un de ces rares et très rares caractères sur l'énergie desquels nous nous plaisions à compter pour le retour prochain à la patrie. Hélas! l*espoir s'affaiblit de plus en plus ; et à moins que du haut du ciel ces vrais patriotes ne nous viennent en aide, Tabîme de la séparation semble se creuser de plus en plus profond.
Tous les jours, je donne au grand chrétien le mémento auquel il tenait tant.
Lettre d'un curé du diocèse de Poitiers à M^^* Veuillot :