‹ Hommages à Louis VeuillotChapitre 26 sur 51 · TOUT A. JÉSUS · texte numérisé non relu

TOUT A. JÉSUS

Mademoiselle. — Je ne viens pas répéter ce que tant d'illustres amis vous ont écrit ces jours derniers. J'ai dit la messe pour monsieur votre frère, qui était, avec le cardinal Pie, l'homme que j'aimais et admirais le plus. Dieu a voulu que l'évêque et l'écrivain quittassent le champ de bataille au moment où la lutte devenait plus grave et plus douloureuse que jamais.

Maintenant, tous vont attendre qu'on écrive et qu'on public la Vie de Louis Veuillot. Dans cet important travail, vous, Mademoiselle, aurez pour votre part la mission de faire connaître l'homme, tandis que ses collaborateurs devront raconter les travaux et les combats du défenseur de l'Église : la matière ne manquera pas aux ouvriers, et plus leur œuvre sera étendue, plus elle sera goûtée et plus abondants en seront les fruits.

Quand cette Vie complète sera terminée^ un de vos amis les plus dévoués et les plus habiles devra en tracer un calque à la fois réduit et exact, en tirer une Vie populaire, à l'usage des petits et des enfants. Louis Veuillot est une lumière qu'on ne pourrait cacher lors même qu'on le voudrait ; mais il faut l'élever bien haut, pour que tous puissent être éclairés et édifiés. Les masses, aujourd'hui trompées par des charlatans, travaillées d'idées corruptrices et tentées d'ambitions faciles et dangereuses, trouveront leur profit à connaître parfaitement cet enfant du peuple, devenu un des hommes les plus considérables de son époque, parce qu'il fut un des meilleurs ; la foule sera mise à même de comprendre que la véritable grandeur se trouve moins dans les talents de l'esprit que dans l'amour, le dévouement, le désintéressement pour Dieu et pour sa cause, qui est la cause de tous les intérêts bien compris, et que les

vertus chrétiennes font partout, même dans les conditions les plus obscures, les hommes, les héros et les saints. Cet ouvrage serait en même temps pour tous une page importante de l'histoire de TÉglise...

Lettre de M. l'abbé de Bizcmont à M. Eugène Ycuillot :

Romo, 17 avril.

Monsieur. — Permettez-moi de prendre la respectueuse liberté d'offrir mon humble tribut à la vaillante mémoire de monsieur votre frère.

Ce tribut ne sera pas celui de la louange : je n'ai pas qualité poar cela, et des voix assurément plus autorisées que la mienne l'ont déjà payé et le payeront encore. D'ailleurs, qu'était la louange pour ce fort d'Israël, qui la méprisait toujours ici-bas ? Il me semble que chaque soir, après le labeur du jour, lorsqu'il déposait sa plume incomparable, son humilité redisait la parole de l'Apotre : Omnla arbitraius sum ut stercoray,., ut Chris^ tant lucrifaciam.

Ce tribut sera celui de la prière : je me propose, s'il plaît à Dieu, de célébrer en cette église du Gesù que monsieur votre frère aimait tant, les trois messes de Requiem indiquées par notre sainte liturgie, dès le premier mois post obitum. Il n*y a que l'autel, et l'autel seul, pour témoigner dignement sa reconnaissance envers l'apôtre de la presse des temps modernes, qui a fait tant de bien à mon âme pendant dix-sept ans ; je la lui dois, cette reconnaissance, et j'ose la lui offrir au double titre de prêtre et de compatriote du même département.

Daignez, s'il vous plaît, être l'interprète de ma respecteuse condoléance près de mademoiselle votre sœur et de toute votre famille.

Agréez, je vous prie, etc.

Lettre d'un cure des Vosges :

Monsieur. — Je suis trop peu pour me nommer, pauvre petit curé de campagne, et cependant je dois trop à M. Louis Veuillot pour me taire. C'est lui qui m'a appris les quelques mots de français que je sais, et plus tard c'est encore lui qui nous a sauvés du naufrage : je dis nous, car nous sommes une légion.

248 HOMMAGES A LOUIS TEUILLOT

Ah ! Monsieur, quand on a vingt ans, vous savez comme on s'enthousiasme pour les beaux diseurs et les grands mots, surtout quand ils sont revêtus de plus grandes pensées encore, et qu'ils sont Técho frémissant d'âmes véritablement généreuses. Liberté ! que tu étais magique aux lèvres des Montalembert et des Dupanloup! et qui aurait pu résister à ton mirage ?

Oui, Monsieur, il fallait une plume de génie, une plume d'aigle, pour nous arrêter sur la pente du libéralisme, et Louis Veuillot fut cette plume. Qu'il en soit béni! Nous avons contracté une grande dette vis-à-vis de lui. Nous avons commencé de la payer, et nous ne finirons plus...

Vous comptez pieusement les lettres qui jonchent sa tombe, et vous avez raison. Ces lettres émues, pleurées, ne sont pas des feuilles mortes qu'un soufQe amasse et qu'un souffle dissipera : l'admiration publique lui restera fidèle. Que ne pouvezvous compter aussi les prières qui les ont précédées et les suivront !

Veuillez agréer, etc.

Lettre de M. Martenot, vice-président de la conférence de Saint- Michel des BatignoUes, au nom de la conférence, à M. Eugène Veuillot :

Monsieur. — Permettez-moi, au nom de tous les membres de la conférence de Saint-Vincent de Paul de Saint-Michel des Batignolles, de venir vous adresser tous nos sentiments de condoléance au sujet de la perte douloureuse qui vient de vous frapper, ainsi que vos dignes collaborateurs.

Cette mort est un grand deuil pour la presse catholique, dont M. Louis Veuillot était le vaillant champion. Comme un soldat sur la brèche, il a consacré quarante ans à défendre les vrais principes et à combattre le bon combat. Aujourd'hui, cette âme d'élite jouit des récompenses dues à ses grands labeurs.

Hier, les membres de la conférence ont fait une prière en commun pour le repos de l'âme de l'illustre et vaillant écrivain.

Lettre d'un religieux de la Compagnie de Jésus à M. Eugène VcuUlot :

▲DVSlf lÀT RSGlf UM TUUM !

Bourges, 17 avril.

Cher Monsieur. — Vous me permettrez, j*en ai la confiance, ce qualificatif familier, tout le monde ici étant de la famille; et d'ailleurs je ne vous suis pas entièrement inconnu, malgré ma profonde obscurité...

Au cours du mois d*avril 1872 (j'étais alors modeste vicaire à la cathédrale de Tours), me trouvant à Paris, j'eus la bonne fortune de visiter l'illustre publiciste en compagnie de deux vaillantes chrétiennes particulièrement appréciées du maître. L'une était l'auteur à'une Chrétienne à Rome; l'autre, sa sœur, qu'elle y nomme Nectarée. C'était au lendemain du jour où un mot tombé de la bouche de Pie IX, dans son allocution du 13 avril, venait d'affecter douloureusement le cœur du rédacteur en chef de VUniçers^. Nous nous efforcions de lui exprimer notre sympathie affligée. <c Eh quoi 1 reprit-il avec un franc et pieux sourire, mais c'est une grâce du Ciel, et j'en bénis le Saint-Père. Un bienfaiteur vous jette un sac d'or par la fenêtre : votre vitre est brisée, mais vous avez le sac d'or. »

J'avais quitté Louis Veuillot sans espérer le bonheur de le reToir, encore moins d'en être reconnu. Deux jours plus tard, comme je sortais de la Bibliothèque nationale, je l'aperçus qui longeait le trottoir opposé, d'un pas incertain mal servi par une vue affaiblie. Je traversai la rue, dans le dessein de le suivre discrètement de quelques pas. Quelle ne fut pas ma surprise de le voir s'avancer au-devant de moi de la manière la plus gracieuse, et me tendre la main en disant : « Ah! vous voilà! Ëtes-vous pressé de rentrer chez vous? — Pas absolument. — Ëh bien! allongeons notre chemin. » Il se rendait à son domicile, alors rue du Bac. Puis il se mit à m'entretenir avec cette aménité et ce charme sans égal qu'il possédait; et, comme dans ces rues de Paris il nommait tout naturellement et à pleine bouche Notre-Seigneur Jésus-Christ, les passants se retournaient pour voir de qui venait cet étonnant langage. Le trajet si aimablement allongé me parut bien court. J'avais entendu non seulement le mattre du journalisme, mais le chrétien, qui me laissait pour impression ce

1. Noua ferons Thintoiro do co mot dans la vie de Loui» Veuillot. C'est un des traiU qui caractérisent le mieux les habiletés do l'école libérale.

parfum particulier aux saints, et tel que je l'ai souvent éprouvé auprès d'un autre serviteur de Jésus-Christ, \^ saint homme de Tours y M. Dupont, grand ami de Louis Veuillot.

Veuillez, je vous prie, agréer l'assurance que je n'oublierai pas devant Dieu celui qui l'a si bien servi et qui lui a formé de si vaillants serviteurs. Un religieux.

Lettre de Troyes à M. Eugène Veuillot :

Le 17 arril.

Ce matin, à sept heures, une centaine de personnes assistaient, malgré l'heure matinale, à la messe dite dans la magnifique collégiale de Saint-Urbain, à l'autel de l'archiconfrérie du Très Saint-Sacrement, pour le repos de Tame de M. Louis Veuillot.

Le saint sacrifice a été offert par M. l'abbé Colson, l'énergique et sympathique vicaire de la paroisse, un apôtre des œuvres.

Beaucoup de communions, touchante couronne offerte au plus vaillant des défenseurs chrétiens.

Retenus par le service paroissial, le clergé, un grand nombre de prêtres séculiers et réguliers et de religieux, tout en se déclarant particulièrement unis d'intention pour porter dans leur messe et sainte communion le souvenir du vaillant champion de l'Église, avaient envoyé d'avance leurs regrets et s'étaient fait excuser.

Toutes les œuvres étaient représentées par leurs principaux membres : la conférence de Saint-Vincent de Paul de la ville, par M. Emile Hoppenot, son zélé président, et M. Y. La Couture, son secrétaire, etc.; le cercle catholique d'ouvriers, le comité catholique et les sociétés de charité des paroisses.

Des membres de l'administration du Progrès national , de la Revue catholique, figuraient également dans l'assistance, voulant donner un légitime hommage de reconnaissance au fondateur et au maître de la presse chrétienne.

Le recueillement le plus touchant a présidé ù cette cérémonie, où la prière est montée bien chaude et bien fervente jusqu'au Cœur de Jésus pour l'athlète fidèle qui, pendant de longues années, gardien vigilant de son Seigneur, sera grandement glorifié. Vir fidelis, disent en effet nos saints livres, multum laudabitur ; et qui custos est Domini sui, glorificabitur.

Tel est, Monsieur, le touchant souvenir que des catholiques

iroyens gardent de votre cher frère. J'ai pensé que vous seriez heureux de recevoir le récit de cette cérémonie, pour joindre à la couronne que tresse aujourd'hui T Eglise de France à celui qui en restera une des gloires et pour nous sera toujours un modèle de foi et de vaillance chrétienne, comme il reste pour vous et les vôtres un honneur et une gloire.

M. Victor Pavie envoie l'expression de sa douloureuse sympathie: «Je n'osais, et j'attendais tout le monde à passer. »

Dépêche de Burgos (Espagne) :

Burgos, 17 avril, 4 h. 38 du soir.

Un service funèbre solennel pour l'âme de Louis Veuillol Tient d'être célébré en la grande église des pères Carmes.

Une oraison funèbre très éloquente a été prononcée par le chanoine et savant professeur M. Netola.

La foule était immense.

Joseph Coltell, Francisco Navarro.

M. Francisco Navarro écrivait en même temps à M. Eugène

Veoillot que d'autres services funèbres se préparaient en Espagne

pour l'âme de Louis Yeuillot, et lui donnait le récit suivant de la

cérémonie célébrée à Burgos :

Burgos, 17 avril.

En la grande église des pères Carmes, on a célébré ce matin un' service funèbre solennel pour le repos de l'ame de votre frère, Louis Veuillot. Se rendant à l'appel des journaux de cette ville, un grand nombre de fidèles émus et recueillis avait voulu prendre part à cette pieuse cérémonie. Beaucoup de prêtres de la ville et des environs, laissant leurs quotidiennes et graves occupations du temps pascal, s'étaient empressés de venir apporter à l'illustre défunt le précieux concours de leurs prières sacerdotales. Tout s'accordait à rendre nos supplications plus ferventes. Les jeunes religieux du Carmel (ils ne sont pas moins de soixante dans ce collège des vénérables pères) ont magistralement exécuté la messe de Mozart en do mineur.

M. l'abbé Metola, chanoine lectoral de l'église cattédrale de Burgos et professeur de théologie au grand séminaire, a prêté le concours de son beau talent à la sainte céré-

25a HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT

monie, en prononçant Toraison funèbre de Tillustre défunt.

« Je ne viens point, a-t-il dit tout d'abord, verser des pleurs sur le glorieux catafalque que je vois dressé au pied de cette chaire, à la mémoire du très pieux et très illustre chrétien en faveur de qui nous adressons au Ciel nos supplications et nos

prières Non ! mes très chers frères, ne pleurons pas sur le

tombeau des saints : louons plutôt le Seigneur, qui les a sanctifiés dans cette vie par mille épreuves et les efQuves de sa grâce toute-puissante, grâce à laquelle, en y correspondant, ils se sont mérité l'immortelle couronne. M. Louis Veuillot est du nombre de ces âmes fidèles, de ces fiers serviteurs de Dieu, qui n'ont jamais pris place dans les rangs de l'impiété, — qui ne se sont point assis dans les chaires de l'erreur, et qui, au contraire, fidèles à la loi du Seigneur, ont, en toute rencontre, revendiqué les droits de la vérité. Beatus virqui non abiii, eic,

ce Je ne puis pas non plus entreprendre de faire le panégyrique de ce vaillant athlète... Mais je veux vous montrer en lui le champion de TËglise, du Pape et du droit. »

Partant de ce point de vue élevé, M. l'abbé Metola a tenu pendant trois quarts d'heure son auditoire suspendu à ses lèvres. Je ne puis entreprendre de retracer ici tout ce que cette parole claire, simple, élevée, pleine de noblesse et de charme, a su donner de pieux développements à ces pensées. Qu'il me soit seulement permis de dire que l'éloquent orateur a fait aimer le chrétien, le fils magnanime de l'Église, le frère que nous venons de perdre en M. Louis Veuillot.

La messe a été célébrée par le R. P. Athanase de l'Immaculée-Gonception, sous-prieur des carmes déchaussés de Bordeaux, assisté : 1* du R. P. Anselme, carme déchaussé de Naples, qui, expulsé de son couvent, avait trouvé en France, au couvent de Bagnères-de-Bigorre, une seconde patrie, et qui a dû venir continuer sa vie religieuse parmi nous ; 2" du R. P. Emmanuel, bien connu dans toute la province de Bordeaux depuis les terribles inondations de Toulouse, dont il a failli être la victime.

Jadis les oraisons funèbres étaient pour les puissants; nous, les catholiques de Burgos, nous avons voulu avoir une belle et éloquente oraison funèbre pour le grand écrivain catholique Louis Veuillot. M. le chanoine Metola n'a pas trompé nos espérances.

Agréez mes respects et salutations. Francisco Navarhq-

Lettre de M*' Bonjean, vicaire apostolique de Ja£Pna, à M^^^ Élise Yeuillot :

Jafba, 18 avril.

Chère Mademoiselle. — Le télégraphe vient de me porter la triste nouvelle de la mort de mon cher et vénérable ami, votre bon frère, M. Lonis Veuillot, Tathléte pendant plus de quarante ans de tous les combats qui se sont livrés de nos jours pour la vérité, la justice, la vertu; pour Jésus-Christ, pour l'Église et pour le Pape. Hier matin, j'ai offert le saint sacrifice pour Tâme chérie de ce grand et brave soldat de Jésus-Christ, et je viens aujourd'hui mêler un instant mes larmes aux vôtres. Ce trépas est de ceux où un avant-goût des allégresses du ciel vient tempérer l'amertume des regrets. Où se représenter cette grande et sainte âme, sinon dans les bras mêmes de Celui qu'il a tant aimé, si longuement, si fidèlement, si glorieusement servi I Nous aurions voulu le croire immortel en ce lieu de son exil et du nôtre : nous avions besoin de lui; sa présence était pour nous tous, les soldats de la croix, uue force, un encouragement, un exemple. Mais Dieu a voulu enfin récompenser tant et de si signalés services, et il lui a dit : « Bon et fidèle serviteur, viens te reposer, entre dans ma gloire. D II est vrai qu'après les fatigues de la guerre, il a dû subir les soufifrances bien plus cruelles de l'ambulance ; il a joint aux lauriers du soldat vainqueur les palmes de la douleur, et a remporté le double prix de la valeur et de la patience.

Il n'est donc plus au milieu de nous, ce cher M. Veuillot ! Il n'y a plus d'espoir de le revoir en ce monde ; mais cependant il n'est pas moins vivant sur la terre qu'il ne l'est dans le sein de Dieu : il vit encore au milieu de nous par son esprit incomparable, dont il nous a légué les riches et inépuisables trésors ; il vit par ses grandes œuvres, dont les fruits nous demeurent ; il vit par le souvenir de ses nobles exemples, montrant tout ce que peut faire un seul homme lorsqu'il met au

service de Dieu le génie que Dieu lui a donné, et lorsque, s^élevant au-dessus de la misérable sphère des intérêts hu-mains, il cherche ayant tout, en tout et partout, le règne de Dieu et sa justice.

Louis Veuillot aura dans Thistoire ce grand bonheur que son nom restera uni à celui de Pie IX ; on ne pourra raconter les événements de ce merveilleux pontificat sans dire un mot de celui dont Taimable Pontife disait avec tant de grâce et de sentiment: Ma y Veuillot y è li mio amico. J*ai vu votre frère pleurer quand on lui rapporta ses paroles ; cet amour du père répondait bien à son amour de fils... Louis Veuillot a été l'ami fidèle entre tous de Pie IX. Quand ce grand Pape s*est couché dans la tombe, Louis a disparu d'un monde où il semblait n'avoir plus rien à faire... Et n'est-ce pas une grâce que Dieu lui a faite de lui épargner le navrant spectacle de cette France qu'il aimait tant, s'abîmaht dans un bourbier sans fond ?

Mais je ne devais que parler ici de notre douleur commune : recevez-en la rapide mais cordiale expression. Un jour viendra, et il n'est pas loin, qui nous réunira tous ! Dans cet espoir, je vous salue très affectueusement dans l'amour de Jésus et de Marie.

Votre ami dévoué,

•J- Christophe Bonjean,

cvèqno tit. do Medca, vie. apost. de Jaffoa.

Lettre de M. Tabbé J.-C. Travers à M. Eugène Veuillot :

Sonnaz, par Chambéry, 18 avril.

Qu'il soit permis à un simple curé de campagne^ à un lecteur assidu de VUnwers dès 1851, d'unir sa faible voix à ces mille échos qui pleurent et chantent tour à tour ce héros de la foi, tombé sur le champ de bataille, en véritable soldat du Christ.

Jadis, au jour de l'épreuve, ce prêtre le félicitait d'avoir été jugé digne de souffrir persécution pour la justice; et lui, à son tour, réconfortait le prêtre par ces paroles pleines de feu, qui tombèrent de sa plurne après avoir jailli de son cœur :

Monsieur Travers^ prêtre, curé de Cléry (Savoie).

Mille remerciements, Monsieur le curé. C'est une consolation, en effet, et très douce et très grande de voir mes amis si fermes et

si fidèles. Je reçois de toutes parts leurs félicitations courageuses.

Vox exullaiionis et salutis in tabernaculis justorum.

Votre très humble et très dévoué serviteur,

Louis Yeuillot.

2 février 1874.

Cette consolation, après ce concert unanime de louanges, d'admiration et de regrets, oh ! comme il doit la ressentir, maintenant surtout qu'en serviteur fidèle il est entré dans la joie du Seigneur, maintenant que les tribulations et les épreuves de la vie sont changées pour lui en un poids immense de gloire!...

Tel est. Monsieur, le tribut de louanges, d'admiration et de regrets que le curé de Sonnaz a l'honneur de déposer aujourd'hui sur la tombe de cet intrépide jouteur, de ce fervent catholique, comme un hommage rendu à son grand cœur, à son noble caractère et à son mâle courage, en redisant à l'immortel Louis Yeuillot, tout haut et au grand jour, ce que lui autrefois, dans une profonde nuit, disait tout bas au prêtre de Cléry : Vox exultationis et salutis in tabernaculis justorum!

Recevez, etc. J.-C. Travers.

Lettre collective adressée de Romans (Drômc) ù M. Eugène Vcuillot :

Romans, 18 avril.

Monsieur le rédacteur. — Et Judas cccidit,.. Et fleve^ runt cum omnis populus Israël planctu m:igno, et lugebant dies multos. (I Machab., ix, 18, 20.)

Nous avons laissé les princes d'Israël exprimer leur douleur les premiers : vous nous permettrez de venir à notre tour verser une larme sur la tombe du grand soldat. Au milieu des hommages illustres qu'il a déjà reçus, le nôtre sera bien modeste; mais il prouvera du moins que les regrets des chefs de la sainte milice sont vivement partagés par les plus humbles combattants.

Nous ne voulons pas faire l'éloge du héros défunt : ce rôle ne saurait nous convenir ; nous l'avons admiré, nous le pleurons. Dieu seul connaît tous les mérites de celui qui a pu répeter à son heure dernière en toute vérité :

Seigneur, j'ai combattu cinquante ans pour ta gloire. Dieu le récompense.

aSC HOMMAGES A LOUIS VEUILLOT

L*arnie du héros était terrible : ses ennemis eux-mêmes le reconnaissent ; ses amis ont appris ce que peut le journaliste catholique pour la défense de TÉglise.

Et maintenant, le chef qui nous a conduits si souvent à la victoire contre les ennemis du peuple de Dieu est tombé ! Quo^ modo cecidit potens!... Et congregati sunt omnes amiciJuda, et dixerunt Jonathse : Ex quo frater tuus Judas defunctus est, vir similis ei non est, qui exeat contra inimicos nostros. . . Nunc itaque te hodie eligimus esse pro eo nobis in principem, et ducem ad bellandum bellum nostrum. Et suscepit Jonathas tempore illo principatum, et surrexit loco Judse fratri sui. » (I Machab. ix, 21, 28 et seq.)

Ainsi se consolent les catholiques de France.

Veuillez agréer, etc.

V. BouGHARiN, curé arehiprétre de Bourg-du-Péage. — A. Rocx, ch. hon., curé arehiprôbre de Saint-Bamard de Romans. — L. RsBouLLET, Ticaire de Boarg-du-Péage. — Raymond, curé de Saint-Nicolas de Romans. — P. Rbvol, vicaire de Saiot- Bamard. — L. Carre, vicaire. — B. Marion, prôtre. — A. Ou- GROS, vicaire. — J. Chabot, vicaire. — J.-J. Laouillermand, aumônier de la Visitation. — Gault, aumônier. — J. Maréchal, aumônier. — Ch. Prunier, aamônier de Sainte-Marthe. — Sylvestre, aumônier. — E. Chosson. — Skux.— Marcoc, aumônier.

Lettre des religieux bénédictins de la Pierre-qui-Vire à M. Eugène Veuillot :

FAX.

Monastère de Sainte-Marie do la Piorro-qui-Vire, 18 avril.

Cher Monsieur Veuillot. — J'ai hâte de vous écrire, en l'absence de notre T. R. P. supérieur (qui est actuellement au fond de l'Amérique, auprès de nos expulsés), et au retour d'un long voyage, toute la part que nous prenons tous à la perte que vous venez de faire dans la personne de M. Louis Veuillot, le grand chrétien, le fils dévoué de la sainte Église et le grand lutteur pour l'Eglise et pour tout ce qui était opprimé sons le faux nom de liberté.

Par deux fois différentes nous avons eu le bonheur de le recevoir parmi nous et d'entendre sa chaude parole, tout enflammée de zèle et de dévouement pour l'Église sa mère et pour Dieu, qu'il aimait par-dessus tout.

La maladie de cet homme extraordinaire et sa mort sont une perte et un deuil pour la France, qu'il aimait, et pour les

vrais catholiques, dont il était le guide soumis et incorruptible dans la presse.

Nous nous faisons un devoir de ne pas Toublier devant Dieu dans nos prières et dans les austérités que la règle bénédictine nous impose, afin que cette âme, qui avait faim et soif de la justice ici-bas, en soit rassassiée dans cette éternelle félicité, où il contemplera toujours, s'il ne le fait déjà, la vérité ellemême, qui était sa passion dans cette vallée de misères.

Daignez, cher Monsieur Veuillot, etc.

Fr. Francois-Xavier,

Lettre de M. Tabbc Le Bacquer, aumônier du couvent des Petites Sœurs des Pauvres de Kerentrech-Lorient, 18 avril :

Très honoré Monsieur Eugène Veuillot. — Je viens, en mon nom et au nom des Petites Soeurs des Pauvres de Kerentrech-Lorient, vous offrir respectueusement mes condoléances, à Toccasion de la perte douloureuse que vous venez de faire dans la personne de votre honoré frère, M. Louis Veuillot.

L'ancien rédacteur en chef du journal V Univers était dévoué à toutes les œuvres catholiques, et particulièrement à l'œuvre des Petites Sœurs des Pauvres. Cette œuvre, on le sait, est encore récente. L'extension qu'elle a prise si rapidement dans les différentes parties du monde montre clairement qu'elle répondait à un besoin, qu'elle est bénie de Dieu.

M. Louis Veuillot l'a soutenue dès le principe et constamment, de sa plume et de sa générosité, de concert avec ses vaillants collaborateurs.

Veuillez agréer, etc.

iV. B, — Nous venons de terminer une neuvaine de prières pour le repos de l'âme du vénéré défunt.

Lettre du supérieur de l'oratoire de la Sainte-Face, maison de M. Léon Dupont, à Tours, à M. L. Aubineau :

Tours, 18 avril.

Chsr Monsieur Aubineau. — Je m'associe de cœur et de vœu à votre grand deuil, à ces sentiments de regret, d'estime, de louange, à tous ces hommages d'admiration qui vous sont envoyés de toutes parts comme une consolation pour la perte de votre vieil et intime ami. Mais, on le sent bien, tous les termes de l'admiration et de la reconnaissance n'égaleront

jamais les services qu*il a rendus à la France et à toute TÉgUse. Son talent, son génie comme écrivain est au-dessus de tout éloge. Je n'ai pas besoin d'ajouter que nous l'avons ici recommandé et prié beaucoup pour lui à Tautel et dans cette chambre de la Sainte- Face où lui-même est venu prier avec vous, je crois ; où du moins M. Dupont a tant de fois secondé, béni, admiré ses vaillantes luttes contre les erreurs et les folies de notre temps.

Nous y joignons un vœu qui, j'espère bien, se réalisera : c'est que l'œuvre dont Louis Yeuillot est le fondateur n'aura pas trop à souffrir de sa mort, et sera toujours prospère et florissante. L'Univers est en trop bonnes et fidèles mains, pour qu'on ait aucune crainte à cet égard.

Dans tous les témoignages si honorables et si touchants qu'on vous envoie, je n'admire rien tant que les quelques lettres de l'illustre écrivain. Vous aurez sans doute la pensée de les réunir et d'en publier une collection, qui, à côté de ses Œusfres et de sa Vie, ne sera pas la moins intéressante.

Croyez, etc. P. Janvier,

chanoine honoraire.

Le P. Norbert, gardien des capucins de Lorîent, à M. Eugène Veuillot :

J'offre à Monsieur Eugène Veuillot ma douloureuse sympathie à Toccasion de la perte immense que nous faisons tous en la personne de M. Louis Veuillot, son frère.

Le 21 avril 1871, sorti comme par miracle des mains de^ communards, j'avais eu l'honneur d'être reçu au petit séminaire à Versailles par M. Louis Veuillot. Je lui apportais quelques nouvelles de ses rédacteurs, restés fidèles à Paris, et je pus apprécier dans cette trop courte entrevue la grandeur d'âme du vaillant champion de l'Eglise...

Nous prions à Lorient pour celui qui nous a quittés, nous n'oublierons pas ceux qui restent...

Courage ! le combat dure longtemps : le triomphe n'en sera que plus glorieux.

Lettre de M. le chanoine Magallon à M. Eugène Veuillot :

Saint-Jean-de-Maarieime, 18 avril.

Monsieur Eugène Veuillot. — Et moi aussi je suis un ami inconnu et passionné de votre illustre frère. Depuis qua-

rante ans, je Tai suivi pas à pas et de cœur dans la carrière qu'il a parcourue en géant chrétien, relevant partout les vérités foulées, partout abattant les erreurs debout; et je ne crois pas qu'il ait eu un triomphe dont je ne me sois senti fier, un chagrin auquel toute mon âme ne se soit associée.

Quand j'ai reçu V Univers encadré de noir, mon cœur, devançant mes yeux, a deviné la funeste nouvelle, mes larmes ont jailli soudain, et il m'a fallu du temps avant que je pusse lire et soulager ma douleur en dévorant les premiers détails de ce grand et lumineux trépas, où la mort, qui détruit tout, oublieuse de son rôle, commençait dans l'ombre la transfiguration de sa victime.

Ah! c'est que je n'aimais pas à moitié ce merveilleux génie, cet incomparable défenseur de l'Église, cet intrépide champion de toutes les causes justes et saintes.

II ne m'a jamais été donné de voir M. Louis Veuillot; mais que je connais bien la physionomie de son âme ! N'est-elle pas burinée en traits immortels dans ses immortels ouvrages ? et n entend-on pas toujours sa voix dans ces pages toujours vivantes, qui défient le temps comme elles ont défié la critique ? Donc, la mort, faisant son œuvre, a bien pu coucher l'homme dans la tombe ; elle n'a pu y coucher l'apôtre, qui continue, quoique disparu, sa mission providentielle à travers le monde. C'est là une consolation, c'est la consolation de tout ce qui porte dans la poitrine un cœur de chrétien.

Je m'arrête, n'ayant pas, à mon grand regret, ni comme talent, ni comme autorité, le droit d'être long. Pour oser ces P^g^s, je n'ai consulté que mon cœur.

Je vous prie, Monsieur le rédacteur en chef, d'agréer l'expression de ma profonde sympathie pour vous et votre famille, qui êtes devenus la famille de tous les lecteurs de V Univers. Le commissaire qui, le premier, a dit cette belle parole, était sans doute de la maison de Calphe, car il fut prophète ce jour-là.

Votre très humble, etc. Gélestin Magallon,

chanoine.

Dépêche du comte Belgiojoso, de Milan :

Milan, 18 ayril, SI h. 40 matin.

Le comité diocésain de Milan, la représentation des œuvres catholiques, le patriarcat, VOsservatore cattolico ont assisté ce

matin à la messe célébrée pour l*âme de rillustre Louis VeuiUot dans réglise de Santa-Maria.

Ils expriment à la famille du grand défunt leurs vifs sentiments de condoléance. Comte Belgiojoso.

Lettre de M. le vicomte Bernard de Maupas, camcrier de Sa

Sainteté, à M. Eugène Yeuillot :

Tours, 18 avril.

Monsieur. — Je veux vous dire la part que je prends à votre immense douleur et la tristesse que me fait éprouver la mort de M. Louis Yeuillot. J^étais en voyage lorsque j'ai appris le coup qui vous avait frappé : c'est pourquoi je ne vous ai pas encore envoyé l'expression de ma douloureuse sympathie et de mes sentiments de condoléance. Monsieur votre frère était le plus grand journaliste de notre époque ; et pendant le cours de sa noble et belle carrière, si bien remplie, il n'a jamais cessé de défendre vaillamment les intérêts de la sainte Église et de son auguste chef, auxquels il a toujours consacré son grand talent et sa haute intelligence.

Ajourd'hui, l'illustre écrivain n'est plus, et la mort, qui vient de vous ravir votre frère, a enlevé aux catholiques leur noble défenseur, le vengeur du clergé persécuté, des moines et religieux indignement disséminés, et aux royalistes un de leurs plus fermes appuis.

Une seule consolation vous reste: c'est le culte du souvenir de celui qui n'est plus et l'espérance de la récompense qu'il a obtenue du Dieu qu'il a toujours servi.

Veuillez agréer, etc. Vicomte Bernard de Maupas,

caméricr de S. S. Léon XIII.

Lettre de M. Rivallant, de Sainte-Hermine (Vendée), à M. Eugène Vcuillot :

Cher et digne Monsieur. — Que de fois il a relevé

mon courage abattu, grand Dieu I que de fois je serais tombé sans pouvoir me relever, si ses avis pleins de grâce, de charité, d'amour et de feu, n'étaient venus me soutenir, m'encourager et m'enflammer ! Quand, sans talents, sans fortune et sans ressources, je me voyais entouré, tous les ans, de quarante à cinquante enfants auxquels je donnais gratuitement les fournitures classiques et l'instruction, je lui disais : Hélas!

HOMMAGES A LOUIS VEUILLOT aci

comment faire ? je ne puis y tenir. Car c*étaît bien de Tinstniction gratuite, celle-là ! personne ne la payait.

Je l'entends me dire : « Allons, mon bon ami, laissons tous ces soucis de succès, de fortune, d'établissements tranquilles, à ceux qui n'ont point de Dieu. Notre part, à nous, est meilleure ; et, si elle nous semblait insuffisante. Dieu, pour nous punir de notre ingratitude, pourrait nous la retirer. La fortune que nous devons faire, c'est de conquérir des âmes ; nous n'y parviendrons jamais, nous ne sauverons pas même la nôtre, avec toutes ces préoccupations d'intérêts matériels. Mettez donc tout cela sous vos pieds, et dites joyeusement vos grâces après dîner, quand vous auriez dîné de pain sec. »

Est-il possible de résister à de pareils accents ? de ne pas se sentir plus fort et de ne pas affronter le danger, quel qu'il soit, pour arriver à cette seule et véritable fortune à laquelle il faut aspirer ?. . . Ri vallant .

Lettre de M. Aurélien de Grangencuve ù M^^^ Yeuillot :

Arcachon, 18 avril.

Mademoiselle. — Que vous dire au milieu de ce magni-* fique concert de louanges qui s'élève autour de la tombe bénie de votre cher et vénéré frère ? C'est à peine si j'ose élever la voix pour vous exprimer les regrets, la respectueuse et cordiale sympathie, et aussi la consolation que j'éprouve en cette douloureuse épreuve, plus cruelle encore pour vous que pour tous les autres.

C'est bien lui qui a vaincu la mort, puisqu'elle lui est un triomphe, et encore nous n'en voyons que l'ombre. 11 a trouvé Dieu, qui a été tout l'amour de sa vie ; il a aussi retrouvé ceux qu'il avait aimés sur cette terre, dont il m'a dit bien souvent qu'il n'était séparé que pour quelques jours, et qu'il aspirait à revoir, et il attend ceux qu'il a laissés après lui.

Nous prions pour lui ; mais j'éprouve encore plus le besoin de l'invoquer et de lui demander de consoler et de fortifier ceux qui le pleurent, et de nous protéger encore au nom de cette bienveillante amitié dont il a eu la bonté de m'honorer.

C'est un immense regret pour moi de n'avoir pu me rendre a ses funérailles comme, j'en avais l'intention.

Veuillez, je vous prie, etc.

Lettre d'un inconnu de Bordeaux à M. Eugène Yeuillot :

Bordeaux, 18 aTiil.

Monsieur. — Les nombreux témoignages d'admiration, d'affection ; de respect, de reconnaissance, partis de points si divers et que vous publiez à la gloire de M. Louis Yeuillot, sont bien faits pour réjouir le cœur de tous ceux qui l'ont aimé sans le connaître personnellement.

Beaucoup se sont plu à rattacher leur conversion, ou leur vocation, ou leur affermissement dans la foi, à la forte poussée que leur donna la lecture de quelque œuvre puissante de ce mattre regretté.

Je ne serais point sorti du silence qui me convient, si le livre qui, le premier et dès les bancs du collège, m'a fait aimer la sainte Eglise, n'avait été trop oublié parmi les titres d'honneur de l'écrivain . — Bien que ce soit une œuvre de jeunesse, elle est éloquente, pleine de sentiment et d'esprit : Pierre Saintive a fait sa part de bien ; il comptera à notre cher défunt par les âmes conquises à Dieu. Écrit de verve et d'enthousiasme, son style abondant ne se retrouve plus peut-être au même degré avec ce caractère dans les autres œuvres plus nerveuses du maître. Il révèle un nouveau côté de ce génie si souple et si varié, et en même temps une fougue de jeunesse que les désenchantements de la vie ont peut-être tempérée.

Une telle œuvre mérite de ne pas être oubliée. En l'absence de tout autre qui l'ait rappelée, je manquerais à la reconnaissance que je dois à l'auteur, si, parmi tant d'autres ouvrages plus parfaits peut-être et d'une touche plus personnelle, je ne la signalais pas comme ayant ouvert et pouvant ouvrir à beaucoup de jeunes âmes la voie du salut.

Permettez-moi de garder l'anonyme qui convient au plus obscur des milliers de lecteurs amis ardents du glorieux défunt.

Un flls du peuple, HUMILIS.

Lettre de M. le vicomte de Roquefeuil à M^^^ Élise Yeuillot :

Kergrec'h, 18 avril.

Mademoiselle. — Kergrec'h, qui a eu l'insigne honneur de posséder sous son toit votre illustre frère, et qui a été chanté par lui d'une voix si harmonieuse et si pleine d'indulgente bonté, lui doit aussi sa petite note d'admiration et de recon-

HOMMAGES A LOUIS VEUILLOT 2r.»

naissance dans le magnifique concert, si largement mérité, qui se fait entendre en son honneur dans tout le monde catholique.

Resté seul, et le moins digne, de cet intérieur de famille, que vous vouliez bien juger l'un et Tautre avec tant de bienveillance, je ne serais pas l'interprète de ceux qui, hélas ! ne sont plus, si je ne venais vous dire que, dans aucun autre foyer chrétien, votre bien-aimé frère n*a été plus aimé et admiré, lui et sa grande œuvre de V Univers, si dignement continuée par M. Eugène Veuillot et ses excellents collaborateurs.

J'ai senti tout ce que ce grand cœur a dû souffrir, et vous, Mademoiselle, si identifiée à lui, pendant sa longue et si cruelle maladie.

Je sais combien est immense votre douleur actuelle et celle de votre famille, et j'unis mes pauvres prières aux vôtres pour ce grand serviteur de Dieu, quoique bien convaincu qu'il est déjà en possession de sa récompense si vaillamment gagnée. M*« de Roquefeuil n*a pas l'honneur d'être connue de vous ; roais elle partage tellement tous mes sentiments pour le nom béni de Veuillot et pour V Univers, qu'elle est bien de moitié dans les condoléances que je vous exprime, chère MademoiscUe, ainsi qu'à tous les vôtres.

* otre très humble serviteur.

Vicomte Edmond de Roquefeuil.

Lettre du R. P. Félix à M. Eugène Veuillot :

Naacv, 19 arril.

Chbr et honoré Monsieur. — Retenu bien loin de la capitale par une longue course apostolique dans les régions du Midi, lors de la mort de M. Louis Veuillot, je n'ai pu, à mon grand regret, me joindre à nos Pères de Paris, pour lui donner, en assistant à ses triomphantes funérailles, le témoignage de notre commune sympathie; et j'ai dû me contenter d*unîr de loin mes prières à tant d'autres prières, pour le repos éternel de celui qui, pendant quarante ans, par un dévouement égal ù son génie, a rendu à la sainte Église notre Mère des services qu'aucun vrai catholique ne saurait oublier.

Mais, tout enjoignant mes regrets et mes prières aux prières et aux regrets de tous mes frères en religion, je crois devoir à votre illustre frère et à vous une expression particulière de ma sympathie et de ma reconnaissance.

Je n'ai pas oublié que M. Louis Veuillot m'a fait, un jour, l'honneur de venir en personne dans ma modeste cellule, me demander en son nom, au nom de la rédaction et des abonnés de V Univers y l'autorisation de reproduire intégralement mes conférences de Notre-Dame.

Pendant de longues années, j'ai joui du bénéfice de cette honorable publicité, qui grandissait singulièrement la sphère de mon apostolat, en donnant à ma faible voix de nombreux et lointains échos. Ce souvenir, rempli pour moi d'une religieuse gratitude, et le gracieux envoi que, depuis Jors, vous voulez bien me faire de votre excellent journal, semblent m'autoriser à me considérer encore comme l'un de vos collaborateurs. C'est à ce titre surtout que je me permets de venir, après tant d'autres, vous offrir, à vous et à toute votre digne famille, l'expression personnelle de mes regrets et de ma douleur, au sujet de la mort de ce grand homme de bien et de ce grand chrétien, qui marquera dans l'histoire, tout à la fois, et comme un incom-

parable écrivain et comme l'un des plus courageux et des plus intrépides défenseurs de la chère et grande cause que nous aimons et défendons ensemble.

Veuillez, je vous prie, cher et honoré Monsieur, agréer pour vous-même et faire agréer à tous les vôtres, et en particulier à votre digne sœur, avec l'expression de ma profonde condoléance, celle de tout mon dévouement et de tout mon respect.

J. Félix, S, /.

Lettre d'un prêtre du diocèse de la Rochelle à M. Eugène Veuil>

lot :

19 avril.

Cher Monsieur Eugène. — Permettez à un vieux prêtre do vous dire simplement qu'il aimait et regrette de tout son cœur le bon M. Louis Veuillot.

Il m'a fait un bien immense sous le rapport intellectuel et moral. Je prie continuellement pour lui, bien que je sois convaincu qu'il n'en a pas besoin.

Lettre de M. le curé doyen de Saint-Servan à M. Eugène Veuillot :

Saint-Servan, 19 avril.

Monsieur. — C'est une consolation dans votre deuil, je pourrais dire dans notre deuil, de voir le héros, l'apôtre dont nous pleurons la perte, justement apprécié par tout ce qui a dans l'esprit une noble pensée et au cœur un sentiment élevé. J'aurais voulu vous le dire immédiatement ; j'ai voulu laisser la place aux amis plus élevés, mais qui ne sont pas plus sincères. J'ai trouvé VUnwerssM presbytère de Saint-Servan en janvier 1849, et nous ne l'avons jamais abandonné. C'est vous dire nos sentiments pour MM. Veuillot.

J'ai eu l'honneur et le bonheur de voir Mademoiselle votre sœur à la cure de Saint-Servan quand j'étais vicaire ; je lui ai envoyé notre carte, mais je n'ai osé lui écrire.

Les grandes œuvres catholiques que V Univers a soutenues ont été comptées à notre bien cher défunt par Celui qui paye même un verre d'eau donné en son nom : je vous en présente un, pour ainsi dire, à son intention, en vous envoyant mon offrande pour le Denier du Culte.

Veuillez agréer, etc. Collet,

ehanoino honoraire, curé.

Lettre de M. Tabbé Hubert, directeur au grand séminaire de

Chartres, à M. Eugène Yeuiilot :

Chartres, 19 ayril.

Monsieur. — Permettez-moi de vous offrir l'humble témoignage de ma douloureuse sympathie pour la perte de votre illustre frère.

Louis Yeuiilot a tenu trop de place dans les luttes contemporaines du bien contre le mal, pour que sa mort n'impressionne pas vivement les cœurs catholiques. Le clergé a toujours admiré et aimé cette âme sacerdotale, ce vaillant champion de la foi, ce brillant écrivain, qui a consacré sa plume et sa vie à la plus noble des causes. Dans mon esprit, sa mémoire reste intimement liée à celle du savant dom Guéranger et de l'éminentissime cardinal Pie. Ces trois hommes méritent la reconnaissance des catholiques français par la pureté de leur orthodoxie, leur zèle à propager les idées romaines et le Syllabus, et leur dévouement au service de l'Église, sous l'impulsion de Pie IX le Grand.

Louis Yeuiilot est allé rejoindre au ciel ses anciens amis de la terre. On peut dire qu'il a passé en faisant le bien. Homme de foi profonde, d'un caractère loyal et chevaleresque, il a compris la vérité, il l'a choisie pour règle de ses actions, et sa conduite ne s'est jamais démentie. Il contemple maintenant, je l'espère, le vrai, le bien, le beau par excellence. Tout eu priant pour le repos de son âme, supposé qu'elle ne soit pas encore admise au séjour de la gloire, nous demandons à Dieu de nous susciter d'autres défenseurs de la sainte Eglise notre Mère, au milieu des orages que nous traversons. Mais Jésus veille sur les siens : c'est notre espérance. Car, si c'est un devoir pour nous de pleurer les enfants d'Israël qui ne sont plus, nous savons que la Providence ne manquera pas au catholicisme, fondé sur la pierre angulaire.

Veuillez agréer, etc.

Lettre de M. Tabbc J. Travers, curé de Sonuaz, diocèse de Chambéry, à M. Eugène Yeuiilot :

Monsieur. — Quoique je vous arrive à la dernière heure, je n'ai pas été le dernier à partager votre deuil et à prier pour le repos de l'âme de l'illustre défenseur, de ce vaillant champion de la vérité et de la justice.

Après avoir soutenu le bon combat avec tant d'ardeur, après

avoir cueilli tant de palmes, ne fallait-il pas que l'heure de la récompense sonnât pour lui ?

Ne parlons donc plus de ses larmes, de ses veilles et de ses sacrifices, mais de son repos, de sa félicité et de son éternelle gloire.

Lettre de M. l'abbé S. Clément, curé doyen de Charcnton-du-

Cher, à M. Eugène Veuillot :

Charenton-du-Cher, 19 avril.

Cher Monsieur Eugène. — Laissez-moi vous exprimer combien je suis heureux des acclamations qui ne cessent de retentir sur la tombe de votre vénéré frère. Quels touchants concerts de louanges ! quels pieux accents de regrets et d'cidmiration ! quelle brillante armée fière de son grand capitaine !

G*est un fait éclatant aujourd'hui : M. Louis Veuillot n'était pas seulement l'apôtre, mais l'ami et le père de ces chrétiens d*élite si justement appelés la famille de VUnivers,

Je lis avec bonheur toutes ces lettres : elles me font du bien ; je les comprends ; je les aime. Elles traduisent éloquemment mes sentiments les plus intimes: car moi aussi, depuis près de quarante ans, je suis de cette famille de V Univers,

J'ai vécu dans mes meilleurs jours de cette parole vivante et puissante ; je lui dois les plus douces et les plus fortes émotions de mon âme

11 prie pour nous maintenant. Il est entré dans la joie du divin Maître ; et parce qu'il avait cherché d'abord le royaume de Dieu et sa justice, le reste, en ce monde, lui est accordé par surcroît. Ce siècle n'avait pas encore vu l'un de ses enfants entrer ainsi, le front haut et de plein droit, dans la gloire.

Que le Ciel en soit béni ! Et vous, cher Monsieur, soyez-en consolé, fortifié, et veuillez agréer, etc.

Lettre de M. l'abbé A. Juge, missionnaire apostolique, diocèse

de Gap, à M. Eugène Veuillot :

19 avril.

Cher Monsieur Veuillot. — En descendant de l'autel où je viens d'offrir le saint sacrifice pour la chère et grande âme dont vous pleurez le départ, je viens à mon tour vous offrir Texpression de ma profonde et douloureuse sympathie. Dans une certaine mesure, je pouvais appeler M. Veuillot mon maître. Ses ouvrages m'étaient chers, et je n'oublierai jamais

rhonneur que j'ai eu d*avoir été présenté au grand écrivain et à rincomparable chrétien par son ami et collaborateur M. Léon Aubineau.

Tout indignes qu'elles sont, j*unis mes prières aux vôtres, à celles de Tunivers catholique, et vous prie de recevoir l'hommage de ma condoléance et de mon sincère et respectueux attachement.

Lettre du directeur d*uu petit séminaire à M. Eugène Veuillot :

Monsieur. — Bien des lettres vous ont été adressées à l'occasion de la mort de votre frère, bien des témoignages de sympathie vous sont venus de tous les points de la France et du monde entier. Mais combien de prêtres, de lecteurs de votre journal, sans écrire, n'ont pas moins pris part à votre juste douleur, n'ont pas été moins empressés surtout à entrer dans vos désirs !

Ce que vous désirez avant tout, ce sont des prières pour l'Ame de votre frère. Nous n'y avons pas manqué, au petit séminaire de ***, où nous lisons et aimons VUnivers. Dès les premiers jours j'ai dit la sainte messe pour le regretté défunt; mes confrères ne l'ont pas non plus oublié. En priant pour le repos de son âme, nous avons prié pour ceux qu'il laisse sur le champ de bataille, et pour la prospérité de l'œuvre à laquelle il avait consacré toutes les forces de sa belle intelligence et de son grand cœur.

h'Uftivers, nous en avons la confiance, suivra toujours la même ligne de conduite, mettant «ivant tout les intérêts de la sainte Église.

Veuillez agréer, etc.

Lettre de M. Robertet k M. Eugène Veuillot :

Péra de Conslantiaoplo, 19 avril.

Monsieur. — L'Orient 'catholique a perdu en la personne de monsieur votre frère son plus énergique et son plus éloquent défenseur. Si la France a conservé en Orient l'amitié des populations catholiques, si elle y a maintenu sa traditionnelle et bienfaisante influence religieuse et civilisatrice, malgré les honteuses défaillances de ses gouvernements, elle le doit surtout à la vaillance et au courage de V Univers y aux glorieux combats qu'il n'a cessé de livrer en faveur des Arméniens

HOMAIAGES A LOUIS VEUILLOT 369

persécutés et spoliés, a Ja protection efficace qu'il accordait à nos missions françaises. L'opinion publique, éclairée par lui, soulevée par son indignation éloquente, a empêché les ennemis du catholicisme oriental de parvenir au but inique qu'ils poursuivaient. Notre deuil est immense et d'autant plus sincère, que l'avenir de l'Orient catholique est toujours inquiétant, à raison de la perfidie et de l'improbité de la diplomatie européenne; mais V Univers f fidèle aux traditions de son illustre fondateur, survit à M. Louis Veuillot, et nous conservera sa protection, son énergie et son influence si efficace sur les hommes de bien, de foi et d'action.

Agréez, etc. C.-R. Robertet.

Lettre de M. Kanacham u V Univers :

C'est de tout cœur que nous compatissons à votre deuil et h votre douleur.

Dans nos faibles prières, nous n'oublierons point le fort, le vaillant, le bien-aimé, qui a si bien défendu l'arche sainte.

C'est avec vénération que nous baisons cette main qui a si bien écrit et qui est à présent inerte.

Votre tout dévoué, Kanacham.

Lettre de M. Louis Delor à M"« Veuillot :

Au Clos-dcs-Tuiliùres, 19 avril.

Mademoiselle. — Si nous sommes en retard, ma famille et moi, pour vous envoyer notre faible note dans l'admirable concert que la France et l'Europe font entendre au monde entier, en pleurant et louant votre bien-aimé frère Louis Veuillot, nous avons été des plus empressés pour adresser nos prières à Dieu, afin qu'il lui accorde dans le ciel la couronne qu'il a tant travaillé à mériter pendant sa vie. Nous avons également prié pour que Dieu envoie ses consolations à ceux que votre bien-aimé frère laisse après lui.

Il y a plusieurs années, nous avons eu l'honneur de recevoir ici, dans notre modeste chartreuse, votre admirable frère. U avait bien voulu nous prier de lui ménager une demi-journée d'entretien intime avec notre grand et vénéré évêque de Tulle, M^' Berteaud. Le monde n'a jamais entendu rien de comparable à ce qui s'est dit pendant quelques heures entre ces deux hommes de génie.

370 HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT

Quelques jours après, vous voulûtes bien nous amener vos deux charmantes nièces, M'*^ Luce et Agnès. Nous n'avions rien à vous offrir de digne d'une si grande faveur que le grand et bon air de notre cher clos des Tuilîères.

Quels glorieux et doux souvenirs nous ont laissés ces deux visites ! Aussi, à partir de ce moment, à notre admiration pour votre frère Louis se mêlèrent des sentiments qui venaient du plus profond de nos cœurs.

Permettez-nous donc, Mademoiselle, de le pleurer comme un ami ; et comptez que les prières que nous adressions à Dieu pour le vaillant défenseur de l'Église, nous les continuerons pour que sa belle âme ne soit pas en souffrance.

Daignez agréer, Mademoiselle, etc. Louis Delor.

Lettre de M. L. Rupert à M. Eugène Veuillot :

Kvian-les-Bains (Haute-Savoie), le 19 avril.

Cher Monsieur Eugène. — Bien d'autres que moi ont pu voir dans votre frère un nouveau Samson, doué d'une force merveilleuse pour combattre les ennemis du peuple de Dieu ; mais je suis frappé de voir entre lui et le fort d'Israël un nouveau et des plus heureux traits de ressemblance : c'est que sa mort sera l'écrasement de ceux qui croyaient pouvoir se réjouir de son impuissance. C'est pourquoi j'assiste et j'applaudis de grand cœur à cet immense concert de regrets, d'admiration et de louanges auquel nul honnête homme n'oserait apporter une note discordante, et je saisis cette occasion unique de rompre le silence que le défaut de toute mission m'impose depuis plus de douze ans.

Tout à vous de cœur. L. Rupert.

Lettre de M. de Mendoza à M. Eugène Veuillot :

Cacerès, 19 arril.

Monsieur le directeur de i/Unwers, — Profondément affligé par la perte du champion catholique de la France, illustre dans toute l'Europe par la grande élévation de ses nobles sentiments, je me permets d'envoyer à la rédaction, et par votre intermédiaire à votre illustre et bonne famille, le témoignage le plus complet de mes vrais sentiments. Daignez l'accepter comme un de plus parmi les nombreux témoignages que vous

ont offerts tous les personnages de la religion catholique, apostolique, romaine.

M. Louis Veuillot a bien mérité des hommes et des familles de la chrétienté qui ont consacré leur vie au bien, ou, ce qui revient au même, décidés a ne jamais faire le mal, suivant la bannière bénie que la main de Dieu ne cesse de porter dans l'histoire de l'humanité.

Louis Veuillot a vécu comme un héros chrétien ; il est mort comme un saint, embrassant chrétiennement la croix de la miséricorde et de la charité. Dieu a écrit sa vie au livre des temps. II a fait verser à tous ces larmes de douleur qui sont le rosaire de la vie ; tous bénissent sa sainte mémoire ; tous prient le Ciel pour lui.

Veuillez agréez, Monsieur, etc.

Raphaël Nuarado de Mendoza.

M. Tabbé Petit écrit de Saint-Yrieix-Ia-Montagne, diocèse de Limoges : a Quel admirable et immense concert de louanges à l'adresse du grand et indomptable défenseur du catholicisme! »

Lettre de Mb^ l'archevêque de Cashel (Irlande) à M. Eugène

Veuillot :

The Palace Thurlos, 30 avril.

Mon cher Monsieur Veuillot. — Il est juste que la catholique Irlande vienne s'associer à la perte douloureuse que vient d'éprouver l'Église par la mort de votre illustre frère. Son départ pour le ciel laisse un vide diflGcile à combler : car il était un homme comme il s'en rencontre peu dans un siècle.

Votre frère était l'un des rares journalistes du continent qui ont su comprendre la situation religieuse, politique et agr«aire de notre malheureux pays, et par conséquent il s'est efforcé de défendre les justes aspirations de notre peuple au milieu de ses épreuves et de sa pauvreté. L'Irlande reconnaissante, en même temps qu'elle dépose, du moins en esprit, une couronne commémorative sur la tombe du regretté défunt, n'oubliera pas de faire monter vers le ciel ses plus ferventes prières pour le repos de son âme.

En Angleterre, on n'apprécie pas toujours les personnes et les choses au même point de vue qu'en Irlande. Và'UnU^ers laissera les journaux anglais comparer les « ouvriers » et les (c chevaliers ». En Irlande, nous préférons souvent, quoi qu'en pense le Tablet, les mâles vertus et la noble franchise de l'ouvrier à tout ce qu'il y a de plus raffiné dans l'aristocratie, si cette politesse exquise n'est pas mise au service de la bonne cause.

Avec vous, mon cher Monsieur Veuillot, nous pleurons en votre frère un grand chrétien, un héroïque athlète de la foi, un illustre écrivain, le premier journaliste de notre siècle et un ami dévoué de notre pays. Le « maître n n'est plus ; mais ses disciples, V Univers et la presse française continueront à nous aider de leur concours, parce qu'en défendant nos droits, ils combattront pour un peuple que rien ne saurait jamais dé> tourner des sentiers de la vérité ; d'un peuple dont aucune

mauvaise influence ne saurait jamais obscurcir la foi, ni refroidir l'amour pour Dieu, le Saint-Siège et la patrie.

Veuillez agréer, mon cher Monsieur Veuillot, pour vous, votre excellente famille et votre admirable rédaction, les condoléances de l'Irlande catholique et les miennes.

f T.-W. Croke,

areheyôque de Cashel.

Lettre de Mk<' Yitte , évêque d'Anastasiopolis , ancien vicaire apostolique de la Nouyelle-Calédonie, à M^^e Élise Veuillot :

Cormoz, par Saint-TriTier-de-Goartes (Ain), le 30 avril.

Mademoiselle. — Je viens bien tard prendre ma place dans ce cortège d'amis dévoués qui ont tenu à rendre un dernier hommage à votre bon et excellent frère Louis Veuillot. Mais veuillez croire que je n'ai point été le dernier par le cœur. L'ëtat de ma santé me rend toujours la pensée et l'expression fort difficiles : c'est un point de ressemblance de plus entre moi et cet homme illustre qui daignait m'honorer du nom d'ami. J*avais toujours espéré que j'aurais assez de forces pour faire le voyage de Paris et l'embrasser une dernière fois. Dieu en a disposé autrement : que son saint nom soit béni ! C'est une des grandes privations qu'il m'a imposées.

Perdu dans une campagne, ne voyant presque personne et ne pouvant ni lire ni écrire, je vis beaucoup par le souvenir : c'est pourquoi je sympathisais davantage avec votre bon frère, dont il me semblait que je comprenais mieux qu'un autre les privations et les souffrances.

En vous promettant de prier pour lui, permettez-moi de me recommander aussi aux prières de tous les siens.

Je reste. Mademoiselle, avec un entier dévouement, votre bien humble serviteur en Notre-Seigneur,

•J- Ferdinand Vitte,

évêque d'Anastasiopolis, S, M.

M»' l'archevêque de Besançon adresse à M"® Élise Veuillot << Texpression de ses respectueuses sympathies » .

Lettre de Mf l'évéque de Gap à M. Eugène Veuillot :

Évvché de Gap, lo 20 avril.

Très HONORÉ Monsieur. — Je prends une grande part à votre deuil, car elle est proportionnée à mon admiration et à

ma reconnaissaace pour votre illustre frère M. Louis Veuillot. J'avais appris à le connaître par ses écrits, mais, plus intimement encore, auprès du vénéré cardinal Gousset et du cher père Gautier. J'ai eu Tinsigne avantage de le voir à Rome, lors de la canonisation des martyrs du Japon et pendant le concile. En venant ici, je me suis fait un devoir et un bonheur de lui offrir mes hommages.

Grand catholique, et par là même grand citoyen, il a rendu des services immenses à TEglise et à la France. Consolonsnous dans la pensée qu'il n'est pas mort tout entier. Ses œuvres, sa mémoire continueront ses bons combats pour la vérité complète, et le bonheur dont il jouit au ciel s'en accroîtra.' J 'en ai la douce et ferme conBance : pendant que nous prions pour lui, il intercède pour nous devant Dieu.

Agréez, très honoré Monsieur, l'expression de mes sentiments de respectueuse estime et de dévouement.

cvèque de Gip.

M*' révêque de Vannes écrit à M. Eugène Veuillot qu'il a a recommandé à Dieu l'âme de l'illustre défunt », et qu'il offre à la famille l'hommage de sa religieuse condoléance.

Lettre du R. P. Chevalier, supérieur général des missionnaires du Sacré-Cœur, à Issoudun, à M. Eugène Veuillot :

Issoudun, le 20 avril.

Monsieur le rédacteur en chef. — Je viens un peu tard apporter à M. Louis Veuillot, votre illustre frère, le tribut de mon admiration et de ma reconnaissance. Si je n'avais craint d'être importun, je l'aurais fait plus tôt. Mais j'ai vu avec bonheur que notre maison de Rome a célébré dans son église, place Navone, le premier service qui ait été fait pour le repos de l'âme du célèbre défunt.

Les missionnaires du Sacré-Cœur, dont Y Univers a toujours été le protecteur et l'ami, principalement à l'occasion des pèlerinages à Notre-Dame du Sacré-Cœur et au moment de notre expulsion, ont été heureux de donner à son glorieux fondateur cette marque de leur profonde gratitude.

Lecteur assidu de votre vaillant journal depuis plus de trente ans, j'ai suivi avec le plus vif intérêt les luttes qu'il engageait avec les plus redoutables ennemis de la société et de l'Église '-

les rationalistes et les gallicans ; ces derniers, une fois terrassés, se couvrirent d'un masque et prirent le nom de libéraux. Nous savons avec quelle vigueur le formidable polémiste les a poursuivis. Ni les hurlements des uns, ni les clameurs et les souplesses des autres n'ont pu le désarmer : toujours sur la brèche et toujours vainqueur. Pourquoi ? Parce que le bouclier de la foi couvrait sa poitrine, et le glaive de la vérité armait sa main. Voilà le secret de sa force et de son triomphe.

Sa puissante intelligence, illuminée des rayons du Vatican, avait sondé avec effroi Tabîme que l'impiété creusait à notre malheureux pays, et signalé les funestes écueils où des concessions regrettables conduisaient fatalement les chrétiens inexpérimentés.

Terrible comme un lion qui se défend contre ses agresseurs, il bondissait d'indignation et se jetait sur les imprudents, qu'il laissait étendus dans l'arène. Les coups qu'il portait à Terreur étaient mortels : le gallicanisme le sait, et le libéralisme catholique s'en souvient.

Par la mort de M. Louis Veuillot, TÉglise perd un de ses plus intrépides champions ; le Saint-Siège, un de ses plus courageux défenseurs ; la vérité et le droit, un de leurs plus fermes soutiens; l'armée, la magistrature et le sacerdoce, un de leurs plus éloquents avocats ; la presse catholique, une de ses plus belles gloires, et la France, un de ses plus grands citoyens.

Daignez agréer, etc. J. Chevalier,

miss. S. C.

M. l'abbé Bazin, vice-recteur de l'université catholique de Lille, écrit à M"' Veuillot pour lui offrir « ses très respectueux sentiments de condoléance pour la perte de M. Louis Veuillot, ce grand défenseur de la liberté d'enseignement, qui a tant contribué à la création de nos universités catholiques ».

Lettre de M»"" Théodore Ratisbonne, protonotairc apostolique, supérieur général de Notre-Dame de Sion, à M^^e Veuillot :

Le nom du grand écrivain catholique a pris sa place dans mon memeneo au saint autel. J'ai toujours conservé le souvenir des relations de cordiale amitié qui nous unissaient, il y a une trentaine d'années, quand j'étais à N.-D. des Victoires. Le voilà couronné au ciel, tandis que je reste ici-bas, malade et

97S HOMMAGES A LOUIS TEUILLOT

infirme. Impossible de me rendre aux obsèques, mais j'y assisterai en esprit. J'offre à Mademoiselle Yeuiilot mes sympathiques condoléances.

M^ Guiol, prélat de la maison de Sa Sainteté, recteur des facultés catholiques de Lyon, écrit en envoyant « la plus sympathique expression de ses profonds regrets pour le grand chrétien et l'héroique défenseur que la France et l'Église viennent de perdre ».

Mk** Cirot de la Ville, camcrier secret de Sa Sainteté, doyen de la faculté de théologie de Bordeaux, écrit :

A Monsieur Eugène Yeuiilot, à sa famille et à la rédaction de VUnwers mes sympathiques condoléances, et hommage à la sainte et grande mémoire de M. Louis Veuillot.

Cirot de la Ville.

M^r de Homstein, prélat de la maison de Sa Sainteté, curé doyen de Porrentruy (Jura bernois), à M. Eugène Veuillot :

J e prie Monsieur Eugène Veuillot et les siens d'agréer l'expression de mes sentiments de vive et profonde condoléance, avec l'assurance de mes prières pour le grand lutteur, l'indomptable athlète, l'intrépide champion de toutes les saintes causes de l'Église, que Dieu vient de rappeler à lui, couvert de la gloire et de la renommée de ses plus fidèles et plus illustres serviteurs.

M*"^ Bornet, protonotaire apostolique, à M*l« Veuillot :

Je prie Mademoiselle Veuillot d'agréer l'expression de ma douloureuse sympathie. J'ai offert tous ces jours derniers le très saint sacrifice pour le repos de l'âme de son bien cher frère, et je continuerai de prier tous les jours pour lui. Comme catholique et comme prêtre, je crois acquitter en cela une dette de reconnaissance envers l'illustre et dévoué défenseur de l'Église et du Saint-Siège.

Je ne sépare pas de lui la sœur bien-aimée qui fut constamment associée à toutes ses pensées et à tous ses travaux.

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