‹ Hommages à Louis VeuillotChapitre 27 sur 51 · L.-G.-G. BORNET · texte numérisé non relu

L.-G.-G. BORNET

protonotaire apostolique.

Lettre de M. le supérieur du grand séminaire de Saint-Jean-de- Maurienne à M. Eugène Veuillot :

Saint-Joan-de-Maarioime, 20 avril.

Monsieur. — Au premier rang des admirateurs et amis de notre très regretté défunt, je ne peux renoncer à vous le dire. Et puisqu'il fallait céder le pas aux intimes et aux illustres, je viens humblement parmi les derniers, où est ma place, offrir à son autre lui-même Tobole de ma sincère et profonde condoléance. Oh ! que je voudrais, pendant au moins le quart d'une heure, avoir de M. Louis Veuillot et la plume et le cœur pour exprimer mes sentiments !

UUnwers fut mon premier journal ; je n'en ai point eu ni fréquenté d'autre : mes affections lui sont acquises. Le maître que nous pleurons avec vous m'a attaché pour toujours à son œuvre et à ses collaborateurs. Quand on l'avait connu, comment ne pas l'aimer, lui l'intrépide capitaine, et le petit bataillon qu'il menait avec tant d'entrain au bon combat ?

Qui donc louera dignement ce chevalier du Christ ? Ce sera l'univers catholique^ le monde chrétien tout entier. Aucune langue, en effet, aucun idiome qui ne célèbre les exploits de cet athlète puissant. Rien de pareil ne s'était vu ; mais aussi quel journaliste a jamais fait tant de bien à ses frères dans la foi? Qui les a tant honorés par sa vaillance, tant réjouis par ses victoires, tant éclairés par la diffusion de la pure doctrine, tant secourus par son ingénieuse et inépuisable charité, tant édifiés par l'héroïsme de sa soumission et de son dévouement à l'Eglise ? Le son de sa voix soutenant toutes les bonnes causes est allé jusqu'aux extrémités de la terre. Enfin, il abondait partout, et de partout revient à sa mémoire bénie le plus juste, le plus vrai, le plus éclatant tribut de reconnaissance et d'admiration.

C'est la récompense d'ici-bas. Au ciel, ayant enseigné la justice à un grand nombre, votre saint frère doit resplendir dans les perpétuelles éternités : nous en avons l'espérance, presque la foi, car cela est écrit.

Quel triomphe pour lui ! quel héritage pour vous !

Nous prierons le Seigneur avec vous, dans les intentions de votre cœur fraternel, et nous le conjurons, en particulier, qu'il vous accorde de pouvoir tout ce à quoi vous oblige cette noblesse si glorieuse et d'un genre si nouveau.

Daignez, Monsieur, agréer, etc. Hermiraz,

supérieur du grand séminaire do Saint>Jean-do-Mauriennc.

278 HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT

Lettre d'un curé du diocèse de Montauban à M. Eugène Veuil-

lot :

20 avril.

Monsieur. — Permettez à un vieil abonné et ami de vous dire la part qu'il prend h Taffreux malheur qui vient de vous frapper. Je connaissais partieulièrement M. Louis Veuillot par sa photographie signée de sa main, et tout entier il occupe une place d'honneur dans ma bibliothèque. En recueillant avec soin tout ce qu'il a dit sur TEglise, je suis arrivé à composer un discours sur ce sujet qui fait l'admiration des amis qui le lisent. M. Louis Veuillot m'a fait beaucoup de bien, et je lui en garderai une éternelle reconnaissance. Sous peu, j'offrirai le saint sacriQce à son intention. Je prends la liberté de vous prier d'être près de M"' Veuillot l'interprète de ma vive sympathie ; j'étais Curé de P... lorsqu'elle m'écrivit, au nom de son frère, une lettre que j'ai eu garde de ne pas perdre.

Daignez agréer, etc.

Lettre d'un curé du diocèse de NcTcrs à M. Eugène Veuillot :

Monsieur le rédacteur. — Le voilà donc mort, cet homme fort, ce vaillant soldat de Jésus-Christ! Les articles sortis de sa plume, et qui figurent dans ma bibliothèque sous la forme de 18 beaux volumes in-8«, ont trop fait souvent battre d'aise mon cœur ennuyé et quelquefois fatigué par les attaques dirigées contre l'Eglise, pour que je me croie dispensé de lui payer la dette que nous devons à nos morts. Aussi dès demain, 13 avril, jour de saint Hermenegild, je célébrerai le saint sacrifice de la messe pour le repos de son âme. Et, puisque c'est l'usage, je la célébrerai encore le quarantième jou/», les six mois et le bout de l'an. Et, en terminant, je prie Dieu qu'il maintienne dans la rédaction du journal le même esprit, le même dévouement à la cause de l'Église, que nous avons reconnu dans celui que la mort vient de nous enlever.

Lettre de M. l'abbé L.-M. Launay, recteur du Troncbct, diocèse de Rennes, à M. Eugène Veuillot :

Lecteur assidu de V Univers depuis trente et un ans, je peux apprécier la perte que fait votre œuvre et que nous faisons tous ensemble dans la mort de votre rédacteur en chef. Ma sympa-

thie ne vous a pas fait défaut, et mes prières n'ont pas manqué d'être adressées pour celui que nous pleurons, La bonne direction qu'il a su imprimer à votre œuvre fera en sorte, je n'en doute pas, que l'Eglise trouvera dans sa succession la défense assurée que son immense talent avait su lui procurer dans nos temps difficiles.

Agréez, Monsieur, etc.

Lettre de M. Tabbc P. Royer à M. Eugène Veuillot :

MeuzaCi par Magnac-Bourg (Ha.uto-Vienno), 20 avril.

Monsieur. — Si tous ceux qui étaient de cœur avec Louis Veuillot vous écrivent, vous aurez, je vous l'assure, une belle collection de lettres : car tous les vrais catholiques ( qui l'avaient lu) étaient ses admirateurs.

Louis Veuillot a été suscité par Dieu pour créer le journal catholique, comme ont été suscités par Dieu, à d'autres époques, ces grands personnages que nous appelons les saints, pour créer d'autres œuvres : saint Benoît, Tordre monastique ; saint Dominique, la prédication populaire; saint François, l'amour de la pauvreté; saint Vincent de Paul, le soin des pauvres; saint Louis, la royauté chrétienne, etc.

On s'est plaint de lui. Est-ce qu'un général peut faire une trouée dans l'armée ennemie sans éclabousser ?

n a beaucoup souffert. Quoi d'étonnant? puisque le Saint- Esprit a dit : Omncs qui pie volunt vi^fere in Christo Jesu, per^ secutionem patientur.

Soyez-en persuadé : ceux que Dieu suscitera pour créer l'usine chrétienne, le commerce chrétien, la famille chrétienne, etc., — car, malgré la tristesse de l'heure présente, il faut bien espérer la restauration sociale dans le Christ, — ne souffriront pas moins que lui.

J'ai eu une fois la bonne fortune de causer avec votre frère: c'était à Rome, en 1867, pour le centenaire, dans une réunion d'évêques qui l'avaient invité à déjeuner au séminaire français. Je faisais partie de la réunion.

Il nous raconta avec beaucoup d'esprit l'emploi de sa journée. « A mon lever, disait-il, je commence par une bottelée de prières; puis je lis les mauvais journaux, pour choisir celui auquel je dois casser les reins. »

L'archevêque de Toulouse était présent avec d'autres évêques français, aifisi que le général Kanzler.

380 HOMMAGES A LOUIS TEUILLOT

Permettez-moi d'admirer moins encore son talent d'écrivain que son énergie pour la cause de Jésus-Christ. Recevez l'expression des sentiments, etc.

Lettre d'un prêtre du diocèse de Bordeaux à M. Eugène Veiiil-

lot :

20 avril.

Monsieur. — J'étais abonné à VUnivers depuis plus de vingt ans, lorsque, il y a quelques mois, à cause d'une gêne très grande, je me suis trouvé dans l'impossibilité de renouveler mon abonnement. Ce sacrifice m'a été bien pénible, mais combien mon regret a été plus amer à l'annonce de la mort de notre illustre patriarche ! Qu'on me permette ce mot, qui peut paraître prétentieux ou risqué, mais rend si bien mes sentiments de vénération et de gratitude. Il me semblait être de ta maison, et je paraissais Tavoir désertée juste au moment où elle allait être en deuil !

J'y reviens au plus tôt. J'ai besoin d'entendre parler de celui que nous pleurons, de savoir ce qu'en disent les amis, les indifférents (il y en a peu), les ennemis (y en a-t-il encore?).

Veuillez agréer, etc.

Lettre de M. l'abbé Antoine Petit-Barat, curé de Saint-Offenge- Dessus (Savoie), à M. Eugène Veuillot :

Monsieur. — Compatriote de l'immortel Joseph de Maistre et admirateur enthousiaste du grand et inimitable écrivain que la mort vient de nous ravir en la personne de votre bien regretté frère, je me permets de déposer sur cette tombe glorieuse une modeste fleur de poésie latine. Je crois être agréable a ce vaillant soldat de Dieu et de l'Église catholique. Je ne pense pas être hyperbolique en plaçant son nom à la suite de Boèce et du grand philosophe de notre Savoie, qui nous a laissé les Soirées de Saint-Pétersbourg,

Voici ma bien modique offrande :

Occidit ille héros Christi, sic notas in orbe! Insignis scriptisj gloria summa manet

Veuillez agréer, etc.

HOMMAGES A LOUIS TEUILLOT 381

Lettre de M. Manuel de Jésus Guisado à M. Eugène Yeuillot :

Séville (Espagne), 20 avriL

Très honoré Monsieur. — La mort de votre frère, ressentie par tous les gens de bien, a ravi à la France chrétienne un de ses meilleurs fils et le plus vaillant de ses champions.

Ses œuvres nous ont frappés d*admiration, et ses actes, de respect. Il faut aux États modernes des hommes comme ▼otre frère, pour les tirer de la corruption où les tient enfoncés l'impie libéralisme.

Il n'est pas facile de rencontrer un autre Louis Yeuillot, qui, avec une telle fermeté de caractère ( fermeté de caractère aujourd'hui si rare), sache soutenir les bonnes doctrines en les défendant avec la foi propre à un bon catholique. C'est pourquoi les libéraux de toutes les nations lui ont fait la guerre, sans que ni les hypocrites ni les furibonds aient jamais pu le vaincre.

Vous pouvez justement vous enorgueillir du renom et de la gloire légitime qu'a conquis celui que Dieu a placé dans sa gloire, et qui s'étendent à son illustre famille, à qui daigne le Très-Haut conserver le trésor de si saines doctrines, en toute leur pureté, pour le bien de l'autel et du trône.

Veuillez, etc. Manuel de Jésus Guisado.

Lettre d'un abonné de V Univers :

Dans la douleur qui vous accable, permettez à un inconnu de vous dire qu'il pleure avec vous le frère que vous venez de perdre, le grand chrétien dont la mort met en deuil tous les catholiques.

En priant pour l'âme de cet incomparable défenseur de TEglise, j'acquitte une dette de cœur : car, après Dieu, c'est à Louis Veuillot et à la lecture de tout ce que son cœur u dicté à sa plume, que je dois de n'avoir pas perdu l'amour et le don de la prière, même aux heures difficiles de la jeunesse.

Que Dieu lui rende au centuple tout le bien qu'il a fait à tant d'âmes inconnues de lui t

Que cette mtiin divine, qui a fait à votre cœur cette blessure, y applique le baume de ses consolations.

Agréez, etc.

Lettre de M. Aristide Gerrais à M. Eugène VeuiUot :

MoatpoUier, 20 avril.

Monsieur. — Il ne m'a pas été donné de voir jamais monsieur votre frère, ni de vous connaître vous-même. Mais, quoique resté Tami obscur, comme tant d'autres, de Tun et de rautrej*ai cru trouver dans ma qualité de vieil abonné de r^^i»'i^ers, et dans Thonneur que Dieu m'a fait de l'aider à revivre après sa suppression, un titre suffisant pour vous envoyer, dès la première heure, l'assurance de la part que je prends à la douleur commune.

J'ai été heureux comme vous et tous les amis de M. Louis Veuillot et de son œuvre, des témoignages d'universels regrets qui ont entouré son cercueil. Us donnent à la mort du vaillant que la France et l'Eglise pleurent, permettez-moi de vous le dire, le caractère d'un événement providentiel, et ils sont comme un service d'outre-tombe que Dieu donne à votre illustre frère de rendre encore à la cause immortelle à laquelle il avait voué sa vie.

Nul mieux que vous. Monsieur, ne saura faire ressortir les heureuses conséquences de ces consolantes manifestations; et l'épilogue du livre que vous voulez écrire à la mémoire de notre illustre et cher défunt n'en sera certainement pas le chapitre ni le moins intéressant ni le moins instructif.

Permettez-moi, Monsieur, en donnant à l'avance la bienvenue à l'œuvre que tous vos amis attendent avec une vive impatience, de vous renouveler l'expression de tout mon respecte! de mon entier dévouement.

Aristide Gervais.

Lettre de S. Em. le cardinal de Bonncchose, archevêque de

Rouen, à M. Eugène Yeuillot :

Roaen, 21 avril.

Monsieur. — Hier, en revenant d'une visite pastorale laborieuse, j'ai trouvé la lettre par laquelle vous et votre famille vous m'annonciez la mort de monsieur votre frère, Louis Yeuillot. Je m'associe sincèrement à vos regrets. Quoique je n'aie pas toujours été d'accord avec lui sur la manière de défendre l'Église*, j'aime à reconnaître le courage, le dévouement et le remarquable talent qu'il a mis pendant tant d'années au service de cette sainte cause, et dont Dieu lui tiendra compte. Je vous prie d'être mon interprète auprès de M**® Elise Yeuillot et des autres membres de votre famille.

Yeuillez agréer, Monsieur, l'assurance de ma haute considération et de mes sentiments affectueux.

*]- H., cardinal de Bonnechose,

archovt^quo do Rouen.

Lettre de M*"" l'évcque de Carcassonne à M. Eugène Yeuillot : Fclines-dc-Termenés, en tournée pastorale, le 21 avril.

L'évèque de Carcassonne s'associe respectueusement h la douleur et aux regrets de M. Eugène Yeuillot et de MM. les rédacteurs de V Univers. Le défenseur vaillant de toutes les saintes causes, le maître vénéré a disparu, pour ciller recevoir des mains du Juste Juge la couronne de justice : que Dieu daigne consoler et bénir les dignes héritiers de son zèle, les courageux continuateurs de son œuvre !

1. Msr do Bonnechose avait été plusieurs fois en dissentiment marqué avec I^ais Yeuillot, notamment sur la question des Jésuites, en 184 G, alors qu'il était supérieur do Saint-Louis dos Français, de Rome ; puis sur la question des classiques, puis aussi au sujet do MS' Dupanloup. Néanmoins il nous donna <l>na la suite et jusqu'à sa mort l'assurance de sa sympathie.

384 HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT

Lettre du T. R. P. Beckx, général de la Compagnie de Jésus, k

M. Eugène Veuillot :

Rome, 31 arril.

Monsieur. — Votre douleur est grandement consolée par les hommages publics rendus à la mémoire de monsieur votre frère. Le concert unanime qui s'élève autour de sa tombe est la preuve irréfutable d'une popularité vraie, que lui ont méritée ses vertus de chrétien et son génie de polémiste. A certains jours, quelques-uns auraient voulu opprimer cette voix importune, qui dénonçait les compromis, dissipait les illusions et réveillait les âmes assoupies ; aujourd'hui, les milliers de voix qui acclament le nom de M. Louis Veuillot justifient pleinement ses principes et sa conduite. Dieu a retiré du combat un défenseur de son Eglise aussi soumis que vaillant, mais d'autres héritiers de sa foi militante suivent les exemples de ce grand chrétien.

Je ne dois pas oublier, Monsieur, que la Compagnie de Jésus, généreusement défendue dans plusieurs circonstances, a une dette toute spéciale de reconnaissance envers M. Louis Veuillot ; j'ai été heureux d'apprendre que l'un de mes fils l'a assisté à ses derniers moments. Un voyage à Rome, où je suis encore, m\i empêché de vous faire parvenir plus tôt l'expression de mes sentiments. Mes prières et celles de mes religieux demandent pour son âme le repos dans le sein de la vérité et de la justice éternelles.

J'ai l'honneur d'être, avec respect, Monsieur, votre humble serviteur en J.-C, Pierre Beckx,

général de la Compagnie de Jésus.

Le p. Grandidier, provincial de la Compagnie de Jésus, écrit à M. Eugène Veuillot pour le prier de « vouloir bien agréer l'expression de sa condoléance, de ses regrets et de sa reconnaissance envers l'illustre chrétien que Dieu vient de rappeler à lui ».

Le R. P. de Lajudie :

J. de Lajudie, S. J., et les pères dispersés du collège Saint- Joseph de Tivoli offrent à la famille Veuillot l'expression de leurs regrets, et s'unissent aux prières faites pour celui qui fut l'intrépide défenseur de l'Église, et en particulier du col-

HOMMAGES A LOUIS TEUILLOT 285

lège de Tivoli, durant les mauvais jours que cet établissement a traversés.

Le P. BouflQer, d'Avignon :

Gabriel Bouffier et les Pères en résidence à Avignon, avec la part bien vive qu'ils prennent au deuil de la famille, à ses regrets, à ses prières... Bonus miles,,. Bonum certamen certU" vit.,. Adeptus est repromissionem.

Lettre de M. l'abbé Henri Debout, vicaire de Montreuil-sur-

Mer (Pas-de-Calais), à M. Auguste Roussel :

21 avril.

Bien cher ami. — J'appartiens à la foule des admirateurs de Louis Yeuillot. La foule doit se taire aussi longtemps que parlent les amis : c'est pourquoi j'ai attendu jusqu'à ce moment pour déposer sur la tombe qui vient de se fermer l'humble tribut de mes hommages. C'est une bien petite fleur que j'apporte sur ce cercueil ; mais quel cercueil a reçu plus de fleurs ? Jamais, non, jamais mort n'a ressemblé plus à un triomphe. C'est qu'il y avait quelque chose de si grand, de si beau, de si passionnant, dans l'âme qui vient de retourner à Dieu !

Ce courage entier, inconnu désormais à notre époque ; cette mâle én€rgie, bien au-dessus de notre siècle, dans la défense de la grande et sainte cause de Jésus-Christ et de son Eglise, on se sent incapable d'imiter tout cela, et voilà pourquoi on admire davantage. On sait bien ce que pourrait encore à cette heure un tel courage, et on pleure plus amèrement.

Quelle leçon que cet homme sortant des rangs du peuple, éclairé tout à coup par la grâce, et avec sa seule plume faisant peur aux grands de la terre, refusant dédaigneusemçnt leurs présents pour servir jusqu'à la mort la cause de Dieu, parce qu'il savait qu'elle était la vraie ! Oui, c'est un grand exemple. Fasse le Ciel qu'il ne soit pas perdu pour nous !

Lettre de M. le chanoine Roussel à M. Auguste Roussel :

Arras, 21 avril.

Cher Monsieur Roussel. — C'eût été témérité à moi de venir apporter à vous et à vos collaborateurs le témoignage de ma douloureuse sympathie à l'occasion de la mort de

280 H03IMAGES A LOUIS YEUILLOT

M. Louis Veuillot. Je me suis borné à prier pour lui, pour vous et pour TËglise, dont Dieu avait daigné le faire un pilier. Aussi quelques jours après sa mort, ai-je été heureux de lire dans les colonnes du journal ce mot qui venait de lui : « Il est plus profitable de viser h gagner le mémento d'un prêtre à la sainte messe. » J'ai été heureux de lire cette parole. C'est ce que je faisais depuis le dimanche précédent, et que j'ai continué depuis. Mon seul regret est que ce soit encore si peu, venant de moi.

Tout à vous en N.-S.

Lettre de M. le chanoine Lataud, d'Aix, ù M. Eugène Veuillot :

Aix, 21 avril.

Monsieur le rédacteur. — Il y a quarante ans que je lis l'Univers, ayant commencé dès mes débuts en paroisse. Rome et Lorette^ quelques autres ouvrages de votre saint, illustre et vénéré frère, m'avaient déjà fait admirer sa belle intelligence. A travers de nombreuses et quelquefois bien dures et lourdes occupations, il me reposait toujours de toute fatigue. Nous entendions parler de lui avec enthousiasme, et ce n'était pas difficile à comprendre ; mais la contradiction haute, éclatante, fit bientôt, à son tour, entendre ses rugissements, et ce ne fut pas plus dillîcile à expliquer. Après quelques années, l'occasion s'étant présentée à moi d'aller à Paris, je voulus voir ce que pouvait être ce vaillant de la plume, objet de tant de clameurs, mais toujours, selon ma pensée, de plus en plus assidue à la sienne, irréprochable aux honnêtes gens, aux vrais chrétiens, aux parfaits amis de la sainte Eglise, et tant redoutable à tant d'autres. J'allai chez lui : absent!

J'allai au journal : absent! et retenu en Bretagne, s'il m'en souvient encore. Mais comment revenir en Provence ainsi déru? Après une quinzaine de jours, avec un vague pressentiment de voir ce loyal et valeureux ami du bien, et de lui dire, tout au moins, un rapide et cordial adieu au moment du départ, j'apprends, à sa porte, qu'il vient d'arriver presque à peine, qu'il est hors de sa demeure, mais qu'il ne sera peut-être pas impossible de le voir un peu plus tard, à telle heure dite.

Je revins : je suis reçu, très aimablement reçu, et admis à deux ou trois quarts d'heure de conversation... intime. Rien n'effacera jamais en moi le souvenir de cette entrevue. Le

journal, les livres, nos pays, le grand litige, fournirent Taliment de la conversation.

Je remerciai des bienfaits reçus. Mais quel abandon en retour ! quelle franchise ! quelle expansion ! quelle humilité ! quelle bonté ! Je dis un mot de respectueuse sympathie sur les grands malheurs de famille presque à peine survenus alors, et je m'aperçus, tard, hélas ! que j'allais faire vibrer toutes les fibres, surtout les plus sensibles. On le dit à présent, et on aime h le répéter : Lire le fécond et puissant écrivain ne donne à connaître que la moitié de sa grande âme ; le voir, Tentendre, converser avec lui, faisait connaître l'élévation, la tendresse et l'excellence de son cœur. Chacun le sait, maintenant, à n'en pouvoir plus aucunement douter ; mais ce qu'on n'a pas dit, ce qu'il faut dire, dire et redire, quoique cela résulte des détails et de l'ensemble connus de sa noble et admirable vie, c'est que monsieur votre frère fut un saint. J'ai prié pour lui ; je prie aussi pour vous et chacun des vôtres, et pour votre œuvre également. Monsieur le rédacteur ; mais notre cher défunt n'a plus besoin de nos suffrages. Â nous de solliciter les siens ! 11 nous assistera certainement d'en haut, comme il Ta fait sur la terre avec tant de dévouement et d'amour véritablement fraternel et chrétien. Puissions-nous, jusqu'au dernier instant, marcher à côté de ce guide fidèle, comme lui et avec lui arriver heureusement au terme irrévocable de notre existence, et nous réjouir, tous ensemble et sans fin, de notre mutuel dévouementet de notre vocation aimée !

Vive Dieu ! Monsieur le rédacteur. Vive le Ciel ! Vive Jésus! Vivent ses Saints! Lataud,

chanoine.

Lettre de M. le curé de Saint-Pierre de Caen à M. Eugène Veuillot :

Caen, 21 avril.

Mo^'siEUR. — Je ne voulais pas mêler ma faible voix à l'immense concert de louanges qui retentit de toutes parts à la gloire de Louis Veuillot. J'avais cependant un motif personnel de le faire. C'était le jour à jamais béni de la proclamation du dogme de l'infaillibilité, et je priais dans Saint-Pierre de Rome. Tout à coup un nom frappe mes oreilles, prononcé avec respect par la foule : Louis Veuillot. L'occasion était trop bonne. Je n'hésite pas. Je l'aborde, et, lui prenant la main, je lui dis : Permettez à un prêtre français de vous remercier de tout le

bien que vous faites à TEglise. Et lui, tout entier à ses pensées habituelles, me répond : L'Eglise, c'est la pierre contre laquelle les portes de l'enfer ne prévaudront jamais. — Ces paroles, je les savais ; je les avais mille fois lues, méditées, goûtées. Mais, tombées d'une telle bouche, dans un tel lieu, au moment d'une telle cérémonie, elles me frappèrent tellement, qu'il me semble les entendre encore aujourd'hui, et qu'elles soutiennent ma foi dans les rudes épreuves présentes.

Malgré cela, Monsieur, je n'eusse rien écrit, lorsque ce matin, parcourant, comme je le fais chaque jour avec bonheur, les Hommages à Louis Veuillot, je vois une lettre de M. de la Loge demandant une souscription pour orner le tombeau du noble champion de l'Église. Alors, je ne retiens plus ma plume pour vous dire combien tous les lecteurs de V Univers y tous, j'en suis sûr, seraient heureux de voir s'ouvrir une souscription, afin de pouvoir donner par là à votre glorieux frère une faible marque de leur admiration et de leur reconnaissance.

Veuillez agréer, etc. V. Lbgrand,

curé de Saint-Pierre.

Lettre d'un cure de campagne à M. Eugène Vcuillot :

Monsieur. — Quoique je sois le plus humble des admirateurs de votre illustre et regretté frère, je ne puis résister au désir que j'éprouve, comme tous les prêtres mes confrères, de m'associer à votre deuil, si amer pour vous et si grand pour l'Église.

Je lis VUnivers depuis que je lis un journal; je le lirai toujours, parce qu'il a toujours l'esprit du maître, qui ne s'inspirait que de l'esprit de l'Église. Mais permettez-moi de vous dire que vingt lignes choisies chaque jour dans ses œuvres, incomparable arsenal, et insérées en tète de chaque numéro, seraient pour tous vos lecteurs une jouissance pour le cœur et pour Tesprit.

Mon nom n'est rien, et je ne signe même pas; mais je suis sûr que le désir que j'exprime serait ratifié par tous les abonnés du journal estimable entre tous que vous dirigez.

Agréez, Monsieur, l'hommage de mon profond respect.

Un cure de campagne du diocèse de Laval,

Lettre de M. le comte de Sabran-Pontcvès à M. Eugène Veuillot:

Chftteaa de Lamanon (Bouches-dur Rhône), 21 avril.

Cher Monsieur Vsuillot. — Laissez«moi vous féliciter maintenant du magnifique triomphe d* outre- tombe que remporte chaque jour votre illustre frère dans les pages de VUni-

Jamais roi ni prince ne vit un tel concours autour de sa mémoire, et ne fut loué en termes si sincères ni plus éclatants.

L'expression universelle de ce deuil est un grand événement, et sa signification principale est à mes yeux l'acquiescement de la conscience publique chrétienne à la pensée doctrinale de votre grand défunt. La tombe de Louis Veuillot est définitivement victorieuse. On aura regimbé contre le vi^fant, et maintenant voici qu'on se lève pour acclamer le mort et confesser sur son cercueil la vérité tout entière.

On est ému en lisant la plupart de ces lettres sacerdotales. Elles pleurent celui dont les incomparables pages entretenaient dans tout presbytère la fierté et la joie du service de Notre- Seigneur, avec le culte ardent de la chaire de Pierre.

Et les laïques, que ne lui doivent-ils pas ? Il les a entraînés, ralliés, amaés; il leur a appris à affronter Tennemi et à le battre avec ses armes ; il a complètement détruit parmi eux le respect humain de la doctrine romaine j cette ivraie gallicane et libérale. Nous lui devons l'enthousiasme de Rome et la dévotion au Pape. On célèbre le roi du journalisme, le prince de la doctrine, le maître de la plume, l'honneur des lettres... que sais-je ?on peut épuiser tous les titres au service de sa louange. . . On doit aussi saluer le prophète... A l'instar de Joseph de Maistre, il a vu de haut et de loin, il a jugé et il a prédit. Dans le pays des conséquences (comme on a appelé la France), on se rit toujours de% prémisses : c'e^X ce qu'on a longtemps fait. Mais voici que les conséquences se déroulent à l'envi, et jamais nous ne fûmes à l'heure d'un plus grand flot. Aussi beaucoup d'entre ceux qui avaient branlé la tète viennent couronner maintenant ce mort illustre avec les anciens fidèles et les vieux fervents.

Vous êtes, cher Monsieur Veuillot, l'héritier du maître; vous serez son continuateur : car vous êtes son jumeau par la foi romaine, la vaillance du cœur et des grandes luttes; vous possédez le haut jugement, l'imperturbable bon sens du grand écrivain, et votre plume est véritablement sœur de la sienne.

29« HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT

Mais il faut qu'un durable monument immortalise désormais la figure disparue de celui qui fut pendant quarante ans rhéroique champion de la Papauté, le premier soldat de rÉglise et le vengeur par excellence des droits de Dieu.

Recevez, etc.

Comte DE Sabran-Pontevés.

Lettre de M. le comte de Gommignies à M. Eugène Yeuillot :

Ch&toau du Pignon-Blanc, près Autim, 31 arril.

Monsieur. — Je ne suis qu'un ami inconnu, et je n'ai jamais eu le bonheur de rencontrer monsieur votre frère ; mais je sens à la profondeur de mes regrets que je ne puis me regarder comme un étranger, et je réclame l'honneur de faire partie de la grande famille de VUniifers,

Permettez-moi donc, Monsieur, d'apporter mon tribut d'admiration et de reconnaissance envers celui qui a su faire pénétrer dans les âmes l'amour de l'Église, l'horreur du libéralisme moderne, et a si bien mérité de la religion. A tous ces titres, M. Louis Yeuillot était pour moi un ami de longue date; et si j'ai remis jusqu'à ce jour pour vous l'exprimer, je n'ai point attendu la dernière heure pour parler à Dieu de ce ser^nteur fidèle, qui a, je l'espère, reçu sa récompense.

Dieu, dans sa miséricorde, nous laisse en vous, Monsieur, •un digne continuateur de l'œuvre de monsieur votre frère. Qu'il en soit mille fois béni !

Veuillez recevoir. Monsieur, etc.

Comte DE Gommignies.

Lettre de M. le comte Ch. de Maistre à M. Eugène Yeuillot :

Éttoux, 31 aTiil.

Monsieur. — J'unis mes regrets et mes hommages à la mémoire de votre illustre frère, avec ceux de tous les bons catholiques et vrais enfants de la France chrétienne et royaliste, qui partagent votre douleur.

Veuillez agréer, etc.

Ch. de Maistre.

HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT 291

Lettre du président du cercle catholique de Québec à M. Eugène Veuillot :

Québec, 21 avril.

Monsieur Eugène Veuillot, rédacteur de /Univers, Paris.

Monsieur. — Dans sa séance du 11 avril courant, le cercle catholique de Québec a adopté, à l'occasion de la mort de votre illustre frère, des résolutions que je vous adresse avec cette lettre. M. Louis Veuillot comptait parmi nous autant d'admirateurs que de lecteurs. Comment n'aurions-nous pas admiré cet athlète chrétien, si redoutable aux ennemis de notre foi ; ce journaliste vaillant, dont la plume était une puissance au service de la vérité ; ce grand et incomparable maître dans l'art d'écrire, dont le style merveilleux prenait tous lestons et se pliait à tous les genres ?

Mais l'admiration n'était pas le seul sentiment que nous inspirait notre cher défunt : nous lui avions aussi voué une profonde reconnaissance.

Au Canada, nous aimons d'un ardent amour l'Eglise et la France, qui nous ont enfantés à la vie religieuse et à la vie nationale : or toute la carrière de M. Louis Veuillot a été consacrée à leur service. L*Ëglise et la France ! voilà les deux grandes passions qui ont rempli et illuminé son existence. Il leur a donné toutes les énergies de son cœur et toutes les richesses de son esprit : il a défendu l'Eglise contre les violateurs de sa liberté et les insulteurs de ses dogmes ; il a défendu la France contre les révolutionnaires de toutes les nuances et les sophistes qui voulaient dénaturer son histoire et détruire ses traditions. Dans cette lutte de quarante ans, jamais son courage n'a fléchi, jamais son dévouement ne s'est lassé. Et les pages immortelles qui sont sorties de sa plume sont allées par tout l'univers éveiller dans les âmes l'amour de la vérité et la haine de l'erreur. Ici, en particulier, l'influence de M. Louis Veuillot a été immense : il a raffermi bien des cœurs, éclairé bien des intelligences, communiqué à bien des frères inconnus son enthousiasme pour le bien et ses vigoureuses indignations contre le mal.

Outre tous ces titres à l'admiration et à la reconnaissance du cercle catholique de Québec, M. Louis Veuillot en possédait encore un autre plus intime : il avait daigné devenir un de nos membres honoraires. C'était donc pour nous un devoir particulier de rendre publiquement hommage au grand

chrétien, au grand Français et au grand écrivain que la mort vient de frapper.

Veuillez agréer, etc. C. Vincblbtte,

choYslier de l'ordre de Saint^yWeBtre, présideat.

Extrait des délibérations du cercle catholique de Québec.

Séemee du 11 avnl 1883.

Il est proposé par MM. Ernest Gagnon, Louis Rivard et Napoléon Laçasse, et résolu unaninement :

Que les membres du cercle catholique de Québec, ayant appris par les dépêches transatlantiques la mort du grand écrivain qui, pendant près d'un demi-siècle, a voué son immense talent au service de l'Eglise et de toutes les nobles causes, saisissent la première occasion qui leur est offerte pour exprimer leurs regrets; et, comme témoignage de Testime profonde qu'ils ont toujours eue pour la personne de M. Louis Veuillot, et de leur admiration pour son génie, M. le président soit prié d'écrire à la famille de l'illustre défunt, pour lui offrir les condoléances du cercle catholique de Québec et l'expression de sa vive et profonde sympathie.

Sur la proposition de MM. P.-F. Réaume, F.-M. Lachaine, P. Brunet et Z. Surgeon, il est aussi résolu unanimement :

Que, comme marque d'estime pour l'illustre et regretté défunt, que le cercle avait l'honneur de compter au nombre de ses membres honoraires, tous les membres de ce cercle se fassent un devoir d'assister au service solennel qui sera chanté en cette paroisse, le 19 du courant, à huit heures du matin, suivant la résolution prise à cet effet par le comité de direction.

Nous certifions que la présente copie est tout à fait conforme à l'original demeuré en nos archives.

C'esl pourquoi nous l'avons signée et l'avons munie du sceau du cercle, ce vingt-cinquième jour d'avril, l'an mil huit cent quatre-vingt-trois.

Signé: C. ViNCBLETTB, président.

Signé: J.-B. BoULBT, M. D. L., secrétaire.

Lettre de dom Vuillemîn, chanoine de Latran, à M. Eugène

Yemllot :

Mattaineoarti par Mirecourt (Vosges), lo 22 avril.

Monsieur. — Nous, les petits, nous avons laissé passer nos aines, pour exprimer les profonds regrets de tous les catholiques à roccasion de la perte qu'ils viennent de faire comme vous en la personne de votre illustre frère.

Nous faisons écho à leurs paroles, et nous écoutons avec une émotion renouvelée tous les jours depuis sa mort, et qui n'est point à son terme, cette incomparable oraison funèbre prononcée sur lui des quatre coins du monde, et dont les accents retentissent sur ce champ de bataille où le héros a lutté pendant quarante ans. Enfin, nous avons adressé et nous adressons encore nos prières à Dieu pour le repos de son âme. Notre douleur est en effet la même : car elle s'alimente aux mêmes sources, qui s'appellent l'admiration, la reconnaissance et la foi catholique romaine. Cependant les petits ont quelquefois aux lèvres une bonne parole, et on leur permet de parler, sans toujours les approuver.

J'oserai donc émettre un avis, dont d'ailleurs les aînés restent les juges, et les juges compétents.

Pourquoi Louis Veuillot n'aurait-il pas sa statue ? pourquoi les catholiques ne s'empresseraient-its pas de souscrire pour la lui élever ? Mais où la placer ? Eh bien ! je la voudrais sur un des champs de bataille illustrés par sa vaillance : je la voudrais à Lourdes, à l'air libre, au milieu de cette belle nature qu'il a tant aimée et si bien chantée, dans cette atmosphère purement catholique, devant la Vierge Immaculée qu'il a défendue, et à côté de Pie IX l'Infaillible, dont il a été l'intrépide soldat. Lourdes, c'est l'Immaculée Conception ; et l'Immaculée Conception, c'est le beau dogme défini par Pie IX, en vertu de son privilège de l'infaillibilité; et l'infaillibilité, c'est le résumé des luttes du grand athlète. Il n'y aura personne

294 HOMMAOES A LOUIS VEUILLOT

cette fois pour lui dire : On ne passe pas. Il passera..., si nous voulons.

Agréez, Monsieur, etc. Dom J.-B. Vuillemin,

chanoine régulier de Latrao.

Nous lisons dans une lettre adressée par un R. P. jésuite, en réponse à l'annonce de la mort de M. Louis Veuillot :

Merci des détails édifiants que vous me donnez sur les scènes de deuil et de piété dont la mort [de M. Louis Veuillot a été l'occasion.

Ici, nous avons tous prié pour le repos de son âme. Au réfectoire, où Ton ne lit pourtant que des choses pieuses, on nous a fait lire les articles de V Univers où la mort et les funérailles du grand serviteur de Dieu sont racontées d'une façon si émouvante. Pour mon propre compte, j'ai prié avec ferveur. M. Veuillot a été pour moi plus qu'un écrivain incomparable: je puis dire qu'il a été un ami. J'étais bien jeune quand je me pris d'admiration et d'affection pour lui. J'avais reçu eu prix Rome et Lorette. Malgré mon jeune âge, ce livre m'émut profondément ; j'en appris par cœur nombre de pages. Ce fut pour moi comme une révélation du monde surnaturel. Plus tard, étant seulement élève de seconde, je lus et relus les Mélanges; et depuis, quand je voulais me rafraîchir l'esprit et le cœur, je portais instinctivement la main sur un de ces livres où il a mis tout son amour pour l'Église, avec toute la beauté de son âme si vaillante et si tendre.

Lettre de M. Tabbé Albouy, directeur de la revue la Terre sainte,

à M. Eugène Veuillot :

Paris, as avril.

Monsieur. — En vous transmettant l'expression de la part qu'un ami, M. l'abbé Rouault, prend à votre douleur, je vous prie d'agréer aussi mon hommage à la mémoire de M. Louis Veuillot, votre frère. Je conserverai toujours les précieux encouragements qu'il me donna, soit à Nice en 1873, soit à Paris en 1877. A cette dernière date, introduit dans son cabinet, je le trouvai feuilletant les premiers recueils de la Terre sainte. Il m'avait prié de lui fournir des éclaircissements sur un sujet spécial : il en prit occasion de m'en donner d'autres plus importants sur la manière de continuer cette collection, qu'il qua-

lifia avec sa bonté si bien connue de ceux qui l'approchaient. Il éprouvait des regrets de n'avoir pas parlé plus souvent de ces lieux saints, un peu moins oubliés aujourd'hui. Ses prévisions se sont réalisées, et ses bons conseils m'ont souvent soutenu dans le travail pénible d'une fondation. Étranger jusque-là aux difficultés du publiciste et aux mesquineries que cette vocation provoque, si modeste et si réduite qu'elle soit, j'ai trouvé dans les encouragements de ce mattre les secours dont j'ai eu besoin quelquefois. Tant il est vrai que son influence s'est étendue à plus de choses qu'on ne pourra le dire, et qu'une grande partie du bien que nous pouvons faire lui doit être attribué.

Puisque vous travaillez à redire sa vie, vous accepterez cette réflexion générale comme un complément naturel qui sera facilement accueilli par vos lecteurs. J'ai trouvé l'occasion de vous l'écrire, grâce à la petite lettre que j'étais chargé de vous transmettre ; mais combien d'autres plus réservés garderont pour eux seuls le secret des confidences et des conseils qu'ils auront trouvés près de cet homme qu'on regrettera plus encore qu'on ne l'aura admiré !

Veuillez, etc. Augustin Albouy.

Lettre de M. Picard à M. Eugène Veuillot :

Reims, 22 avril.

Chbr Monsieur. — Permettez-moi de vous exprimer la vive douleur que j'ai ressentie en apprenant la mort de votre regretté et illustre frère. Je voulais le remercier du grand bien que m'a produit la lecture de quelques-uns de ses ouvrages, et en particulier de Rome et Lorette.

J'ai senti en lisant ce livre, où respire le plus sincère et le plus touchant abandon, le désir de mieux servir Dieu ; il m'a aflTermi dans la foi : que votre frère en soit béni.

Dans l'isolement et le découragement où je me trouvais, je recourais à lui comme à un ami, car c'est un ami qui parle dans ce livre.

Quel tendre intérêt il porte à l'âme du prochain, au salut de ses frères ! sans jamais perdre de vue : Qui gloriatur, in Do'mino glorietur.

Soyez-en donc remercié. Monsieur, pour votre excellent frère, n'ayant pu moi-même lui dire toute ma reconnaissance. Son souvenir, depuis que j'ai appris sa mort si belle, ne me

3»r. HOMMAGES A LOUIS VEUILLOT

quitte point ; je ne puis l'oublier dans mes prières, quoique persuadé qu'il a trouvé sa récompense au ciel, et elle doit être glorieuse : car il a mis son grand talent au service de la plus sainte des causes, et la défense de TÉglise sera toujours pour lui son plus beau titre.

Confondu dans la foule des inconnus, je n'ai pu résister au désir de vous exprimer ma gratitude.

Veuillez agréer, etc. A. Picard.

Lettre de M. Antonio Gatell à M. Eugène Veuillot :

Barcelone (Espagne), 22 avril.

Monsieur. — Bien que d'une humble condition sous tous rapports, j'ai un cœur qui a beaucoup aimé votre illustre frère Louis Veuillot, pour ses vertus et pour les brillants combats qu'il a soutenus contre tous les ennemis de notre sainte religion, depuis les plus ouvertement impies jusqu'aux plus dissimulés.

Le monde catholique pleure avec nous une perte si sensible ; mais ce doit vous être une consolation de penser qu'il a déjà reçu le prix de ses travaux, et qu'au ciel il priera pour le triomphe de l'Église de Jésus-Christ, qu'il a tant aimée.

Je ne puis faire faire un service en mémoire de monsieur votre frère; mais, pour votre satisfaction, j'aurai à cœur d'offrir une communion, et mes pauvres prières demanderont à Dieu de lui donner la gloire que lui ont méritée ses grandes vertus.

Veuillez agréer, etc. Antonio Gatell.

Lettre de M. Firmin Plé à M. Eugène Veuillot :

Paris, lo 22 arril.

Monsieur. — Quel magnifique concert d'admiration et quel précieux tribut d'hommages sur la tombe du grand athlète de la vérité ! et comme dans votre deuil vous devez ressentir une consolante fierté !

Qui eût dit qu'au jour de ses funérailles, après un silence de plusieurs années, Louis Veuillot aurait réuni une cohorte aussi serrée d'amis et de disciples ? qui eût dit que le contempteur de toutes les idées en cours dans ce temps de positivisme glacial aurait recueilli une aussi abondante moisson de sympathies? Il avait méprisé la terre, et il s'est fait que la terre lui

a rendu justice. Dieu lui ménageait cette récompense terrestre,

en même temps qu'il le recevait dans la béatitude de sa gloire.

.La mort de votre bien-aimé frère a été le triomphe de sa vie.

C'était bien le bon combat qu'il combattait. Sans se laisser décourager par les épreuves qui ne lui ont pas été épargnées, il a lutté un demi-siècle, et ses çnnemis rendent hommage à la fermeté inébranlable de sa foi. Pourquoi n'a-t-il jamais ni cédé ni fléchi ? C'est que cette foi était dans son cœur plus encore que dans son intelligence ; c'est qu'il aimait mieux encore qu'il ne voyait la vérité. Et cet amour lui inspirait, à l'égard de l'erreur mitigée comme de l'erreur absolue, cette haine salutaire et féconde qui ne transige pas.

Il ne portait qu'un drapeau, celui sur lequel sont inscrits les droits de Dieu; il l'a défendu pied à pied, et parfois seul contre tout et tous. Qui oserait prétendre aujourd'hui qu'il se laissait emporter outre mesure par son zèle et son ardeur ? Quel bien ont fait, ou plutôt quel mal ont évité les opportunistes religieux ? Ne touchons-nous point le fond de l'abîme, ainsi qu'il l'a prophétisé ? Ne devient-il pas chaque jour plus évident qu'il n'y a de salut que dans Rome ?

Entouré de la légion vaillante de r27/i<Wr5, vous continuerez l'œuvre de votre illustre frère. Monsieur, et je ne doute pas que Dieu ne vous accorde la victoire définitive, qui sera tout à la fois le triomphe de la vérité et le relèvement de notre malheureuse France.

Veuillez agréer, etc. Firmin Plé.*

Lettre de M. Méliandc à M. Eugène Yeuillot :

Pontacq (Bassos-Pyrénéos), 22 avril.

Monsieur. — En ma qualité d'un des plus anciens abonnés, permettez-moi de venir vous témoigner, les larmes aux yeux, mes vrais et sympathiques regrets de la mort de votre illustre frère, qui a fait la gloire du catholicisme en France, et s'est montré le plus ferme soutien de la sainte Église catholique, apostolique et romaine. Il jouit au ciel de la récompense que Dieu promet à tout serviteur fidèle et dévoué.

Veuillez agréer, etc. Méliande.

Lettre de M. Albert d'Olivier à M. Eugène Veoillot :

Pau, aa avril.

Monsieur. — Je n'oublie pais les encouragements et Tappui que trouvaient, chez M. Louis Veuillot, les hommes d'action et de dévouement qui prirent part à la lutte contre le monopole universitaire, lutte qui se termina par la loi en faveur de la liberté d'enseignement.

Mon père faisait partie de cette courageuse phalange, et s'inspirait constamment des idées chrétiennes et de liberté qui sortaient journellement de la plume des écrivains de V Univers.

Plus tard, rendu à la vie privée, il fondait, à Paris, l'œuvre du repos du dimanche, et V Univers lui prêtait encore son concours le plus puissant et le plus efQcace.

A ces divers titres, je viens aussi exprimer les regrets que me fait éprouver la mort de M. Louis VeuiUot, dont la gloire impérissable sera d'avoir été l'athlète inébranlable de la Papauté et de l'Église. Ces regrets. Monsieur, viennent d'un admirateur de ses combats, d'un des vôtres, qui ne cesse de prendre pour guide la ligne tracée depuis longtemps par votre illustre frère.

Recevez, Monsieur, etc. Albert d'Olivier.

**^ de M»»" Terris, évéque de Fréjus, à M. Eugène Veuille t : p Fréjus, le 23 ayril.

etj'j^s *^ Monsieur. — Je rentre d'une tournée de confirmation, Yotrft ^^te de vous dire la part bien grande que je prends à estfl^^^^uil, à vos espérances et à vos prières. Louis Veuillot ^^^ "^^ • Comment perdre de vue le grand et fier lutteur ? ^^^mment oublier, d'autre part , Thumbie et docile ^^î^'^^t ? Cette double p^ensée m'accompagne devant Dieu, où \6 SUIS avec vous, cher Monsieur, et avec tous les vôtres, dans ma profonde condoléance et dans mon respectueux dévouement, •{- Ferdinand,

évéquo do Fréjus et Toulon.

Ait' Lebreton, évêque du Puy, à M. Eugène Veuillot :

L'évêque du Puy a vivement regretté de ne pouvoir adresser à la famille Veuillot et à la rédaction de V Univers l'expression de ses sincères et profondes condoléances à l'occasion de la perte immense qu'ils viennent de faire, et, avec eux , la défense de l'Église.

Le pauvre vieil évéque, en tournée pastorale, n'en prie pas moins pour la belle âme du courageux athlète. *}* P.,

évôquo du Puy.

Lettre de M. le curé de Pin-r£magny (Haute-Saône) à M. Eugène Veuillot :

Pin-rÉmagny, 23 avril.

Monsieur. — Permettez à un persécuté, à un prêtre privé de son traitement pour avoir fait son devoir, de prendre part au deuil national causé par la mort de M. Louis Veuillot, et au concours général des sympathies qui surgissent à l'occasion de la perte immense du rédacteur en chef de V Univers,

C'est à la lecture assidue pendant vingt-cinq ans de cet excellent journal que j'ai puisé en ces temps difficiles la force de lutter contre les erreurs modernes qui nous envahissent. J'ai offert ce matin le saint sacrifice pour Tâme de cet homme si regretté, que nous pleurons avec vous. Nous voyons avec plaisir dans le journal le nom de son cher neveu, Pierre Veuillot.

Dieu en soit héni et vous aide !

Daignez agréer, etc. Poisse,

prêtre, curé.

M. Tabbé Trilhe, professeur au petit séminaire d'Ëauze (Gers), écrit à la famille Veuillot pour lui offrir «c ses humbles condoléances, à l'occasion de la mort de celui qu'on pourrait appeler le bouclier de l'Église au dix-neuvième siècle. 11 promet aussi le concours de ses faibles prières pour l'âme du regretté défunt ».

M. l'abbé Noyer, curé doyen de Nérondes (Cher), et ses confrères du doyenné , écrivent à M"® Veuillot pour lui offrir leurs hommages respectueux , et déclarent qu'ils « unissent leurs prières à celles du clergé de France pour le repos de Tâme du vaillant défenseur de l'Église d.

Lettre de M. Tabbé Gombert, vicaire de Saint-Pair (Mauche), à Mlle Veuillot :

Mademoiselle. — Veuillez agréer, s'il vous plaît, mes sentiments de respect et de profonds regrets. Je ne saurais oublier celui dont la plume à la fois si docte et si pieuse m'apprit dès la jeunesse à aimer la sainte Église romaine et sa pure doctrine.

Je m'empresserai de célébrer le saint sacrifice de la messe pour l'âme bénie de monsieur votre frère.

Lettre de M. Ch. Destombes, cure doyen de Lannoy, diocèse de Cambrai, à M^lc Veuillot :

Lecteur de V Univers depuis 1847, j'ai toujours admiré le grand écrivain, mais surtout l'intrépide et indomptable défenseur de l'Église, de la vérité , l'ami le plus dévoué de toutes

les saintes causes.... A lui nos larmes et nos prières. Louis Veuillot aura une belle page dans Thistoire de la sainte Église de Dieu.

Lettre du R. P. Dominique, provincial des Capucins, à

M"« Veuillot :

GareasBonne, lo 23 avril.

XOTRE-SEICMEUR NOUS DOTïIfE SA PAIX.

Mademoiselle. — J'arrive à peine d'un voyage de plus de quatre mois , entrepris à Tétranger pour servir les intérêts de ma province , et j'apprends, hélas ! le coup terrible qui vient de vous frapper, atteignant en même temps tous les amis de la sainte Église.

Au nom de tous mes religieux demeurés en France ou exilés , je viens , Mademoiselle , vous offrir toute notre condoléance la plus sincère , et vous prier aussi d'offrir nos sentiments de sympathique douleur à M. Eugène et à toute votre respectable famille. Tous nos suffrages sont acquis à l'illustre défunt , que vous pleurerez longtemps , et que nous regarderons toujours comme notre insigne bienfaiteur. Nous placerons désormais son nom dans nos prières , avec ceux qui nous sont les plus chers.

J'ai bien l'honneur, etc.

On lit dans la Gazette du Midi :

Le service funèbre pour l'âme de Louis Veuillot, que nous avions annoncé, a été célébré ce matin, à sept heures et demie, dans l'église de Saint- Vincent de Paul. Une foule nombreuse^ assistait, empressée et recueillie. La messe a été dite par le vénérable curé de la paroisse, M. le chanoine Vidal. Dans le chœur on voyait un nombreux clergé, ainsi que des délégations de toutes les congrégations religieuses.

Cette touchante cérémonie a été un juste témoignage de pieuse admiration pour l'éminent écrivain chrétien, dont la vie a été si noblement consacrée à la défense des libertés de l'Église.

Lettre de M. Audibert à M. Eugène Veuillot :

Marseille, 2 S arril.

Monsieur. — Je suis un modeste, un très humble lecteur des écrits de M. Louis Veuillot ; néanmoins je ne suis pas le moins ardent de ses admirateurs, mais surtout je ne veux pas être le moins reconnaissant de tous ceux à qui il a fait du bien.

£t si je fais partie de cette foule très nombreuse d'âmes baptisées, d*hommes du monde, à qui Louis Veuillot a le mieux en ce temps fait apprécier la grande qualité de chrétien et de catholique, ne dois-je pas à sa mémoire de lui payer le tribut de la reconnaissance et de la prière ?

Quelque faible que soit ma voix, quelque minime que soit mon suffrage, c'est ce devoir que je crois remplir en ce jour, en écrivant, non pas pour la publicité, mais pour acquit de conscience, à la rédaction du vaillant journal qui doit continuer son œuvre.

Avec Louis Veuillot, TEglise disposait pour sa cause d*un instrument incomparable.

Je suis un de ceux que cet instrument a touchés, de ceux qu'il a façonnés, qu'il a pénétrés et qu'il a purifiés de tout élément étranger par son action efficace : que Dieu le loue et le récompense !

Je fais encore des vœux et des prières, avec tous ceux qui, ce matin, ont prié en assistant au service funèbre organisé par les soins du comité catholique de Marseille, pour que les frères d'armes, les héritiers de son nom, les anciens témoins de ses exemples et de sa valeur, continuent son œuvre avec le même courage, avec le même mérite et le même succès.

Veuillez recevoir, Monsieur le rédacteur en chef, l'expression de ces sentiments et les hommages reconnaissants que doit à la mémoire de votre illustre frère

Votre, etc., L. Audibert.

Lettre de M. le docteur Guillevîn à M. Eugène Veuillot :

Honnebont (Morbihan), 23 avril.

Mon cher Monsieur. — Il est des tombes qui parlent éloquemment : celle de Louis Veuillot, votre frère, est moins une tombe qu'une bouche d'or d'où la vérité se plaît à retentir par le monde, cette vérité que les saints adorent, pour laquelle meurent les martyrs. La voix des saints et des martyrs ne connaît pas de tombeau. C'est l'organe de prédilection du

Verbe divin : plus forte que la voix des philosophes, des orateurs et des diplomates; plus forte que la voix de TOcéan, elle porte à tous les rivages le nom de ce Dieu non façonné, qui a droit de régner sur le monde, son ouvrage, et qui est jaloux, quoi qu'on en dise, d'exercer sur lui sa royauté.

Oui, le Dieu de votre frère était bien le vrai Dieu I II est amour, mais il est vérité, et ne veut pas être défiguré. Le monde entier le reconnaîtrait, et les hommes à ses pieds apprendraient à s'aimer, si les méchants et trop souvent les gens réputés habiles ne s'efforçaient de voiler ou de colorer la vérité, arrêtant ainsi son action sur les yeux affaiblis qui ont besoin d'elle pour s'ouvrir et s'illuminer des splendeurs de Jésus-Christ.

L'union dans l'erreur n*a jamais été une chose désirable, car l'erreur est une semence de crimes et de décomposition : combien cependant, pour cette union, font des concessions sur ce qui ne leur appartient pas! Ils mutilent ou laissent mutiler la vérité. Après avoir trahi le Juste, ils peuvent aller jeter dans le temple leurs trente deniers et les avantages passagers de leur trahison : le temple les rejettera ; Dieu ne saurait rien édifier là-dessus.

La vie de Veuillot a proclamé que la vérité veut être servie à genoux, défendue le front haut, et adorée, suivant son droit, par les nations comme par les individus. Cette vie sera une pierre du trône social de Jésus-Christ.

Honneur donc au vaillant champion ! La mort ne l'a touché que pour le rendre immortel : la gloire du Christ enveloppe déjà son héraut» Puisse, cher Monsieur, le deuil de toute la famille catholique adoucir un peu votre deuil! Croyez, etc.

F. GUILLEVIN, docteur médocin.

Lettre de M. le docteur Imbert-Goubeyre à M. Eugène Veuillot :

Clermont-Ferrand, 23 avril.

Mon cher ami. — Mademoiselle votre sœur a dû vous dire toute la part que je prends au malheur qui vient de vous frapper. La mort de Louis Veuillot est aujourd'hui un triomphe, une consolation et une espérance. J'ai été l'ami de la dernière heure : c'est mon meilleur souvenir. Je viens de relire les lettres que j'ai reçues de lui ; je vous les confierai un jour.

Plus que jamais je suis tout vôtre.

D*" A. Imbert-Goubeyrb.

Lettre de M. Tailliez à M. Eugène Vcuillot :

LiUo, 33 avril.

Bien cher Monsieur. — J'ai passé Ja journée d*hier dans un petit village voisin d'Annentières, Bois-Grenier (1,300 habitants). A la grand'messe, quelle n'a pas été ma surprise et ma consolation d'entendre le digne curé, au cours des recommandations faites au prône, nommer « M. Louis Veuillot, décédé à Paris ». Je m'empresse de vous signaler ce fait touchant comme une nouvelle preuve de l'universelle et ardente sympathie que l'illustre défunt rencontrait dans le clergé des campagnes, et qui lui assure après sa mort de précieux suffrages jusque dans les plus obscures localités.

Paul Tailliez.

Lettre de M. Trudclle, au nom des zouaves canadiens :

Monsieur le Rédacteur du Canadien.

Québec, 33 avril.

Monsieur. — Je vois dans votre compte rendu sur le service chanté à la mémoire de M. Louis Veuillot que l'on remarquait à droite «c le drapeau des zouaves » .

Veuillez me permettre de vous informer qu'à mon grand regret, comme à celui de tous mes camarades, malheureusement cet insigne honneur n'a pas été donné aux zouaves, pour la bonne raison que rien de la décoration ne nous a été communiqué.

Nous tous, zouaves f eussions été trop heureux de figurer en cette honorable circonstance pour ce digne défenseur de nos principes, qui s'était montré si dévoué aux zouaves pontificaux canadiens, qu'il a honorés d'une réception lors de leur passage à Paris, et qui depuis n'a cessé d'être le sincère interprète de leur dévouement.

Je demeure, Monsieur le rédacteur, votre très humble,

Ch. Trudelle,

vice-président de l'Unloo AUct.

Me 1 eTcque de Nimes à M. Eugène Yeuillot :

L'évêque de Nîmes prie M. Eugène Veuillot d'agréer ses sentiments de vive et respectueuse condoléance pour la perte qu'il vient de faire dans la personne de son illustre frère.

Multis ille bonis flebilis occidit, NuUi flebilior quant tibi

L'Eglise, la France, les belles-lettres, le pleurent également.

L'évêque de Nîmes, qui a joui quelquefois à Rome de sa conversation dans l'intimité de M^*^ Bastide, leur ami commun, réunira dans son mémento ces deux noms immortalisés par l'amour de l'Église et la défense du Saint-Siège.

M*' Fidèle Abbati , évêque de Gerra , envoie de Constantinople le témoignage de sa douloureuse sympathie.

Lettre de M. Tabbé Larose, chanoine honoraire de Bayonne et de Limoges, curé doyen d'Accous, à M. Eugène Veuillot :

Aceous, diocèse do Bayonne, le 34 avril.

Monsieur Eugène Veuillot. — Il y a cinquante ans que je suis abonné à l'édition quotidienne de votre journal l'Univers, J'ai donc été en position d'admirer, d'aimer et de bénir les doctrines éminemment chrétiennes et religieuses dont votre journal est l'école la plus éloquente.

En apprenant, hélas! la triste nouvelle de la mort de votre frère, l'éminent Louis Veuillot, j'ai fait plus que pleurer : j'ai prié Dieu, et je prie pour cet invincible combattant et toujours triomphant dans les combats du Seigneur.

C'était en 1867 : j'étais à Rome pour les splendides fêtes du centenaire de saint Pierre et pour la canonisation des mar-

ao

tyrs ; il me fut impossible de résister au vif désir de voir de près ce chrétien par excellence, cet écrivain sans pareil. Je le cherchai donc, et j'eus la bonne fortune de le trouver dans la via Frattina, près de la piazza d'Ëspana. J'étais avec un autre doyen de notre diocèse. Pendant un bon quart d'heure il nous a charmés et enthousiasmés, tant ses paroles étaient empreintes du langage du ciel. En nous séparant, il a daigné me dire :

a Puisque vous êtes curé doyen d'un canton limitrophe de l'Espagne aragonaise, je ne désespère pas de vous revoir, car j'ai envie d'aller visiter cette partie de l'Espagne. »

Vite je l'interrompis en lui disant :

<( Oh! que je serais heureux de pouvoir vous donner l'hospitalité dans mon modeste presbytère ! mais je ne pourrai guère vous donner que du fromage et des pommes de terre, presque seul confortable propre à notre pays de la montagne.

— Je l'accepte, me dit-il en me serrant la main ; et il ajouta en souriant : Ce genre de nourriture me va. »

Oh ! que cette étreinte de la main descendît vite dans mon cœur! elle y est encore, et je doute qu'elle en sorte jamais.

Daignez agréer, etc.

Lettre de M. l'abbé Vassivière, curé de Suaux, diocèse d'Angou* Icmc, à M. Eugène Veuillot :

Saaux, par Chassoneuil (Charente], 24 avril.

Monsieur. — Je viens, après tout le monde, vous dire toute la peine que j'ai éprouvée en apprenant la mort de M. Louis Veuillot ; je voudrais en cela alléger la vôtre. Mais que puis-je dire après toutes les voix si autorisées qui se sont fait entendre ?

La mort, qui d'ordinaire est si triste à cause de ses suites terribles, n'a ici de tristesse que pour ceux qui survivent: car celui qui n'est plus est allé paraître devant Dieu, les mains pleines de ses œuvres et le front couronné des nobles cicatrices reçues dans les combats qu'il a soutenus pour sa gloire et la défense de sa sainte Église. Le royaume des cieux souffre violence, nous dit le divin Maître, et il n'y a que les violents qui l'emportent. Votre grand et illustre frère a été un de ceux-ci. Dieu et le Pape, Jésus-Christ et son Église, telle est l'arène où a combattu le vaillant jouteur que nous pleurons. Nous le pleurerons, oui, et je dois dire, au risque d'être

taxé d'ëgoisme, que ce n'est point à cause de lui, puisqu'il est allé recevoir, j'en ai la douce confiance, la couronne réservée à celui qui a légitimement combattu; mais à cause de nous, qu'il laisse dans cette vallée de larmes, juste au moment où nous aurions le plus besoin de lui.

Les uns l'ont blâmé, les plus dévoués au Pape et à l'Église l'ont approuvé, et aujourd'hui, sur sa tombe, on lui rend témoignage.

Il n'a pas voulu qu'on prononçât de discours ni d'oraison iiiaèbre à l'occasion de ses funérailles; mais les nombreuses lettres que vous recevez ne sont-elles pas la plus belle oraison funèbre qui ait jamais été prononcée ?

Veuillez agréer, etc.

Lettre de M. l'abbé Jules Hermet, curé d'Autruy, diocèse d'Orléans, à M"« Yeuillot :

Mademoiselle. — Après les grands, les petits : le clergé des campagnes ne peut oublier que votre illustre frère voulut bien le compter parmi ses heureux clients.

Yeuillot l'a dit dans un de ses nombreux chefs-d'œuvre : Ce que c'est qu'un cur(f, ce splendide idéal du prêtre, tracé par le génie et la vertu, dont le clergé est loin sans doute, mais qui lui a acquis de profondes sympathies.

Aussi n'a-t-il pas été surpris du concert de louanges accompagnant dans son repos celui qu'on avait si violemment combattu sur la brèche du journalisme. £n France, le talent, le caractère et le cœur seront toujours tôt ou tard proclamés par ceux que n'inspirent pas l'esprit de coterie et les habiletés inavouables...

Daignez agréer, Mademoiselle, avec mes vives condoléances, l'hommage de mon entière admiration pour votre honorable famille, et surtout pour sa belle œuvre, utile à toutes les grandes causes dans le passé, et aussi, il faut l'espérer, dans l'avenir : Noblesse oblige.

Lettre de M. l'abbé Chapot, curé de Pouzilhac, diocèse de

Nîmes :

Pouzilhae, 34 avril.

Monsieur le gérant. — Je saisis l'occasion qui m'est offerte de témoigner à toute la vaillante rédaction de VUnwers

la part bien vive que je prends à son deuil. Je suis depuis longtemps un admirateur ardent de Louis Veuillot. Ce qui n'a cessé de me ravir surtout en lui, ce n*est pas tant le mérite tout à fait supérieur du style, Téclat, la force, la justesse. Télévation des pensées, que le sens délicat et profond de la vérité. Nul, en ce siècle, à Texçeption peut-être de Joseph de Maistre, dont Louis Veuillot a été, du reste, le frère et le continuateur, n'a possédé ce sens supérieur à un aussi haut degré. La postérité établira un parallèle entre ces deux hommes éminents, qui ont laissé parmi nous une trace si lumineuse. L'Église les confond déjà dans son admiration et sa reconnaissance. Tous deux ont attaqué avec une impitoyable énergie les erreurs de notre époque, tous deux ont frappé juste et frappé fort. Dieu, en leur personne, a donné un démenti éclatant à ceux qui prétendent que les laïques, parce qu'ils doivent être soumis au jugement doctrinal de TÉglise, ne doivent point prendre part au rude et continuel combat qui se livre ici-bas entre la vérité et l'erreur.

Que la vaillante rédaction de VUnwers, appelée à recueillir l'héritage de ces deux hommes illustres, le conserve avec uu soin jaloux ! Au milieu de la défaillance générale des caractères, et tandis que la grande apostasie se consomme sous nos yeux, sous l'influence des innombrables séductions contemporaines, mais plus particulièrement de cette grande séduction libérale inaugurée par la réforme et signalée par Bossuet comme le prélude de la grande persécution de la fin des temps, il est plus que jamais nécessaire qu'il y ait parmi nous des chrétiens intrépides qui joignent, à l'intelligence nette des questions qui agitent notre malheureuse société, ce courage indomptable dont Joseph de Maistre et Louis Veuillot ont donné à notre siècle un si noble exemple.

Je suis, dans les sentiments, etc. L'abbé Léon Chapot.

Lettre des prêtres du clergé de Monteux (Yaucluse) à M. Eugène Veuillot :

Monteux (Vaaelusc), 24 avril.

Monsieur. — Lecteurs assidus de V Univers depuis 1844, nous sommes heureux de vous dire que notre satisfaction ne fait que grandir de jour en jour. U Univers reste à nos yeux le premier des journaux, comme son regretté fondateur et rédacteur en chef a été le premier des journalistes. Nous don*

Dons à la mémoire du grand écrivain notre juste tribut de regrets et d*admiration, espérant que Dieu aura couronné ses travaux et ses combats, et émettant le vœu que sa vaillante plame puisse être vue à Rome à côté des épces de Pimodan et de Lamoricière, ses dignes amis.

Veuillez agréer, etc. (Suivent les signatures.)

Lettre de Mk** Vautrcy, prélat de la maison du Pape, curé doyen de Délémont, au diocèse de Bâle, à M. Eugène Yeuillot :

Délémont (canton do Borne], 34 avril.

Je vous ai adressé le dernier numéro de la Semaine cat/iO" lique de la Suisse, dont j'ai la direction, pour vous faire connaître la part que nous prenons, dans le Jura bernois, à Timmense perte que vous venez de faire. Les catholiques de la Suisse s'unissent aux catholiques du monde entier pour pleurer la mort du grand défenseur de TËglise et de tous les droits attaqués. Nous n'oublions pas les services rendus ; et nous savons avec quelle ardeur, dans des temps très difficiles, Louis Yeuillot a pris notre défense en face du radicalisme persécuteur et triomphant. Nous n'oublions pas avec quel empressement votre illustre frère a mis à notre service l'immense publicité de V Univers, pour procurer des secours aux prêtres persécutés du Jura bernois. Sa puissante voix trouva partout un écho, qui nous amena les sympathies et les encouragements du monde entier. Ce fut une grande force pour nous.

Aussi la reconnaissance nous fait un devoir d'adresser à Dieu de ferventes prières pour la grande âme de celui que nous pleurons avec vous.

M. de Pèlerin, ancien magistrat, envoie d'Avignon ses ce condoléances respectueuses et sympathiques » à M. Eugène Yeuillot, aux membres de sa famille et à la rédaction de V Univers,

Lettre de M. l'abbé Freitas, du Portugal, à M. Eugène Yeuillot :

Lisbonne, 24 avril.

Monsieur Eugène Yeuillot. — Il est bien juste que le Portugal vienne ajouter sa note, un peu tardive peut-être, au concert immense de voix qui déplorent la mort du premier

310 HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT

polémiste catholique de notre siècle. L'Italie, TEspagDe, TAngleterre, rAllemagne, TAutriche (je ne parle pas même de la France), Tont fait. Il serait à regretter que mon pays restât muet au milieu de cette imposante manifestation posthume et européenne, qui prend Taccent d*une douleur sincère pour rendre hommage, devant sa dépouille mortelle, à Tun des plus vrais Français dont la France a jamais pu s'honorer, et à Tun des plus dévoués et des plus fiers catholiques que TËglise a jamais renfermés dans son sein. Gela serait d'autant plus regrettable, que le Portugal est un des pays qui se piquent le plus de vénérer le nom de l'incomparable écrivain et de l'intrépide soldat auquel la catholicité doit de si incontestables et si remarquables services.

Malgré la profonde défaillance religieuse de ma patrie, la foi s'y rallume d'une manière sensible, grâce à Dieu, et le long travail de M. Louis Veuillot n'y a pas été étranger. L'écho de sa plume d'or, trempée dans les fortes convictions du vrai chrétien, est arrivé jusqu'à nous et y a produit des fruits de vie. Nous l'en remercions, en répandant sur sa chère dépouille les larmes brûlantes de notre affection.

J'ai eu le bonheur de connaître personnellement monsieur votre frère, de le visiter dans sa modeste retraite de la rue du Bac ; j'ai celui de posséder son portrait , offert de sa main, de lui avoir dédié un de mes pauvres ouvrages, qui porte le titre de Pic IX; et, à l'heure qu'il est, j'écris sa biographie littéraire, qui doit voir la lumière publique dans une quinzaine de jours. Ces lignes vous prouvent donc, Monsieur, que l'hommage que je me plais à rendre à l'illustre décédé n'a pas uniquement la valeur d'une simple condoléance, mais qu'elles signifient la haute considération d'un prêtre portugais, qui était depuis longtemps habitué à vénérer jusqu'au culte et à aimer jusqu*à l'enthousiasme l'homme qui restera la plus brillante personnification du journalisme catholique au dix-neuvième siècle.

Consolons-nous cependant. Monsieur : on peut bien mourir quand on est né immortel, comme votre frère.

Agréez, s'il vous plaît, etc.

L'abbé Senna Freitas.

Lettre de M^' Marango , archevêque d'Athènes , à M^l*' Elise Veuillot :

Athènes, 35 avril.

Mademoiselle. — J'ai longtemps hésité si je devais me contenter de prier en silence pour Tâme du vaillant défenseur de l'Eglise, de Tami connu personnellement et apprécié par moi; pour celui dont les œuvres, depuis 1849, que j'ai suivi ses combats, ont bien des fois ému mon cœur et excité Tadmiration ; ou bien prendre la liberté de venir interrompre pour un instant votre profonde douleur pour vous dire toute la part que je prends à la perte que vous, et avec vous la cause du bien, venez de faire d'un frère si tendrement aimé.

Mais le souvenir des témoignages particuliers dont le jeune êvêque de Tiros (aujourd'hui archevêque d'Athènes) a été, pendant le concile, honoré par vous. Mademoiselle, par lui et par ses dignes filles, m'oblige de vous exprimer mes sincères condoléances, et me fait penser que, dans la profonde douleur dont vous êtes pénétrée pour une si grande perte, il sera doux et consolant pour vous et les vôtres de savoir que, même au delà des mers et des monts, les catholiques prennent grande part à votre douleur, regrettent bien le vaillant défenseur de leurs droits, et prient pour lui.

Ces sentiments. Mademoiselle, sont partagés par bien des évêques, qui l'ont connu, aimé et estimé comme moi, et en particulier par les évêques catholiques de la Grèce.

Je prie le bon Dieu, seule source des vraies consolations, d'adoucir vos peines et celles de toute la famille.

Veuillez bien. Mademoiselle, être mon interprète auprès des dignes filles du cher défunt, ainsi qu'auprès de toute votre famille, et agréer, avec l'expression de la vive et douloureuse sympathie, l'hommage du respectueux dévouement de votre humble serviteur, -{- Jean Marango,

archevêque latin d'Athènes, délégué apostolique de Grèce.

Lettre de Mii* révcque de Meiide à M. Eugène Veuillot :

Évôché de Mende. — Malnou, le 25 avril.

Ghbr Monsieur Eugène Veuillot. — C'est pendant une tournée pastorale, à travers les montagnes de la Lozère, que j'apprends la mort de votre saint et illustre frère.

J'ai offert le saint sacrifice pour le repos de son âme, me réservant de vous dire, au premier moment libre, combien je m'associe à votre douleur.

Veuillez être l'interprète de mes sentiments auprès de M'^® Veuillot et de tous les membres de votre famille, et me croire votre bien dévoué en Notre-Seigneur,

•j- Julien,

évôquo de Meade.

Lettre de M. l'abbé Mabile, neveu de l'ancien évéquc de Versailles, à M. Eugène Veuillot, en lui envoyant copie de lettres

adressées par Louis Veuillot à M^ Mabile :

Oman», 35 avril.

Gardant comme un trésor les autographes, je vous donne copie de trois lettres de Monsieur votre illustre frère à mon oncle M«' Mabile.

N'ayant pas auprès de moi, en ce moment, tous les papiers du défunt évêque de Versailles, j'ignore si j'ai le bonheur de posséder d'autres lettres de M. Louis Veuillot. Le plus tôt possible, je ferai des recherches à ce sujet.

On l'a dit avec raison : rien de ce qui est tombé de la plume du grand homme, que viennent de perdre l'Église et la France, ne doit demeurer dans l'oubli.

Je ne suis. Monsieur, qu'un pauvre petit vicaire, perdu dans les montagnes de la Comté; néanmoins, en ma qualité de neveu de M<^' Mabile, qui aimait tendrement votre glorieux frère, et qui, toujours, a été avec lui en si parfaite communauté d'idées et de sentiments, j'ose me permettre de vous dire que j'ai ressenti vivement le coup qui vous a frappé.

Je me permettrai aussi de vous raconter un petit trait de la vie de M. Louis Veuillot.

J'ai eu le bonheur de voir monsieur votre frère, tandis que j'étais élève au petit séminaire de Versailles. Il avait choisi notre maison pour y faire une retraite. Nous étions fiers de posséder l'incomparable polémiste, le plus vaillant défenseur de l'Eglise au dix-neuvième siècle. Sa piété et son recueillement nous ont profondément édifiés.

Sur ces entrefaites, M«' Pie, de passage ù Versailles, et non encore revêtu de la pourpre romaine, vint visiter le petit séminaire.

Les élèves furent réunis dans une salle.

Regardant autour de lui, Monseigneur dit au vénéré supérieur de rétablissement : a Mais je ne vois pas M. Louis Veuillot. Tout h rheure pourtant il était avec nous. Pourquoi donc n'est-il pas ici ? Veuillez avoir la bonté de lui faire dire que je le demande et le veux auprès de moi. »

On alla aussitôt prévenir M. Veuillot, et le grand évêque de Poitiers ne commença à nous parler que quand il le vit assis à sa droite.

Sa petite allocution terminée, Monseigneur se mit à causer avec M. Veuillot.

Placé trop loin de ces deux personnages, je ne pus entendre ce qu'ils disaient ; mais ce que je sais, c'est que M. Louis Veuillot a bien diverti son savant interlocuteur. Le bon évèque riait de tout cœur et de telle sorte que son rire provoquait celui des élèves.

Je crains, Monsieur, d'avoir abusé de votre temps si précieux en vous forçant de lire les détails que je viens de relater. Excusez-moi : c'est un souvenir qui m'est cher. Aussi bien je suis persuadé que rien de ce qui concerne votre frère bienaimé ne vous est indifférent.

Daignez agréer, etc. P. Mabile,

prôtre, vicairo à Ornans (Doubs).

Lettre de M. Tabbé J. Peyruii, curé de Soleilhas, ù M. Eugène

Veuillot :

Soleilhas, par Castellane (Basses- Alpes), 25 aTril.

Monsieur. — ... h'Unis^ers, que je lis d'une manière régulière depuis dix ans, a été mon ami d'enfance. Élevé chez mon oncle, ancien curé de Malijai et ardent admirateur de M. Louis Veuillot, j'eus de bonne heure l'occasion de lire votre excellent journal et de le goûter. C'était avec un plaisir toujours mieux senti que j'en reprenais la lecture à la fin de chaque année scolaire. Si je rentrais dans ma famille, V Univers m'y accompagnait; alors mon père, un très modeste industriel, aimait à se délasser de son labeur quotidien par cette fortifiante lecture, qui nous faisait passer à tous de bien doux moments.

Ai-je besoin de vous dire que c'était pour moi une bonne fortune, il y a quelques années, de pouvoir m'informer de l'état de M. Louis Veuillot auprès de M. Bonnetty, rédacteur des Annales de philosophie chrétienne, lorsque parfois }' avais l'honneur d'être reçu dans son salon, à Entrevaux, en compagnie de M. le curé doyen ?

Sans doute VUnis^ers a contribué à affermir ma vocation au sacerdoce ; mais il est bien certain qu'il a, depuis, gravé profondément dans mon âme le respect et l'amour de la sainte Église romaine, de notre Saint-Père le Pape et de toute la hiérarchie ecclésiastique. Surtout il m'a inspiré cette énergie nécessaire à tout chrétien, mais indispensable à un prêtre pour conserver et enseigner sans diminution les vérités divines et humaines dont il est le dépositaire.

Enfin, ce puissant avocat de toutes les nobles causes a du quitter cette vie. A son entrée dans l'éternité. Dieu, qu'il a si bien servi, l'aura reçu en lui disant : Euge, serve bone,., intra in gaudium Domini tui. Malgré cela, je lui réserve une place au Mémento de la sainte messe.

Veuillez agréer, etc. J. Pbyron,

curé.

Lettre de M. Rousset, curé de Couloubroux, diocèse de Digne,

à M. DesquerSy gérant de V Univers :

Couloubroax, 25 avril.

Monsieur. — Abonné fidèle de V Univers depuis bientôt vingt-neuf ans, j'avais appris à admirer les talents, la vertu et le courage incomparables de celui que la mort vient d'enlever à sa famille, à l'Église et à la France. De cette admiration sans pareille à une sympathie sans égale, il n'y avait qu'un pas à faire : il fut bientôt fait. J'aimais donc Louis Veuillot, sans l'avoir jamais vu, autant qu*il est possible d'aimer une personne avec laquelle on a des rapports journaliers et de qui on a reçu beaucoup de bons offices.

Si j'aime beaucoup l'Église romaine, ma mère, si je suis attaché de toute la force de mon âme au siège et au successeur de Pierre, après Dieu, je le dois surtout à la lecture de VUni» vers. Et quand le journal m'apportait un article signé Louis Veuillot, je bondissais de joie, je le lisais et le relisais.

Dieu vous fasse la grâce. Monsieur le gérant, à vous et k toute la rédaction, de continuer sans faillir ni faiblir les bonnes traditions et la puissante impulsion que ce grand maître, qui n'est plus, avait données au journal !

Veuillez faire savoir à M. Eugène Veuillot et à tous ses collaborateurs la part immense que j*ai prise à votre deuil.

Je pense à Louis Veuillot tous les jours, au Mémento de la sainte messe. Mais il n'a plus besoin de nos prières, car déjà le juste juge Ta couronné dans le ciel.

Recevez, Monsieur le gérant, etc.

Lettre de M. l'abbé Pierchon, curé d'Haveluy (Nord), à M. Eugène Veuillot :

Havelay, 35 avril.

Monsieur. — Malgré cette avalanche des plus glorieux témoignages à la mémoire de M. L. Veuillot, partant de sommités de tous rangs, nous ne pouvons cependant pas renoncer à payer notre dette de très humble gratitude, étant du reste un des premiers abonnés de V Univers,

Je voudrais voir ses ennemis — en a-t-il encore ? — dire de ses violences, sans fiel et sans rancune, ce qu'un saint écrivait jadis à saint Jérôme, à savoir que vraiment c'était un mé^ chant saint. Mais, on le sait, les fustigés ne s*apaisent pas facilement.

M. Veuillot a dit quelque part qu'un savetier, avec son tirepied, pouvait, aux yeux de Dieu, mériter autant qu'un savant auteur composant un beau livre.

Aurait-il entrevu cette harmonie d*apothéose inouïe dont le monde est témoin ? Quoi qu'il en soit, personne mieux que lui ne savait que toute la gloire d'ici-bas s'arrête au seuil de l'éternité. Il a écrit pour l'éternité. Maintenant qu'il est dans l'éternité, nous ne pouvons l'oublier.

Veuillez recevoir, etc.

Lettre de M. l'abbé L. P. à M. Eugène Veuillot :

B... (Savoie), 25 avril.

Monsieur le directeur. — Permettez, Monsieur, à un jeune curé des montagnes de la Savoie, — lui aussi admirateur passionné de M. Louis Veuillot, — de venir se joindre à ce magnifique et imposant cortège d'hommages rendus à la mémoire vénérée du vaillant et illustre champion de la cause catholique , que nous pleurons tous , et avec raison , lui qui a fait, pour le bien et le bon combat, vibrer tant de cœurs catholiques

aie HOMMAGES A LOUIS VEUILLOT

Je suis peut-être un ouvrier de la dernière heure; mais il fallait bien céder le pas à tant d*autres voix mieux autorisées.

Pour moi, j'apporte la petite obole du pauvre: car, la triste et funeste nouvelle sitôt reçue, j'ai versé de cœur mon humble obole de prières pour le cher et illustre défunt. Et il me semblait voir sa belle âme s'envoler vers son Dieu , avec celle de l'immortel Pie IX, qu'il aimait tant, et qui, à coup sûr, lui a tendu la main.

Lettre de M. Feray-Bugeaud d'Isly à M*** Veuillot :

Périgueux, 2, avonuo des Casernes.

Mademoiselle. — Le frère éminent que vous venez de perdre s'est souvenu trop fidèlement de mon aïeul, pour que j'oublie de me joindre aujourd'hui aux hommes si nombreux que la plus juste des admirations réunit à ses obsèques. Je regrette seulement que des circonstances indépendantes de ma volonté m'empêchent d'adresser un adieu suprême au champion énergique d'une cause trop abandonnée, à l'écrivain pour qui viennent de commencer la récompense de sa vie et la justice d'ici-bas.

Croyez , Mademoiselle, etc. N. Feray-Bugeaud d'Isly.

Lettre d'un prêtre du diocèse de Luçon à M^^^ Veuillot :

35 avril.

Mademoiselle. — ... Le premier, Louis Veuillot m'apprit à aimer Rome , et le souvenir des pages délicieuses qu'elle lui a inspirées ne m'abandonnait pas lorsque , pour la première fois, je fis le voyage de la Ville éternelle. Conduit pour ainsi dire par l'auteur de Rome et Lorette, je redis un jour après lui , en abordant aux rivages pontificaux : a Et nous avons vingt-cinq ans, et cette terre est l'Italie, et c'est à Rome que nous allons! » J'ai vu Rome, et j'y trouvai les parfums qui m'ont attiré vers le sanctuaire et m'ont conduit à l'honneur du sacerdoce. Pendant les années précieuses que je passai au séminaire français, je vis et j'entendis plusieurs fois celui dont le nom nous était si cher : chaque fois je compris mieux quelle puissance, quelle élévation communique a une âme l'amour de la vérité et de la sainte Église.

Qui pourra dire combien, depuis lors, la voix de ce vaillant

athlète nous a ranimés dans la lutte ; avec quelle indicible joie nous Tavons vu démasquer et foudroyer Timposture, arracher les voiles par lesquels on voulait amoindrir la vérité ! Cherchant avant tout le royaume de Dieu et sa justice, il a reçu au ciel la récompense du serviteur fidèle; mais, par surcroît, et pour l'honneur de son Eglise, Dieu veut qu'ici-bas sa mémoire soit bénie et son nom illustre entre tous. Veuillez agréer, etc.

Lettre de M. Lelaurin à M. Eugène Yeuillot :

Bney-le-Long (Aisne), 35 avril.

Monsieur. — Abonné à V Unii^crs depuis vingt-cinq ans et actionnaire du journal dès sa nouvelle constitution sociale en 1867, je suis au nombre de ces amis inconnus qui ont voué à votre oeuvre et à son bien regretté fondateur les plus vives et les plus dévouées sympathies.

Aces divers titres. Monsieur, je me crois autorisé a joindre mon bien humble mais très aflectueux témoignage de douleur et de regrets à tous ceux qui vous ont été adressés à l'occasion <le la perte immense que la sainte Eglise et tous les catholiques viennent d'éprouver.

Veuillez agréer, etc. Lelaurin.

M. le baron Picot d'Aligny écrit à notre collaborateur, M. Tavernier, d'être son interprète près de M. Eugène Veuillot et de sa famille, « dont la France entière partage les regrets ».

Lettre de M. l'abbé Ferran, aumônier à Condom, à M. Eugène Veuillot :

Obscur mais fidèle et dévoué abonné de VUnwers,îe prends une vive part à la douleur et au deuil de la famille de M. Louis Veuillot et de la rédaction du journal.

Je n'aL pas manqué de recommander, chaque jour, au saint sacrifice, Tûme du généreux défenseur de l'Eglise dont j'étais Vadmirateur. Ferran.

Lettre de M. Routhîer, juge au Canada, à M^e Yeuiilol :

Québec, 25 aTtil.

Ghbrb Mademoiselle Veuillot. — Du fond du Canada, je viens m'associer à votre douleur, à celle de toute votre famille et de tous les catholiques de Tunivers. Car la mort de votre illustre frère n'est pas seulement un deuil de famille : c*est un deuil public, universel.

Vous savez combien je Tadmirais et l'aimais, et vous croirez à la vivacité de mes regrets en apprenant que mon illustre maître avait cessé de vivre.

11 ne m'appartient pas de vous offrir des consolations. Je sais d'ailleurs quelle chrétienne vous êtes : vous saurez puiser dans la religion les seuls soulagements qui soient en rapport avec une si grande afiliction.

Pour moi, je me souviendrai toute ma vie qu'il m'a honoré de son amitié, et je ne l'oublierai pas dans mes prières. En apprenant sa mort, j'ai fait dire une messe pour le repos de son âme. La prière n'est-clle pas le meilleur souvenir que je puisse donner à sa mémoire ?

Vous le dirai-je pourtant ? il me semble qu'il n'en a pas beaucoup besoin. Après sa vie toute consacrée à glorifier Dieu et à défendre son Eglise, le ciel a dû lui ouvrir immédiatement ses portes.

Le bien immense qu'il a fait, ses œuvres le continuent et le continueront à jamais.

C'est ma consolation, à moi, de le retrouver et de le posséder dans ces œuvres incomparables où il s'est mis tout entier.

Veuillez, chère Mademoiselle, offrir mes sincères condoléances à votre frère M. Eugène Veuillot et à toute votre famille, et agréer pour vous-même l'expression de mes plus vives sympathies.

Votre très humble serviteur et ami, A.-B. Routhier.

Adresse de l'Union catholique de Montréal aux rédacteurs de

l'Univers :

Montréal, 35 arril.

A Messieurs les rédacteurs du journal /'Univers, Paris, Messieurs. — L'Union catholique de Montréal (Bas-Canada), Dans sa séance publique du 15 de ce mois. Sur la nouvelle de la mort de M. Louis Veuillot, A décidé qu'il vous soit fait part des regrets unanimes de la

^Cïété pour la grande perte que viennent d^éprouver la cause

*'Mique et les lettres en la personne de Téminent rédacteur

^ohefde V Univers, ce vaillant combattant du bon combat,

^^^ les écrits seront un honneur impérissable pour la mé-

P'^e du croyant, du penseur et du disciple des lettres fran-

^Q ma qualité de président de TUnion catholique, et en exé-

y ^^ 1^ décision ci-dessus mentionnée, j*ai Thonneur de

jjj4 ® prier. Messieurs les rédacteurs, d'agréer pour vous-

^j ,^®» et de faire parvenir à qui de droit le tribut de notre

ij^.^^**^*ion pour M. Louis Veuillot, ainsi que l'expression de

^ sincère douleur pour sa mort à jamais regrettée.

^^-v^z. Messieurs les rédacteurs, l'assurance , etc.

P.-B. MiGNAULT, j .^^^ président do l'Union catholique.

I^KSROSIBRS, ^^>erétaire.

Utt^ ^x " ^' Souiller, des Oblats de Marie Immaculée, assis-

^ T. R. P. supérieur général, arrivant de Rome,

iWÇ^Vt^e à M. Eugène Veuillot la part qu'il prend à son

m*^<^ deuil, ainsi qu'à ses prières pour le grand chrétien

flu honorent les regrets de l'Église universelle ».

M. J. Tardy écrit de Saint-Etienne :

De retour de voyage, je ne puis que me joindre au concert unanime de regrets que vous recevez du monde catholique à l'égard de la mort de votre si digne frère, que l'on peut déplorer à l'égal d'un malheur public. Que Dieu le récompense au ciel de tout le bien qu'il a fait sur la terre.

Lettre du R. P. Carrère, S. J., à M. Eugène Veuillot :

Bordeaux, 26 avril.

Monsieur. — Le R. P. Carrère, S. J., et les pères dispersés de la résidence de Bordeaux, offrent à M. Eugène Veuillot et à sa famille Texpression de leur peine et de leurs profonds regrets. La mort de M. Louis Veuillot est une grande perte pour rÉglise tout entière et pour la cause catholique : ils le sentent bien vivement.

Ils prient de tout leur cœur pour le grand chrétien, Técrivain inimitable et le défenseur invincible de toute cause juste et bonne.

Bon chrétien, il fut toujours bon Français. Bonum certa^ men certavit,.. fidemservavit,..

Daignez agréer, Monsieur, etc.

Lettre de M. l'abbé A. Combier, curé de Saint-Cosme :

Saint-Cosmo, lo 2C avril.

Monsieur le rédacteur. — Qu'il soit permis à un modeste curé de campagne de dire à la famille Veuillot et à la rédaction qu'il joint ses regrets les plus vifs et les plus sincères à ceux de rÉglise et de la France touchant la perte du vrai et sincère patriote, de Tintrépide et formidable champion de toutes les nobles et saintes causes.

Veuillez agréer, etc. A. Combibr,

curé de Saint-Gosme.

Dépêche de Fribourg :

Fribourg, 3 G avril, 10 h. 55 matin.

Ce matin, en Téglise des Jésuites, a été célébré un service solennel pour Tâme de M. Louis Veuillot.

L'assistance était nombreuse : on y remarquait les membres de l'association de Saint-François de Sales, de la société de

Saint- Vincent de Paul, du Pius-Verein, de la société catholique des étudiants suisses avec leurs insignes et leurs bannières, de rœavre de Saint-Paul, les représentants de la presse catholique, etc.

Réunis près du tombeau de Ganisius, le grand apôtre, tous ODt prié avec émotion pour Pâme de Louis Veuillot.

Après le service, Toraison funèbre de l'illustre défunt a été prononcée par M. le recteur Esseiva, qui a éloquemment retracé à grands traits la vie de l'homme suscité par la Providence pour opposer à des dangers nouveaux des armes nouvelles. Il a combattu pour la gloire de Dieu, a dit l'orateur, il a aimé la justice : sa mémoire ne sera pas ébranlée, elle demeurera in seternum, M. Esseiva a rappelé aussi que M. Louis Veuillot était le grand ami de notre évêque, M<^^ Mermillod.

La RÉDACTION DE LA Liberté,

Lettre de M. Francis de Monge à M. Eugène Veuillot :

Louvain, 26 avril.

Monsieur. — Parmi la foule des admirateurs enthousiastes de Louis Veuillot, je suis du petit nombre des privilégiés qui Tout approché et qui ont serré sa vaillante main.

La reconnaissance m'a conduit à lui. Je lui dois beaucoup : ce sont ses livres qui m'ont appris à penser et à juger. La Providence a jeté dans mes mains les Libres Penseurs j quand j'arnvais à Tâge où une lecture ardente décide souvent de la destinée d'un homme.

Dès ce moment, mon âme est entrée résolument dans la voie qu'elle n'a plus quittée. Tout m'a captivé dans les écrits de votre illustre frère : les beautés incomparables du style, la saisissante justesse des vues, enfin et surtout l'élévation et la générosité des pensées.

Il est des écrivains qui plaisent sans que le prestige de leurs ouvrages attire nécessairement l'afTection vers leurs personnes. Il n'était pas de ceux-là. Tous ses disciples, tous ses admirateurs, l'ont aimé, et je crois être de ceux qui l'ont aimé le plus.

Je vous prie d'agréer, etc. Francis de Monce.

Lettre de M. A. Raing à M. Eugène Vcuillot :

Pierrcfitto, 36 Brril.

Monsieur. — Lecteur assidu de V Univers depuis quarante ans, je ne saurais laisser passer la circonstance présente sans VOUS prier de vouloir bien agréer l'expression de ma profonde sympathie pour le grand chrétien qui pendant tant d'années sut défendre avec tant de courage TËglise et la Papauté, qui lui est si intimement unie.

Tout à vous de cœur et d'affection. A. Raing.

Lettre d'un ancien zouave pontifical, prêtre aujourd'hui dans le diocèse du Mans, à M. Eugène Yeuillot :

Monsieur. — ...Tous les vrais enfants de l'Eglise militante, tous les amis sincères de la doctrine sans tache et de la vérité intégrale, sont avec vous. Monsieur, plongés dans la douleur.

Le fort en Israël est parti, et avec lui disparaît le plus indomptable défenseur de la cause catholique, le plus implacable vengeur de nos libertés méconnues et outragées, le journaliste hors pair, dont la robuste foi a mis à l'abri du naufrage, et sauvé, par de saintes audaces, l'opinion catholique, envahie et presque submergée par les flots de Terreur.

Le grand œuvre de ce preux croyant a été de construire l'arche de V Univers , où a pu se réfugier la saine et vraie doctrine avec ses lumineuses clartés. C'est de cette arche bénie, aux mains d'un équipage d'élite, et sous la conduite intrépide d'un invincible chef, que sont sorties les luttes à outrance pour le soutien de notre foi et la honte du mal sous toutes ses formes

Oui, cette plume, qui fut l'honneur de sa vie, est bien l'ornement de son tombeau : n'a-t-elle pas couru sus aux Philistins, sans trêve ni merci, comme sans souci du nombre et de la qualité, fouetté et flagellé la libre pensée et la bêtise humaine, poursuivi sans relâche et confondu les forbans de la langue et de la littérature, martelé la double hérésie du moindre mal et du plus grand nombre, rompu et prodigué, sans peur ni reproche, dans Paris assiégé, le pain des plus dures vérités? n'a-t-elle pas, cette plume inépuisable en sa fécondité, soutenu la sainte Eglise, glorifié la Papauté, porté sans défaillance et maintenu haut et ferme l'étendard du Christ sur tous les champs de bataille de la pensée humaine?

Le nom de Louis Veuillot a droit encore à ma reconnaissance personnelle. Elevé dans une institution soumise à Tinfluence d*un puissant voisin, j'étais libéral à ving^ ans. Tous tes chefs de Técole libérale étaient devenus mes idoles. Je me tenais à l'écart de tout ce qui me semblait être du Veuillot, par prudence et circonspection, à la façon de ces protestants qui fuient le contact du prêtre catholique pour ne pas être empoisonnés. Ma raison pourtant finit par gronder. Je voulus connaître par mes yeux ce qu'était ce redoutable polémiste, dont il était dit tant de mal. Je lus tous ses ouvrages, sans pouvoir le prendre dans une erreur doctrinale, sans pouvoir me heurter contre une faute de langage. Les écailles tombèrent. Je me passionnai pour celui qui avait raison, dans un langage si merveilleusement beau et piquant. Par la grâce de Dieu, ma conversion faite acheva de s'affermir à l'abbaye de Solesmes, entre les mains de dom Guéfanger; et, par l'entremise de ce grand moine, je m'attachai à une famille où je retrouvai de chauds et fidèles amis du très regretté défunt et de votre Uni" vers.

En vous donnant. Monsieur, ce détail intime, en vous rappelant le bien que m'a fait votre frère, j'ai eu à cœur d'apporter à votre profond chagrin ma part de consolation.

Veuillez, etc. E. S.

Lettre du R. P. Monnin, de la Compagnie de Jésus, auteur de la

Vie du curé d'Ars, à M. Léon Aubineau :

Cannes, 26 avril.

Cher Monsieur et ami. — C'est à vous que je dois d'avoir connu autrement que par son immense talent et la lecture assidue de tant de chefs-d'œuvre sortis de sa plume, le grand mort dont TÉglise, la France et la Compagnie de Jésus en particulier portent le deuil.

Je ne me pardonnerais pas de ne point vous dire, à vous son plus ancien et son plus fidèle compagnon d'armes, comme le coup qui vous a frappé a retenti douloureusement dans mon cœur,

a Mes lettres, a dit votre illustre ami, sont ce que je laisserai de meilleur. » Peut-être ! Il y a, selon moi, quelque chose de meilleur que ses lettres : c'est, pour ceux qui ont eu la bonne fortune d'en jouir une fois dans leur vie, le souvenir d*une de ces conversations étincelantes, où, dans l'intimité.

avec des amis sûrs, le grand athlète, le grand artiste, le grand homme de bien que nous pleurons, épanchait tous les trésors de son esprit, de son âme et de son cœur.

Quelle parole entraînante ! quelle verve intarissable ! quel brio ! quels éclairs ! quelle richesse d'imagination ! quels jets de sensibilité ! quel don merveilleux de raconter en souriant et en s 'attendrissant ! que de mots bien venus ! que de perles à recueillir !

Je Tentends encore !... Vous rappelez-vous cette nuit passée presque tout entière à écouter le récit de sa conversion ? Les plus belles pages de Rome et Lorette n'ont rien de comparable. Nous étions suspendus à ses lèvres, riant et pleurant tour à tour, et presque en même temps.

Veuillot nous disait encore — et avec quelle émotion communicative I — comme Pie IX l'avait reçu, après la suppression de VUniverSj comme il l'avaft béni, encouragé, réconforté, comme il lui avait dit, en lui prenant la tète dans ses mains : Beau qui persecutionem patiuntur propter justitiam ! et il ajoutait : « Ces mains de Pie IX sur la tète d'un pauvre homme consolent de bien des coups de pied d'âne ! »

Vous rappelez-vous les admirables stances improvisées, en quelques minutes, dans les allées de la Pelonnière, pour être dites par vos chers enfants à leur sainte mère, le jour de sa fête?

Après que tous eurent parlé, ce fut au tour de la charmante fillette que M"*' Aubineau avait adoptée, et qu'elle aimait au point de faire croire à la pauvre petite qu'elle était sa vraie mère. Nous pleurions tous en l'entendant dire :

Il sera court, mon compliment :

Pour peindre mon cœur et le vôtre, Je dis tout en un mot, et je dis plus qu'une autre Quand je vous appelle maman.

Et M"* Aubineau, essuyant ses larmes et ne pouvant s'y tromper, car elle lisait le nom de l'auteur entre les lignes, es ungue leonem, tendait la main à M. Veuillot, qui la portait respectueusement à ses lèvres.

Que d'autres souvenirs de ces trois jours de là Pelonnière je garde dans mon cœur comme des diamants !

Un peu de malaise et beaucoup de travail sont cause du retard que ces lignes ont mis à vous dire quel sentiment affectueux pour vous se mêle à mon culte et à mon admiration pour

HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT 3â5

l'homme prodigieux , l*hercule chrétien qui a été , pendant quarante ans, le héros séculier de l'Église, Tout vôtre en N.-S., A. Monnin, S, J,

M. Rivalland, ancien instituteur à Sainte-Hermine (Vendée), transmet à M. Eugène Veuillot Texpression de Tarn ère douleur de toute sa famille, et lui dit que Tabbé Rivalland, son fils, a célébré la sainte messe pour Tâme de Louis Veuillot.

Lettre de M. l'abbé J. Fabre, vicaire général de Nice, à M. Eugène Veuillot :

Nice, le 27 avril.

Monsieur le rédacteur. — Je sens le besoin de vous dire que je me suis associé de tout cœur à la douleur qu'ont ressentie tous les vrais catholiques à la mort de M. Louis Veuillot, votre illustre frère.

J*ai prié, et je prie le Seigneur d'accorder à Théroïque champion de la foi la couronne qu'il a si bien méritée, à sa famille la force et le courage de supporter la si pénible épreuve de la séparation, aux collaborateurs de V Univers la grâce de pouvoir continuer toujours, dans le même esprit que M. Louis Veuillot, ce qu'on a si bien nommé son école.

Defunctus adhuc loquitur. (Hebr., xi, 4.) Il n'a jamais tant parlé comme il parle à présent : il parle en toutes les langues, et cette voix puissante aura un long retentissement dans l'Église.

Votre, etc.

Lettre de M. le curé de Saint-Laurent-du-Pape (Ardèche), à M. Eugène Veuillot :

Je lis VUniuers depuis ma sortie du séminaire, et je prends bien pai-t à la douleur que la mort de votre illustre rédacteur en chef a causée à tous les bons catholiques. Je m'y étais abonné pour me consolider contre les idées libérales. Dans le courant de ces huit années, je n'ai fait que m'attacher de plus en plus à votre œuvre, et il m'a paru que le nom de Louis Veuillot pourrait servir à distinguer les entichés de libéralisme, comme le Scibboleth, les gens du pays d'Éphralm. Us ne peu« vent le prononcer ou l'entendre sans faire une grimace : signe caractéristique.

Votre très humble serviteur, J. Vezon.

Lettre de M. le chanoine Doublet à M. Auguste Roussel :

Saint-Omer, le 27.

Cher Monsieur Roussel. — Enfant de l'Artois, vous cennaissez trop notre diocèse d'Arras et son clergé pour douter de la part que nous avons prise à votre deuil. Notre douleur a été aussi profonde que Test notre admiration. D'ailleurs, comment oublier Testime et Taffection qu'avait vouées à M. Louis Veuillot notre illustre M^' Parisis ? Celui que le grand évêque aimait d'un amour si absolu et si plein, nous n'avons cessé de l'aimer comme lui à notre tour. Quel talent ! mais surtout quel noble caractère ! Sa Vie, que nous attendons avec impatience, rappellera sans doute les innombrables traits d'un courage toujours au service d'un grand cœur. Combien d'opprimés ont trouvé en lui un soutien ! combien de persécutés un vengeur intrépide ! Toute noble et sainte cause n'a-t-elle pas, durant une longue carrière, armé ce talent sans rival, devant lequel les plus forts ont si souvent tremblé et reculé ?

Mais le vrai Louis VeuîUot n'est pas là encore. Celui que nous connaissons et que Dieu récompense, c'est l'ami passionné de la vérité catholique. Il n'a vécu que pour elle ; pour elle il a travaillé, combattu, souffert. Il lui a tour à tour tout immolé, tout, jusqu'à ses affections les plus nobles. Jamais aucun sacrifice n'a semblé lui coûter quand il s'est agi de sa défense. Quel exemple ! et quel bien Louis Veuillot et V Univers nous ont fait ainsi !

Hélas ! nous périssons bien plus peut-être des vérités que les bons n'ont pas eu le courage de dire, que des erreurs que les méchants ont su sans mesure multiplier. Beaucoup n'ont pas eu la force de porter la vérité catholique tout entière ; ils l'ont allégée, amoindrie, altérée. Ils ont voulu la rendre supportable à la Révolution ; ils ont rêvé je ne sais quel accord absurde et impossible entre la lumière et les ténèbres, et ils ont cru, en le travestissant à la moderne, faire un Christ acceptable à Déliai.

L'immortelle gloire de Louis Veuillot sera d'être demeuré ferme au poste de la vérité catholique pure, absolue, sans compromission d'aucune sorte. Souvent méconnu, parfois persécuté à outrance, il a toujours tout souffert pour rester fidèle au Pape et à ses infaillibles enseignements. Que d'autres ont vu dans le Syllabus le Duras sermo ! Lui y a trouvé sa lumière et sa plus grande force. Disons-le sans crainte: s'il nous reste en France, au milieu d'un libéralisme malsain qui a séduit la

HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT 327

multitude, une élite d'esprits et de cœurs purs de toute hérésie révolutionnaire, c'est en grande partie à Tœuvre de Louis Veuillot que nous le devons.

Ami de cœur, de vous, cher Monsieur Roussel, et de vos confrères de V Univers ^ je sentais le besoin de vous dire mon admiration pour votre illustre chef. Mais, comme cette admiration n'est rien, je veux faire part à l'âme de votre bien-aimé défunt de ce que l'Apôtre appelle « l'inénarrable don », en présentant au saint sacrifice cette mémoire si chère à toute la France catholique. Que Dieu lui donne cette gloire éternelle, auprès de laquelle la nôtre d'ici-bas n'est rien.

Tout à vous de cœur et de vive amitié.

J. Doublet, ch.,

doyen du Saint-Sépulcro.

Billet du R. P. Ramière à W^^ Élise Veuillot :

Tonlon, 27 avril.

Mademoiselle. — L'un des plus humbles membres de la Compagnie de Jésus, qui a tant d'obligations <i votre illustre frère, je n'ai pas cru devoir prévenir nos chefs dans l'expression de notre commune reconnaissance. Mais je me croirais coupable d'ingratitude, si je ne venais pas à leur suite acquitter ma dette personnelle pour la bienveillance dont M. Louis Veuillot n'a cessé de m'honorer.

J'ai rempli ce devoir de la manière qui m'a semblé répondre le mieux aux sentiments de celui que nous pleurons. Au lieu de lui décerner simplement des éloges qui n'ajouteraient rien à ceux qu'il a reçus de tout l'univers catholique, je me suis efforcé de tirer de sa mort une leçon qui complète l'enseignement de toute sa vie.

Si imparfait qu'il soit, cet exposé d'une mission à laquelle votre fraternel dévouement vous a intimement associée, apportera, je l'espère, quelque adoucissement à votre si juste et si profonde douleur ; et c'est dans cet espoir que je vous offre et que je vous prie de transmettre à monsieur votre frère et aux autres membres de votre famille l'hommage de ce travail. Je désire qu'ils y voient, avec l'expression de mon admiration pour l'héroïque athlète que nous avons perdu, la preuve de mon estime et de ma cordiale sympathie pour les dignes continuateurs de son œuvre.

Veuillez agréer. Mademoiselle, etc. A. Ramière, S, J.

La lettre du R. P. Ramière était accompagnée d'une très belle étude doctrinale sur M. Louis Veuillot, dont nous donnons plus loin des extraits.

Lettre de M. l'abbé Boislabeille à M. Eugène Yeuillot:

Chfttelleraalt, 27 avril.

Mon cher Monsieur. — Abonné de VUnii^ers depuis à peu près sa fondation, et ayant eu quelques rapports personnels avec son illustre fondateur, si j'avais été quelque chose, je vous aurais écrit pour m'unir à tant d'amis et d'admirateurs qui déplorent, comme moi, la perte immense que l'Église et la famille Yeuillot ont faite dans la personne de votre si regretté frère. Je n'oublierai jamais les deux occasions que j*eus de le voir, à la consécration de l'église de Maillé, près Lappuie, et le lendemain, k Angles, où j'eus Thonneurde dîner avec lui en compagnie de son illustre ami M*' Pie, au château des Certeaux, chez M. du Puynode.

Après le dîner, je me promenai avec lui sur la terrasse du chAteau, et je n'ai point oublié notre conversation

J'ai l'honneur d'être, etc. L*abbé Boislabeille.

Le R. P. Irénée , religieux dominicain , écrit de Lyon à

M. A. Rastoul :

27 arril 1883.

Monsieur et cher ami. — Quelle perte pour la cause de la vérité et de la justice — en ce moment surtout — que la mort de votre illustre maître Louis Yeuillot! Je ne veux pas tarder plus longtemps à vous dire combien je partage votre douleur et combien elle est partagée par tous nos frères.

Tous nous étions sincères admirateurs de son génie, mais surtout de sa foi si pure, si ferme, si pleinement orthodoxe et romaine, ennemie de ces compromis libéraux qui tuent la vérité et conduisent aux abîmes. Aussi est-ce pour nous une consolation de lire dans V Univers, depuis si longtemps privé de sa plume vengeresse, les magnifiques témoignages de condoléance et de pieuse admiration qui vous arrivent de tous cotés.

Notre humble Couronne de Marie a voulu joindre sa note à ce concert unanime. Elle publie un chapitre du Saint Rosaire médité y composé par M. Louis Yeuillot en 1840, et les belles pages qu'il a consacrées aux frères prêcheurs dans Çà et là.

Daigne la Vierge bénie, dont il chanta les joies, les douleurs et les triomphes, introduire promptement ce vaillant serviteur dans le céleste séjour.

Agréez, etc., Fr. M. Irénéb,

dos Fr. préch., secr. du Ros.

L'adresse suivante a été envoyée à M . Eugène Yeuillot :

Tâcho, par Vinay, 27 avril.

Monsieur. — Saint Jean Chrysostome a dit quelque part que le silence honore les grandes infortunes.

11 semble qu*ii devrait en être ainsi quand il s'agit de la perte d'un homme comme M. Louis Veuillot, l'athlète infatigable, le champion émérite de la grande cause de l'Eglise.

Mais il y a des douleurs qu'on ne saurait laisser sans consolation : voilà pourquoi tout ce qu'il y a d'illustrations dans la société civile et ecclésiastique s'est empressé de vous offrir ses sentiments de douloureuse condoléance.

Qu'il nous soit permis de mêler notre modeste voix à ce grand concert de louanges qui s'élève de toutes parts à la mé- < moire de votre frère bien-aimé, et d'apporter ainsi une toute petite pierre à l'édifice de reconnaissance et de gloire qu'il a si bien mérité de l'Église et de la France catholique.

Veuillez agréer, etc. Eue. Mouret,

earé de Técho, abonné à V Univers.

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