‹ Hommages à Louis VeuillotChapitre 28 sur 51 · L.-M. Vallbt · texte numérisé non relu

L.-M. Vallbt

curé de Saint-Vérand.

H. VÉRAN, lecteur assidu do V Univers depuis 36 ans de prêtrise.

Lettre de M. Soussens au sujet du service funèbre célébré Si Fribourg pour l'âme de M. Louis Yeuillot :

Fribourg (Suisse], 37 avril.

Un service funèbre pour le repos de l'âme de Louis Veuillot, a fondateur de la presse catholique, illustre défenseur de l'Eglise, sorti de ce monde pour aller à Dieu le 7 avril 1883 », comme porte le texte de la lettre d'invitation, a eu lieu à Fribourg, par les soins des œuvres de Saint-Paul et de Saint François de Sales.

L'ancienne église des jésuites avait été choisie pour cette cérémonie : il était juste que leur grand défenseur eut nos

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prières et dos larmes sur la tombe de ces pères où lui-même avait prié et pleuré, au lendemain de son retour à Dieu.

Nous n'avions pas oublié non plus ce premier chef-d'œuvre de sa plume convertie, les Pèlerinages de Suisse, pages si douces et si fortes en même temps, où notre vieille cité, notre catholique canton, eurent la place d'honneur.

Nous n'avions pas oublié non plus qu'au Sonderbund, pendant que nous défendions avec l'épée et le fusil nos libertés, notre religion, sa voix s'éleva, sa voix généreuse et vibrante, pour secouer les indifférences, pour réfuter les calomnies sous lesquelles on voulait étouffer notre guerre sainte.

Et quand la révolution eut triomphé, avec l'aide des trahisons et grâce à notre isolement, ce fut encore Louis Veuillot qui se dressa, frémissant d'indignation, p6ur protester contre l'inertie des gouvernements et leur crier, à eux incrédules : Mane! Thc'cel! Phares!

Lors des persécutions de 1848 et de 1873, le prisonnier de Chillon, l'exilé de Ferney, bénirent celui qui leur envoyait de si douces consolations, les soutenait sur le chemin du cachot ou de l'exil, et ouvrait dans V Univers des souscriptions pour les catholiques dont on volait les églises, dont on emprisonnait les pasteurs, dont on profanait les sacrifices. Et Satan eut beau faire, les baïonnettes purent se croiser sur la poitrine des fidèles, mais en vain ! Louis Veuillot avait parlé : l'argent adlua, les granges se changèrent en chapelles, comme Tétable à Bethléem, et dans ces lieux consacrés par la souffrance et la pauvreté, nous trouvâmes un asile pour nos prêtres et pour notre Dieu !

Nous ne l'avons pas oublié et ne l'oublierons jamais !

C'est pourquoi, mus par ces souvenirs, les membres du Cercle catholique^ de VOEuvre de Saint^Paul et de Saint- François de Sales, du Plus- Vercin, les étudiants suisses, avec leurs insignes et leur drapeau voilés de noir, et de nombreux fidèles de tout âge et de toute condition, avaient tenu à assister à cet office funèbre.

La messe de Requiem, — chantée par la Socitftc' de Sainte- Ce'cile, — fut célébrée par M. l'abbé Horner, recteur du collège. Ancien correspondant de V Univers, il était naturellement désigné comme l'intermédiaire de notre douleur auprès de Dieu. Nous le savions, et ne nous sommes point étonnés de lire sur son visage l'émotion que tous nous ressentions au fond de notre cœur.

La messe dite et Tabsoute donnée, M. le chanoine Esseiva, neveu de Thistorien du Sonderbund, prononça Toraison funèbre de rillustre défunt. D'une voix émue et chaleureuse, il nous montra comment Dieu avait su trouver, pour le faire servir à sa gloire, ce grand esprit, égaré dans Terreur et dans rindifférence, mais avide de connaître la vérité, qu'il rencontrera là où il ne l'avait pas cherchée, et à laquelle il consacrera désormais son talent et sa vie.

Pendant trois quarts d'heure qu'il nous tint suspendus a ses lèvres, l'orateur nous toucha particulièrement en nous dépeignant les grandes luttes de Veuillot et son amour de l'Église. Les larmes nous sont venues aux yeux lorsque M. Esseiva nous rappela comment, — un jour que Pie IX eut h reprendre le zèle de son plus fidèle serviteur, celui-ci offrit de briser sa plume, si seulement elle étail inutile à l'Eglise, — comment Pie IX, pleurant d'émotion, envoya celui qui est aujourd'hui notre évêque, M^' Mermillod, relever le courage du soldat de Dieu et lui ordonner de combattre encore

M. le chanoine Esseiva a terminé par un magnifique chant d'espérance et de triomphe : il nous a montré Louis Veuillot entrant au ciel, escorté par les anges, chanté par la multitude de ceux qu'il a convertis ou consolés, et conduit par Pie IX, son père et ami, au séjour des bienheureux, prenant place entre les défenseurs de la foi, et recevant de Dieu la glorieuse couronne qu'il a si bien méritée

C'est ainsi que nous avons essayé de prouver — dans l'humble mesure de nos forces — notre attachement et notre amour envers le plus grand des catholiques. Et laissez-moi vous dire que sa mort eut autant et peut-être plus que partout du retentissement dans nos cœurs : nous n'avions pas seulement perdu un chef et un guide, nous avions un bienfaiteur à pleurer. Charles Soussens.

Lettre de M. l'abbé Azaïs, aumônier du Cercle catholique de

Celte, à M. Eugène Veuillot :

Cotto, 27 avril.

Monsieur. — Le Cercle catholique d'ouvriers de Cette a fiiil offrir, dimanche dernier, le saint sacrifice pour l'illustre journaliste et l'intrépide lutteur dont le nom éveille tant de regrets et de sympathies, et le prêtre s'est fait un devoir de rendre un sincère hommage à cette grande mémoire. Les membres du

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Cercle se souvenaient que M. Louis Veuillot a toujours défendu de sa plume éloquente cette œuvre catholique contre ses ennemis, et que, partout où un cercle catholique a été fermé par une administration ombrageuse, partout Y Univers a fait entendre une protestation généreuse.

Aussi nous aimons à vous dire, Monsieur, que par le cœur nous faisons tous partie de la famille de M. Louis Veuillot, de cette nombreuse famille composée de tous ceux qui l'ont admiré et aimé, et qui ont appris de lui à lutter pour les saintes causes et à demeurer invinciblement attachés à TÉglise et à son auguste chef.

Veuillez agréer, etc. L'abbé Azaîs,

aumônier des cerclos catholiquw.

Lettre d'Autun au Moniteur universel :

Autun, 37 ayril.

Un service solennel a été célébré, ce matin, à la cathédrale, pour le repos de Tdme de Louis Veuillot.

Le portail principal et le chœur était tendus de draperies de deuil au chiffre du défunt.

M. le curé de la cathédrale officiait et a donné l'absoute. Les deux vicaires généraux, le chapitre tout entier, et presque tout le clergé de la ville assistaientà cette touchante cérémonie.

Environ 500 personnes se groupaient dans la nef et sur les bas côtés de l'église. Tous les officiers du 29* de ligne, voulant s'associer au deuil de leur colonel, M. Pierron, gendre de M. Louis Veuillot, et désirant lui témoigner leur ardente sympathie, étaient présents au service, ainsi que de nombreux officiers du 63' territorial, en ce moment en période d'exercices à Autun.

Nous avons remarqué parmi l'assistance : des sœurs de Saint- Vincent de Paul, des frères des Ecoles chrétiennes, M. le président du tribunal civil, des membres du barre<iu, l'élite de la société autunoise, le rédacteur de VAutunoiSy notre confrère Paul Liorel, de Y Action , etc., etc.

Beaucoup de personnes des environs avaient également tenu à honneur de venir rendre un pieux et dernier hommage à la mémoire du rédacteur en chef de V Univers.

w*^*^ marquis de Maîllardoz de Rue écrit de Fribourg

* ^ ^i X \M i?..-.A«^ Veuillot, pour lui exprimer, ainsi qu*à

^. * y^) à M. Eugène ^ et ^ ^ti^^^^llot, « ses senti

v^t^ billot, « ses sentiments de respectueuse condoléance », '^ <)e « fidèle abonné de VUnwers depuis longues années »

^^mpathique admirateur de M. Louis Veuillot j>.

^^V»iie ».

\^v ^ général de division Vergé envoie à M"" Veuillot V^^ssion de ses douloureux regrets et de sa profonde

M. Stéphane Bayle écrit à M. Eugène Veuillot :

J'apprends le coup terrible qui vient de vous frapper, et qui plonge dans le deuil et la douleur non seulement la famille, les amis de votre illustre frère, mais la catholicité tout entière.

Permettez-moi de pleurer avec vous celui que j'aimais et vénérais de toutes les puissances de mon cœur.

Stéphane Bayle.

M. Tabbé Fourgerolles, curé de Sully-la-Tour (Nièvre), adresse « à la famille Veuillot et à la vaillante et catholique rédaction de V Univers ^e^ sympathiques et respectueuses condoléances à l'occasion de la mort du glorieux Machabée dont l'Eglise et la France portent le deuil ».

LETTRES DES 28, 29, 50 AVRIL ET i" MAI

M. Albrieux, prévôt du réTéreiidissime chapitre de Saint-Jeandc-Maurienne, à M. Eugène Yeuillot :

Saint-Jean-dc-Maurienne, 28 avril.

Très véNÉiiÉ Monsieur. — Perdus dans la foule des admirateurs du plus vaillant soldat de Notre-Seigneur dans ces jours si calamiteux, nqus n'avons pas osé faire arriver jusqu'à sa famille désolée l'expression de nos sentiments de condoléances ; mais, croyez-le, très cher Monsieur, nous avons mêlé nos larmes à celles des siens justement éplorés, et nous avons adressé au Ciel de ferventes prières pour le repos de cette âme si grande et si généreuse, quoique nous nous défendions difficilement de la pensée qu'elle n'en a plus besoin. Elle s'est toute dépensée pour l'honneur et la gloire de Dieu, pour la courageuse défense et le triomphe de la sainte Église et pour l'amour vrai du prochain.

Maintenant les nombreux lecteurs de VUnwers, ceux de notre ville de Saint-Jean-de-Maurienne en particulier, demandent, avec instance à Notre-Seigneur Jésus-Christ de conser\'erà votre œuvre si importante l'esprit éminemment catholique de son principal fondateur, que nous pleuronsi, et de répandre sur vous, qui prenez sa place, sur toute son honorable famille et sur vos si dignes collaborateurs, ses plus riches bénédictions, afin que vous continuiez à combattre les bons combats du Seigneur, avec le même savoir, le même courage et la même foi que notre illustre et héroïque défunt.

Veuillez agréer, etc.

M. l'abbé Driou, archiprêtre, curé doyen de Pontoise, exprime la grande part qu'il prend à la douleur de la famille Veuillot et le vif regret que lui fait éprouver la perte de « celui auquel il a constamment applaudi dans tous les bons combats pour l'Église et pour la vérité ».

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Lettre de M. l'abbé J. Rochereau, aumônier des ClarisBes de Nantes, à M. Eugène Veuillot :

Monsieur. — Je voudrais payer le faible tribut de mes hommages au grand défenseur de TËglise que vous pleurez et que tous les catholiques regrettent avec vous. J'ai beaucoup aimé Louis Veuillot, parce qu'il a beaucoup aimé l'Église et la France, parce qu'il a lutté sans trêve contre deux de leurs mortels ennemis : le gallicanisme et le libéralisme. Que Dieu le récompense au ciel de la sainte ardeur avec laquelle il a défendu notre foi !

Lettre de M. Laumel, curé de Mont-sous-les-Côtes, diocèse de

Verdun, au gérant de V Univers :

Mont-sous-lcs-Côtes, 38 avril.

Cher Monsieur. — De la candeur de foi et de piété

qui distinguait ce rude et infatigable batailleur du bon Dieu, je sais un trait charmant, tout à fait inédit, que je vous demande la permission de porter à votre connaissance.

C'était au sortir de l'ordination d'un prêtre de sa famille, à la cathédrale de Sens. Pendant que M*^*^ l'archevêque retournait processionnellement à son palais, un étranger, à la physionomie très expressive et supérieurement intelligente, se mêlait bonnement aux enfants et aux bonnes femmes, et, comme tout cet humble monde, s'agenouillait au passage de Sa Grandeur pour recevoir pieusement une bénédiction.

Quinze pas plus loin, il s'empressait de nouveau a recevoir la bénédiction.

Après la cérémonie, un très honorable professeur de l'Université, témoin oculaire du fait, voulait en savoir la raison.

« Oh ! cher Monsieur, lui dit le bon Louis Veuillot, les bénédictions d'un évêque de la sainte Église romaine sont pour le vrai catholique une rosée si douce et si bienfaisante ! Et puis ne fallait-il pas saisir l'occasion d'apprendre à tant de gens qui l'ignorent, comment une âme baptisée doit reconnaître la sublime dignité du caractère épiscopal, et, en ce temps d'égalitarisme imbécile, savoir vénérer publiquement un successeur des apôtres ? »

Je tiens cette touchante histoire de la bouche d'un excellent curé de notre doyenné, qui nous la racontait ces jours derniers, en plein synode, à la grande édification de tout le clergé cantonal présent à la réunion.

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Comment donc se fait-il qu*on ait pu accuser le héros de cette histoire attendrissante, coutumier avéré de quantité de faits sinon pareils, du moins analogues, d*avoir osé s*arroger le droit de poser en régent du vénérable épiscopat de toutes les Gaules ?

Veuillez agréer, etc. Laumbl.

Lettre du P. Louis de Saint-Etienne, capucin, ancien provincial,

à M. Eugène Veuillot :

Couvent des capucins, Nantes, 38 avril.

Monsieur. — Je gardais religieusement dans mou cœur, comme tant d'autres, le triste deuil catholique apporté par la mort du grand chrétien, de l'incomparable écrivain défenseur de nos croyances et de nos droits, pensant que mes humbles prières, avec le saint sacrifice fréquemment offert, suffisaient à m*acquitter.

Mais on me représente que mes relations avec lui durant mon provincialat de 1869 k 1872 me font un devoir de joindre mon hommage de reconnaissance à l'imposant cortège d'hommages si consolant pour ceux qui l'aimaient et le vénéraient.

Comment oublier ces conversations intimes de Versailles, dans lesquelles, durant plus de trois heures, il m'était donné de contempler, sous sa belle parole, son âme si grande, si forte, si ardente ; sa foi si complète, son amour si tendre pour l'Église, sa droiture hardie et fière, et son héroïque humilité : si bien que je m'étonnais, en lui donnant la réplique, de voir grandir ma pensée et ma parole ?

Comment ne pas le bénir au souvenir de ce cordial dévouement qui le faisait s'inquiéter de nos intérêts matériels dans Paris envahi par la Commune; qui lui inspirait de m 'amener, comme son homme lige, le généreux Libman, avec ordre de m'amener de Paris les religieux dont j'avais besoin, de m'ap- \wrier jusqu'aux tours eU Notre-Dame, si Je les lui demandais?

On ne songeait à le voir que grand et sévère devant les ennemis de la foi ; on était ravi de le trouver aimable et tendre.

Permettez-moi de retourner en arrière de vingt ans, et de rappeler aussi, du fond de mon cœur, le souvenir de ces scènes intimes de famille au milieu de ses chers et heureux enfants, où je fus admis avec nos vénérables défunts, les pères Ambroise et Paul.

Plusieurs de ses filles Font retrouvé, les autres sont dignes de lui et de la seconde mère qui les éleva ; et vous, Monsieur, avec votre jeune fils plein d'avenir, vous portez vaillamment sa magnifique succession, vous suivez Vexemplum forte de cet Eléazar...

J'ai r honneur d'être, etc.

Lettre de M. l'abbé Pimont, premier vicaire honoraire de Notre- Dame de Plaisance, à M. Eugène Yeuillot :

J'offre à M. Eugène Yeuillot mes doléances les plus sincères elles plus sympathiques, à l'occasion de la mort de M. Louis Yeuillot, son illustre frère, l'intrépide défenseur de la cause catholique. J'ai prié et je prierai encore pour le repos de cette grande âme, qui nous est si chère à tous.

Lettre de M. l'abbé Pétey, docteur en théologie, aumônier de rhupital militaire de Belfort, à M. Eugène Yeuillot :

Belfort, 28 avril.

Monsieur. — Je n'ai aucun titre à vous exprimer mes sympathies et mes regrets à l'occasion de la mort de M. Louis Yeuillot. Permettez-moi cependant, comme à un lecteur assidu et à un admirateur du grand écrivain, de vous exprimer un vœu : celui que sa correspondance complète soit publiée. 11 y a là, à n'en juger que par les extraits donnés jusqu'ici par quelques journaux, des trésors d'éloquence, de verve, de poésie, et aussi de foi et de piété, auxquels ont droit ses admirateurs. Quand cette publication sera faite, Sévigné aura un rival, et les lettres françaises compteront un chef-d'œuvre de plus.

Veuillez agréer, etc.

Lettre de M™^ Abelé de Muller à M. Eugène Yeuillot :

28 avril.

Monsieur. — Je ne puis écrire sans vous assurer, ainsi que mademoiselle votre sœur, de toute la part que je prends à votre douleur, à celle de toute votre famille. Feu mon mari et moi, nous avons eu le bonheur de faire, il y a bien des années déjà, la connaissance de M. Louis Yeuillot et de votre sœur; leur souvenir est ineffaçable. Mon cœur sent mieux que ma

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plume ne peut Texprimer tous mes sentiments d*admiration, de vénération pour ce chrétien sublime dans sa foi et dans son amour pour la sainte Église, qu'il a toujours si vaillamment défendue ! Notre-Seigneur l'aura reçu et couronné comme lun de ses plus fidèles serviteurs. Cette grande consolation vous aidera à supporter la douleur de cette séparation momentanée. Veuillez, Monsieur, offrir mes sentiments bien sympathiques il mademoiselle votre sœur et recevoir, etc.

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