L. Abelé de Mullbr
Lettre de M. Léon Brière à M. Eugène Veuillot :
2B avril.
Monsieur. — Très obscur mais aussi très ancien lecteur de rc^/i<V^rs, je viens, après les plus autorisés, apporter mon humble suffrage à la mémoire de M. Louis Veuillot.
Je n'avais pas l'honneur d'être connu de votre illustre frère ; je ne le connaissais que par ses écrits, qui m'ont fait passer de bien doux moments.
A ce titre, je lui dois un peu de reconnaissance ; et c'est pour m'acquitter de ce devoir que je viens vous dire l'humble part que je prends à votre douleur, à celle de votre respectable famille, et à celle de tous les bons catholiques.
Veuillez donc agréer, etc.
Un prêtre du diocèse de Pcrigueux écrit à M. Eugène Veuillot:
Louis Veuillot avait reçu du Ciel en abondance tous les dons qu'il lui fallait pour accomplir sa mission providentielle du soldat du Pape et de l'Église. Ce qui m'a fait le plus aimer ce héros chrétien, c'est son amour sans bornes pour le Siège infaillible du Pontife romain, et sa sainte haine du libéralisme sous toutes ses formes....
Lettre de M. d'Huquet :
Barcelone, 29 avriL
Monsieur. — Correspondant de V Univers à Barcelone en 1871 et 1872, je ne puis oublier celui qui fut mon chef. Je m'associe donc de tout mon cœur à la douleur que vous a causée la perte du grand hopnime qui, marteau pour les hérétiques, était très fort bouclier du peuple chrétien.
Du ciel il protégera encore les légitimes intérêts de la grande communion qui prie Dieu pour le repos de l'âme de votre frère et de notre maître.
Veuillez agréer, etc. Joseph de Palan et d'Huquet.
Lettre de M. Alibert à M. Eugène Veuillot :
New- York, lo 39 avril.
La mort de notre illustre chef, Louis Veuillot, a produit en Amérique une sensation presque aussi grande qu'en France. Le peuple américain n'est sans doute pas aussi capable que le français déjuger des mérites de l'écrivain; mais les quelques articles du maître qui lui étaient tombés sous les yeux, sufûsent pour lui inspirer la plus grande admiration et pour le penseur et pour le puissant défenseur de l'Église. Il faut, en effet, que l'Européen, et surtout le républicain français comprenne bien ceci : c'est que l'Américain, même protestant, même exclusivement occupé des intérêts matériels, est rarement frivole. Le bien et le vrai lui plaisent, non comme un idéal, mais comme un fait digne d'éloge et de pratique. Je n'oserais cependant pas affirmer que la majorité de notre peuple aille toujours de la louange et de l'estime à la pratique. Nous mens peu de la vie surnaturelle, et le culte du dieu Dollar nous maintient trop terre à terre pour nous laisser devenir de parfaits chrétiens. Cela n'empêche pas que lorsqu'un homme extraordinaire, comme Louis Veuillot, consacre toute son énergie et tout ce que Dieu peut lui donner de génie pour défendre la vérité, le peuple américain se lève plein d'admiration pour applaudir.
Donc, tous les journaux américains ont consacré une de leurs colonnes à la biographie de notre ami, de notre maître défunt. Malheureusement, les éloges de la plupart d'entre eux se ressentent soit de leur ignorance, soit des relations plus ou moins anticléricales de leurs correspondants à Paris. Que voulez-vous qu'écrivent les compères d'Edmond About ou du gros Francisque Sarcey ? Rien de bien fameux ni de bien pensé. Quelques-uns ont reçu de gens bien informés des rectifications salutaires, et il faut dire à leur louange qu'ils se sont passablement bien exécutés. Les journaux américains pèchent beaucoup plus souvent par ignorance que par mauvaise volonté. L'écrivain, de ce côté de l'Océan, puise plus souvent des
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articles dans son imagination féconde que dans ses connaissances acquises par Tétude. A part l'histoire des États-Unis, et un tout petit peu celle de TAngleterre, le reste du monde lui est étranger. Si donc les biographies écrites par la presse américaine au sujet de la perte immense que nous venons de faire laissent quelque chose à désirer, il ne faut pas trop s'en étonner...
Il a donc fallu que la carrière de Louis Veuillot soit bien brillante et glorieuse, pour faire lever la tète à un peuple dirigé par ces sortes de guides. Parmi les catholiques, parmi surtout les prêtres qui connaissent notre langue, les regrets sont unanimes, et l'état de notre pauvre Eglise de France persécutée fait paraître cette perte encore plus irréparable, aujourd'hui que cet incomparable défenseur lui est enlevé.
J.-B. Alibbrt.
Lettre de M. de Mauvise à M. Eugène Veuillot :
Coorcooé (Indre^t-Loire), 29 STril.
Si la mort de L. Veuillot a fait couler tant de larmes et provoqué un concert si unanime de regrets et de louanges venus de toutes parts, ne semble-t-il pas tout naturel que ces homma* ges si mérités par les éminents services rendus à la Religion et à la Papauté, ne se bornent pas à ces témoignages de sympathie dont les journaux sont remplis depuis que la triste nouvelle a été connue?
M. Louis Veuillot a été, sans conteste, un homme hors ligne comme littérateur et journaliste; mais il a été surtout le plus vaillant défenseur de l'Eglise et de la Papauté. Il a prodigué pour cette noble cause son temps, ses forces et son talent, avec un désintéressement peu connu jusqu'à nos jours: il me semble donc que les catholiques lui doivent quelque chose de plus. De même que l'on voit dans la cathédrale de Nantes le mausolée de Lamoricière, cet autre défenseur de la Papauté,je voudrais voir aussi celui de L. Veuillot dans quelque église, en attendant qu'on puisse le mettre à Montmartre.
Ce que l'un a fait par l'épée, l'autre l'a fait par ses écrits; et quand un homme armé d'une croix et d'une plume a, comme Louis Veuillot, marqué son siècle d'une empreinte aussi ineffaçable, il doit vivre à jamais pour les yeux de ceux qui ne liront pas ses immortelles pages... J. de M.
HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT 341
Lettre de M. l'abbé Hercouët, curé de Trédias (Côtes-du-Nord),
à M. Eugène Yeuillot :
30 avril.
Monsieur Veuillot. — Je suis de la famille de V Univers, que je lis depuis sa réapparition; s'il m*était permis, je dirais que je suis de la famille Veuillot, malgré sa gloire, tant j*ai pour elle de sympathie au fond de mon âme, tant je partage ses idées et ses sentiments, tant j'ai aimé Louis Yeuillot.
Je lis ses écrits depuis bientôt vingt-cinq ans; j'ai commencé au séminaire par Cà et là, et dès le premier jour j'ai été conquis à l'affection et à l'admiration.
Depuis, mes délassements ont toujours été dans la lecture de Louis Veuillot; j'y revenais sans cesse, comme il revenait à M"* de Sévigné. Si j'aimais à le lire, j'aimais aussi à entendre parler de lui. C'était pour moi un bonheur d'interroger et d'écouter ceux qui l'avaient vu et entretenu. Quand V Univers était supprimé, je parcourais, dans les journaux que je lisais, les nouvelles diverses, pour voir si je n'y trouverais pas le nom de Louis Yeuillot, s'il n'allait pas publier quelque brochure, que je m'empresserais d'acheter. J'ai acheté les Jeudis de madame Charhonneau, uniquement pour avoir l'appréciation flatteuse de l'auteur sur celui que j'aimais.
Avec ces sentiments pour Louis Veuillot, vous pouvez penser si j'étais heureux de ses triomphes comme écrivain et comme polémiste chrétien; j'en jouissais comme s'ils m'avaient été personnels. Mais je ressentais bien vivement aussi les critiques, quoique légères, dont il était parfois l'objet.
Ce qu'il a dit de vous dans ses Libres Penseurs, à savoir que dans son enfance il n'avait pas reçu une seule punition qui ne vous eût indigné comme une grande injustice, et que, quand il avait quelque affaire, vous lui apportiez résolument le secours de vos petits poings, cela, je l'ai ressenti à l'occasion des critiques auxquelles je l'ai vu en butte. Elles me révoltaient; je ne pouvais souffrir qu'on crût remarquer quelques taches sur cette belle figure.
Aujourd'hui, c'est un concert d'éloges qui me ravit. J'.ipplaudis aux brillants hommages que reroit sa mémoire, parce que je trouve en moi le sentiment qui les a dictés. Votre très humble, etc.
Lettre de M. l'archiprétre de Mendc à M**® Veuillot :
Mende, 30 avril.
Mademoiselle. — Permettez, Mademoiselle, que je vous exprime tous mes regrets. Un petit souvenir devons, douloureux mais précieux, m'y autorise.
L'état de santé de M. Louis Veuillot nous inspirait de vives inquiétudes. Il n'écrivait plus dans le journal, et on avait toujours tant besoin de sa plume ! Pouvions-nous espérer qu'il écrirait encore?
Vous m'avez répondu. Mademoiselle, qu'on priait et qu'on espérait, en m'engageant à prier, ce que je fis trop faiblement. Dieu ne nous a pas exaucés comme nous le voulions. Il préparait dès lors son serviteur pour la récompense.
Il avait rempli sa mission. Grande mission, Mademoiselle, analogue à celle des anciens envoyés de Dieu, dans des temps analogues. Il avait longuement averti pour prévenir les mortelles catastrophes qui maintenant s'approchent, et en même temps jeté à pleines mains la semence des résurrections futures. Dieu à présent laisse aller le siècle sans autre vengeance que celle qu'il se réserve.
Jouissez, Mademoiselle, des hommages qu'on rend de toutes parts à votre grand et illustre frère. On loue également le zèle de l'apôtre et le génie de l'écrivain. C'est comme un suffrage universel de justice et de reconnaissance.
Tant de gloire doit consoler votre cœur autant qu'il peut l'être. L'espérance de retrouver dans une autre gloire celui que vous pleurerez jusque-là, j'en suis sûr, vous console bien davantage.
Veuillez recevoir, Mademoiselle, mes plus douloureux compliments et mon plus profond respect, avec ceux de mes quatre vicaires. R. Blanc,
arehiprdirc, v. g.
Lettre de M. le curé de l'Albenc, diocèse de Grcuoble, à
M»c Veuillot :
L'Albenc, lo f mai.
Mademoiselle. — Pour ne venir qu'à mon rang et à ma place, les sentiments par lesquels je m'associe aux vôtres n'en sont pas moins profonds et douloureux. Contemporain de M. Louis Veuillot, je l'ai connu dès 1838, année de mon entrée dans le sacerdoce. Depuis cette époque, je n'ai pas cessé presque un seul jour de me nourrir de ses idées et de puiser
dans ce grand cœur l'amour de l'Eglise de Jésus-Christ et de l'infaillibilité de son chef suprême. Ayant fait, en 1872, le voyage de Paris, en grande partie pour avoir le bonheur de voir mon mattre bien-aimé, je n'oublierai jamais le tressaillement de mon cœur quand je m'assis à sa table de famille, en votre compagnie. Mademoiselle, en compagnie de M. Eugène, de ses deux filles et de M. Roussel. Le souvenir de tout ce que je vis, de tout ce que j'entendis, de tout ce que mon cœur éprouva, sera toujours présent à mon esprit.
Quelques mois après, je reçus de monsieur votre frère sa photographie, avec quelques charmantes paroles écrites de sa main, et un de ses ouvrages. Depuis la fatale nouvelle, je ne puis contempler l'image de cet absent sans l'arroser de mes larmes, sans prier pour lui et le prier lui-même. Trois fois, monsieur votre frère s'est servi de votre plume pour m'écrire. Vos trois lettres. Mademoiselle, et la photographie de monsieur votre frère seront pour moi des reliques religieusement gardées et vénérées.
Daignez agréer, etc. J.-B. Ballet,
prdtre, curé do l'Albene.
On écrit de Constantin ople à la rédaction de ï Univers :
lor mai 1883.
Les sœurs de la Charité qui desservent l'hôpital municipal ttirc de Galata ont fait célébrer en leur chapelle une messe de Requiem pour le repos de l'âme de Louis Veuillot, leur bienfait leur. Lors de la création de l'hôpital, il leur avait personnellement fait don d'un magnifique calice pour leur chapelle. La messe a été célébrée par leur aumônier, un des lazaristes de Saint-Benoît.
Le R. P. Rey, premier chapelain du Sacré-Cœur, écrit dans le dernier Bulletin mensuel de l'œuyre du Vœu national au Sacré- Cœur, en publiant le compte rendu du mois d'avril :
C'est à la messe de l'archiconfrérie, le 8 avril, au moment des prières solennelles, que nous annonçons aux pieux assistants la triste nouvelle de la mort de M. Louis Veuillot, décédé la veille. Nous rappelons en quelques mots les mérites de ce grand chrétien, et nous le recommandons vivement aux prières des fidèles. Il a été un des grands défenseurs de l'Eglise, et en
3«4 HOMMAGES A LOUIS VBUILLOT
particulier de l'œuvre du Vœu national. — Il a visité le monument au moment où il sortait à peine de terre, et a voulu donner une pierre pour lui et une pour sa sœur. Il a été Tun des premiers à ouvrir dans son journal une souscription en faveur de l'œuvre. Nous devons le considérer comme un des principaux bienfaiteurs.
Lettre de M. le curé de Saint-Andéol , diocèse de Grenoble, à M. Eugène Veuillot :
Monsieur. — Depuis le jour où, encadré de noir, VUni' Qers m'apporta la funeste nouvelle, mon esprit est douloureusement affecté de la perte que la cause catholique vient de faire: lors même que sa plume était muette, on sentait que Louis Veuillot était là et qu'il était permis d'espérer.
Jeune encore, j'aimais à parcourir les colonnes de VUnivers chez le vénérable curé de ma paroisse natale ; plus tard les Pèlerinages de Suisse faisaient mes délices d'humaniste et de rhétoricien.
Il y a quelques jours à peine, je dévorais les Libres Peii" seurs: quelle jouissance pour l'esprit et le cœur! quelles chaudes efQuves on ressent à la lecture de ce chapitre incomparable consacré à faire connaître les gens qui ne pensent point!... Qu'elle est prophétique, cette apostrophe adressée, en terminant, aux Tartufes politiciens et persécuteurs de nos jours :
(c Ils blasphèment la lumière, ils outragent la vertu. Ils ont compris que la force de l'Eglise est dans le respect qu'elle mérite et dans le bien qu'elle fait ; ils ne veulent pas que l'Église soit respectée et qu'elle fasse le bien. Ils ont décrété que sa science n'éclairerait plus l'ignorant, que sa voix ne consolerait plus le malheureux, que sa main ne nourrirait plus l'affamé. Ils ont dit à l'enfant du peuple : « Le frère des écoles c( t'empoisonne. » Ils ont dit au malade des hôpitaux : a La a sœur de charité te tue. » (6* édit., p. 540.)
Ne dirait-on pas ces lignes écrites au lendemain des exploits des Hérold et de nos tyranneaux préfets de province ?....
Mes prières ne feront point défaut au vaillant qui vient de paraître devant Dieu, et le mémento auquel il attachait un si grand prix pendant sa vie lui est assuré de ma part pour de nombreuses années.
Recevez, Monsieur, etc. Joseph Guillaud,
curé.
Lettre de M. l'abbé Métivier, doyen d'âge du diocèse d'Orléans, à M. Eugène Veuillot :
Orléans, le premier jour du mois do Mario 1883.
Monsieur le directeur. — Je ne sais à qui adresser mon humble et légitime supplique : je vous prie de Tapostiller et de la recommander. Le diocèse d'Orléans se trouve en ce moment dans une position exceptionnelle ; il a besoin de deux plaques commémoratives pour conserver le souvenir de deux berceaux très modestes, devenus éclatants et glorieux : le berceau du journal V Univers, né en 1833, Jiu presbytère de Puiseaux (Loiret), et le berceau de Louis Veuillot, né en 1813, à Boynes [Loiret), dans la maison d'un ouvrier. Ces deux gloires sont inséparables, et elles appartiennent à notre pays.
Daignez, Monsieur, vous intéresser à ces deux plaques commémoratives de nos deux berceaux Orléanais.
J'ai rhonneur d'être, etc. L'abbé Métivibr.
Lettre du R. P. Dominique à M. Eugène Veuillot :
Angers, !«' mai.
Monsieur. — Arrivé tout récemment des Antilles, je n'ai appris que bien tard la douloureuse nouvelle de la mort de votre illustre frère, et rien n'était plus loin de ma pensée que de vous écrire pour joindre mon hommage insignifiant aux nombreux hommages offerts par tout ce qu'il y a de plus distingué dans la presse et dans l'Église, à la mémoire du grand chrétien et du grand écrivain que l'Église et la France viennent de perdre. Mais, en lisant ces hommages si consolants dans les numéros de V Univers qui ont été mis à ma disposition, j'ai vu avec peine l'injuste appréciation du Ta^/er, journal auquel notre communauté de Trinidad est abonnée aussi bien qu'à V Univers, et j'ai senti le besoin de protester contre cette appréciation, qui aura peiné, j'ensuis sûr, les catholiques anglais eux-mêmes.
Cependant je dois vous avouer que le langage du Tablet ne m'a pas beaucoup surpris, car il y a une différence radicale entre le Tablet et Y Univers : le Tablet est anglais d'abord, catkolique ensuite; V Univers y au contraire, est catholique avant tout, et ensuite, ou plutôt en même temps, français. Je dis : en même temps, car catholique et français sont deux mots qui ont été, sont et seront à jamais inséparables. Les protestants eux-*
mêmes reconnaissent et proclament cette vérité, en appelant notre Eglise, non pas Catholic Church, mais Prench Church, Veuillez agréer, etc. Fr. M. Dominique,
s. 0. p., missionnaire.
Les religieux bénédictins de la Pierre-qui-Vire ont adressé la délibération suivante à M. Eugène Vcuillot :
Monastère de Saint-Piorre (Bouehcs-du-Rhône), lo 1^ mai.
PAX. VIVE LE CŒUR DE JÉSUs!
A la mémoire de Louis Veuillot.
Réunis enfin pour la première fois après les travaux apostoliques du carême et du temps pascal, le prieur et les moines de Saint-Pierre ont Thonneur d'offrir à la famille de Tillustre défunt et à V Univers l'expression de leur douloureuse sympathie.
L'hommage le plus glorieux qu'ils puissent rendre à Louis Veuillot, c'est de reconnaître et de proclamer qu'il a toujours été le champion indéfectible de l'orthodoxie pure et sans alliage, dans la discussion de toutes les questions qui intéressent l'Église et la France en notre siècle si tourmenté. Quel honneur et quelle source de mérites éternels pour lui ! quel exemple pour les chrétiens qui ont le devoir d'agir et de parler en faveur de l'Église et du bien public I quelle lumière sûre et éclatante pour V Univers!
F. Romain Banquet, prieur, o. s. d. — F. Axbblmb VioUSR Bous-pricur, id.— F. Théodore Akdrieux, id.— F. Plus Gar^ MER, id. — F. Bkde Lalauze, id. — F. Louis Bbaud, id. — F. RouiN Delandre, id. — F. Bruno Bailly, id. — F. Jacques DE C.VTTRO, id.^ F. Lazare Gbrvais, id.^— F. Victor Baillot, id.
Lettre du R. P. Biron à M. Eugène Veuillot :
L'Ermitage de Lons-le-Saimier (Jura), !«' mai. PAX christi.
Honoré Monsieur. — Quel admirable concert de louanges continue de s'élever, depuis bientôt un mois, autour de la tombe de notre incomparable Louis Veuillot !
Toutes les notes s'accordent, et jamais on n'entendit ud concert plus unanime.
La mort de Louis Veuillot est devenue sa vie et son triomphe. Il sera toujours vivant devant les hommes comme devant Dieu, qui a déposé sur sa tête la couronne de justice.
Permettez>moi, Monsieur, de r Appeler ici un simple sou-, venir.
Un des derniers jours du mois de mai 1859, M. Louis Veuillot daigna me recevoir dans son cabinet, situé près de la salle de travail, où tous les rédacteurs de T^/iiVcr* se trouvaient réunis en ce moment. Vous étiez à sa droite. Il se leva et me dit : Vous nous voyez dans la ferveur du travail.
Durant sa conversation, toujours étincelante d'esprit, il me fut donné d'admirer la vivacité de sa foi, son amour de la sainte Eglise et sa très grande charité envers les ennemis du journal l'Univers.
Veuillez agréer, etc. Biron,
prctre de la Compagnie de Jésus.
Un aumônier des sœurs de la Charité écrit à M. Eug. Veuillot :
La générosité de Louis Veuillot est proverbiale. A ce sujet, connaissez-vous l'histoire du Ciboire de Top-Hané ?,,,
La bonne sœur Magdeleine, supérieure de l'hôpital de Top- Hané, à Constantinople, était venue participer à la retraite de la maison mère de Paris. Ne voulant pas s'en revenir les mains vides chez les musulmans, elle quêta, et dut exposer à M. Veuillot le dénuement de sa chapelle, car celui-ci promit d'envoyer un magnifique ciboire.
Mais, hélas! Dieu se plaît à éprouver les siens. De retour à Constantinople, sœur Magdeleine, enfin avertie de l'envoi, attendait impatiemment le paquebot, lorsqu'elle reçut la nouvelle de son naufrage dans l'archipel. La situation devenait embarrassante : annoncer ce malheur au bon Louis Veuillot et le remercier quand même, c'était, vu sa générosité, se faire envoyer un autre ciboire; cependant, ne pas écrire, c'était de l'ingratitude. Sœur Magdeleine trouva un biais : le frère portier de Saint-Lazare étant dans la confidence, ce fut lui qu'on chargea de la diflicile mission de n'être pas importun, tout en exprimant des remerciements pour un objet non reçu.
Comment s'y prit le frère portier? je l'ignore ; ce que je sais, c'est que le mystère fut percé à jour, la générosité ne fut pas vaincue par la délicatesse, et, à l'heure qu'il est, le Dieu du Ciel, en pays musulman, habite dans l'or de Louis Veuillot.
Heureux présage, qui nous fait croire qu'en ce moment aussi, Louis Veuillot habite, pour l'éternité, dans le palais d'or de son Dieu! J. dr L.
348 HOMMAGES A LOUIS TEUILLOT
Une des sœurs de Saint-Joseph de Cluny écrit à M^^« Veuillot,
en lui envoyant un souvenir choisi d'après le goût connu de
M. Louis Veuillot :
Paris, 1^' mai.
Mademoiselle. — Notre révérende mère générale, qui, le 10 avril, a eu l'honneur de vous témoigner tpus ses regrets pour votre illustre défunt, me charge de vous prier d'agréer, en son souvenir, cette boîte qui nous vient des Antilles et qui renferme certains objets qu'il aimait.
Et puisque j'en ai l'occasion, permettez-moi de vous dire, Mademoiselle, combien, en lisant les pages de ï Univers, nous jouissons de ce magnifique triomphe qu'il trouve dans la mort. Nous nous demandons si l'on a jamais vu un concert aussi universel d'hommages, d'éloges et d'admiration ; son grand mérite hautement reconnu, même par les adversaires et les ennemis! Quelle récompense, en ce monde, de ses travaux et de son dévouement chrétien ! H a toutes les gloires, celle de la terre et celle du ciel bien autrement incomparable, et pour Féternité. C'est là, pour votre cœur brisé, un immense sujet de consolation et d'espérance: puisse-t-il adoucir un deuil tel que le vôtre ! Je le demande à Dieu pour vous, Mademoiselle, et je vous prie de me croire, avec une bien respectueuse sympathie.
Votre très humble servante, S. Léontine,
relig. do Saint- Joseph de Cluny.
Lettre de M. Augustin Canron à M. Eugène Veuillot :
Avignon, 1*' mai
Monsieur. — Me sera-t-il permis de venir, après tous les autres, vous offrir l'hommage de mes vives et bien sincères condoléances ? J'avais le bonheur, depuis bientôt trente-quatre ans, de connaître votre illustre frère. J'ai eu l'honneur plusieurs fois de lui écrire; j'ai eu la bonne fortune de jouir de ses entretiens, à Paris, à Marseille et à Rome ; bon nombre de ses amis étaient les miens également, et, partageant sur tous les points sa manière de voir, j'avais l'habitude de recevoir comme autant d'oracles ses décisions et ses conclusions dans les questions brûlantes de polémique religieuse et politique. C'est vous dire la part que je prends à votre juste et profonde douleur. De pareils hommes ne se remplacent pas, et c*est là précisément ce qui double mes regrets. Au moment où tout
HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT 349
notre édifice social meaace de s'écrouler sous les coups de l'impiété, la perte d'un vaillant champion de la cause catholique, d'un rude jouteur de la bonne presse, tel que Tétait M. Louis Veuillot, me ferait presque pousser un cri de désespoir. Nous avons tant besoin d'athlètes vigoureux qui puissent se mesurer corps à corps avec nos adversaires, dont l'audace égale la perfidie. Je me plais à croire que celui dont nous pleurons la mort se fera auprès du Dieu, pour lequel il combattit si courageusement les bons combats, le défenseur et l'intercesseur de ces pauvres petits écrivains catholiques comme moi, que son exemple animait, sa parole enflammait, ses conseils dirigeaient. Il fut poumons un modèle, il nous apprit à mettre en pratique le précepte de l'apôtre : Insta opportune, impor^ tune ; il nous enseigna comment nous devons porter l'opprobre de Jésus-Christ extra castra, comment nous devons chasser les vendeurs du Temple, et nous tenir en garde contre le levain des Pharisiens, quod est hypocrisis; comment nous pouvons concilier l'indépendance de notre noble profession avec le respect et l'obéissance dus à nos supérieurs et à nos maîtres.
Le nom, les traits, les écrits, la parole de ce grand homme, vivront à jamais dans ma mémoire et dans mon cœur. Puisséje modeler jusqu'à la fin ma conduite sur la sienne, et fermer comme lui, à ma dernière heure, mes yeux aux choses de ce triste et malheureux monde, pour les ouvrir, un instant après, à la clarté et à l'éclat d'un monde meilleur!
Je suis avec respect, etc. Augustin Canron,
chovalier de Saint-Grégoire le Grand, licencié en droit.
Lettre de M. le colonel Milleroux à M. Eugène Veuillot :
Arras, 1" mai.
Cher Monsieur. — J'ai laissé s'écouler bien des journées depuis le jour de deuil qui vous a ravi votre frère, notre ami si vénéré. Je ne suis rien; et cependant, si j'ai quelque chose en pensée chrétienne, je le lui dois. Autrefois j'étais allé l'en remercier. 11 avait bien voulu m'écouter. 11 avait bien voulu venir en 1845 au fort de Bicêtre, où j'étais alors, et dans ma carrière, de temps à autre, je me rappelais à lui, lui reportant le peu de bon des actes de ma carrière. Je n'avais pas l'honneur d'être connu de vous. Je n'avais pas pensé d'abord m'adresser à vous. Je m'étais contenté de continuer de prier pour
lui, comine j'avais Thabitude de le faire, le faisant seulement plus vivement. Mais dernièrement, retrouvant sous mes yeux ces pages où il a épanché son cœur et dît comment il aimait son frère, sa sœur, j'ai cru devoir venir dire à son frère combien j'aimais notre cher ami ; il m'a semblé que je me ferais du bien à moi-même, et que je ne ferais pas de mal aux cœurs qu'il savait si bien aimer.
Veuillez donc, cher Monsieur, agréer les sentiments de condoléance sympathique que je me permets de vous exprimer aujourd'hui, comme l'expression d'une bien vive gratitude pour votre vénéré frère, dont la douce mémoire restera toujours en mon cœur, ce que je serai toujours heureux de pouvoir redire à ceux qu'il a tant aimés.
Respectueusement, etc. Millerocx,
colonel du génie en retraite.
Lettre de M. Raphaël Tarel, avocat, à M. Eugène Yeuillot :
Château de la Baume (Dordogne).
Monsieur. — Je n'ai pas l'honneur de vous connaître, et cependant je considère comme un devoir impérieux pour moi de rendre un humble tribut de reconnaissance à l'admirable chrétien que nous pleurons tous, et de vous transmettre l'expression de ma douloureuse sympathie. Je dois à M. Louis Veuillot d'aimer la sainte Église, d'aimer le Saint-Siège, dont votre regretté frère fut l'ardent défenseur; en un mot, d'aimer notre sainte religion, qui a perdu en lui son champion le plus infatigable. Je considérerais comme une ingratitude de ma part de ne pas le pleurer aujourd'hui, et de ne pas vous dire quelle est l'amertume de ces pleurs.
Daignez agréer, etc. Raphaël Tarel.
loj *^**o <ie M^f l'archevêque syrien de Damas à M. Eugène Yeuiip Dama», '2 mai.
çi . ^*^ WoNSiBun. — Je ne veux pas me priver de l'honneur dette ^ <ionsolation de vous payer, quoique le dernier, ma
j^l 1 * Coureuse de vives condoléances pour la perte de feu viens J?/^ Veuillot, fondateur de votre illustre journal, dont je (jtsm^^* apprendre la sainte mort par les journaux d'Europe J'av^^^^ P^'* y Univers, Requiescat in pace! ^ ^îs désiré une occasion moins triste pour témoigner ^Ul^ents et aux amis de ce .champion de la religion ma SV^^ reconnaissance, et pour reconnaître envers vous, et par ^s envers tous les Français, les éminents titres que le ^ggretté Louis Veuillot avait à l'amour, à la vénération de tous les catholiques d'Orient et de mon diocèse en particulier. Ces titres, il les a laissés en héritage à sa chère France, à laquelle d'ailleurs, nous autres Orientaux nous devons presque tout. Mais, puisque la volonté de Dieu a décidé que l'expression de notre gratitude soit mêlée à votre deuil, qui, par cela, devient le notre, veuillez agréer ce faible hommage, et croire qu'il y a en Orient des cœurs qui s'unissent à vous dans votre juste douleur et dans vos prières, pour le repos de l'âme d'un si grand homme.
Dans ces sentiments, j'ai l'honneur d'être avec haute considération, dans la charité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, très cher Monsieur, Votre très dévoué et très obligé serviteur,
Clémbnt-J. David,
archevêque syrien do Damas.
332 HOMMAGES A LOUIS TEUILLOT
Lettre de Mf' Rœss, évéque de Strasbourg, à M^^* Elise Yeuillol :
Sigolzhoim (Haut-Rhin), â mai.
Mademoiselle. — Je suis peut-être un des derniers à vous exprimer mes bien vifs sentiments de condoléance à Toccasion de la mort de monsieur votre frère ; mais je suis bien certain que je n'ai pas été le dernier à les éprouver au delà de toute expression. Dès la première nouvelle de cette mort, le souvenir des combats, des mérites, des œuvres, des souffrances, des victoires de M. Louis Veuillot, et celui de notre constante et intime amitié (dont je conserve pieusement les nombreux témoignages), se sont présentés vivement à mon esprit et à mon cœur brisé; et je n'ai pu empêcher en ce moment mes chaudes larmes de couler, et par-dessus tout mes prières de monter au ciel pour le grand défunt que Dieu venait d'appeler à lui.
Aujourd'hui vieillard nonagénaire, il m'a été donné de suivre tout le long de sa carrière Louis Veuillot et d'assister à toutes ses luttes. Quel noble usage il a fait des dons que Dieu lui a si largement départis! Son talent d'écrivain, sa foi inébranlable, la fermeté de son caractère, ses connaissances variées, n'ont été consacrés dans ses livres et dans la polémique quotidienne qu'à la défense de la vérité prise à la source divine de l'Eglise, et à l'édification de ses nombreux lecteurs. Sur quelle question sociale n'a-t-il pas fait descendre les lumières d'en haut? quelle fausse doctrine n'a-t-il pas flagellée? quel mensonge historique n'a-t-il pas redressé ? quelle corruption publique n'a-t-il pas flétrie ? quelle bonne cause n'a-t-il pas défendue ? quelle action sainte n'a-t-il pas célébrée ? Il avait élevé la presse à la hauteur d'un apostolat, et lui avait consacré son existence. L'Église avait en lui un puissant défenseur; la France catholique, un de ses fils les plus dévoués ; ses amis, un modèle à suivre ; l'incrédulité, un de ses adversaires les plus redoutables.
Aussi sa mort a été un événement qui a eu son retentissement dans tout l'univers : amis et ennemis ont également rendu justice à ses talents éminents, à ses convictions inébranlables, à sa loyauté dans la polémique, qui ne s'est jamais démentie.
J'aurais voulu. Mademoiselle, en signe de mon estime et de mon amitié, unir ma couronne à toutes celles qui ont orné la tombe de notre regretté défunt. Ne l'ayant pu, j'ai cherché à lui offrir une couronne certainement plus précieuse à ses
HOMMAGES A LOUIS TEUILLOT 353
yeux, en fondant pour lui une messe anniversaire à dire tous les ans le jour de sa mort.
Veuillez agréer, Mademoiselle, pour vous, M. Eugène Veuillot et toute votre famille, avec ma participation à vos douleurs, la nouvelle et constante expression de mes sentiments profondément dévoués en Jésus-Christ. -{- André,
évoque de Strasbourg.
M. le directeur de VAmi des livres a communiqué à la rédaction de l'Univers cette lettre de M. l'abbé Béral, aumônier à l'hôpital général de Montpellier :
Monsieur le directeur. — Vous avez eu la bonne pensée de nous donner, dans VAmi des livres du 15 avril, des extraits bien choisis des Œuvres de Louis Veuillot. Je vous remercie de rhommage que vous rendez à ce grand écrivain et à ce vaillant chrétien. La lecture de ses livres a souvent fortifié notre âme ; nous partagions sa généreuse indignation contre les bassesses, son amour désintéressé et libre de toutes nos pures gloires françaises. Il avait pour quelques-uns le tort de frapper fort, il avait pour beaucoup le mérite de frapper juste. Sa férule a marqué bien des épaules et bien des fronts, sa verve brûlante a arrêté bien des lâchetés. Il est parti juste à rheure où le brigandage lève partout la tête. Ce spectacle de notre décadence aurait échauffé son patriotisme, et il aurait éloquemment défendu nos dernières libertés menacées.
Il n'est plusl II nous reste son souvenir et une immortelle reconnaissance.
Lettre d'un prêtre du diocèse d'Autun :
Monsieur. « — ... J'ai eu le grand bonheur de voir deux fois votre frère, il y a déjà bien des années, et ces deux circonstances de ma vie sont encore présentes à ma mémoire.
La première fois, j'accompagnais un pieux ecclésiastique de Saint-Sulpice, professeur de notre grand séminaire, qui avait des renseignements à lui demander. Il nous reçut très cordialement dans son cabinet de travail. Les renseignements donnés, une petite causerie s'engagea, et naturellement on parla de VUnivers, de ses ennemis et des reproches qu'on lui adressait alors dans un certain monde. « Mais si nous avons des ennemis, reprit Louis Veuillot, nous avons aussi beaucoup d'amis, et de bons amis. » II nomma plusieurs évêques, et, à
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leur suite, M. Tabbë Desgenettes, qu'il appela le saint curé de Notre-Dame des Victoires. Puis il ajouta : « Nous ne sommes pas sans les consulter souvent. Or, parmi eux, les uns nous trouvent parfois un peu raides ; les autres, beaucoup trop doux. Que faire ? Nous resterons tout bonnement ce que nous sommes. »
L'autre fois, c'était à Rome, à l'époque des fêtes de la canonisation des martyrs japonais. Nous avions pour compagnon de voyage un excellent jeune homme, dont le père était un des fondateurs de la société de Saint- Vincent de Paul. Nous rencontrâmes Louis VeuUlot sur la place de Saint-Pierre, et notre compagnon l'aborda, au nom de son père.
<c Monsieur X... votre père! s'écria Louis Veuillot; mais c'est un de mes meilleurs amis. Gomme je suis heureux de recevoir de ses nouvelles de la bouche de son fils ! Mais, mon enfant, venez me voir; venez passer quelques soirées chez moi avec ces messieurs qui vous accompagnent. Nous causerons de Rome ; et, si je puis vous être utile pendant le séjour que vous y ferez, je me mets tout entier à votre disposition. i>
Nous fûmes singulièrement touchés de cette bonté toute paternelle, de cette affabilité et de la complaisance avec laquelle il s'offrait à nous servir de guide, lui toujours si occupé. Malheureusement nous étions presque à la veille de notre départ.
Si ces quelques détails peuvent vous intéresser et adoucir votre douleur, je suis heureux de vous les livrer.
Veuillez agréer, etc. Un prêtre du diocèse d'Autun.
Lettre de M. le curé de Saint-Pardouz-la-Rivière, diocèse de Périgueux, à M. Eugène Veuillot :
Saint-Pardoux-U-Rivièro, 2 mai.
Très cher Monsieur. — Après les grands noms, les grands personnages et les illustrations de tout genre, n'est-il pas juste que les petits apportent leur modeste tribut d'hommages, de vénération et de reconnaissance, au grand héros chrétien que nous pleurons tous?
Votre illustre frère. Monsieur, à l'exemple de la sainte Eglise, dont l'esprit l'avait tant imprégné, aimait tant les petits!
Puisque le champ est ouvert à l'expression des suffrages, puisque Dieu semble en désirer la manifestation complète, pour la gloire de son héros, en récompense terrestre de ses
HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT 85S
mérites trop contestés pendant sa vie, pourquoi nous, les humbles, ne dirions-nous pas aussi combien nous avons aimé, combien nous avons admiré le grand soldat de Jésus-Christ et de la sainte Eglise, combien nous lui sommes reconnais* sants de tout le bien qu'il nous a fait ?
Je sais que, pour moi, jamais homme, vivant ou mort, puissance, génie et même sainteté, n'a occupé dans ma vie la place qu'y a prise Louis Yeuillot. Je lui dois mes plus douces joies intenectuelles, mes émotions sacerdotales les plus fortes. Mes meilleures méditations, je les dois à telle page de ses livres ou de ses articles, inspirés par Tamour de Dieu et de l'Église; son âme xavérienne, passant tout entière dans ses écrits, m'a inspiré mes meilleures exhortations. Après la lecture d'une page de Çà et là ou des Parfums de Rome, ou de tel article de VUnivers pour la défense de la vérité, je me sentais aussi dispos à parler de Dieu à mes paroissiens qu'après la lecture du plus fervent chapitre de Vlmitation de Jésus^Christ,
Que le divin Rémunérateur rende à cette grande âme, au centuple, le bien qu'il m'a fait!
Daignez agréer, etc. J. Lbymarie.
Lettre du R. P. provincial des capucins de la province de Lyon
à M. Eugène Veuillot :
Glennont-Forrand, 2 mal.
PÀX.
Monsieur. — Je viens, un des derniers, joindre ma voix au concert d'éloges qui se fait entendre sur la tombe de votre illustre frère. Si je dis illustre, ce n'est pas — pour me servir d'une de ses expressions — un de ces « adjectifs enflammés qu'on lance » sans conviction, et qui ne font que masquer la pauvreté de sentiment de ceux qui les emploient: c'est pour moi une épithète chaleureuse, qui traduit l'admiration que les amis de la religion éprouvent pour celui qui fut en ce siècle son plus vaillant défenseur. Dieu aime tant son Église, qu'il récompense ceux qui l'ont servie plus encore qu'il ne punit ceux qui l'ont persécutée. Lactance a fait remarquer le caractère particulier des coups que la main vengeresse du souverain Juge a fait tomber sur eux; des exemples peu éloignés de nous confirment la remarque de Lactance. Je suis heureux, pour ma part, de constater comment Dieu a traité son bon et fidèle ser^ çiieur: il me semble voir, sur la tombe de ce soldat, rommeun
reflet de la gloire qui environne le tombeau du Chef sous lequel et pour lequel il a si bien combattu : Et erit sepulchrum ejus gloriosum. De son vivant, il fut haï et calomnié autant qu'homme de France. Il meurt, et Dieu fait que tous lui rendent justice et le louent à Tenvi, amis et adversaires. Un de ces derniers a fait de lui le plus bel éloge, quand il a dit : a II faut avouer qu'il a toujours eu pour lui la grammaire et le Pape.» On ne saurait dire plus et mieux en moins de paroles. Proudbon faisait aussi, à sa manière, un bel éloge, lorsqu'il disait : « Je ne connais que deux hommes conséquents : Veuillot et moi.» Jamais, en effet, Louis Veuillot n'eut peur de ce que Bossuet appelait a la face hideuse de l'Évangile »; jamais il ne sut rougir de Jésus-Christ; jamais il ne redouta de trouver en défaut sa mère la sainte Eglise. Il fut grand écrivain chrétien, militant et catholique, sine addUo, ou, si l'on veut, catholique conséquent. Honneur à lui !
Veuillez agréer, etc. Fr. Gabriel,
provincial dos capucins de la province de Lyon.
P,-S, — C'est à dessein, Monsieur, que j'ai choisi ce jour pour vous faire parvenir ces lignes : une pensée m'est venue, que je veux vous communiquer ; je suis assuré que vous ne la repousserez pas. J'espère qu'en ce jour de l'Ascension, où Notre-Seigneur est entré dans la gloire avec la multitude de ceux qui l'avaient aimé et servi, il y fera entrer aussi, si déjà il n'y est, celui qui l'a aimé au point de tout sacrifier pour le servir. Jeudi matin, je dirai la messe dans cette intention; au souvenir de ce frère disparu je joindrai le souvenir de tous ceux qu'il a laissés. Permettez-moi de vous le dire, quoique je n'aie pas l'honneur d'être connu de vous.
Lettre de M. Léon Provin à M. Eugène Veuillot :
Sacy (Marne), 2 mai.
Monsieur. — Permettez-moi de vous dire la part sincère que je prends à la douleur que cause à vous et aux vôtres la mort de votre illustre frère.
Par un privilège qui est à la fois une source de consolation et de gloire pour votre famille, vous voyez cette douleur partagée par tout ce qui porte en France un cœur vraiment catholique.
C'est là la seule'gloire qu'ambitionnait monsieur votre frère ;
mais il en reçoit une seconde par surcroît. A la douleur des catholiques se joignent les regrets de tous ceux qui ont le culte des lettres françaises: il est indubitable qu'en M. Louis Veuillot nous avons perdu le premier de nos écrivains contemporains. On peut mesurer l'étendue de cette perte à Tavidité avec laquelle sont recueillis les moindres fragments échappés à sa plume, et avec laquelle se lisent les lettres si charmantes que vous livrez de temps à autre à la publicité.
Si je ne vous ai pas plus tôt et d'une manière plus spéciale adressé l'humble mais fervent tribut de mes regrets et de mon admiration, c'est que je ne reconnais pas à mon témoignage un poids suffisant pour mériter d'être classé parmi ceux que vous enregistrez tous les jours.
Ma voix ne vaut qu'à la condition de se confondre parmi toutes celles qui s'élèvent dans un concert si unanime, et dont l'ensemble est plus glorieux pour la mémoire de monsieur votre frère que n'importe quel témoignage isolé.
Je n'ai d'autre titre, en effet, à louer M. Veuillot qu'un peu de cette foi dans l'ardeur de laquelle il a puisé de si solides vertus et de si magnifiques élans.
Mais ce titre^ je le sais, eût été suffisant à ses yeux ; et c'est ce qui m'enhardit à venir vous dire que je pleure sincèrement votre illustre défunt et ne l'oublie pas dans mes humbles prières.
Je suis consolé, d'ailleurs, non seulement par la pensée de la récompense dont il jouit sans doute, mais aussi par l'assurance qu'entre vos mains et celles de vos vaillants collaborateurs, l'œuvre à laquelle M. Louis' Veuillot avait voué sa vie ne périclitera pas.
Veuillez agréer, etc. Léon Provin.
Un religieux capucin écrit à M. Eugène Veuillot :
PÀX.
Monsieur. — Le Seigneur dit un jour à saint Thomas d'Aquin : Bene scripsisti de me, Thoma. Tous les ordres religieux de France peuvent, à leur tour, adresser les mêmes paroles à Louis Veuillot. Il a, en effet, bien parlé de tous les ordres religieux ; et ne dit-il pas lui-même, dans une de ses lettres, qu'il est a l'ami des missionnaires, des Petites Sœurs des pauvres, des capucins » ? Oui, il était notre ami, notre défenseur, notre soutien; et son grand cœur a dû souffrir dans
358 HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT
Tannée 1880 des tourments indescriptibles. Ah ! comme il aurait flagellé les auteurs, les signataires, les exécuteurs des décrets de mars, si sa plume n'avait été paralysée ! Louis Yeuillot, le défenseur de Pie IX, Tami de dom Guéranger; Louis Veuillot, le marteau du libéralisme moderne, n'aurait pas abandonné les moines au moment de la tourmente. Il n'aurait pas craint de se compromettre en défendant les proscrits : il ne connaissait point la vaine prudence de tant de Français.
Les religieux n'ont pas oublié leur ami : aussi c'est avec bonheur que je lis tous les jours dans V Univers les lettres écrites par les enfants du cloître à l'occasion de la mort de votre illustre frère.
Je n'ai point connu Louis Veuillot autrement que par ses écrits ; mais cela m'a suffi pour l'aimer. Ses livres m'ont éclairé. Je leur dois peut-être même en partie ma vocation religieuse.
Après 1870, j'étais, comme tant d'autres jeunes gens, indécis; je cherchais ma voie. Les Libres Penseurs me tombent sous les yeux; je les parcours d'abord avec indifférence, ensuite avec intérêt. J'y trouvais à chaque page l'apologie de quelque ordre religieux. « Ils ne sont pas bien mauvais, ces moines, me disais-je en moi-même, puisque le roi du journalisme en parle si bien. »
Les arguments de Louis Veuillot m'ébranlèrent; un saint prêtre continua ce que le savant écrivain avait commencé, et, quelques mois après, je disais adieu au monde et revêtais Thabitdu Pauvre d'Assise.
Je n'ai pas oublié au saint sacrifice l'âme de votre frère. Aujourd'hui surtout, jour de l'Ascension, je me suis rappelé ces paroles de saint Paul : Ascendit super omnes cœlosj ut impleret omnia. Et j'ai dit au Seigneur de remplir le cœur de celui qui l'avait tant aimé ici-bas, en lui donnant, s'il ne l'a déjà fait, paix, gloire, immortalité.
A vous, Monsieur, je prie le Seigneur de donner lumière et force, afin que vous combattiez sans cesse le libéralisme terrassé, mais renaissant encore de nos jours, malgré les terribles leçons que lui ont données ses lâches concessions.
Un frère mineur capucin.
A la même date, un autre religieux capucin nous écrivait du département de l'Aude: «Je désire rester inconnu, mais je
HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT 359
veux que VOUS sachiez que je m'associe de grand cœur à la douleur de mes frères, d
Leitre d'un prêtre de Besançon à M. Eugène Veuillot :
Bosançon, le 3 mai.
Bien cher Monsieur. — Abonné ou coabonné de V Univers depuis 1840, je ne résiste pas, en lisant votre article : Derniers Enseignements, à l'envie de vous adresser sans retard mes félicitations.
Redites-nous donc encore, autant que vous le pourrez, quelques-unes de ces touchantes révélations qui montrent si bien la haute élévation, la perfection tout évangélique des sentiments de votre admirable frère.
Quoique n'ayant pas eu l'honneur et la chance d'échanger un mot avec lui, si ce n'est au moment de la suppression de Y Univers, j'ai espoir que cette grande âme va se souvenir de moi au ciel, parce que j'ai eu de temps en temps l'occasion de défendre le vaillant rédacteur en chef de V Univers et que j'en ai toujours vigoureusement profité.
J'ai aussi converti à son journal plusieurs personnes influentes, qui lui sont demeurées bien fidèles et bien dévouées.
Mon nom est trop peu de chose pour prendre place parmi les noms si distingués qu'enregistent les hommages si beaux mais si bien mérités, rendus à votre immortel frère.
Je vous laisse libre de dire si vous le jugez convenable qu'un prêtre du diocèse de Besançon, qui, depuis 1840, a toujours lu et défendu V Univers, s'associe à toutes les douleurs que fait éprouver la mort de ce grand défenseur de l'Eglise.
Lettre de M. le curé de Marigné-Penton, diocèse de Laval, à
M. Eugène Veuillot :
Marigné-Ponton, 3 mai.
Monsieur. — Pardonnez-moi si j'ose mêler ma voix à tant d'autres plus dignes d'honorer la mémoire de votre illustre frère. Mais je ne veux pas tarder davantage à vous dire la part que je prends à votre douleur, et aussi à la joie que doivent vous causer ces témoignages si nombreux et si glorieux pour notre grand Veuillot.
Lecteur de V Univers depuis 1844, je suis de ceux qui ont
toujours admiré sans réserve, non seulement le magnifique ta« lent de votre fîrère, mais sa grande foi, son ardent amour pour la sainte Église, ces indignations véhémentes qu'on ne trouve que dans ceux qui, comme lui, sont animés du zèle le plus pur. Pour .ma part, je n'ai jamais trouvé que l'expression en fût excessive.
Ma lettre ne mérite point de figurer à côté de tant d'autres signées de noms qui ont une autorité que ne peut avoir le mien, car je suis peut-être le plus obscur de vos lecteurs. Croyez-bien cependant que peu ont plus admiré et aimé le grand chrétien qui a toute sa vie si bien défendu tout ce que j'aime.
Veuillez agréer, Monsieur, etc. J. Pierre,
curé de Marigné-Penton.
Dépêche de Burgos, 4 mai : ^
Le 3 mai, jour de l'Ascension, une communion générale a eu lieu au couvent de Saint- Joseph pour l'âme de Louis Veuillot. Toutes les religieuses et tous les élèves ont donné ce témoignage chrétien au grand écrivain qui est au ciel.
La veille, à l'église de ce couvent, des prières ont été dites pour demander au bon Dieu que le jour de l'Ascension monte au ciel l'âme de Louis Veuillot, si elle est au purgatoire.
220 francs ont été distribués aux pauvres en aumônes, au nom de Louis Veuillot ; et les pauvres prieront aussi pour lui, et nos prières seront exaucées. Francisco Navarro.
A propos de la lettre du R. P. Irénée, exprimant les sentiments de tous les dominicains de la province de Lyon, les religieux dominicains réfugiés en Valais écrivent que « tous ont vu avec une grande joie une plume dominicaine entrer dans le chœur des hommages à Louis Veuillot ».
Lettre d'un prêtre du diocèse de Saint-Flour à M"« Veuillot : Mademoiselle. — Il ne vous souvient pas, sans doute, d'an petit curé des montagnes d'Auvergne, qui, un jour, eut la hardiesse de frapper à la porte de M. Louis Veuillot et détendre la main à lui et avons. Mademoiselle, pour solliciter une obole en faveur de sa pauvre église en ruine. La porte s'ou-
HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT 361
vrit, bienveillante et sympathique» et l'aumône tomba, généreuse et encourageante, dans la main du pauvre prêtre.
C'est un souvenir que je garde religieusement...
Quel admirable concert de regrets et de louanges s'élève de toutes parts, harmonieux, vibrant et ému, vengeur et triomphant, autour de la tombe du vaillant soldat du Christ !
Voilà un mois que cela dure! Gomme je m'en réjouis! comme je triomphe avec les enfants de l'Église! Justice est enGn rendue.
£d descendant du Calvaire, les pharisiens se frappaient la poitrine et s'écriaient : Vere Filius Dei erai i^e,
A la mort du redoutable champion de notre cause, les pharisiens d'aujourd'hui ont dit dans leur cœur, et plusieurs ont eu la noble franchise de le crier bien haut : a C'est un juste qui vient de mourir; il a toujours défendu la vérité et la justice. Honneur à lui ! »
Maintenant que la publicité va faire silence, je tiens à vous dire. Mademoiselle, que moi aussi j'ai offert ma petite fleur à la mémoire du grand serviteur de Dieu.
Chaque dimanche, au prône, avec les chers morts de ma paroisse, je nomme Louis Veuillot, bienfaiteur de l'Eglise^ dé^ cédé à Paris,
Chaque mois, une messe est annoncée et dite pour les âmes dont les noms figurent sur cette liste de charité.
Je désire que ce pieux moyen d'acquitter ma dette de reconnaissance soit une consolation pour vous. Mademoiselle, et pour votre honorable famille.
Lettre de M. Fabbé Forcade à Mll« Veuillot :
Margeille, 6 mai.
Mademoiselle. — ... Dans les bouquets que l'on dépose sur ta tombe des morts, il y a parmi les fleurs principales de vulgaires feuilles vei^tes : Veuillez joindre. Mademoiselle, mon humble et pâle feuille au splendide bouquet que composent à votre frère les sympathies du monde catholique, et que je vois avec bonheur s'accroître d'heure en heure.
M. L. Veuillot, répondant à un de ses adversaires, qui lui demandait avec dédain qui il était, dit : « Je suis quelqu'un du peuple chrétien ! » Ce grand homme de foi savait qu'il ne disait pas peu de chose. Vous le savez aussi, Mademoiselle, et vous ne dédaignerez pas les condoléances de celui qui, dé-
363 HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT
pourvu de titres retentissants, peut se dire toutefois «c quel* qu'un du clergé catholique », et a l'honneur d'être, Mademoiselle, votre très humble serviteur, J. Forcade,
premier vicaire à la paroisse de la Sainte-Trinité.
La lettre suivante exprime des sentimeots qui se trouvent dans quantité d'autres que nous ne pouvons reproduire, voulant condenser en un seul volume tous les hommages rendus à Louis
Veuillot :
Montgaillard, 3 mai.
Cher MonsieiTr. — Bien que je n'aie pas l'honneur d'être connu de vous, je tiens cependant à vous dire la part que i'7Î prise à votre douleur et à celle de votre famille. J'ai toujours été un admirateur passionné de Louis Veuillot ; son génie d'écrivain et surtout sa foi de chrétien m'ont inspiré pour lui un véritable culte. Depuis que j'exerce le saint ministère, je ne connais pas d'autre journal que VUnii^ers. C'est assez vous dire. Monsieur, que le coup qui vous a frappé et qui nous frappe tous a eu un vif retentissement dans mon cœur de catholique et de prêtre.
J'éprouve une véritable satisfaction à vous exprimer ces sentiments ; ils me pèseraient comme un remords, si je ne l'avais pas fait.
Mon témoignage n'ajoutera rien à tous ceux que vous avez déjà reçus, et qui sont bien plus autorisés que le mien, je le sais ; mais j'ai cru devoir, après tant d'autres, vous envoyer, ainsi qu'à tous les vôtres, mon tribut'd'hommages et de respectueuses sympathies.
Agréez, etc.
Parmi les lettres qui nous ont été adressées par des magistrats dont V Univers ne pouvait donner les noms, nous reproduisons celle-ci :
Monsieur. — J'ai admiré, les yeui bien souvent baignés de larmes, l'imposant défilé qui a eu lieu et qui se prolonge encore devant la tombe de votre illustre frère. En me joignant, malgré mon indignité, à cette catholique manifestation, je viens, au nom de la magistrature, payer un légitime tribut d'hommages à celui qui possédait au suprême degré les qualités maîtresses du magistrat : « la vertu, la science, et surtout l'indépendance d.
HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT 86S
Pour VOUS exprimer combien je prends part à votre douleur, qu'il me suffise, Monsieur, de vous dire que j*ai relu le chapitre ix du livre supplémentaire des Libres Penseurs.
Daignez agréer, Monsieur, etc.
Uq autre magistrat écrit à l'un des rédacteurs de V Univers :
Mon cher ami. — Je lis avec le plus vif intérêt, en pensant à vous et à M. Eugène Yeuillot, ce que V Univers a publié sur monsieur son frère. Les séparations, surtout lorsqu'elles portent sur un homme aussi éminent et qui a rendu tant de services aux catholiques, sont toujours si pénibles, que, quelques traces de gloire et d'espérance qu'elles laissent, les survivants qui en souffrent ont droit au témoignage de l'intérêt de ceux qui les connaissent et les aiment. Je ne suis pas suffisamment connu de M. Eugène Yeuillot pour lui offrir le mien; mais je vous prie de l'accepter et de croire, de loin comme de près, à mes sentiments d'estime et de constante affection.
Lettre de M. l'abbé Fouet, curé doyen de Routot, diocèse
d'Evreux, à M. Eugène Yeuillot :
Routot (Euro), 4 mai.
Cher Moi<isieur Yeuillot. — Il n'est jamais entré dans ma pensée de me mettre en avant pour quoi que ce soit. Mais permettez-moi, à propos de la mort de votre incomparable frère, devenir vous dire ici toute la part que j'ai prise à votre deuil, qui est devenu le nôtre à tous.
J'ai d'autant plus le devoir et le droit de déposer ma branche de cyprès sur sa tombe, que ce me sera mon acte de reconnaissance pour l'emprunt que je lui ai fait, dès 1872, dans ma Vie de saint Joseph, d'après Anne- Catherine Emmerick, avec considérations, pratiques et prières. J'ai tenu, dans ces considérations, à donner toute la suite de la Tradition en l'honneur du saint patriarche, et j'en suis venu à intituler ma 28^ considération : Saint Joseph d'après M. Louis Veuillot, en faisant précéder son article de ces quelques lignes, que vous me pardonnerez peut-être de vous citer :
d C'est donc par le grand publiciste que nous allons terminer la chaîne, trop courte à notre gré, des éloquents témoignages que nous avons eu à cœur de reproduire à la gloire de saint Joseph. A la suite des saints, des docteurs et de ceux qui
S64 HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT
ont qualité pour enseigner dans TEglise, nous en avons appelé à la magistrature et à la politique. C'est bien le moins que nous en appelions également à la presse, cette grande corruptrice du monde, pour qu'elle vienne, dans sa partie saine, en la personne de M. Louis Veuillot, déposer son tribut d'hommages au pied du père nourricier de Jésus. »
Viennent ensuite les belles pages de notre regretté défuut.
Et vous, Monsieur, agréez, etc.
Lettre de M. le curé de Vallabrègues, diocèse de Nîmes, à
M. Eugène Yeuillot :
Vallabrègoos, 4 mai.
Monsieur le directeur. — Permettez-moi de joindre ma faible voix au concert si unanime de regrets et de louanges qu'a provoqué, non seulement en France , mais dans tout le monde catholique, la mort de l'incomparable Louis Yeuillot
Qui pourrait calculer tout le bien qu'il a fait, tous les ennemis qu'il a désarmés, tous les esprits qu'il a éclairés, tous les courages qu'il a relevés, tous les dévouements qu'il a inspirés, tous les prêtres qu'il a consolés et encouragés !
Les tristes événements qui se déroulent, hélas ! sous nos yeux, nous révèlent et la justesse de ses prévisions et l'opportunité des coups qu'il a frappés, et, par une suite naturelle, l'injustice des attaques dont il a été l'objet.
On peut en être sûr, l'avenir, en éclairant le présent, consacrera, par une admiration sans mélange, l'œuvre de Louis Yeuillot. L'avenir dira que Yeuillot est un des hommes qui ont eu sur leur siècle la plus grande et la plus salutaire influence. Sous le rôle modeste de journaliste, il a exercé un puissant et fécond apostolat. Portant d'une main ferme le drapeau de la défense religieuse, ce vaillant ne s'est pas contenté de le montrer de loin; il s'est jeté au plus fort de la mêlée, là où la victoire devait se décider, et, quoiqu'il fût presque seul contre une légion d'adversaires, il a noblement soutenu la lutte, excitant les applaudissements des uns, forçant l'admiration des autres, imposant le respect à tous.
Assurément, la situation actuelle n'est pas faite pour nous ravir d'aise ; mais qui pourrait dire ce qu'elle serait si, tous les jours, pendant trente ans, l'illustre et infatigable rédacteur
HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT 365
en chef deT^Z/i^V^r^ n'avait infiltré dans les veines appauvries de notre société moderne les flots de foi vive et ardente qui jaillissaient si puissamment de sa grande âme ?... Veuillez agréer, etc. Bastide,
curé de Vallabrègoes (Gard).
Lettre de M. l'abbé Georges Paris, curé de Louvaines, à M. Eugène Veuillot :
Louvaines (Maine-et-Loire), 4 mai.
Monsieur. — M. Louis Veuillot, votre très regretté frère, est véritablement grand, parce qu*il a aimé Dieu, son Église, — notre mère, — et la France, — notre patrie. Sa mémoire sera éternelle.
Lettre de M. Tabbc Delor, curé de Saint-Pierre de Limoges, à
M. Eugène Veuillot :
Limoges, le 4 mai.
Cher Monsieur Eugène. — Si vous voulez un témoignage en faveur de ce que, dans votre touchant article du 3 mai, vous avez écrit des rapports de M. Louis Veuillot avec le P. Lacordaire et M. de Montalembert, voici le mien :
Ces deux grands esprits, avec M*' Berteaud, ont été la pas* sien de ma vie. Votre frère le savait, et il daigna ne pas cesser de m'aimer. Une de mes douleurs a été de constater, de m'avoner que si de ces grands hommes il a reçu (des deux premiers au moins) des déplaisirs amers, il ne les avait pas mérités. Je suivais avec une attention fiévreuse les incidents de la lutte, quand elle se produisait, et je faisais remarquer à mes amis le côté d*où venaient les plus déplorables violences. Je continuais d'aimer tout ce grand monde ; mais je devais, après tout, la préférence à la vérité, et je disais autour de moi : La foi nous doit fixer absolument du côté où est son plus rigide organe. Puis, comme votre Louis était beau dans ces joutes ! il était solide, robuste, éloquent, et, au fond, respectueux. Je ne sais quel glaive sacré choisissait sa main dans le duel avec le superbe orateur catholique. Quand la nouvelle de la mort de Montalembert arriva. Dieu sait combien j*ai pleuré ; mais comme mes larmes redoublèrent, quand, encadré de noir, X Univers se mita parler de notre Montalembert! J'ai beaucoup de lettres de monsieur votre frère : il est vif çà et là contre quelques-uns, contre certains procédés, contre certaines trames ; il déplore de voir les hauts et saints lieux d'où elles
viennent ; il n'y a rien d'aigre contre le grand et loyal chrétien. Il ne se détache dans ma mémoire qu'un mot un peu détonant, dans VUnhers, à propos du goût de Montalembert pour les classiques.
Mais voici mon témoignage le plus intéressant :
Vous savez le goût si prononcé qu'avaient l'un pour l'autre M<^ Berteaud et votre admirable frère. On peut dire, tant ils étaient unanimes, que se rencontrer, puis se retrouver, fut un des grands bonheurs de leur vie, comme une de leur douleur a été, sur la fin, de s'apercevoir que, je ne sais comment (sans doute par l'horreur, devenue invincible chez l'évêque, de prendre une plume], ils avaient fini par négliger un peu leur commune amitié.
Or, dans une des visites, des installations, dirai-je, de votre frère à Tulle, on rencontra, causant de tout, je ne sais quel acte récent de M. de Montalembert, peu dans le sens catholique sans adjectif. Monseigneur releva thcologiquement, éloquemment, comme toujours, l'acte ou le propos; et vers la fin, le théologien devenait un peu sévère pour le libéral. Il s'arrêta tout court, en disant ce qu'il répétait souvent : a Mais que> dommage que M. Charles soit libéral, lui qui est si versé dans les choses de l'Église, dans son histoire, dans ses récents livres; lui qui sait tout, qui est si fortement armé contre tous ces ignorants qui attaquent notre Église...; lui qui aime tant les saints, lui qui a écrit la vie de sainte Elisabeth !... — Ajoutez, Monseigneur, répliqua Veuillot, lui qui est un saint. — Comment ? comment ? (vous savez cette formule de l'ardent évêquA^ est-ce que vous savez quelques détails intimes? — Pas n'est besoiir de choses intimes. La vie du comte de Montalembert est publiquement la vie d*un aussi sincère que vaillant chrétien. Que si vous voulez un détail intime, le voici : J'ai pu lire sur le bureau de M. de Montalembert une prière, écrite sans doute par une main chère, et évidemment lue tous les jours, avec ce titre : « Pour demander l'humilité. Prière pour Charles. » Votre Louis était ému ; Monseigneur pleura, et moi aussi, l'humble mais bien heureux témoin.
Je vous demande pardon, cher Monsieur Eugène, de mes longueurs; et j'ajoute un mot pour remercier Dieu de la grande grâce, de l'accroissement de confiance et de force qu'il nous fait trouver depuis trois semaines dans notre cher Univers,
Tout à vous au plus intime du cœur de Notre-Seigneur.
H. Delor«
Lettre de M. l'abbé Dupuy à M. Eugène Yeuillot :
Barba un, diocèse do Toulouse, 4 mai.
Monsieur le rédacteur en chef. — Je suis un des plus anciens abonnés de V Univers : mon abonnement date de sa fondation. La lecture quotidienne de ce journal m'a appris beaucoup de choses que j'ignorais, soit en théologie, soit en philosophie.
J'ai su apprécier les qualités d'esprit et de cœur de M. Louis Yeuillot, votre illustre frère. Il a été le plus grand défenseur des droits de l'Église. C'est à lui que nous devons la disparition du gallicanisme. Ses luttes contre le libéralisme catholique (il n'est certes pas mort encore) ont ramené beaucoup d'esprits, beaucoup de cœurs, soit dans les laïques, soit dans le clergé, vers Rome, notre mère à tous, centre de l'unité.
C'est à lui que nous devons, ainsi qu'à dom Guéranger, son ami, le retour à la liturgie romaine, à l'infaillibilité du Pape.
Je suis le moins autorisé des prêtres pour juger cet homme incomparable, cet écrivain sans pair, cet athlète que rien n'a pu décourager, ni les sarcasmes de la libre pensée, ni les menaces qui ont si injustement pesé sur lui.
C'est bien tard venir vous offrir mes compliments de condoléance. N'attribuez ce retard qu'au minime degré que j'occupe dans la hiérarchie ecclésiastique. Je n'osais pas. Afais mon cœur, ma reconnaissance me crient un vif reproche. Je leur obéis en vous disant que si je suis un des derniers à vous exprimer mes sentiments, je ne suis pas le dernier à prier pour M. Yeuillot. Le 12 avril, j'ai offert la sainte messe pour le repos de sa belle âme, qui a reçu déjà, je l'espère, je le crois, la récompense de ses nobles travaux pour l'Église, pour la France, pour la société. Tous les jours, je continue à prier pour lui.
Recevez, etc. ' Dupuy,
prdtro.
Lettre de M. l'abbé Richard à M. Eugène Yeuillot :
Saint-JuUen-GèneTois (Haute-Savoie), 4 mai.
Monsieur. — En lisant les magnifiques choses que tant d'excellents catholiques vous écrivent à la louange de votre illustre frère, je me disais : Comment oserais-je, l'un des derniers dans la maison de Dieu, hasarder une faible note dans ce concert universel et si touchant ? Yoilà pourquoi mon cœur
368 HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT
a souffert et prié avec le vôtre, mais en silence jusqu'à ce jour.
Toutefois ce silence me pèse comme un remords. A tant d'éloges de Louis Veuillot il est impossible d'ajouter; et cependant j'ai l'honneur d'en offrir un qui a de la valeur, puisqu'il émane de... Louis Veuillot lui-même, Je suis un témoin qui repète ce qu'il a entendu, et mon témoignage est absolument désintéressé et fidèle.
M. Louis Veuillot, fatigué par tant de labeurs si rudes et qui duraient depuis si longtemps, était venu chercher du repos et de la santé à Évian-les-Bains. L'hospitalité savoisienne l'accueillait avec empressement. Un jour, il était au presbytère de Lugrin, dans une salle dont la fenêtre ouverte laissait voir un splendide paysage illuminé par le soleil de juillet : « Voilà, s'écrie-t-il tout à coup, une belle image de la vie chrétienne! La vie chrétienne a toujours une fenêtre ouverte sur le paradis. » Les aimables et grands contemplatifs, comme saint François d'Assise, saint Bonaventure, saint François de Sales, auraient-ils mieux dit ? En voyant et en écoutant Louis Veuillot, on comprenait qu'il trouvait des trésors de joie et de poésie dans les trésors de la vérité ou de la foi .
Je ne sais plus à quel propos on parla de la mort. « Si le bon Dieu m'appelait dans huit jours, j'espère que je serais prêt, dit M. Louis Veuillot; s'il m'appelle demain, je crois que je serai prêt; s'il m'appelle en ce moment, je pense que je suis prêt. »
Voilà, certes, un aveu absolument sincère: rien n'obligeait, même de loin, le grand écrivain catholique à parler de sa conscience et de sa confiance d'être bien avec Dieu. Et ce n'était pas une âme faible, capable de se payer d'illusions. Voilà pour vous. Monsieur, pour sa sœur, ses filles et les catholiques, une profonde consolation, et j'ai quelque joie de vous l'offrir publiquement.
Depuis l'époque où j'ai eu l'avantage de le voir, M. Louis Veuillot n'a cessé d'être prêt, puisqu'il n'a pas quitté l'étendard de Jésus-Christ. Gomment ce vaillant soldat, ou plutôt ce héros de l'Eglise militante, n'aurait-il pas déjà reçu la palme d'honneur et la couronne de justice ?
Veuillez agréer, etc. L'abbé A. Richard,
aumônier de la PrésenUtioa.
Lettre de M. l'abbé Cbupin à M. Eugène Yeuillot :
Chambretand (Vendée] , 4 mai.
Monsieur. — En 1849, j'étais diacre et j'habitais la cure de Sainte-Hermine, où m'avaient appelé deux saints prêtres, MM. Bernard frères. J'étais chargé de donner à quelques élèves bien intéressants des leçons de latin.
Là commencèrent mon estime, mon admiration, mon affection pour M. Louis Yeuillot. J'ai toujours été un abonné fidèle à y Univers. Comme M. Rivalland, qui vient de vous écrire, et qui garde précieusement trente lettres écrites de la main de votre illustre frère, j'ai toujours aimé la grande et chère famille du journal catholique. Pendant les longues veillées, au foyer du presbytère, devant lequel venait s'asseoir un cercle choisi d'honnêtes ouvriers, on parlait de M. Louis Yeuillot, de M. Eugène Yeuillot, de M"* Elise Yeuillot, comme on eut parlé de ses plus chers parents. Point de contradictions, le même esprit et le même cœur pour juger et aimer le journal, les deux MM. Yeuillot et tous leurs excellents collaborateurs. Plus tard, il m'a fallu rencontrer des adversaires effroyablement prévenus et refusant de voir la lumière. Le bon Dieu permet qu'aujourd'hui ces hommes, revenus, plus que je n'eusse osé l'espérer, au sentiment de la justice, unissent leurs hommages aux hommages que nous rendons au grand écrivain et au grand défenseur de l'Église.
J'ai nommé M. Rivalland, ancien instituteur libre à Sainte- Hermine. Dès 1849 et longtemps après, toujours pieux et dévoué à l'enfance, il avait à soutenir une lutte terrible contre des protestants riches et des voltairiens influents. Son courage faiblissant, il s'adresse à Louis Yeuillot. Le grand journaliste entend et comprend le pauvre maître d'école : il lui écrit avec tendresse, avec fermeté ; il le réconforte. Et l'enfance et la jeunesse de Sainte-Hermine continuent de recevoir la véritab e instruction chrétienne.
Vous savez, Monsieur, mieux que moi, sans doute, les détails que je note ici. Et vous êtes touché comme moi de cette bonne inspiration de l'instituteur et de cette grande charité de votre frère. Au tribunal des divines miséricordes, ne pensezvous pas que cet acte aura, comme tant d'autres, accompagné rame de M. Louis Yeuillot ?
Veuillez agréer, etc. M. Ghupin,
prêtre habitué.
ai
Adresse des curés du canton d'Ussel à M. Eugène Yeuillot :
Ussel, 4 mai.
Monsieur. — Il faut, à Texemple des plus grands, que les plus humbles rendent hommage à la mémoire de votre illustre frère. L'amour de TEglise et Tamour de la France nous en font un devoir. C'est pourquoi les prêtres du canton d'Ussel, diocèse de Tulle, viennent vous dire avec quel respect et quelle affection ils s'associent à votre deuil , qui est le leur.
Nous étions si fiers naguère de voir Louis Yeuillot à la première place et au premier rang parmi les défenseurs de l'Eglise ! Sa plume valait plus qu'une épée. Comment est'il tombé? Aujourd'hui les nobles et saints témoignages qui honorent sa tombe ne semblent-ils pas le commencement des récompenses que Dieu réserve aux confesseurs de la foi ? Sa vie ne fut que combats pour la vérité, sa mort va devenir une date dans l'histoire ecclésiastique.
En priant pour cette âme si vaillamment chrétienne, nous prions aussi pour le triomphe de tout ce qu'il vous laisse à défendre après lui, nous souvenant qu'il a dit un jour : // n'y a que les causes pour lesquelles on meurt qui soient immortelles.
( Suivent Jes signatures, )
Lettre de M. l'abbc Pierre à M. Eugène Yeuillot :
Monsieur. — J'avais environ quinze ans lorsque mon bon ange mit sous ma main le Parfum de Rome, Ce livre, tout étincelant de foi, d'amour et de poésie, me jeta dans un véri> table ravissement ; et à mesure que j'en poursuivais la lecture, je me sentais plus heureux et plus fier d'être enfant de l'Église du Christ.
Quelques années plus tard, je me trouvai jeté au milieu des étudiants de Paris, et j'entendis attaquer constamment tout ce que j'avais appris à aimer et à respecter. Dans ce péril, j'appelai le Parfum de Rome à mon aide : je trouvai dans chacune de ses pages une réponse à toutes les objections de l'irréligion, et rien ne put jamais me faire rougir de ma foi.
Aujourd'hui je suis prêtre ; et quand je repasse en mon cœur la longue suite des bienfaits par lesquels la miséricorde divine m'a conduit à ce degré d'honneur et de joie, je mets toujours
aa premier rang la lecture du Patfum de Rome et des autres ouvrages de Louis Veuillot. Recevez, etc. J. Pierre,
prêtre, yicaire de Meesey (Orne).
Lettre de M. l'abbé Abriol à M. Eugène Veuillot :
Mtif fttinte Monique 1888, Cahors.
Monsieur. — Le trentième jour de la mort ou des funérailles est réservé et privilégié par TEglise pour célébrer la messe de Requiem pour Tâme des défunts.
Le 7 mai, lundi prochain, je chanterai la sainte messe à votre intention comme à celle de M'** Élise, votre sœur, et de tous les membres de la famille Louis Veuillot.
Le savant et vaillant et pieux laïque nous a tant appris, à nous prêtres, par ses écrits, et tant enseigné par ses exemples à aimer la sainte Église catholique et romaine, que je dois, par reconnaissance personnelle, faire profiter son âme des faveurs et privilèges réservés par Elle à ses enfants fidèles.
Oui, la reconnaissance me fait un devoir de prier encore pour la grande âme que je pleure avec vous.
Veuillez agréer, etc. Abriol,
aumônier.
Lettre d'un religieux dominicain à M. Eugène Veuillot :
Poitiers, 4 mai.
Monsieur le directeur. — Je n'aurais d'autre titre, pour mêler mon nom à la longue liste des admirateurs de Louis Veuillot, que celui d'être un des plus anciens lecteurs de V Univers, reconnaissant de tout le bien que lui a fait la lecture des écrits de l'illustre chrétien ; et comme ce titre m'est commun avec bien des milliers d'autres lecteurs qui gardent le silence, je crois devoir les imiter.
Mais j'ai vu avec grand intérêt et grande émotion, dans le journal, l'expression de tous les hommages rendus à cette chère mémoire; j'ai vu les longues énumérations de notables laïques, de prêtres et d'évèques, de religieux de presque tous les ordres, qui se sont empressés soit d'aller prier dans la chambre mortuaire, soit d'assister aux obsèques, soit enfin de vous adresser l'expression de leur sympathie, de leur admiration et de leur gratitude.
J'ai dit des religieux de presque tous les ordres. Je viens de lire dans le numéro d'aujourd'hui qu'au service célébré à Marseille on remarquait dans l'assistance plusieurs religieux dominicains.
Je ne puis vous dire combien j'en suis heureux pour notre ordre, où les idées de Louis Veuillot ont pu rencontrer des contradicteurs, mais où je puis vous assurer qu'elles ont aussi beaucoup de fervents disciples.
Veuillez agréer, etc.
Lettre de M. l'abbé Delagoutte, cure de Chavelot, diocèse de
Saint-Dié, à M. Eugène Veuillot :
Chavelot, le 5 mai.
Monsieur. — Malgré l'affection profonde que j'avais pourt monsieur votre frère Louis Veuillot, je n'aurais pas osé paraître au milieu de cette multitude de personnages considérables, pour rendre avec eux mes humbles hommages au grand chrétien, au vaillant héros que pleurent tous les amis du Pape et de l'Eglise : je me sens trop petit. Mais, puisque vous demandez à tous ceux qui les possèdent la communication des lettres qu'ils ont eu l'honneur de recevoir de ce grand homme, je saisis avec bonheur cette occasion pour vous dire, à vous, son digne frère, combien j'ai été attristé à la nouvelle de sa mort, qui a été une catastrophe. Je me suis retiré aussitôt dans mon cabinet pour pleurer tout à mon aise. Le récit de sa mort donné par M. Roussel était si touchant ! Je l'aimais, ce noble champion de la justice et de la vérité, je l'aimais sans l'avoir jamais vu, et je défendais sa personne et son journal envers et contre tous... Je l'aimais donc de tout mon cœur, h cause du bien qu'il faisait, et des étrivières que ce nouveau Bayard sans peur et sans reproche donnait avec tant d'esprit aux libres penseurs, aux gallicans et à leurs cousins germains, les catholiques libéraux laïcs et cléricaux. Mais ce fut bien autre chose quand je me fus donné le plaisir et l'avantage d'aller lui offrir mes affectueux respects, en 1873, à Plombières, où il prenait alors les eaux. Il m'accueillit avec la plus grande bonté. Là je pus contempler ses traits énergiques mais bienveillants, ses yeux vifs et tendres tout à la fois ; je pus entendre les sons harmonieux et graves de sa voix douce, ce à quoi je ne m'attendais pas.
Ce n'est pas tout : moi chétif, moi pauvre curé de campagne, j*eus l'honneur de dîner à ses côtés avec M. Chapelier, aujour»
HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT 373
d'hui grand vicaire, alors curé de Plombières; et le lendemain, il assista à ma messe, où je priai pour lui. J'oubliais de vous dire que j'eus l'avantage insigne d'un entretien particulier avec le grand Veuillot, et d'entendre de sa bouche élo- ' quente un langage admirable. J'étais heureux. C'est dans cette circonstance que je lui présentai les deux lettres dont il m'avait bonoré, en réponse à celles que je lui avais écrites alors que les libéraux soi-disant catholiques et autres, ensemble conjurés, lui jetaient la pierre à l'envi. Ces lettres, je les conserve avec sa photographie, qu'il me donna signée de son nom illustre : ce sont pour moi de précieux souvenirs, je dirais volontiers des reliques. Mais je vous en adresse ci-inclus les copies authentiques, pour en faire l'usage que vous jugerez à propos. Comme on se sent heureux d'avoir été sans le savoir, et d'être en si nombreuse et si noble compagnie pour admirer, pour aimer un homme que toute l'Église honore ! Aussi je savoure avec délices les innombrables témoignages de vénération qu'il reçoit de toutes parts et de tous pays ; et comme ils sont propres à adoucir votre douleur, celle de votre admirable sœur, de votre honorable famille et de tous vos chers collaborateurs !
Je dirai la messe pour le cher défunt le plus tôt qu'il me sera possible, mais aussi je le prierai pour moi : car je le crois puissant auprès de Dieu, dont il a si courageusement servi la cause si longtemps.
Veuillez agréer, etc. Dblagouttb,
c. de G.
Lettre de M. le curé de Chamouillcy (diocèse de Langres) à M. Eugène Veuillot :