‹ Hommages à Louis VeuillotChapitre 30 sur 51 · SIT 11 OMEN DOMINI BEIIEDICTUM · texte numérisé non relu

SIT 11 OMEN DOMINI BEIIEDICTUM

5 mai.

Cher Monsieur Veuillot. — Laissez-moi vous citer

une parole du grand évêque d'Arras, M'*" Parisis, à monsieur votre frère, avec la réponse de celui-ci. Je crois vous citer littéralement la conversation, mais j'afGrme au moins que je n'en altère pas le sens. « Mon cher ami, lui ai-je dit un jour, votre ardeur vous emporte et vous aveugle sur vos intérêts : vous n'êtes pas assez prudent, et vous compromettez votre avenir. — Monseigneur, vous êtes évêque, et je ne suis que laïque. Evêque, je serais fier de marcher sur vos traces et d'imiter votre prudence ; mais laïque, je ne compromets point

rÉglise, dont je ne suis pas le représentant, et sanrais-je que je me condamne à mendier jusqu'à Tâge de quatre-vingts ans, que je mettrai toujours, grâce à Dieu, la même ardeur à défendre la vérité, o Ce noble langage remonte à près de quarante ans ; et ce qu'il y a de plus honorable pour votre vénéré frère, c'est qu'il a toujours été fidèle à cette espèce de serment, et avec quelle gloire et quel succès ! Dieu seul le sait.

Je suis le dernier à vous exprimer et mes condoléances et mon admiration ; mais je puis dire que j'ai été un des premiers à prier pour ce cher défunt, bien qu'il n'en eût guère besoin. Dès le lendemain de sa mort, que je n'ai pas apprise sans verser des larmes, j'ai offert le saint sacrifice à son intention, fidèle à la résolution que j'en avais prise il y a bien des années, car je suis abonné de V Univers depuis plus de quarante ans.

J'ai lu tout ce que vous avez publié à la louange du grand chrétien, et je n'ai rien trouvé qui l'honore plus que ce que je viens de citer, et voilà pourquoi j'ai rompu le silence au dernier instant.

Veuillez recevoir, etc. Gbnubl,

eh. hon., curé.

M. l'abbé Fauché, vice-archiprêtre de Vayres (Gironde), « envoie à M. Eugène Veuillot, pour qu'il la transmette à sa famille et aux rédacteurs de V Univers , l'expression de sa vive et respectueuse sympathie ». M. l'abbé Fauché aujoute qu'il ce ne manquera point de prier pour le vaillant qui vient de succomber et pour ceux qui continuent son œuvre si catholique ».

Lettre de M. Lemesnager, curé de Tourville, diocèse de Cou-

tances, à M. Eugène Veuillot:

TounriUo, 5 mai.

Bien cher et trâs affectionne Monsieur. — Lecteur assidu de V Univers depuis sa création, je ne connaissais M. Louis Veuillot que par son immense talent et par son entier dévouement à l'Église, et cela me suffisait pour l'aimer passionnément et pour rompre bien des lances pour le défendre contre certains catholiques libéraux, qu'il a si justement poursuivis et qui trouvaient parfois sa main un peu rude. Mais j*ai appris depuis sa mort à connaître toutes les délicatesses de ce

grand coeur, tout le désintéressement de ce grand chrétien, qui, pour servir le Christ et son Église, a mieux aimé rester pauvre que de vendre sa brillante plume à ces despotes qui l'auraient achetée si cher. Aussi, après avoir supporté, comme son divin Maître, toutes les contradictions et les persécutions, qui ont du être parfois bien amères pour sa grande âme, il a réuni à sa mort un concert unanime d*hommages et de regrets tels qu'on n'en avait jamais vu; et, pour le dire en passant, j'ai éprouvé une grande jouissance en lisant dernièrement la belle et magnifique lettre que M. le comte de Chambord vous a adressée à son sujet. Deux hommes de la trempe du comte de Chambord et de Louis Veuillot ne pouvaient manquer de se comprendre et de s'estimer. Si donc, comme on le dit avec raison, une douleur partagée est plus facile à supporter, la vôtre, bien cher Monsieur, doit être bien allégée : car, si vous avez perdu un frère bien-aimé, nous, catholiques, avons perdu celui qui portait si haut et qui défendait si vaillamment notre drapeau. Voilà pourquoi nous l'aimions tant et pourquoi nous ne cesserons de le pleurer. Mais ce qui doit nous consoler tous un peu, c'est de penser qu'il est déjà en possession du bonheur du ciel : car combien cette grande âme n'aura-t-elle pas largement expié les fautes de fragilité humaine par ce martyre qu'il a dû éprouver dans les dernières années de sa vie, où la maladie ne lui permettait plus de prendre sa plume de diamant pour fustiger tous ces misérables fanfarons d'impiété qui, comme le lui écrivait le maréchal Bugeaud, ne méritaient que le fouet de sa satire. Aussi, Monsieur, je vous assure que, quoique je n'aie pas manqué un seul jour de le recommander au Mémento des morts, je me sens bien plus porté à l'invoquer qu'à prier pour lui.

Veuillez agréer, etc. Lembsnager.

M. Couriyault de la Yillate» curé doyen de Rouillac, diocèse d'Angouléme, écrit :

Témoignage de respectueuses condoléances et de regrets profonds pour la perte de notre illustre et vaillant défenseur.

Leltre de M. le curé de Juillé à M. Eugène Veuillot :

Juillé, par Manslo (Charente], 5 mai.

Monsieur. — La mort de votre illustre frère est en effet un deuil pour les abonnés de VUnwers et pour tous les catholi-

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ques. Votre estimable journal, que je lis depuis sa réapparition en 1867 y a été toujours pour moi comme un excellent ami qui est venu tous les deux jours dans ma solitude me visiter, m'instruire et m'éditier. Combien j*étais heureux de lire et de faire lire les remarquables articles de M. Louis Yeuillot ! Votre admirable frère a acquis des droits à la reconnaissance du clergé et de tous les catholiques : car, pendant près de quarante ans, il a défendu TÉglise avec un talent incomparable, avec une énergie, un zèle et un dévouement dignes des plus grands éloges. On a pu dire de lui : Non est inventas similis

Dans la presse, il a été le plus grand apologiste de la vérité catholique ; aux yeux de tous, amis ou ennemis, il a été regardé, avec raison, comme un écrivain de premier ordre; mais ce que j'admire le plus dans M. Veuillot, c*est sa grande foi, c'est son grand caractère, c'est surtout son amour pour rÉglise et pour le Saint-Siège. Il a combattu vaillamment le bon combat, il a été surtout l'homme des saines doctrines, il a été le plus vaillant champion de toutes les bonnes causes. Aussi j'ai toujours eu pour M. Veuillot la plus haute estime et les plus vives -sympathies.

Aussitôt que ïlJniuers m'a eu annoncé la triste nouvelle, je n'ai pas manqué d'unir mes prières aux vôtres ; chaque jour j'ai eu pour le grand écrivain dont nous pleurons la perte un souvenir spécial au Mémento des défunts. Les nombreuses lettres qui vous arrivent chaque jour de tous les coins du monde doivent être pour vous un grand sujet de consolation. Vous voyez que partout, dans le monde catholique, on a su reconnaître et apprécier les éminents services rendus à l'Église par l'illustre défunt. Quelle belle oraison funèbre que tous ces pieux hommages rendus à sa mémoire ! De toutes parts, des milliers de prêtres et de religieux, des milliers de fidèles, ont déjà adressé au ciel les plus ferventes prières pour le repos de l'âme du cher défunt. Aussi, tout nous porte à le croire, le Seigneur a déjà donné une magnifique récompense à ce grand et fidèle serviteur, dont tous les travaux ont été inspirés par la foi la plus vive et la plus ardente...

Daignez agréer, etc. E. David,

curé de JttiUé.

Lettre d'un vicaire du diocèse de Laval à M. Eugène Yeuillot :

5 mai.

Monsieur. — Dans Tincomparable concert de louanges et d'admiration qui s'élève sur la tombe à peine fermée de votre héroïque et saint frère, je n'ai pas, humble vicaire d'une pauvre petite paroisse, qualité pour y mêler ma chétive voix.

Je ne puis résister au besoin de vous dire, avec mes profonds regrets, le cri qui vient de m'échapper en lisant votre article de ce jour, résumé sommaire de la vie et surtout des sentiments qui ont animé la vie et l'œuvre de celui que nous pleurons.

« Mon Dieu, ai-je soupiré devant mon crucifix, mon Dieu ! rendez-nous donc aussi chrétiens ^ aussi catholiques que lui », que ce héros de la défense de l'Eglise, qui pleurait à la pensée de ne plus aller au journal ^ parce que c'était aller à cette défense de V Église hi laquelle il avait consacré, sacrifié sa vie.

Oui, Monsieur, c'est la pensée, ou plutôt c'est la prière que j'adresse à Dieu chaque jour en prononçant au Mémento des morts le nom du martyr de la défense catholique. Et, je dois l'avouer, je ne puis résister, chaque jour, à la pensée de l't/iy^oquer, de le supplier, lui qui reçoit la palme du vainqueur, afin d'obtenir par lui la force de c'>mbattre jusqu'à la mort le bon combat qu'il a si bravement soutenu...

Un petit vicaire du diocèse de Laval.

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