ROBUR IN CRUCE
Lettre de M. Moliard, curé de Varennes-sur-Amauce, diocèse de Langues :
Vieil abonné de quarante ans, admirateur et disciple, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, de l'incomparable défenseur de l'Église, j'offre à Monsieur Eugène Yeuillot et à toute sa famille l'hommage de mes sentiments douloureux.
Ma première pensée a été de recommander à Dieu l'âme du grand chrétien, et d'offrir le saint sacrifice pour hâter un repos si bien mérité par cinquante ans de luttes.
C'est pour moi un devoir de justice et de reconnaissance, et j'aimerai à le placer dans mon Mémento à l'autel au nombre de mes chers morts, pour tout le bien qu'il m'a fait.
378 HOMMAGES A LOUIS YBUILLOT
Lettre de M. le curé de Caixon à M. Eugène Yeuillot :
Caixon, 5 mai.
Cher Monsieur. — Je suis un des prêtres qui ont le plus admiré et aimé Louis Yeuillot. J*ai lu et relu tous ses articles. Je possède tous ses ouvrages, dont la lecture habituelle me ravit toujours et me fait du bien. Et j*ai eu, il y a vingt-cinq ans, rimmense joie de le voir et de jouir de sa conversation deux fois et assez longuement. Je le trouvai si bon, si simple, si grand I
C'est vous dire assez. Monsieur, la douleur que m'ont causée la maladie et la mort de votre illustre frère, et aussi la part que je prends à Taffliction de toute sa famille et de la rédaction de VUnivers, Mais dans votre afQiction, Monsieur, que vous devez être heureux de cette manifestation qui éclate sur sa tombe ! Vous l'attendiez, il est vrai ; mais pas si belle, si touchante et si universelle. Justice, et justice complète est enfin rendue au génie, au caractère, au cœur et à l'œuvre du plus puissant défenseur et du plus soumis enfant de l'Eglise.
Pour payer ma dette de reconnaissance, j'ai offert deux fois pour lui le saint sacrifice et je le mets chaque jour au Mémento^ bien que je croie qu'il est déjà en possession de la gloire du ciel, comme il a celle de la terre. Si mon souvenir de l'autel lui est inutile, il ne le sera pas, je l'espère, pour sa famille et pour V Univers^ dont je reste l'ami reconnaissant et dévoué.
Un curé de campagne qui vous eût écrit plus tôt, Monsieur, s'il avait été moins obscur. Ë. Dupont,
curé de Caixon (diocèse de Tarbes).
Lettre de M. Yédrines, rlcaire de Saint-Léger-de-Peyre, diocèse
de Mende :
5 mai.
Monsieur. — Etant le plus petit des vicaires de campagne et par la position et par les talents, je devrais seulement admirer, prier et me taire ; mais je ne puis retenir ce cri du cœur :
Humble mais sincère hommage à Louis Yeuillot, ami de Pie IX et de Henri V, et de leurs amis, marteau de Dieu pour écraser les libéraux religieux et politiques î
Louis Yeuillot était au Mémento des vivants depuis ma première messe. 11 sera désormais à celui des morts jusqu'à la dernière.
Yeuillez agréer, etc.
Lettre de M. de Gavardie, sénateur, à M. Eugène Veuillot :
Paris, 5 mai.
Cher bt honoré directeur. — J*ai été bien touché de votre article concernant les derniers sentiments de votre regretté frère. La mort, qui rapetisse tant de figures, grandit tous les jours la sienne. C'est pour plusieurs toute une révélation de certains côtés de cette belle physionomie.
Veuillez agréer, etc. £. de Gavardie.
Lettre adressée de l'arrondissement de Vitré (Ille-et- Vilaine)
aux rédacteurs de V Univers :
5 mai.
Messieurs. — Il y a quelque temps, je lisais dans V Univers que Louis Veuillot avait été recommandé aux prières du prône dans une paroisse rurale du nord de la France. Vous devez croire que, la douloureuse nouvelle étant arrivée aux abonnés un dimanche, et au moment de la grand'messe, au moins dans bien des localités, on a pu prier publiquement, le jour même, pour Tâme de l'illustre défunt.
Etranger à la commune au milieu de laquelle je vis depuis vingt-sept mois, j'ai l'honneur de vous certifier que, ici, le nom de M. Louis Veuillot, rédacteur de V Univers, fut associé aux prières publiques du prône, le jour même où ce journal arriva en deuil.
Monsieur, j'ose unir ma voix à celle de vos lecteurs et amis nombreux, pour vous dire la part d'estime que m'inspirait l'invincible et pieux rédacteur en chef.
L'œuvre qu'il a entreprise ne périra pas, grâce à Dieu, et les disciples de ce grand homme suivent glorieusement l'exemple qu'il leur a donné. Lisant attentivement, et chaque jour, les innombrables témoignages de condoléance qui vous sont adressés, j'émets le vœu que vous réunissiez en volume les articles élogieux publiés dernièrement dans les journaux à l'adresse du défunt. Cet ouvrage sera la consolation des lecteurs de M. Veuillot, ainsi que l'honneur justement dû à la famille qui porte son nom.
Il a reçu probablement déjà la récompense de sa longue et laborieuse carrière : car, quoique plus jeunes, nous savons combien de temps il a milité au service de l'Église et de la France. Quoi qu'il en soit, nous prierons encore pour lui, et aimerons à le retrouver dans ses œuvres.
Agréez, etc. J. L.
Lettre de M. Brintet-Moissenet :
Chalon-sur-Saône.
Abonné à V Univers depuis sa fondation, je prends une part bien vive à la douleur de M. E. Yeuillot et de la rédaction, causée par la mort du grand serviteur de Dieu. Tous les vrais chrétiens s'associent à ce grand deuil , ressenti dans Tunivers entier. La foi de Louis, trempée par Teau du baptême, lui avait donné Tépée de saint Paul. Il a vaillamment combattu sur cette terre : il a sa récompense au ciel.
M. le docteur Charles Sauvé, chirurgien en chef de Thôpital Saint-Julien, à Château-Gontier, « présente à M. Eugène Yeuillot l'expression sincère de sa sympathie et de ses regrets, au sujet de la mort de son illustre frère ».
Lettre de M. Roques, ancien sous-préfet, à M. Eugène Yeuillot:
Valence, 5 mai.
Monsieur. — Louis Yeuillot est donc mort! Sur la tombe glorieuse du rude athlète, le vaincu invincible, comme Ta si bien appelé Tabbé Paradis, je proposerais d'écrire pour toute épitaphe : a Ci gît un homme ! »
De Yeuillot on ne connaît guère que Juvénal. Moi qui Tai pratiqué, je sais que c'était aussi Yirgile, un Yirgile chrétien. Quels merveilleux coups d'aile! et comme il savait avec lui vous emporter aux cimes !
Yeuillez agréer, etc. E. Roques,
ayocat, ancien soos-préfet.
Lettre de M. l'abbé Sigaud à M. Eugène Yeuillot :
Jénisalem, nui 1883.
Monsieur le rédacteur. — Absent de Jérusalem depuis plus d'un mois pour aller rendre service aux dames de Nazareth, a Nazareth même, et à un curé près de Caiffa; n'ayant, par conséquent aucun journal ni correspondance de France, ce n'est qu'avant-hier que j'ai appris, par la Bévue du Monde catholique, que les sœurs m'ont prêtée, la mort de Louis Yeuillot, votre frère de si illustre et si pieuse mémoire. Depuis près de quarante ans je suis lecteur assidu de VUnivers, et j'ai toujours admiré en lui ce talent hors ligne, cette verve, cette
science, cette piété, qui en ont fait le premier défenseur de la
religion et Tadversaire le plus redoutable et le plus redouté
des mauvais journaux. J'ai dévoré tous les témoignages des
prélats, des écrivains les plus distingués, de toute la presse,
^ se réunissant pour reconnaître en monsieur votre frère les
\ (qualités incomparables de son esprit et de son cœur. C'est
I bien là le plus glorieux monument élevé en Tbonneur de celui
I dont la perte est irréparable. Je voudrais pouvoir vous dire
combien j'admirais, j'estimais et vénérais monsieur votre
frère; mais je ne le sais.
J'unis bien volontiers mes trop faibles prières à celles de tant d'âmes saintes en faveur de notre défunt tant regretté, aGn ^ue le Seigneur abrège le temps de l'expiation, si déjà même *ï n'est entré dans la félicité éternelle. Agréez, bien digne Monsieur, etc. Segaud.
Mbi* Behnam-Bennl , archevêque syrien de Mossoul, écrit à Mlle Veuillot :
Mossoal, 6 mai.
Chère Mademoiselle. — J'apprends par Y Univers le très douloureux événement de la mort de votre bien-aimé et illustre frère, M. Louis Veuillot, qui est retourné à Dieu pour recevoir la juste récompense de tant de vertus et de tant de services rendus à l'Église et à l'humanité tout entière.
Il va sans dire que je n'ai pas manqué de célébrer la sainte messe pour le repos de cette belle et grande âme, qui a été très riche en vertus et a aimé avec ardeur la vérité.
Combien ce vaillant s'est-il acquis de gloire lorsqu'il faisait la guerre du Seigneur et renversait les ennemis de l'Église!
Combien doit être heureux ce grand lutteur de la vérité catholique, de pouvoir lui donner cet adieu en mourant : Mori^ turi te salutant !
Son corps vient d'être enseveli en paix, et son nom vivra dans la succession des siècles.
En m 'unissant de tout cœur à votre deuil, je vous prie, chère Mademoiselle, de recevoir pour vous et pour les vôtres, comme aussi pour tous ces messieurs de la rédaction, les sentiments de la plus douloureuse sympathie que j'ai pour tous, et d'agréer les hommages du profond respect avec lesquels j'ai l'honneur d'être, chère Mademoiselle, votre très humble serviteur, A.-C. B.-Benni,
archev. syrien de MoMOul.
Lettre de M. l'abbé Arbes, curé de Précilhon, diocèse de
Bayonne, à M. Eugène Veuillot :
Précilhon, 6 mai.
Monsieur. — Puisque l'amour pour M. Louis Veuillot autorise les plus humbles à déposer leur hommage au moins à côté de sa tombe, j'en profite, oubliant pour un moment que je ne suis que puhis et cinis.
Et d'abord je suis heureux de vous dire. Monsieur, qu'il est une classe d'hommes qui n'ont jamais aime et n'aiment pas encore Louis Veuiltot; qui estiment que trop d'hommages glorifient sa tombe, et que l'entrée au repos de ce fier génie est inondée de trop d'amour et de larmes : ces hommes sont de ceux que la vérité sans mélange éblouit et fatigue ; atteints de myopie intellectuelle, comme dit de Maistre, la lumière pure les aveugle. Il faut, pour qu'ils la soutiennent, qu'elle soit discrètement mêlée de ténèbres : alors, mais alors seulement, leur paupière maladive peut la supporter sans trop de répulsion.
Race efféminée et amoindrie, dont l'intelligence ne peut plus supporter qu'un pain falsifié, manquant absolument du robur partis dont parle l'Esprit-Saint ; race vaine jusqu'à l'infatuation, qui s'adjuge modestement le rôle de modératrice de l'esprit humain, et doit, à l'inverse de Pascal, savoir le tout de rien, parce qu'elle ne sait rienMu tout.
Je ne puis vous dire. Monsieur, combien je suis heureux que l'illustre chrétien que je pleure avec le monde catholique tout entier n'ait jamais mérité de telles sympathies...
Voilà, Monsieur, mon hommage à Louis Veuillot.
L'abbé H. Arbes,
prdtro béarnais.
Lettre d'un prêtre du diocèse d'Autun à M. Eugène Veuillot :
Les témoignages si nombreux de regrets et de sympathie qui vous arrivent tous les jours doivent être pour vous une bien douce consolation, surtout lorsqu'ils viennent s'ajouter à la ferme confiance que vous devez avoir, et que nous partageons avec vous, que votre cher et regretté défunt a reçu de Dieu la seule récompense qu'il ait ambitionnée durant sa vie si militante, la seule digne de sa foi ardente et de sa haute piété.
Dans le concert si unanime qui se produit en ce moment des voix les plus autorisées de l'épiscopat, du clergé et des catholiques du monde entier, en faveur de celui que nous pleurons tous, ma voix ne rend qu'un bien faible son. 11 me suffit qu'elle arrive jusqu'à vous pour vous porter mes regrets et l'assurance que votre bien-aimé frère n'est point oublié dans mes prières, et particulièrement au saint sacrifice de la inesse.
384 HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT
I^e R. P. Bouchet, aumônier de la Chartreuse (l*Auray, écrit à M. Eugène Veuillot que les lettres que publie V Univers sur Louis Veuillot a partent du cœur et vont au cœur »; il ajoute :
Mardi, après-demain, jour d'exposition du saint Sacrement dans notre chapelle, je dirai la messe pour notre cher défunt.
Et, ce jour- là, nos 140 religieuses, nos 12 frères coadjuteurs et plusieurs de nos cent et quelques sourds-muets et sourdesmuettes communieront à son intention.
Sans compter les visites au saint Sacrement, diverses autres prières, et spécialement de nombreux rosaires, qui seront offerts à Dieu pour lui.
M. le vicomte de Ruffb-Bonneval de la Fare, écrivant de Bruges le 6 mai à M. Léon Aubineau, termine sa lettre par ces paroles :
Saisirai-je l'occasion pour vous exprimer combien j'admirais et j'aimais votre illustre maître Louis Veuillot? ne pas le faire serait de ma part de l'ingratitude, car le bien qu'il m'a fait est immense.
Cet homme, le premier dans son genre, n'avait qu'une ambition : celle de prôner la gloire de Dieu et le triomphe de la sainte Eglise par la vérité : et voici que ses talents comme polémiste, écrivain, poète, sont célébrés et reconnus par un immense cortège d'hommes respectables et compétents.
C'est ainsi que ce grand chrétien, ne recherchant que le royaume de Dieu et sa justice, obtient par surcroît le triomphe.
M. Hussein-el-Kaldy, musulman converti, écrit à M. Eugène Veuillot :
Monsieur le rédacteur. — Je ne veux pas être le dernier de ma nation à vous exprimer combien je prends part à votre douleur. J'arrive un peu tard, il est vrai; mais, comme dit le proverbe : Meglio tardi che mai, . .
M. Louis Veuillot est mort! mais il est mort d'une mort vivante, si je puis m'exprimer ainsi ; il est mort en véritable chevalier sans peur et sans reproche, pour vivre à jamais dans tous les cœurs nobles et généreux ; il est mort en intrépide héros et en grand athlète de la foi ; il est mort en digne enfant de la France et de l'Eglise ; il est mort enfin en courageux défenseur de la bonne cause et de la justice...
Poumons, Ottomans, nous nous souviendrons de lui, parce
que, avec vous, Monsieur, ii s*est montré notre intrépide défenseur devant TËurope contre Tambition moscovite, qui, non contente d'avoir assassiné toute une nation, et une nation catholique, cherche encore à nous immoler à son insatiable convoitise. Les musulmans convertis à la foi catholique se souviendront de lui, parce que ses écrits sont pour eux dje véritables aliments dont ils se nourrissent pour grandir toujours comme lui dans la foi.
Pour moi, Monsieur, je ne puis pas le lire sans éprouver une vive émotion, tant il pénètre de tout ce dont il est animé!
« Crois ou meurs : allez, dit Mahomet à ses disciples, allez, convertissez les nations ; promettez le paradis à ceux qui croiront, et ôtez la vie à ceux qui ne croiront pas. » Le Christ avait dit à ses apôtres : « Allez, convertissez les nations et baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » ; et de plus, il avait ajouté : a Signez de votre sang, s'il le faut, la doctrine que vous enseignerez en mon nom ». Ce contraste. Monsieur, m'a touché beaucoup ; et ce qui a achevé de me convaincre de la véracité des paroles des chrétiens, c'est ce commandement divin : « Aimez ceux qui vous haïssent ; bénissez ceux qui vous maudissent ; priez pour ceux qui vous persécutent ». Oh! alors, Monsieur, je n'ai point pu m'empêcher de m'écrier à mes interlocuteurs : « Moi aussi, je suis chrétien! » En effet, quelque temps après, je me fis baptiser à l'insu de ma famille. Pour échapper à son indignation, je suis venu en France, où j'ai eu le bonheur de connaître votre illustre frère par ses écrits et sa grande renommée. Depuis lors, je n'ai point cessé de l'aimer et de l'admirer ; la nouvelle de son trépas a fait à mon cœur une large et profonde blessure. Dans mes faibles prières, bien qu'il n'en ait pas besoin, je l'ai cependant recommandé à Dieu, et j'ai communié plusieurs fois à son intention.
Veuillez, Monsieur, etc. Hussein-el-Kaldy.
Extrait d'une lettre d'uD curé du diocèse de Toulouse :
C mai.
Monsieur. — C'est avec un sanglot et un cri d'angoisse que j'ai appris la mort de votre illustre frère.
Comment ne pas pleurer ce vaillant champion de toutes les nobles et saintes causes, ce défenseur obstiné des faibles et des opprimés ? comment retenir un cri de douleur et d'angoisse,
386 HOMMAGES A LOUIS YBUILLOT
en voyant disparaître du grand champ de bataille où lutte l'Église, ce héros sans peur et sans reproche, qui, depuis quarante ans, y tenait haut et ferme son drapeau vainqueur ?
Sans doute, depuis longtemps, votre frère n'était plus dans le combat contre les ennemis de Dieu et de la civilisation, mais il vivait ! et nous, les opprimés, nous espérions toujours que sa vaillante main, reprenant tout à coup sa puissance d'autrefois, saisirait les bandits pour les marquer au front du fer rouge, pour les clouer au pilori et les y fouetter jusqu'au sang. Mais il n'est pas d'homme nécessaire à Dieu ici-bas ! Louis Veuillot lui-même nous l'aurait éloquemment dit. Le seul homme nécessaire au monde, c'est celui qui s'appelait Pierre il y a deux mille ans, qu'on appelait Pie IX hier, et qu'on nomme aujourd'hui Léon XIIL Vive le Pape! gloire à Louis Veuillot, son serviteur dévoué et fidèle I
M. Paul Perny, ancien vicaire gênerai en Chine, écrit à M. Eugène Veuillot :
Paris, 7 mai.
Les lecteurs de V Univers lisent avec une profonde émotion et une joie bien vive les nombreux hommages rendus à la mémoire de votre illustre frère. C'est sa vie publique que tous ces vénérables correspondants retracent, sans s'en douter peut-être. Quel beau livre vous ferez bientôt. Monsieur, avec tous ces jugements si divers et si éloquents sur le célèbre polémiste dont nous pleurons avec vous la perte récente!
Mais, si tous ces admirables témoignages de louanges et de vénération pour la mémoire de M. Louis Veuillot vous touchent plus que personne. Monsieur, que sera-ce donc quand vous recevrez bientôt les hommages des missionnaires da monde entier ? Vous ne sauriez croire. Monsieur, combien, au fond de la Chine, au Thibet, nous aimions et parlions souvent de M. Louis Veuillot ! Quelques-uns de nous l'avaient connu à Paris, mais la plupart ne connaissaient que l'écrivain; et cependant tous confondaient leurs sentiments d'amour et d'admiration pour la personne de votre honoré frère. A nos yeux, il était le défenseur intrépide de l'Église, le marteau des erreurs gallicanes et libérales, la terreur des ennemis du catholicisme ; mais il était aussi Tami dévoué des missionnaires !
Quel évêque d'Amérique, d'Océanie, du Levant, de l'Inde,
HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT 887
de la Chine, du Japon,... n'a pas été reçu à Paris par M. Louis Veuillot et n'a pas eu à se féliciter de sa générosité?
Au concile du Vatican, quel évèque missionnaire n'a pas YOuJu voir et féliciter le rédacteur en chef de /'Univbrs? J'en connais un de la Chine, qui était alors fort souffrant. « Allez à la campagne, Monseigneur, vous reposer un peu; allez respirer Tair pur d'Albano. — Je suis trop pauvre, répliquait le vicaire apostolique, pour me donner cette satisfaction. » Le lendemain matin, sans l'avoir prévenu, M. Louis Veuillot arrivait, avec une voiture, chez l'évêque malade, et, malgré sa résistance, le conduisait à Albano. Tous les frais furent à la charge de M. Louis Veuillot. A d'autres qui lui avaient raconté leur dénuement apostolique, M. Louis Veuillot leur glissait dans la main, en les quittant, une forte somme avec une délicatesse, un tact qui décuplaient la valeur du don. Ces bons évêques ne racontaient que les larmes aux yeux de pareils traits d'une munificence quasi royale. C'est que M. Louis Veuillot admirait tant les évêques missionnaires !
Dieu seul connaît, Monsieur, tous les actes de générosité dont il les a comblés. Laissez-moi vous citer encore celui-ci, que vous ignorez sans aucun doute. Au plus fort du siège de Paris, alors que les vivres devenaient rares, que bien des assiégés succombaient déjà par suite des privations, M. Louis Veuillot s'en alla, un jour, dans un des cénacles de l'apostolat à Paris, faire, en apparence, une visite aux directeurs de la maison ; mais, en réalité, son but était de déposer sur le bureau de Tun d'eux quelques billets de banque pour les missions : il avait peur que ses chers missionnaires à Paris n'eussent faim ! La révélation de cet acte insigne de large munificence, dans un tel moment, eût con triste, de son vivant, monsieur votre frère : aujourd'hui je n'ai plus cette crainte, et je voudrais attirer davantage l'attention sur la vie privée si édifiante du grand
écrivain.
Paul Perny,
ane. vie. gén.
M. le curé deWitternesse (Pas-de-Calais) à M.Auguste Roussel:
Witterncsso.
Mes larmes et mes prières, bien que peut-être il n'en ait pas besoin, au grand chrétien qui, le premier, arbora dans la presse le drapeau du Christ et de la Papauté, et en défendît
388 HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT
les droits sans se lasser jamais, malgré des hostilités et des amertumes de toute sorte, avec une vaillance, une sûreté de doctrine et un talent hors ligne, reconnus, surtout aujourd'hui qu'il n'est plus, par ses adversaires comme par ses amis.
Il a bien mérité de TÉglise et de la société ; il a combattu le bon combat, il a consommé sa course : il a reçu, nous Tespérons, du juste Juge, la couronne de gloire, qu'il a conquise par sa foi, son amour et son dévouement au Christ. Amen !
Un lecteur de VUnwers depuis quarante ans,
Paris,
curé do Witternesdc.
Lettre de M. le curé de la Boutouchère, diocèse d'Angers, à
M. Eugène Veuille t :
La Boutouehére, 7 mai.
Très honoré Monsieur. — Je suis au nombre de ceux qui, dans tout le monde catholique, regrettent le grand défenseur de notre sainte religion, du droit et de la justice.
Mes paroissiens et moi, nous avons prié tous ensemble pour que sa belle âme entre au plus tôt dans le séjour des bienheureux. Et afin que nos prières ferventes soient plus sûrement exaucées, j'ai expliqué en deux mots à mon peuple ce que c'était que cet homme à qui Dieu avait donné tant de talent pour le bien.
Agréez, etc. C. Vigneron,
curé do la Boutouehére.
De Moulins, M. Eugène Veuillot a reçu la lettre suivante :
Moulins, 7 mai.
Monsieur. — ... L'amour désintéressé et a violent » de la vérité une fois connue, de la vérité intégrale et sans alliage, en politique comme en religion ; par suite^ la défense sans trêve des droits et des libertés sacrées de l'Église, ont été — qui s'aviserait d'en douter aujourd'hui ? — la grande, l'unique passion de ce preux d'un autre âge ; et cette passion a été si communicative, qu'elle a enfanté de son soufQe puissant, durant un demi-siècle, d'innombrables légions de soldats, les uns notoires et brillants, les autres ignorés mais sûrs, qui, dans toutes les sphères sociales, ont su combattre persévéramment, à visage découvert, et sans abandonner un pouce de terrain à l'ennemi. Aussi bien laisse-t-il derrière lui, pour
HOMMAGES A LOUIS TEUILLOT 389
l'honneur de ces « temps mauvais », une forte armée, admirablement disciplinée, très unie au Siège apostolique, capable de grands sacrifices, toujours en campagne et résolue à ne suspendre la lutte que le jour, non éloigné, où elle entonnera l'hymne de la victoire...
Tel a été, à mon humble avis, le rôle prépondérant et décisif de cet éminent homme de bien, taillé à l'antique, de ce penseur de premier ordre, de ce fils tant soumis de l'Église, de ce fier témoin du Christ méconnu et outragé, vraiment martyr en son âme des coups portés aux objets de sa foi, non moins redoutable au mensonge pharisaîque qu'à l'impiété impudente ou à la cauteleuse hérésie moderne du libéralisme doctrinal. Là est son œuvre essentielle, qui fait le ravissement du monde croyant; œuvre accomplie avec le zèle indomptable et l'éclat du génie chrétien, d'où est née, parmi tant de choses excellentes, la « grande institution du journalisme catholique », si merveilleusement adaptée aux exigences de ce siècle de publicité. Nul n'a donc mieux mérité du clergé militant et de la France religieuse que cet ami laïque de l'immortel Pie IX, des Parisis, des Gerbet, des Berteaud, des Guéranger, des Gousset, des Pie de Poitiers, de cette pléiade enfin des plus magnanimes défenseurs de la doctrine romaine. Comment dès lors le prêtre, même le plus obscur, ne se sentirait-il pas mû à venir, sans autre préoccupation, saluer d'enthousiasme cette rare figure et cette mémoire impérissable ?
En me livrant à ces réflexions un peu prolongées. Monsieur, je rencontre naturellement par-devers moi deux souvenirs précieux et inoubliés, qui spécialisent les élans de ma très vive gratitude personnelle à l'égard de M. Louis Veuillot.
Au plus fort des luttes d'il y a vingt ans, j'ai dû, comme plusieurs, aux écrits médités de notre incomparable polémiste, de me guérir définitivement de « l'illusion libérale », qui séduisait alors tant de natures généreuses ; et cela à tel point, que je rompis soudain, pour n'y plus revenir, tout com^ merce intellectuel avec le Correspondant, rendez-vous attitré des beaux esprits de la secte.
Un peu plus tard, — était-ce la récompense d'une résolution courageuse? — j'eus la bonne fortune, à l'occasion de son rapide séjour à l'évêché, de recevoir inopinément à mon foyer, une heure durant, le délicieux causeur dont la verve ëtincelante et les splendides visées en toute matière étaient cotées à si haut prix par les meilleurs cercles...
Vous voyez, Monsieur, si j'ai de bonnes raisons de jeter ma note tardive dans ce concert unanime et fervent de louanges et de prières qui fait cortège à la grande âme de ce fort d'Israël envolée au sein de Dieu ? X... ,
«ne. prof, d'un petit séminaire.
M. J. Cornet, curé d'Eupen (provinces rhénanes), écrit à V Univers :
Un de mes amis, regrettant la mort du vigoureux champion de la sainte Eglise, applique au glorieux défunt l'inscription qui se lit à Rome sous le buste du cardinal Altieri, aux 'Thermes de Dioclétien :
VIRTVTB VIXIT
MBMORIA VIVIT
GLORIA VIVBT
Tout à VOUS en Notre-Seigneur.
M'i* Ribault, camérier d'honneur de Sa Sainteté, écrit à M. Eugène Yeuillot :
Fort-aa-Prinec, 8 mai, en l'Apparition de saint Michel, archange.
Très honoré Monsieur. — ... Nourri depuis mon adolescence dans les saines et fortes doctrines par la lecture de VUnwers et des œuvres si catholiques de son rédacteur en chef, j'ai toujours grandement admiré et aimé ce vaillant défenseur de la sainte Église, cet incomparable champion de la vérité, qui fut un grand caractère et un grand cœur, parce qu'il fut avant tout et par-dessus tout un grand chrétien.
Je lui dois une grande reconnaissance parce qu'il a puissamment contribué à tremper mon âme dans le dévouement à l'Église de Jésus-Christ, ainsi qu'à toutes les nobles et saintes causes, et dans l'amour de la vérité envers et contre tout. H a rendu les plus éclatants services à la cité de Dieu, en défendant avec un courage qu'aucune persécution n'a pu abattre, l'étendard sacré de la croix contre les innombrables suppôts de l'armée de Satan, et en démasquant sans pitié cet odieux libéralisme qui nous a fait tant de mal, et qui a livré notre pauvre et chère France à la tyrannie abominable de la secte maçonnique.
Il a donc bien mérité de l'Église, du clergé et de tout ce qui a un caractère vraiment catholique. Il a été un apôtre par sa plume, un martyr par tout ce qu'il a eu à souffrir pour la
cause de la vérité, un confesseur qui a proclamé bien haut les droits de Dieu et de son Église. Aussi, j'en suis bien persuadé, sa belle âme est allée tout droit au ciel recevoir la récompense de ses glorieux travaux. Le divin Maître Taura accueilli par cette consolante parole adressée autrefois à l'Ange de VÈcole: Bene scripsisti de me^ et comme, à Texempie de saint Thomas, il n'en a jamais désiré d'autre que Jésus- Christ lui-même, il a dû la recevoir sans délai dans sa plénitude. Toutefois, en recevant la nouvelle si douloureuse de sa mort, j'ai offert le saint sacrifice à son intention, le jour de la fête de saint Pie V, qui rappelle ses beaux combats pour la liturgie de la sainte Église, et je ne l'oublierai pas désormais dans mon memenlo.
Veuillez agréer, etc. E. Ribault,
camérier d'honnear de Sa Sainteté, Becrétaire de Tarehevâché.
Lettre de M. le supérieur du petit séminaire de Cellule, diocèse
de Clermont, à M. Eugène Veuillot :
CeUale, 8 mai.
Monsieur le rédacteur. — ... Maintenant que presque tous ont parlé, permettez-moi d'ajouter un mot à tant d'éloges funèbres.
J'ai eu le bonheur de voir de près deux fois monsieur votre frère : un jour, vers 1854, au milieu d'un groupe de novices dont je faisais alors partie, et nous étions tous ravis de son abandon charmant; une autre fois, chez lui-même, où j'avais l'heur d'accompagner l'un de ses meilleurs amis, le R. P. Gauthier, de pieuse et docte mémoire. Je me hasardai timidement à lui faire part de mon indignation contre la conduite de Billault, qui venait de supprimer VUnivers. « Ce n'est pas un morceau de ministre, me dit-il avec un sourire mélancolique que je n'ai jamais oublié, c'est le fait de son mattre. » Puis il ajouta : « Je lui dois encore de la reconnaissance de ne pas me laisser mourir de faim : car, sur un mot de lui, je ne trouverais désormais ni un imprimeur ni un éditeur. » Et il continua sa conversation avec son principal visiteur.
En terminant, Monsieur le rédacteur, je ne puis m'empêcher de vous dire avec quelle joie j'assiste au triomphe sans pareil du grand écrivain. Et, j'en suis sûr, quelque nombreuse que soit la légion de ceux qui ont si brillamment et si cordialement exprimé leur admiration, leur reconnaissance pour feu votre frère et pour son œuvre, leurs condoléances et leur
dévouement pour vous et les vôtres, il est hors de doute que ce n'est là qu'un faible écho de la multitude qui a gardé le silence. On peut, en effet, appliquer à ce grand mort le texte de TEsprit-Saint, racontant le deuil du peuple quand mourut l'illustre Judas Machabée : Et fles^erunt eum omnis populus Israël planctu magno, et lugebantdies multos. (I Mach., ix, 20.) Votre très humble, etc. C. Hubert,
Bapériear.
' Lettre d'un religieux de la Compagnie de Jésus à M. Eugène
Veuille t :
St Ignatius CoUego, San Francisco, Galifornia, 8 mai.
Monsieur. — Voici un ancien élève du P. Tailhan, qui, bien qu'il ne soit pas Français par naissance, aime néanmoins tendrement et ardemment la France catholique (Gesta Dei per Francos); et jadis, pendant bien des années, auprès de ses élèves français et belges, parmi lesquels il est heureux de compter le digne frère de M. Verspeyen, s'efforça de défendre de vive voix et par écrit l'intrépide champion de l'Église et de la société chrétienne, qui est allé recevoir le prix du c bon combat qu'il a combattu » . Après avoir lu la nouvelle de sa mort, je lus ce qu'un journal catholique anglais se permit d'écrire à ce sujet ; et aussitôt je sentis le besoin de donner cours à ma double douleur, et d'associer en même temps ce dernier coin du monde au deuil de votre famille, de la rédaction de y Univers et de tous les vrais catholiques qui l'ont connu, du moins par ses œuvres. Mais, en réfléchissant que tant de cardinaux, évèques, savants, saintes personnes, etc., vous enverraient leur nobles couronnes pour être déposées près de son cercueil, je rougis de ma pauvre fleur. Toutefois le « jeune moine de Solesmes » [Univers, 13 avril 1883) et la manière dont vous avez reçu sa charmante violette, sont venus, avec l'avis de son supérieur, rallumer le premier désir du vieux jésuite. Ce n'est pas la première fois qu'un fils de saint Ignace suit l'exemple des fils de saint Benoît et de dom Guéranger. Laissez-moi donc déposer cette humble fleur californienne sur le tombeau de votre frère chéri, ce grand écrivain, et, ce qui vaut bien mieux encore, ce grand chrétien, et montrer ainsi, d'une manière bien faible, la vive part que je prends à votre douleur ainsi qu'à votre joie : car il est évident que cette mort a aussi ses côtés consolants et glorieux.
Un père de la Compagnie de Jésus.
HOfiCMAGES A LOUIS VEUILLOT 393
Lettre de M. l'abbé Joseph Renaud à M. Eugène Yeuillot :
Chenae, diocÔBe de la Rochelle, lo 8 mai.
Monsieur le rédacteur. — C'est dit, et c'est bien dît, et pour longtemps : l'Univers ne nous a pas manqutf. Oui, Tunivers catholique tout entier a rendu hommage au vaillant journal qui porte si fièrement son nom, et au chrétien magnanime et providentiel qui fut et reste le vrai fondateur de la presse religieuse. Quelle consolation pour vous, Monsieur, et pour les vôtres, que cet unanime concert de louanges et de « gratitude B !
Dès le premier jour de votre immense deuil, je pris la résolution de vous adresser la vive et douloureuse expression de mes sincères condoléances ; mais je suis si petit, ma voix est si faible, que j'ai cru de mon devoir de laisser s'écouler cette grande et noble foule qui forme à notre maître un cortège sans pareil.
Aucun tribut n'aura fait défaut à l'immortel lutteur. Mais que dirons-nous de la lettre de Monsieur le comte de Chambord? Ah! de tous les maux dont nous souffrons. Monsieur, le plus incurable, c'est le mal des habiles : la France en meurt !
Cependant les habiles se consolent en publiant des brochures. Mieux vaut pour eux voir périr la France que de consentir à ce qu'elle soit sauvée par d'autres mains et d'autres
pians que les leurs!
L'un des honneurs de ma vie. Monsieur, restera celui d'avoir connu de sa personne votre regretté frère. Je le vis, pour la première fois, à Bordeaux chez M. le curé de Saint- Louis. Je le trouvai plus tard <\ Rome, pour les fêtes de la canonisation des martyrs japon«iis, dans les salons de M^*" de y^ovWn^, piazza Navone, où tout le monde faisait cercle autour de lui, avide de l'interroger, de l'entendre, et de serrer cette main qui défendait si victorieusement l'Église. On n'oublie pas de tels bonheurs.
Agréez, etc. Joseph Renaud,
curé.
Lettre de M. le curé de Deuil, diocèse de Versailles, à M. Eugène Yeuillot :
Doail, auprès da tombeau do saint Eugène, le 8 mai.
VÉNéRÉ Monsieur. — Votre illustre frère, Louis Veuillot, le vaillant champion de l'Église catholique, n'est plus!... Il a
S94 HOMMAGES A LOUIS VBUILLOT
rendu sa grande âme à Dieu, cet indomptable batailleur qui aurait pu avoir pour cri de guerre : « Pour le Christ et pour le Pape ! » Homme de foi, homme de lutte, homme d'esprit, incomparable écrivain, il a combattu les combats du Seigneur avec les armes puissantes mises par le Dieu des armées entre ses vaillantes mains. L'erreur est multiple, Terreur est subtile, Terreur est tenace : partout et toujours elle a rencontré en lui un implacable adversaire. S'il n'est pas d'homme qui ait trouvé sur sa route autant de contradicteurs, pour ne pas dire d'en» nemis, et d'ennemis passionnés et hors d'eux-mêmes, quoi qu'on en dise, c'est moins à Tâcre mordant de sa plume qu'il le doit qu'à son impitoyable sincérité dans la défense de la vérité. La haine soulevée contre ce héros du journalisme chrétien était une haine satanique. La rage était grande dans tous les camps de Terreur et des passions humaines contre ce jouteur infatigable qui osait bien, pour le Pape, pour le Christ, pour Dieu, en ce siècle d'orgueil et d'affaiblissement des caractères, rompre sans trêve ni merci des lances avec les plus rudes champions du mensonge, qu'il laissait pantelants et désarçonnés dans la poussière de l'arène. Honneur à ce vaillant! honneur à ses compagnons d'armes ! Qui comptera les âmes nobles et reconnaissantes qui ont salué, le cœur brisé, le départ de ce rare soldat de la plus sainte des causes?... Les multitudes de l'esprit et du cœur, de la grandeur d'âme et de la foi, en France et à l'étranger, ont demandé à Dieu de glorifier dans le ciel celui qui a pu dire en quittant la terre : Cre-
didifpropter quod locutus sum !
Veuillez agréer, d'un frère qui écrivait ces quelques lignes auprès du lit d'un frère malade et que la mort nous a ravi, l'expression de ses plus vifs sentiments de condoléance et de dévouement en Notre-Seigneur Jésus-Christ. Tessier,
curé de Deuil.
M. Eugène Yeuillot a reçu la délibération suivante :
Sombacour, par Goux (Doubs), en réunion do eonféreace cantonale, le 8 mai.
Monsieur E. Veuillot. — Permettez à quelques prêtres, entièrement ignorés de vous, sans doute, mais sincèrement associés à votre deuil, de venir mêler leurs accents d'admiration et de regrets à ceux que vous ont adressés, de tous les coins de la France et du monde, tant de personnages éminents de tous rangs et de toutes opinions, à l'occasion de la mort de
HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT 395
TOtre regretté frère, M. Louis Veuillot, cet inimitable écrivain, ce puissant polémiste, et, par-dessus tout, ce grand et ardent catholique. Sans avoir jamais connu ni même vu M. Veuillot, nous Pavions apprécié par ses œuvres, et nous l'estimions, nous Taimions comme les doctrines qu'il a si vaillamment et si constamment défendues, et qui sont aussi les nôtres ; et il nous tardait de vous dire. Monsieur, la douleur que nous ressentons de cette perte, selon nous immense, et peut-être irréparable pour la France et pour rÉgiise. Si nous avons attendu jusqu'ici de faire cette démarche, ce n'est, soyez-en sur, ni par tiédeur ni par hésitation, mais uniquement pour laisser la priorité à ceux qui avaient droit, comme plus dignes ou plus en titre.
Ahl qu'il serait opportun, aujourd'hui, de voir monsieur votre firère recommencer sa carrière pour défendre la religion, réfuter et fustiger les ennemis du vrai et du bien comme il savait le faire I Plaise à Dieu de lui susciter un successeur digne de lui! Pendant longtemps. Monsieur, vous avez travaillé à son œuvre avec lui : puissiez-vous la continuer encore longtemps sans lui ! et daigne le Seigneur doubler pour cette rude tâche vos forces et votre énergie ! C'est le vœu que nous vous exprimons. Monsieur Veuillot, avec l'assurance de notre respectueux dévouement.
Le curé doyen de Levier,
GOUDRIET.
(Saiyent les signatures de tous les eurés du canton do Levier présents à la conférencOi plus un prélat romain non curé.)
M. Eugène Veuillot a reçu la lettre suivante :
Monsieur le rédacteur. — Les pauvres curés de campagne qui, comme moi, sont attachés à votre journal depuis vingt ans, n'ont point osé se mêler à la foule des illustrations du clergé et du monde chrétien, pour vous exprimer leur douleur, aussi vraie, aussi profonde que celle de vos meilleurs amis. Ils se contentent de prier en leurs saints sacrifices à l'intention du glorieux athlète dont ils ont lu et lisent encore avec tant de bonheur et de profit les œuvres immortelles.
Agréez mes sentiments, que partagent tant d'autres prêtres.
David,
curé de Sain t-Gcorges-sur- Cher, diocèse do Blois.
Lettre de M. l'abbé Chouanet :
Blois, 8 nui.
Monsieur. — Uni de cœur à tout le deuil de la digne famille Veuillot et fier des hommages magniûques rendus à la mémoire de son illustre défunt, je me sens plus attaché que jamais à V Univers, auquel je suis abonné depuis bien longtemps. J'espère que la rédaction entière voudra toujours vivre de Tesprit de celui qu'elle pleure et qu'en lis<int chaque jour mon journal, je pourrai toujours dire en glorifiant Dieu : Defunctas adhuc loquitur, «
Votre humble et dévoué serviteur, A. -F. Chouanet,
curé de Saint-Vineeiit-de-PaoI.
Lille, 8 mai.
Une séance a été donnée aujourd'hui à l'école libre de Saint- Joseph, par les élèves de l'académie de philosophie. Sous ce titre : Devoir et Droit, les principaux problèmes de l'ordre moral ont été successivement étudiés dans la forme didactique et dans la forme dramatique. Au cours de l'un des travaux dont il a été donné lecture, et où l'on fixait la notion du devoir moral, l'auteur a eu la gracieuse pensée d'emprunter une citation aux OEuvrcs poétiques de Louis Veuillot, en l'encadrant dans un délicat hommage à la mémoire du « grand athlète dont l'Eglise catholique a conduit naguère la dépouille à sa dernière demeure ». La citation, qui contenait de belles pensées sur la vocation militante du chrétien et sur la nécessité de la lutte dans la vie morale, a été vivement applaudie, et l'assistance s'est montrée heureuse de saluer au passage le nom de l'illustre défunt, à la glorification duquel s'associait ainsi l'école Saint^Joseph.
La lettre suivante a été adressée à M*l« Veuillot :
CoUège Saint-Laurent, près Montréal (Canada], S mai.
Mademoiselle. — Permettez à un humble missionnaire au Canada de se joindre au concert admirable et extraordinaire qui retentit de toutes parts à la louange de votre illustre frère, dont la mort récente a trouvé un écho si ému et si sympathique dans ce petit pays, qui n'a pas oublié son origine française. Tous nos journaux catholiques — et il y en a une trentaine — ont parlé au long et dans des termes très élogieux de Louis Veuillot et des combats glorieux qu'il a soutenus avec tant de vaillance et pendant tant d'années pour Jésus-Christ et sa
sainte Église; tous Tont représenté, sous les couleurs les plus viyes, comme le beau idéal du vrai chrétien. Moi-même, qui ai eu l'avantage de connaître votre admirable frère et d'en recevoir de précieux souvenirs d'amitié, je me suis servi avec bonheur des colonnes d'un de ces journaux canadiens (the Mont^ real Star) pour raconter les impressions profondes et réjouissantes que m'ont laissées ses conversations si intéressantes, si animées, si pleines de foi ardente et de vues prophétiques. En. effet, Louis Veuillot a été, et fait encore par ses écrits immortels, les délices du monde catholique, qui croit fermement à l'immaculée Conception de la sainte vierge Marie et à l'infaillibilité du Pontife romain. 11 fut un grand chrétien, un puissant écrivain et un vrai génie. « Il a cru; il voit!»
Oserais-je, Mademoiselle, vous manifester un désir? J'avais deux souvenirs de monsieur votre frère auxquels je tenais beaucoup : un livre — la Vie de Jésus- Christ — et un autographe. Hélas! un malheureux incendie a dévoré l'un et l'autre. Conibien je serais heureux de posséder quelque chose de lui ! par exemple, une de ses vaillantes plumes, un autographe ou toute autre petite chose.
Agréez, Mademoiselle, etc. Joseph-C. Carrier,
prêtre, miss, de la congr. de Sainte-Croix.
M. Eugène Veuillot a reçu le document suivant :
Bareelone, 9 mai.
L'Association catholique de Barcelone a ressenti avec une profonde douleur la mort de l'éminent écrivain, gloire de la nation française, M. Louis Veuillot, le défenseur très habile et très intrépide du drapeau légitime, traditionnel et chrétien de la France très chrétienne, l'incomparable publiciste catholique et l'illustre champion de la cause de Dieu et de sa sainte Eglise.
Mais, si ladite association partage le sentiment que la mort de votre frère fait éprouver à tous ceux qui, dans tous les partis, admiraient son extraordinaire et colossale figure, elle se console en unissant ses prières à celles de tous les bons catholiques et en rappelant que votre illustre frère a mérité les plus hauts témoignages de l'épiscopat et du souverain Pontife, et que, béni une fois de plus par le vicaire de Jésus-Chrit aux derniers moments de sa glorieuse vie, il aura conquis, depuis sa mort chrétienne, l'éternelle récompense.
398 HOMBCAGES A LOUIS YEUILLOT
Que Dieu Notre-Seîgneur daigne répandre abondamment ses grâces sur vous et sur mademoiselle votre sœur, et qu'il donne la résignation qui adoucira votre si naturelle douleur.
C*est ce que lui demandent vos dévoués et affectionnés,
Le président, J.-M. Rodr. Carballo; — le Tice^président, Joft. DooBRO; -^ raumônior, D. Ramon Walls; — - le trésorior, F. OB P. Bruoubra; — lo premier secrétaire, J. Mich. PEvn DE ViLLAOz; — le deuxième secrétaire, Manao Fortuny.
Lettre de M. Tabbé Beaussart à M. Eugène Yeuiliot :
Vignacourt, le 9 mai.
Puisque vous voulez bien accepter, pour former la magnifique gerbe d'hommages adressés à la mémoire du vénéré défunt dont la mort a eu un si grand retentissement dans ie monde, M. Louis Veuillot, les témoignages même les plus humbles, vous ne refuserez pas, je Tespère, la petite fleur que j'ose me permettre de déposer sur sa tombe.
Voilà dix ou douze ans, dans une société de braves gens, la conversation s'était engagée sur les graves difficultés de l'époque et sur les hommes qui pouvaient ou sauver le monde ou aider à le sauver. Alors un homme se lève, et, parlant avec émotion : Moi, je vous dis que je ne connais plus que trois hommes dans le monde : le premier, c'est Pie IX ; le deuxième, c'est le comte de Chambord, et le troisième, devinez? eh bien! c'est Louis Veuillot !
Les nombreux et si éclatants témoignages déposés sur sa tombe ne semblent-ils pas confirmer cette parole et donner raison à mon paroissien ?
Pie IX est entré au sein de la gloire ; Louis Veuillot est allé le rejoindre. Puisse celui qui reste à la France comme son espoir, devenir bientôt son salut I
J'ai bien l'honneur, etc. A. Beaussart,
curé de Vignacoart.
Lettre de M. l'abbé Gerin, curé de Lauris, diocèse d'Avignon,
à M. Eugène Veuillot :
Lauris, 9 mai 188S. V. J.-C. !
Monsieur. — Quoique j'aie gardé le silence à l'occasion du grand deuil qui a frappé en M. Louis Veuillot toute la société deV Univers, je me suis fait un devoir de recommander souvent dans le saint sacrifice cette grande âme, qui a tant et si admirablement combattu pour Dieu et sa sainte Église. La grande
manifestation qui se perpétue en Thonneur du fier lutteur était bien due à celui qui n'a laissé attaquer aucune juste et sainte cause sans lui donner, presque toujours efficacement, l'appui de son talent et de sa foi. Il laisse un tel exemple, qu'il suffirait peut-être à régénérer la société française et l'Europe après elle, s'il était courageusement et loyalement suivi.
Dieu ne laissera pas longtemps sans une éclatante récompense son bon et fidèle serviteur.
Veuillez, etc. Gerin,
curé de Laoris.
Le P. E. Braun, de la Compagnie de Jésus, nous transmet cette note :
Veuillot, dans ses Libres Penseurs, a un chapitre où il nomme un auteur; et dans un autre chapitre, sans le nommer, ii l'attaque avec une grande force. Or, cet auteur a lu les Libres Penseurs, Cette attention charitable de Veuillot le toucha et commença à le faire réfléchir; là-dessus vint le choléra : il se convertit, fait venir un de nos pères, se confesse. Le choléra ne l'ayant point emporté, aussitôt qu'il peut écrire, il envoie une lettre à Veuillot, où il lui marque que c'est à sa charité qu'il est redevable de la grande grâce qu'il a eue d'ouvrir les yeux à la vérité, et qu'il le conjure de lui accorder son amitié, car lui aussi il ne veut plus vivre et travailler qne pour la bonne cause ; qu'il le conjure de venir le voir, que les forces seules l'empêchent d'aller jusque chez lui, pour le remercier. Veuillot lui répond que dès le lendemain il sera près de lui, lui promet que dans la prochaine édition des Libres Penseurs son nom disparaîtra ainsi que le fameux chapitre, et lui exprime toute la joie que lui cause sa conversion. Le lendemain^ de grand matin, on annonce à Veuillot qu'un monsieur le demande. C'était notre converti, qui n'avait pu attendre plus longtemps et venait se jeter dans les bras de son ami. Veuillot l'engage à dîner. « Vous vous trouverez, dit-il, en compagnie de quelques écrivains catholiques.» Le soir, ce furent de véritables agapes. Le R. P. Laurent, M. l'abbé Martinet et plusieurs autres, nous nous trouvions à cette fête touchante...
Lettre de M. le curé de la Sauve (Gironde) à M. Eugène Yeuil-
lot^:
La Sauve, 9 mai.
Monsieur. — Jamais je n*oublierai la joie iatime que
j'éprouvais à la lecture des articles si remarquables du maître que nous avons perdu !
On a tout dit sur le noble caractère de ce génie de la polémique, et sur la bonté de cœur de ce chrétien qui n'a jamais voulu d*autre titre que celui de catholique. Mais il y a un côté de cet immense talent qu'on n'a point assez fait ressortir, à mon humble avis : c'est qu'il savait exprimer avec une merveilleuse vérité d'expression les sentiments d'amour ou de légitime indignation qui faisaient battre tous les cœurs catholiques français. Quel soulagement pour la conscience chrétienne et une âme vraiment patriotique, que ces pages toutes frémissantes d'enthousiasme, de suave poésie ou de sainte colère I
De là vient, Monsieur, que tout lecteur de Louis Veuillot éprouvait le besoin d'être autour de lui l'écho de cette grande voix; de là vient que nous, pauvres prêtres, qui bien souvent, hélas ! ne pouvons pas nous faire entendre de ceux qui auraient le plus besoin de la vérité, nous étions heureux de faire lire ces pages admirables , toutes rayonnantes de lumière.
Quel est celui de nous qui ne peut compter quelque conversion obtenue par la lecture de VUnwers ou des livres de Louis Veuillot? Pour moi, je veux le dire, je dois à ce grand chrétien, qui fut un si grand écrivain, avec les plus douces jouissances de l'esprit, un amour plus profond pour la sainte Eglise et les plus belles conversions qui aient réjoui mon âme Siicerdotale
Veuillez agréer, etc. Gorbix,
coré do la Sauve (Gironde).
Les frères Hermct, curés au diocèse d'Orléans, écrivent à
M. Eugène Veuillot :
Tillereaa, 9 mai.
Monsieur. — Après avoir prié et célébré les saints mystères pour l'âme si généreuse de votre illustre frère, laisseznous vous dire toute notre joie à la vue du monument incomparable que lui élèvent et la reconnaissante piété des catholiques de tous les rangs de la hiérarchie sacrée, de toutes les contrées du monde, et l'impartiale justice de ses ennemis, et
par-dessus tout ses lettres inimitables, qui le révèlent à ses amis eux-mêmes et font apparaître le saint.
Le jour de sa mort a été véritablement le natalis dies de sa gloire.
Cette gloire, il ne la rechercha point, il la méprisa durant sa vie et la foula aux pieds ; et elle vient à lui dans la mort, et sa tombe est un berceau.
Permettez, Monsieur, à ceux qu'on traita souvent d'ultramontâins, de veuillottistes, — deux termes qui désignaient le drapeau sans nuance de la vérité, qu'il tint si haut et d'une main si ferme plus de quarante ans, — et qui partagent votre profonde douleur, de partager aussi vos légitimes et si glorieuses consolations.
Louis Veuillot était de la race des martyrs, de ces hommes qui n'admettent point qu'on brûle quelques grains d'encens à une idole quelconque, pour se la rendre propice. Tout son encens, à lui, était pour Jésus-Christ seul, dont il voulait uniquement le règne social ici-bas par l'Eglise et par le Pape, c'est tout un : Adveniat regnum tuum.
Et on a remarqué que Dieu n'avait permis à son fier chevalier de déposer les armes que lorsque le libéralisme dit catholique, discrédité comme doctrine, était en voie de s'ensevelir sous les ruines des institutions qu'il avait créées. Puisse sa mort mettre le sceau à cette œuvre !...
Pour nous, bien reconnaissants à Louis Veuillot de nous avoir obtenu un magnifique bref de Pie IX à l'époque du concile, et pleins d'admiration pour son œuvre, nous prions pour que les continuateurs de ses vaillants combats restent toujours dignes, par la fermeté de leur christianisme, du bon sergent du bon Dieu qui a si utilement servi l'Église.
Daignez agréer, etc.
Pour mes frères : Julbb Hbrmbt, caré d'Autruy, et Paul Hermet, curé d'Ërcoville,
Casimir Hermet,
curé do ViUereau.
Le clergé du doyenné de Saint- Pierre, à Douai, écrit à M. Eugène Veuillot :
Douai, 9 mai.
Très vénéré Monsieur. — Depuis longtemps déjà nous lisons chaque jour, avec la plus douloureuse et la plus sympathique émotion, les innombrables lettres de condoléance qui vous ont été adressées. Nous permettrez-vous, cher Monsieur,
de profiter de notre première conférence décanale, pour déposer l'humble expression de nos religieux et inconsolables regrets sur la tombe de Tintrépide et incomparable défenseur de toutes les bonnes doctrines ?
Daignez les agréer, Monsieur, etc.
Ao nom de la conférence,
M. Dayez,
archiprôtro de Saint-Pierre.
La lettre suivante contient une réclamation que beaucoup d'aatrès ont faite, que beaucoup d'autres encore auraient pu et pourraient faire ; car bien des lettres, que nous aurions été heureux*dc donner, ont, par de regrettables confusions, été omises :
Seix, 9 mai.
Monsieur le rédacteur. — Au rapport de la sainte Ecriture, toute la terre garda le silence devant Alexandre: toute la terre, au contraire, ne sait plus parler, depuis plus d'un gros mois, que du grand écrivain catholique, dont la perte est estimée, à juste titre, une calamité publique.
En présence de cette avalanche d'hommages qui, d'un pôle à l'autre, ne cessent de pleuvoir sur sa tombe, l'un de vos plus anciens abonnés et son vicaire regrettent vivement que vous n'ayez fait mention dans vos colonnes, ni des regrets que lun et l'autre vous exprimèrent dès la première heure, ni de leur empressement à payer à la mémoire de Louis Veuillot le tribut qu'il avait le plus à cœur dans le monde, celui d'une messe chacun, célébrée pour le repos de son âme.
Avec mes condoléances, agréez. Monsieur, etc.
LOUBBT, curé à Seix, diocèse de Pamiers
LETTRES DES 40 ET i< MAI
Lettre de M»*" l'archevêque de Port-au-Prince ù M. Eugène Veuillot :
Port-au-Prince, 10 mai.
BiBN CHER Monsieur. — Ces lignes vous arriveront bien tard pour vous dire toute la part que je prends à la perte de votre illustre frère ; mais il y a quelques jours à peine que nous venons d'apprendre cette douloureuse nouvelle. Il y a plus de quarante ans que je suis abonné à VUnlverSy et j'ai toujours apprécié les grands services que M. Louis Veuillot a rendus à la cause catholique. Il aimait sans réserve TÉglise et le Pape : l'Eglise, comme la vraie mère de l'humanité et en particulier de notre chère France, que l'impiété voudrait arracher de ses bras ; le Pape, comme le vicaire de Jésus-Christ et la pierre angulaire de l'Eglise. Polémiste hors ligne, il a vigoureusement combattu, au milieu d'inévitables contradictions, des préjugés funestes enracinés parmi les croyants, et battu en brèche l'impiété et les théories du libéralisme. 11 a ouvert des voies nouvelles à la défense de la vérité par le journalisme catholique, dont il fut un des plus vaillants champions.
Que Dieu lui donne au ciel sa récompense, et bénisse la grande œuvre qu'il a fondée ! Elle ne mourra pas avec lui, j'en ai la conviction et je le souhaite de tout mon cœur. Vous le dirai-je, cher Monsieur? ce vœu ne m'est pas seulement inspiré par une vue d'intérêt général, mais auàsi par la reconnaissance. Le regretté défunt entretint des relations amicales avec mon vénérable prédécesseur, et il portait, je le sais, un intérêt particulier à cette mission. Cet intérêt, veuillez bien nous le continuer.
Et agréez, cher Monsieur, l'assurance de mes sentiments Jes plus distingués en Notre-Seigneur. •{• Alexis,
archevdquo do Port-au-Princo.
Lettre de M. l'abbé P. Morère, vicaire à Saint-Séverin, à M. Eugène Yeuillot :
Paxis, 10 mai.
Monsieur. — Je viens, après tous les autres, vous exprimer la part que je prends à votre immense douleur.
Votre illustre frère M. Louis Veuillot emporte dans la tombe Testime et les regrets de tous ceux qui l'ont connu.
Les services qu'il a rendus à l'Église pendant quarante ans, son talent d'écrivain et de polémiste de premier ordre, son intelligence élevée et les nobles aspirations de son cœur l'ont placé sur un piédestal si élevé, que désormais la louange ne saurait rien ajouter à sa gloire.
En quittant cette terre d'exil, ce vaillant athlète du Christ a trouvé le véritable repos et le vrai bonheur dans cette autre vie, la seule réelle, la seule désirable, qui nous est proposée comme fin dernière et promise comme récompense.
Heureux ceux qui meurent dans le Seigneur !
Recevez, etc.
Lettre de M. le supérieur et de MM. les professeurs du petit séminaire de Marvejols à M. Eugène Veuillot :
Petit séminaire do Marrejols, 10 mai.
Monsieur. — Le supérieur et les professeurs du petit séminaire de Marvejols, lecteurs de VUnwers, se sont associés à votre deuil, comme au deuil de l'Eglise, à l'occasion de la mort de votre illustre frère, qui défendit si bien la cause catholique.
Ils viennent, après tant d'autres, vous exprimer leur condoléance sincère, et vous prient de publier au plus tôt les lettres inédites de Louis Veuillot. Elles formeront peut-être son meilleur ouvrage, et nul ne fera mieux connaître, admirer et aimer son talent, son savoir, son cœur, son esprit et sa foi.
Veuillez agréer, etc. L'abbé Vivens,
supérieur, ch. hoa.
Lettre d'un prêtre du diocèse de Moulins :
En 1860, notre Louis Veuillot était accueilli avec allégresse et enthousiasme, au grand séminaire de Moulins, par les élèves, les directeurs, et par l'é minent supérieur placé aujourd'hui à la tête de sa congrégation, admirateur passionné du grand écrivain.
Après avoir assisté à Toflice divin, célébré parM«'de Dreux- Brézé avec la pompe et la dignité incomparables des cérémonies que préside Sa Grandeur, notre grand homme fut introduit dans la salle des exercices, où chacun désirait ardemment l'entendre. Il se refuse à prendre la parole, disant qu'il était devant l'Eglise enseignante, qu'il devait écouter et se taire. On insiste, on le presse; et, sans prétention aucune, d'un air plutôt timide et vraiment humble, il nous dit ce simple mot :
« Messieurs, je suis dans l'Église à votre service : à l'exemple du suisse, je prends la hallebarde, et assène, quand il est nécessaire, quelques violents coups sur l'épine dorsale de l'impudent et audacieux animal qui par ses cris discordants trouble la paix et l'harmonie du saint lieu. »
Que n'est-il toujours à son poste de garde et d'observation, pour mettre fin au vacarme honteux de renégats effrontés et de lâches hypocrites !
Nous quittâmes l'invincible et ardent champion plus attachés que jamais à sa personne, et ce fut avec une bien douce joie que je vis notre cher et vénéré supérieur,le R. P. Jeantin, offrir avec émotion à son hôte illustre et bien-aimé une riche croix en ivoire avec l'inscription : Catholicse vcritatis dcfensort glorioso.
Un curé de campagne écrit à M. Eugène Yeuillot :
Monsieur. — C'est par la lecture des écrits de Louis
Yeuillot que j'ai compris combien sont sacrés les liens qui unissent entre eux les membres de l'Église. Depuis mon enfance, depuis le collège, j'ai lu Louis Veuillot; j'ai lu ses ouvrages, j'ai lu ses articles. Je n'y ai jamais vu que la haine fût dans son coeur. Il flagellait avec sa plume comme le divin Maître avec des cordes; et, si l'acerbité de ses paroles trahissait son indignation, l'on peut dire de lui, comme cela est vrai de Notre-Seigneur,qu'il eût ouvert joyeusement les bras pour donner l'accolade fraternelle à ceux qui faussement croyaient l'avoir pour ennemi. Sa véhémence cachait à ne pas s'y méprendre un amour de Dieu et de la sainte Église par-dessus toutes choses, un amour des hommes autant et plus que de soimême. Je le lisais donc avec profit, revenant sans cesse à ses ouvrages et me procurant V Univers partout où je me trouvais. Une des choses dont je lui dois être extrêmement reconnaissant, c'est de m'avoir donné pour le souverain Pontife un
amour que je ne sépare pas dans mon cœur de celui auquel a droit Notre-Seigneur Jésus-Christ. Je le vois dans son vicaire, et cette vision, les écrits de Louis Veuillot me Tont donnée plus claire et plus étincelante que partout ailleurs.
C'est beaucoup et c'est tout, je m'en réjouis devant Dieu. Je reviens à sa mort, et je me demande si elle n'est pas un coup de la Providence pour réveiller des âmes engourdies et pour mettre, à côté de tant d'autres moyens de faire le bien, celui des témoignages qui vous arrivent de toutes les parties du monde.
Mff'' Boufartigue, camérier d'honneur de Sa Sainteté, chanoine honoraire, commandeur de l'ordre de Charles III, écrit à M. Eu-
Locussan, Lalando-Toulousc, 11 mai.
Monsieur. — Le jour où V Univers vint m'apprendre que L. Veuillot n'était plus de ce monde, nous étions six prêtres réunis et consternés. Nous sommes montés tous à l'autel pour présenter à Dieu la mémoire du grand mort; et depuis, chacun de nous a pris un jour de la semaine, aiin qu'ici , pendant trente jours, le saint sacrifice fût offert pour le repos de son âme. Nous continuerons.
Quant à moi, je ne saurais oublier que je dois à M. Louis Veuillot le bonheur de ma première entrée au Vatican. C'était en 1867. J'avais eu la bonne fortune de rencontrer le rédacteur en chef de VUnivers chez mon vieil ami, le comte Henri de Maguelonne. Je ne connaissais M. Louis Veuillot que par la lecture de ses courageux articles dans son journal, et je l'aimais comme on aime l'honnêteté, dont il était la vivante personnification. Mais ce fut bien autre chose lorsque j'eus entendu cette voix convaincue, et senti sur moi le regard de cet œil limpide et vif qu'éclairait une si belle âme.
J'étais venu à Rome pour voir Pie IX, et je ne savais comment obtenir la faveur d'être admis auprès du grand Pape. Louis Veuillot comprit mon désir et mon embarras. Les fêtes qui se préparaient avaient amené dans la Ville éternelle plus de cinq cents évêques, qui devaient avoir leurs jours d'audience. M. Louis Veuillot, qui comptait parmi ces prélats tant d'amis, me vint en aide; et il obtint de M«' Pacca, alors maître de chambre, la permission de m'introduire un jour de réception. Je vis le Pape, et je vins remercier mon bienveillant introducteur.
8 Eh bien! me dit-il dès que je fus prés de lui, vous êtes heureux «omme je Tétais moi-même, pendant qu'à genoux aux pieds du souverain Pontife, ma tête slnclinait sous sa main bénissante. Pie IX va placer votre bienheureuse Germaine dans le catalogue de nos saints. Vous allez être témoin des splendeurs de Rome; vous ne les oublierez jamais. Que ce souvenir toutefois ne vous décourage pas, lorsque vous verrez à Toulouse les solennités qui seront faites chez vous en l'honneur de notre nouvelle sainte. Vous savez que j'ai quelque droit à l'appeler notre sainte, parce que je l'aime beaucoup. Vos fêtes seront magnifiques, je le sais ; et maintenant vous pourrez mieux m'en faire le récit, que vous m'enverrez à Paris. »
Je ne devais pas refuser, et je m'acquittai avec reconnaissance de la mission qui m'était aussi gracieusement confiée.
Depuis la mort de Louis Veuillot, on a beaucoup parlé de son amour filial pour l'Église , et on a eu bien raison d'écrire tout ce que nous avons lu touchant cette affection. Jusqu'ici le rédacteur de V Univers n'était pour le plus grand nombre de ses admirateurs qu'un grand journaliste, un champion redoutable, un polémiste ardent, un écrivain hors de pair. On exaltait son habileté, sa dialectique, son argumentation solide, ses connaissances variées, sa force, en un mot, son grand esprit ; mais peu nombreux étaient ceux qui parlaient de son cœur si bon et tout rempli d'une délicate tendresse. Aujourd'hui, grâce à de pieuses révélations, tout le monde sait ce qu'il y avait de douceur dans cette virile nature. Ah ! si ceux qui l'ont poursuivi avec tant d'acrimonie avaient vu l'aimable abandon de ce causeur si fin, si attentif, si bienveillant, ils auraient compris que sous l'armure de ce rude chevalier il n'y avait de haine pour personne, et que la main qui se servait si vaillamment d'une épée toujours terrible n'était impitoyable qu'à l'erreur et au mensonge. Quand on avait entendu ce batailleur étonnant, on demeurait convaincu que jamais la moindre goutte de fiel n'avait pénétré dans son âme généreuse et loyale....
£t maintenant nous ne l'entendrons plus, mais nous nous souviendrons. Ses œuvres nous restent, nous les lirons ; ses exemples sont vivants, nous les suivrons. Il nous parle encore. Defunctus adhuc loquitur.
Votre très humble serviteur en Notre-Seigneur.
Lettre de M. Isambert à M. Eugène Yeuillot :
Épinal, 11 mai.
Très honoré Monsieur. — ....Vous deviez à TËglise, au monde catholique et à vous-même, de publier ces lettres, qui restent un monument impérissable, puisque le triomphe de votre illustre frère est celui des causes qu'il a défendues, de Pie IX de sainte mémoire et de TÉglise catholique elle-même.
En même temps qu'elles ont été pour les vrais enfants de rÉglise la plus douce consolation et le plus précieux encouragement, elles demeureront pour les impies et les catholiques libéraux le sujet des plus salutaires réflexions.
Mon afiPectueuse vénération pour Louis Yeuillot, je la tiens de mon père, qui se plaisait à le suivre au cours de ses grandes luttes, et qui, dans son admiration, aimait à accompagner son nom de celui de Père de TÉglise.
Ouvrez donc, honoré Monsieur, une souscription dans votre vaillant journal, vos amis vous en prient, pour la construction d'un monument destiné à redire aux siècles futurs les gloires du vaillant chrétien qui a fait connaître et aimer Rome, qui a si activement concouru à cette admirable unité de TËglise dont nous sommes si fiers aujourd'hui, à l'anéantissement des derniers survivants du gallicanisme, et à la proclamation de ce dogme de l'infaillibilité qui sera le salut de notre société...
Pardonnez-moi d'oser joindre ma faible voix au concert splendide dont V Univers nous apporte chaque jour de nombreux échos. Mais j'ai pensé que, les c/iefs ayant parlé, le tour des simples soldats est arrivé.
Veuillez agréer, honoré Monsieur, avec mes regrets, l'hommage de mon profond respect. G. Isambert,
pharmacien.
Lettre de M. le curé de Lcscheraines (Savoie) à M. Eugène Veuillot :
Lescherainoa, 11 mai.
Monsieur le directeur. — Il y a trente ans que je lis V Univers: il y a trente ans que j'aime, j'admire et j'estime celui qui en est l'âme et l'inspirateur. Je l'aime, parce qu'il a toujours tendu une main secourable aux déshérités de la fortune, aux héritiers du malheur, et surtout aux déshérités de la foi qui étaient en quête de la vérité. Je l'admire pour ses incomparables qualités d'écrivain et de polémiste; sa plume était une flèche barbelée, qui réduisait souvent au silence les pha-
risiens de la nouvelle loi : il ne faisait en cela que ce que faisait le divin Maître. Honneur à lui, pour n'avoir pas connivé avec ceux qui l'accusaient de manquer de charité! Je l'estime d'abord pour ses vertus privées, et ensuite pour n'avoir jamais transigé avec Terreur. Sa sagacité savait démêler, au milieu d'articles en apparence bienveillants en faveur de l'Eglise, certaines appréciations contraires aux enseignements de la foi comme à la rigueur théologique. Et je vois avec plaisir que la direction de V Univers suit les mêmes principes que le maître. Honneur donc et gloire à l'intrépide athlète de la vérité ! car je suis persuadé qu'il est couronné dans le ciel. Que sa famille et ses proches cessent d'être inconsolables, mais plutôt soient inconsolables les membres de la grande famille chrétienne. Lui vivant, quoique ne pouvant plus tenir sa plume, inspirait encore de la crainte aux ennemis de la foi. F. Ferroud,
euro de Leschoraines (Savoie).
Lettre de M. Tabbé F. Manthelin, aumônier des religieuses du Bon-Pasteur d'Ânnonay, à M. Eugène Yeuillot :
Annonoy, 11 mai.
Bien cher Mon3ieur. — Je vous offre volontiers l'expression de mes sincères sentiments de condoléance pour la perte immense que vous avez faite en la personne de monsieur votre frère. Je suis aussi du nombre de ceux auxquels les écrits de M. Louis Yeuillot ont fait du bien. Je me borne à le reconnaître auprès de vous, après tant d'autres qui ont montré, et avec raison, plus d'empressement que moi à vous le dire. Mais je suis inconnu, voilà mon excuse. Mon intention n'est donc pas de vous faire une longue lettre. D'autres ont dit mieux que moi combien le grand écrivain avait été dévoué à l'Église, à son pays, à toutes les saintes causes qui ont ému pendant cinquante ans les catholiques de France.
Dans tous ces précieux témoignages venus de toutes parts, je voudrais choisir ce qu'il y a eu de plus consolant et de plus glorieux pour votre famille et pour vos excellents collaborateurs, afin de pouvoir vous le redire en ce billet.
Courage, Monsieur I continuez votre si édifiant et si nécessaire travail. Tenez toujours haut et ferme le drapeau de l'Eglise et de la Patrie. Le clergé vous bénit et vous encourage.
Agréez, bien cher Monsieur, etc. F. Manthelin.
M. Tabbc Chapard à M. Eugène Veuillot :
Compicgne, 11 mai.
Cher Monsieur. — Avant de clore la série d'hommages rendus à votre illustre frère, permettez à un prêtre obscur ce cri du cœur : Honneur à Louis Veuillot, le regretté défenseur de rËglise !... Sans craindre ni le venin du pamphlet anonyme, ni les dents des loups-cerviers de la presse, il a su fustiger les scribes de la libre pensée et les rêveurs d'une conciliation impossible, et prouver que les vrais catholiques sont, suivant le mot de Lacordaire, une race de granit.
Agréez, cher Monsieur, etc. L'abbé Chapard.
Lettre de M. le chanoine Angcli à M. Eugène Veuillot :
Ajaceio.
Monsieur le rédacteur. — Je suis peut-être le dernier à vous offrir mes sentiments de condoléance à l'occasion de la mort de votre frère ; mais nul, croyez-le bien, n'a pris une plus large part à votre douleur...
J'admirais en lui le vaillant athlète de notre foi, Tinvincible champion de l'Église et des Papes; j'aimais en lui le dévouement à toutes les grandes et nobles causes, uni à l'obéissance la plus filiale au Vicaire de Jésus-Christ.
Son nom vivra à jamais dans l'histoire, il vivra surtout dans nos cœurs ; et ses vertus, que sa famille a recueillies comme le plus précieux héritage, se perpétueront avec les œuvres qu'il a fondées.
Dieu, je n'en doute pas, a déjà associé dans la gloire Pie IX et Louis Veuillot, le chef et le soldat qu'il avait unis sur la terre dans les mêmes combats et dans les mêmes épreuves. Leur couronne est d'autant plus éclatante, que la lutte a été longue et laborieuse.
Veuillez agréer, etc. J.-M. Angbli,
chanoine, missionnaire apostolique.
Lettre de Msr Laouënan, vicaire apostolique de Pondichéry, à
M»« Veuillot :
Pondichcry, le 13 mai.
Mademoiselle. — J'arrive un des derniers sans doute pour vous exprimer la part que nous avons prise, mes confrères et moi) à la juste douleur que nous a causée la mort de M. Louis Veuillot. Mais veuillez croire, Mademoiselle, que nous n'avons pas tardé à prier Dieu pour le repos de son âme. Tous n'ont pas eu, comme moi, le bonheur de le connaître personnellement, de jouir de cette forte et chrétienne intimité qu'on trouvait dans votre maison, et qu'on ne peut plus oublier; mais tous connaissaient M. Veuillot par ses écrits, par son attachement indomptable à l'Église de Jésus-Christ, par sa fidélité absolue au Pontife romain, et par l'assistance si puissante qu'il accordait à toutes les bonnes œuvres. Aucun de nous n'a oublié les secours si abondants qu'il nous procura à l'époque de la grande famine qui, pendant près de trois ans, a désolé nos chrétientés et tout le pays. Grâce à ces secours et à ceux que nous reçûmes d'ailleurs, nous eûmes le bonheur non seulement de soulager la misère corporelle d'une infinité de pauvres gens, mais encore de baptiser près de soixante-dix mille païens, y compris les petits enfants. Un grand nombre, le plus grand nombre peut-être de ces nouveaux baptisés sont morts presque aussitôt, et leurs âmes, nous l'espérons, ont été admises dans le ciel ; et elles n'auront pas manqué d'intercéder auprès de Dieu pour celui qui a eu une si grande part dans leur salut éternel.
A combien d'autres bonnes œuvres, de congrégations et de maisons religieuses, son assistance et sa protection ont été accordées ! au salut de combien d'autres pauvres âmes n'a-t-il pas efficacement contribué ! sans parler de la grande part qu'il a prise à la défense de la sainte Eglise et de la doctrine, et à ce renouvellement de l'esprit public chrétien dont nous avons été les témoins !
412 HOMMAGES A LOUIS TEUILLOT
Ses talents d'écrivain étaient bien grands ; mais c'est Dieu qui les lui avait donnés, et le mérite réel de M. Veûillot est bien moins d'avoir possédé un grand talent que d'en avoir usé fidèlement, comme le voulait Celui qui le lui avait confié. Aussi devons-nous penser que Dieu lui a déjà adressé cette parole consolante : « Courage, ben et fidèle serviteur! parce que tu as été fidèle en de petites choses, je t'instituerai sur de grandes : entre dans la joie de ton maître. »
Nous continuerons cependant à prier pour lui, moi tout particulièrement^ qui ai joui de son amitié et de ses entretiens. Je prierai aussi pour vous. Mademoiselle, pour mesdames vos nièces, pour M. Eugène Veûillot et sa famille, afin que le bon Dieu vous console dans votre affliction, et qu'il vous réunisse tous un jour c\ celui dont vous avez partagé les mérites et les *bonnes œuvres.
Veuillez agréer. Mademoiselle, l'assurance du souvenir constant que je conserve de vos bontés, et l'hommage de mon profond respect. •}• Fr. Laoubnan,
évêque, vicaire apostolique.
Lettre de M. Féron, missionnaire apostolique du vicariat de
Pondichéry, à M^^® Veûillot :
Pérejoor, 13 mai.
Mademoiselle. — Je suis bien loin, et les journaux m'arrivent bien tard : c'est pourquoi je viens seulement d'apprendre par V Univers, le cher Univers auquel je suis abonné depuis trente-deux ans, depuis que je suis prêtre, la mort ou plutôt l'entrée dans la vie — natalem — du cher et vénéré Louis Veûillot.
Vous avez sans aucun doute oublié un jeune missionnaire, jeune alors, qui eut l'honneur d'être reçu chez vous en 1855. Notre grand homme, que je persécutais pour lui faire entreprendre l'histoire de la mission de Corée, à laquelle j'étais alors destiné, me fit cadeau d'un chapelet bénit par Pie IX, qui ne m'a jamais quitté depuis, et qui, grâce à cela, échappa avec moi aux persécutions de Corée.
J'y perdis quelques-uns de ses ouvrages, qu'il avait eu la bonté de m'offrir ; mais je les ai tout de même. Il voulut assister à la cérémonie de mon départ; et depuis, j'ai vu qu'il m'avait fait passer à la postérité, en écrivant mon nom dans un de ses incomparables articles. Depuis, j'ai eu le bonheur de vous revoir en 1869.
Malgré tout cela, malgré la visite dont vous me fîtes l'honoeur au séminaire des Missions étrangères, ce serait grande merveille si vous retrouviez dans un coin de votre mémoire ma figure ou mon nom.
Pour moi, il n'en est pas de même : enthousiaste de VUniuers et de tout ce qui lui appartient, je n'ai oublié personne.
Ce sont ces souvenirs intimes non moins que Tamour
fanatique ? va pour fanatique, je ne trouve pas de mot qui rende mieux ma pensée, sauf que mon fanatisme n'était pas aveugle, mais de bon aloi, pour le grand, l'incomparable Louis Veuillot, qui m'encouragent à sortir de mon obscurité pour vous dire que, dans le fond de l'Inde, il y a des cœurs, et plus d'un, — le père Lap, mon compagnon, en est, — qui battent au nom de celui auquel ils se sentent redevables, au moins en partie, de leur amour pour rÉglise, à celui qui était embrasé pour elle d'un feu si communicatif.
Nous prions pour lui, nous espérons qu'il priera pour nous; et croyez bien, chère Mademoiselle, qu'en portant chaque jour son nom à l'autel, je n'y oublierai ni vous ni toute la chère famille de V Univers.
Veuillez agréer l'hommage, etc. S. Féron,
miss, apost. de la eong. des Miss, ctrang. do Paris.
Un curé du diocèse de Tarbes écrit à M. Eugène Yeuillot :
Tarbes, le 13 mai.
Monsieur. — Depuis 1846, je n'ai passé aucun jour sans lire VUnivers, C'est vous dire, Monsieur, tout ce que je dois à votre illustre frère. Après la sainte Église et la divine science dont elle est la dépositaire, nul n'a eu autant d'influence que lui sur mon intelligence et sur mon cœur. Ce dont je le bénis surtout, c'est qu'il m'a inspiré le goût du travail et le besoin des études sérieuses. Louis Yeuillot, avec son arme de combat, le journal, a été de nos jours le grand excitateur des âmes et l'un des plus puissants promoteurs des sciences ecclésiastiques.
J'ai eu le bonheur de le voir à Tarbes, à Saint-Pé, à Bagnères, dans ces « asiles des Pyrénées, au fond des vallées où mugit le gave, où chante l'Adour ».
Plus tard, en 1870, je l'ai revu à Rome. M»* Laurence, de grande et vénérée mémoire, avait bien voulu me charger d'une
communication auprès de lui, en attendant qu'il se présentât de sa personne. Je trouvai M. Veuillot bien changé. La figure était fatiguée, mais elle avait comme un rayonnement que je n'ai vu au même degré que sur le visage du P. GarricoHs, mort en odeur de sainteté. Je suis bien sûr de n'avoir pas été dupe d'une illusion, car je ne m'y attendais en aucune façon, et plus tard je n'ai été nullement étonné quand j'ai vu la teinte mystique que prenait sa plume à tout propos. Évidemment, son âme en était arrivée à ce point de commerce intime avec Dieu, qu'elle avait hâte de s'abstraire des choses de la terre et de s'enfermer en Celui qui le sanctifiait d'une manière si merveilleuse.
Je vous dis tout cela. Monsieur, parce que je l'ai vu. Vous l'avez vu aussi bien et mieux que moi. Peut-être ne pouvezvous pas le dire aussi librement que moi.
Lettre de M. Tabbé Lapeyradc à M. Eugène Veuillot:
Paris, le 13 mai.
Monsieur. — Quel éloge funèbre aurait le prix de toutes ces lettres parties du cœur et venues du palais de l'évêque et du presbytère, du château et de la demeure du roi !
Votre douleur est adoucie par tous ces hommages rendus à la mémoire de votre illustre frère. Permettez à un humble vicaire de vous apporter le sien. Il est bien tardif, mais je n'ai pas attendu ce moment pour demander à Dieu de payer à cet incomparable athlète de la foi le bien qu'il a fait à l'Eglise et celui qu'il m'a fait à moi-même.
Veuillez, Monsieur, agréer, etc. F. Lapbyradb,
ricairo à Paris.
Lettre de M. le curé de Saint-Etienne-de-Lugdarès à M. Eugène
Veuillot :
Saint-Etienno-do-Lagdarùs, 13 mai.
Monsieur Eugène Veuillot. — Abonné de XUnwers depuis qu'il existe, je veux saluer la noble et fière figure de votre illustre frère, que la mort vient de ravir à sa famille, à l'Église et à la France. Pour lui, la mort n'est qu'un gain : une telle âme, après tant de travaux pour la sainte cause de Dieu, après la rude épreuve qui, en le condamnant au silence, a dû effacer tout ce qui aurait pu se glisser d'imperfections dans sa longue carrière
HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT 415
d'athlète catholique, après tant de messes et de prières, il doit voir ce qu'il a cru. Il n'est donc pas à plaindre; la perte est toute pour nous, dans ces temps malheureux où il y a un si petit nombre d'hommes de cœur et de chrétiens sans peur et suDs reproche. Je suis heureux que la rédaction de YUnwers vive de son esprit et continue son œuvre. Elle est bien l'œuvre de Dieu, puisque la contradiction ne lui a pas manqué.
J'ai été et je reste l'admirateur de Louis Veuillot.
Agréez, etc. Vinson,
curé de Saint-Etieiino-do-Lugdarès (Ardèche).
Lettre de M. l'abbé Terver à M. Eugène Veuillot :
Coumo (Lorraine), le 13 mai.
Cher Monsieur Eugène Veuillot. — Dieu a voulu que le tombeau de Louis Veuillot soit glorieux, parce que personne en ce siècle n'a aussi bien défendu son Fils, son Vicaire et son Eglise. Et voilà pourquoi il a suscité ces magnifiques manifestations, cette oraison funèbre à nulle autre pareille, qui sort de milliers de bouches et retentit dans tout l'univers.
C'est les larmes aux yeux que je lis, depuis un mois, ces éloges enthousiastes rendus de toutes parts au plus vaillant défenseur de la foi, au plus illustre écrivain de ce siècle.
J ai lu presque tous ses ouvrages et ses articles, et cette lecture a toujours été pour moi la meilleure des lectures spirituelles, et si j'aime le Pape et l'Eglise, c'est en grande partie à lui que je le dois.
Aussi, malgré ma petite position dans la sphère sociale, après avoir écouté les princes de l'Eglise, ai-je voulu unir ma voix à celle de tant d'hommes d'élite de tout l'univers : car, plus les hommages seront nombreux, plus son tombeau sera glorieux.
Dans ces sentiments, etc. L'abbé Terver,
curé à Coume (Lorraine).
Lettre de M. Gannat, missionnaire apostolique, à M. Eugène
Veuillot :
Clermont-Ferrandy 13 mai.
Cher Monsieur. — Je viens le dernier, c'est-à-dire à mon rang, n'ayant plus de fonctions dans le saint ministère à cause de nia mauvaise santé. Mais je ne peux pas laisser clore ce
416 HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT
dé&lé triomphal de toutes les grandeurs de T Eglise et du monde devant le cercueil de celui que je pleure avec vous, sans vous dire que ma reconnaissance envers lui durera autant que ma vie. Je ne saurais oublier que votre illustre frère a bien voulu présider, à la cure de Saint-Pierre-les-Minimes, deux réunions intimes (vous étiez à Tune d'elles, à mes côtés), où il ne comptait que des admirateurs et des amis, et avec quelle simplicité pleine de charme il s'abandonnait à nos questions. Nous l'entendîmes prédire l'écroulement de l'empire : il lui en donnait encore pour trois ans ; prophétie qui s'est réalisée. Arriverons-nous logiquement, ainsi qu'il le laissait entrevoir, à la dictature d'un forçat, pour le châtiment et le pardon de la France infidèle?...
Tout vient d'être dit sur la profondeur de ses vues, toujours éclairées par la foi la plus ardente et le patriotisme le plus pur. Je m'arrête à un souvenir précieux entre tous les autres. En 1870, pendant le concile du Vatican, 190 prêtres du diocèse de Clermont reçurent les encouragements et la bénédiction du souverain Pontife, Ce rare honneur, qui fut aussi pour tous une grande force, j'ai su depuis que, après Timmortel et bien-aimé Pie IX, nous en étions redevables à Louis Veuillot. Nos prières lui diront notre reconnaissance.
Veuillez agréer, etc. Gannat,
missionnaire apostolique.
Lettre de M. le chanoine Montcenis à M. Eugène Veuillot :
Bordeaux, le 12 mai.
A cette masse incroyable de parfums qui embaument à jamais la mémoire de votre illustre frère, il faudrait, selon moi, ajouter ses traits vivants par une statue de bronze, qu'on placerait d'abord dans votre salle de rédaction ; puis viendra bien un moment où le grand ouvrier chassera d'une place de Paris un démolisseur.
Si vous agréez cette idée, je souscris pour cent francs.
Veuillez recevoir, etc. Montcenis,
eh. bon., aumônier et vieil abonné.
Lettre de M. l'abbé Godard, curé de la Bazocbe-Gouët , diocèse
de Chartres, à M. Eugène Yeuillot :
13 mai 1883.
Monsieur. — Continuez d'enregistrer les témoignages de douloureuse sympathie qui vous arrivent de tous côtés, depuis la mort de notre grand athlète chrétien.
Il est bon qu'amis et ennemis sachent quel lien puissant unit les cœurs de tous ceux qui ont combattu et sont bien résolus à continuer le bon combat avec V Univers.
II faut aussi que les habiles sachent que, devant l'ennemi qui nous broie, leur prudence est réprouvée et ressemble trop à la lâcheté.
11 vaut mieux mourir dans le combat, disait Machabée, que de voir l'humiliation et l'anéantissement du peuple de Dieu : Melius est nos mori in bello, quant videre mala gentis nostrse et sanctorum.
Agréez, etc.
Lettre de M. le supérieur du petit séminaire d'Ajaiu (Creuse
à M. Eugène Yeuillot :
Petit séminaire d'Ajain, 13 mai.
Monsieur. — Je me reproche d'être resté si longtemps sans vous dire la vive part que mes collaborateurs et moi avons prise à la perte si douloureuse que vous avez faite, ou plutôt qu'à faite l'Église entière, en la personne de votre illustre frère
Le petit séminaire d'Ajain a été abonné au journal l'Univers dès son apparition, et n'a cessé de le recevoir que pendant le temps où une injuste violence réduisait au silence la grande et importune voix de Louis Yeuillot. Que de joie, que d'enthousiasme, quelle admiration et quelles sympathies, quand nous arrivaient les articles signés de l'illustre polémiste !
Aussi l'avons-nous profondément regretté et avons-nous prié pour lui, bien que nous ayons lieu de croire que déjà il a en main la palme des vainqueurs qui ont combattu le bon combat.
Volontiers nous apporterons notre pierre au monument qui lui sera élevé.
Veuillez, etc. N. Mounibr,
ch. bon., supérieur du petit séminaire d'Ajain (Creuse).
418 H0MMAGE3 A LOUIS VEUILLOT
Lettre de M. Gavouyère, doyen de la faculté catholique de droit
d'Angers, à M. Eugène Yeuillot :
Angers, 13 mai.
Monsieur. — L'envoi d'une carte m'avait paru bien mal traduire les sentiments que m'a fait éprouver la mort de votre glorieux frère. Mais, n'ayant pas l'honneur de vous connaître, et n'ayant jamais eu le bonheur d'un entretien, si court qu'il fût, avec le grand défenseur de l'Église, j'avais cru devoir me borner à ce témoignage de sympathie pour la famille et pour les collaborateurs de M. Louis Yeuillot.
Je reconnais que je me suis trompé, et, si tard qu'il soit, je viens me joindre à la foule des admirateurs et des amis mieux inspirés, et m'associer de tout cœur aux condoléances et aux félicitations qui se confondent.
Comme plus d'un, j'ai trop longtemps méconnu l'homme dont je n'avais pas lu une ligne ; la lecture de Çà et là m'a fait comprendre la vigueur du polémiste et l'inspiration de la polémique. De ce jour, j'ai été abonné fidèle et défenseur convaincu de V Univers.
Bien souvent j'ai été heureux de trouver dans votre journal ces notes vibrantes qui vont droit au cœur et animent le courage ; j'y ai trouvé aussi ce soulagement que procure à la conscience révoltée l'énergique flétrissure imprimée au front de ceux qui perdraient notre pays, s'ils réussissaient à lui enlever la foi.
Veuillez agréer, etc. A. Gavoutèrk.
Les dames catholiques et légitimistes de Braga (Portugal) ont adressé à M^^^ Élise Yeuillot la lettre suivante, qu'accompagnait une magnifique couronne à déposer sur la tombe de Louis Yeuillot. L'excellent journal catholique de Braga, Cruz e Espada, a constaté que toutes les dames convoquées à cette manifestation avaient été unanimes, à l'exception d'une dame très proche parente du gouverneur civil.
Portugal, Braga, 14 mai.
Mademoiselle. — Malgré les nombreux témoignages de condoléance et de sympathie qui vous arrivent de plus haut, et qui ne vous permettent guère de faire attention à notre obscur hommage, nous ne résistons pas au besoin pressant de vous exprimer, Mademoiselle, combien votre douleur est nôtre !
Les dames légitimistes et surtout catholiques de la ville de
HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT 419
Braga, sensibles aux qualités vraiment extraordinaires qui ornaient le vaillant soldat, Tincomparable athlète de rÉglise, viennent vous offrir leur tribut de douleur, et partager vos justes larmes. Nous savons que c'est au pied de la croix du Christ Sauveur que vous avez reçu ce coup si poignant pour votre cœur ; et c'est aussi au pied de cette croix que nous nous rassemblons pour prier pour M. Louis Veuillot, en espérant fermement que ce symbole auguste, pour lequel il a combattu avec un si noble courage pendant sa vie, couvrira d'une ombre protectrice la pierre de son tombeau, et brillera sur lui le jour de la résurection.
En nous prosternant en esprit sur cette pierre sépulcrale, permettez-nous d'y déposer la modeste couronne que nous prenons la liberté de vous offrir. Ne l'acceptez pas pour ce qu'elle vaut, mais pour ce qu'elle signifie.
Veuillez agréer, Mademoiselle, l'expression de nos sentiments respectueux. (Suivent les signatures.)
M. F. Duriez nous écrit de Yalenciennes :
15 mai.
Sur la tombe de Louis Yeuillot, les catholiques de tous pays déposeront l'hommage éternel de tout leur respect et de toute leur reconnaissance. Ce sont des souvenirs et des prières qui ne périront point.
Et les œuvres de cet illustre et admirable écrivain seront conservées dans les familles chrétiennes pour les futures générations.
Ceux qui font leurs délices de la souffrance et pardonnent ù leurs ennemis, vont au ciel. L'auteur de Rome et Lorette et du Parfum de Rome a bien mérité la céleste patrie.
Lettre de M^^^ Leroy, prélat romain, cure de Houllc, diocèse
d'Arras, à M. Eugène Yeuillot :
HouUo, 15 mai.
Cher Monsieur Eugène. — Je vous ai adressé, il y a un mois environ, les lettres autographes que je possède de Louis Yeuillot, afin que vous puissiez les reproduire dans le recueil de ses lettres, où se révèle l'homme de cœur et de foi, le chrétien dont la religion agrandit encore le vaste génie.
Je vous ai rapporté mes relations assez fréquentes, durant
vingt ans, avec votre illustre frère ; les services qu'il m*a rendus, ainsi que M. du Lac, lors de la publication de mes ouvrages : la Philosophie catholique de l histoire et VHistoire des pèlerinages de la sainte Vierge,
Je n'ai point seulement reçu de Louis Veuillot d'utiles conseils et un précieux appui pour la publicité de mes ouvrages: je lui dois encore d'avoir été, par la lecture de ses articles quotidiens dans V Univers, préservé du libéralisme catholique, cause de nos malheurs et de nos abaissements actuels ; je lui dois en partie mon attachement à Rome et aux doctrines romaines. J'aime à le proclamer hautement, et vous pouvez insérer cette lettre dans VUnivers, que je lis chaque jour attentivement depuis trente-sept ans.
Daignez, cher Monsieur, agréer mes sentiments respectueux.
Votre très humble en N.-S., L. Leroy,
aimérier do S. S. Léon XIII.
Nous extrayons d'une autre lettre de Ms*' Leroy ce passage, qui sera lu avec un intérêt particulier :
La dernière fois que je vis monsieur votre frère à Paris, il était malade ; je lui parlai des services éminents qu'il avait rendus à la cause catholique. Il me .répondit : a Je ne suis qu'un simple soldat de la grande armée catholique de TEglise militante, les évèques sont nos généraux. » Il me demanda de prier pour lui au saint sacrifice de la messe ; je le lui promis.
Je m'acquitte de ma dette de reconnaissance envers votre regretté frère, en priant pour le repos de son âme, chaque jour, au saint sacrifice.
Lettre d'un cure de l'Allier à M. Eugène Veuillot :
Monsieur. — Quel deuil que celui de la mort de M. Louis Veuillot!
Mais ne parlons pas de deuil et disons : Quel triomphe pour la cause qu'il a soutenue pendant plus de quarante ans sans faiblesse et sans découragement aucun !
Son nom passera à la postérité, non seulement entouré de la gloire la plus pure, mais présenté au monde catholique comme l'un des plus courageux défenseurs de l'Église et l'un des patriotes les plus dévoués à la France.
On l'a déjà dit plusieurs fois : Defunctus adhuc loquitur. Il parlera longtemps^ ce grand chrétien et ce noble Français, par sa plume et par ses actes, qui feront bénir sa mémoire encore plus dans l'avenir que dans le présent...
Lettre de M. l'abbé A. Junca, curé de Monlezun, diocèse d'Auch :
Monlezun, 15 mai.
Monsieur le directeur. — Permettez-moi de saisir cette occasion, afin de vous exprimer tous mes sentiments de condoléance pour la perte si grande que vous avez faite, vous et la rédaction de V Univers , en la personne de M. Louis Veuillot. Je suis heureux de m'associer à ces hommages bien mérités qui sont rendus de tous côtés au valeureux champion de la cause catholique et royaliste. Il semble que Dieu veuille nous priver des meilleurs défenseurs de l'Église, au moment où nous en aurions le plus besoin, pour faire sans doute éclater davantage son intervention divine et sensible, à l'heure qu'il la jugera nécessaire pour notre bien.
Veuillez agréer, etc.
Lettre de M. Tabbé Moingeon à M. Eugène Veuillot :
Marigny, 15 mai.
Monsieur. — Je viens vous exprimer, et par vous à la rédaction de V Univers, la part bien vive que j'ai prise à votre douleur commune en apprenant la mort du grand chrétien que pleurent l'Église et la France catholique.
Je suis trop peu de chose pour prendre une place quelconque dans ce magnifique concert d'hommages si mérités rendus à cet intrépide défenseur de toutes les saintes causes, à ce vaillant champion de l'Église et du Pape. Mais je l'aimais tant, que je suis heureux de vous dire que son souvenir restera gravé dans mon cœur et que je demeurerai fidèle à son journal. Ses articles et ses livres m'ont procuré de délicieuses jouissances ; ils m'ont aussi mieux fait connaître et aimer la sainte Eglise et la Papauté. Aussi, dans ma reconnaissance, je me suis empressé de célébrer la sainte messe à son intention le premier jour libre, et je ne l'oublie jamais au Mémento des morts, quoique, dans ma conviction, il ait déjà reçu du juste Juge la couronne céleste pour ses longs et glorieux combats.
Agréez, Monsieur, etc. G. -E. Moingeon,
euré do Marig^y, diocèso do Dijon.
Letire de M. Tarchiprêtre d'Arcis-sur-Aube à M. Eugène Veuil-
lot :
Arcis-sur-Aobo, le 15 mai.
Monsieur. — Je n'avais pas Tintentioa de joindre mon suffrage dépourvu d'autorité à tous ceux qui, venus de haut pour la plupart, composent déjà, en Thonneur de M. Louis Veuillot, le plus magnifique monument qui puisse glorifier Tillustre champion de la sainte Église. Mon admiration est restée silencieuse, jusqu'au moment où j'ai retrouvé une très belle et importante lettre *, qui me paraît mériter spécialement d'être publiée, et dont je vous envoie une copie. C'est la réponse adressée à un groupe de catholiques de Troyes qui avaient exprimé au rédacteur en chef leurs condoléances et leur sympathie, à l'occasion de la suspension dont fut frappé V Univers en 1874. Le caractère historique de cette lettre, et l'élévation des sentiments qui y sont rendus dans le grand style de l'auteur, la rendent assurément digne d'être communiquée à vos lecteurs.
Veuillez agréer, etc. P. -F. ëcallb,
archiprôtre.
Lettre de M. le comte du Val de Beaulieuà M. Eugène Veuillol:
Château d'Attre-Mévergnios (Hainaut), 15 mai.
Cher ami. — C'est ainsi que je vous retrouve dans une correspondance d'il y a quinze ans.
Aussitôt rentré ici, à la campagne, je suis allé chercher dans le tiroir où je les avais enfermées soigneusement les lettres de votre cher frère, afin d'en faire des copies à vous envoyer, selon votre désir exprimé dans les journaux.
Vous pourrez y trouver des passages utiles pour montrer le beau caractère de votre frère : sa bonté, son amabilité, sa grandeur d'âme.
J'en ai vingt-cinq, plus belles et plus charmantes les unes que les autres : politiques, une surtout, qui fut publiée avec sa permission, est admirable; plusieurs au sujet de la fondation du second Univers -^ plusieurs avec des aperçus sur les hommes et les choses du jour; intimes enfin, toutes remplies de traits ravissants de gaieté, de bonté, de charité.
Mais la plus belle, la plus précieuse pour vous tous, est
1. Cette lettre a été publiée dans le premier volume de la Corrupomime€,
celle que je ne résiste pas au désir de vous envoyer sans retard.
Elle a pour sujet les derniers moments de votre respectable mère : vous jugerez à quelle hauteur chrétienne il s'est élevé.
En relisant ces lettres, je me suis senti transporté au milieu de ces charmantes intimités, dans ces années heureuses de santé et de succès pour lui, et sa cause chérie, d'espérances si tôt renversées par les événements politiques, d'épanchements intimes, de sentiments si étroitement unis.
Je me suis revu et retrouvé au milieu d'amis précieux : car nous l'étions tous, jusqu'à ce que ces affreuses guerres et révolutions et la maladie de votre frère aient tout dissipé.
Comte £. du Val db Bbaulibu.
Lettre de M. Clapiers, missionnaire apostolique :
Lorgnes (Var), 15 mai.
Monsieur. — Laissez-moi vous dire, après tant d'autres, que votre douleur est notre douleur, et votre deuil notre deuil.
Je n'ai pas qualité pour parler au nom de mes confrères ; mais je les connais assez pour pouvoir dire que tous partagent nos sentiments. Qui a plus aimé votre frère que M. l'abbé Arnaud, le savant chanoine doyen d'Ollioules, dont V Univers a si souvent recommandé les ouvrages? Un autre de mes meilleurs amis, M. Martin, vicaire général, a toujours été un admirateur de Louis Veuillot. Quand il était simple vicaire dans une petite ville où je prêchais mon premier carême, il lui arrivait souvent d'oublier l'heure du déjeuner en s'entretenant avec moi de celui que nous appelions le /neutre ; et, dès qu'il apparaissait sur le seuil de la salle à manger, s'excusant d'être en retard, sa mère lui disait en souriant : « Oh ! je sais bien ce que vous faisiez avec le missionnaire : vous causiez de M. Veuillot. 9 Je ne veux pas entrer dans trop de détails, mais je me permets pourtant d'élever la voix pour vous assurer que V Univers compte autant d'amis qu'il y a de prêtres de ma génération dans le diocèse de Fréjus.
Personnellement, je dois beaucoup à Louis Veuillot. Ce sont ses livres et ses articles qui m'ont fait pencher vers le sacerdoce, alors que j'étais encore hésitant entre l'Église et le monde.
M^'* Tissot, vicaire apostolique de Yizagapatam, k M"* Ve**** '
Vizagapatam, présidence de Madras, 16 mai 1S83«
Mademoiselle. — Le dernier courrier in*a apportée V^^ V Univers, la confirmation de la triste nouvelle, donnée p^^ ^
% lin
télégraphe, de la mort de votre illustre frère. Permette^ ^ pauvre vicaire apostolique de vous offrir ses condolé^**^*^' Le plus bel éloge de votre si regretté frère se trouve dans »^ deuil universel que partagent avec nous les vrais catholi^ï**^**
Je n'ai point oublié, Mademoiselle, que j'ai eu Thonneuï" ^^ faire sa connaissance pendant le concile, et que, penda»* famine qui a désolé Tlnde, ï Univers m'est venu en aide. Vo^i^ vous rappelez peut-être que c'est à ma mission que M- votre frère a fait présent d'un beau calice que lui avait envoya ^"î des abonnés de V Univers à l'occasion de ses savants ^^ !' sublimes articles sur le concile du Vatican. Voici ce qu'il xn^^^' vait en me l'envoyant :
« Monseigneur, un bon prêtre a voulu que j'eusse le p\^^^^ d'offrir quelque chose à un des vicaires apostoliques : il ^ * envoyé dans ce but un calice en me priant d'en dispos^^* Toutes choses égales, je devais chercher parmi les plus p^^' vres. Je crois bien que vous occupez les rangs supéri^**^ parmi ceux que Dieu a jugés dignes de la grâce et du far<^f ^. de la sainte pauvreté. Le calice est donc à vous, et le voi*^- Quand vous vous en servirez, daignez vous souvenir quel^** ' fois de moi et de ma famille... »
Ce souvenir m'est d'autant plus précieux que je le tiens « plus vaillant et intrépide champion de l'Église et de la Pap*** Aussi il m'accompagne partout dans mes visites pastoral^^' je ne manque jamais de réserver une place au Mémento pour donateur et sa famille.
Veuillez agréer, Mademoiselle, avec l'expression de ^
condoléances et celles de tous les membres de ma mission, rhommage de mon profond respect. •}• J.-M. Tissot,
▼ie. apost. de Visagapatam et missionnaire de Saint-François de Sales.
Lettre de MS' l'exarque de Zahleh (Syrie) à M. Eugène Veuillot :
Zahlch, ce IC mai.
Cher Monsieur. — Je profite du premier moment libre pour vous dire la grande part que j*ai prise à votre grande douleur, et vous apprendre que le coup qui a frappé votre illustre frère a retenti dans tout TOrient catholique.
Oui, cher Monsieur, la Syrie, le Liban, la Palestine, cette vieille terre qu'il a tant aimée, s'est d'abord tue devant ce grand deuil, et puis elle a laissé éclater sa douleur par ses lamentations patriarcales, pleurant et déplorant la perte de ce grand chrétien, de ce grand Français, qui comprenait si bien les intérêts de la France en Orient, et qui plaidait si vigoureusement la cause des catholiques orientaux.
Nous nous faisons donc un devoir de venir, du fond de notre pays lointain, nous associer au généreux élan de cette nuée de témoins des luttes glorieuses de Louis Veuillot, qui vous envoient de tous les points de France et de l'univers leurs sincères condoléances pour sa mort, et leurs éclatants hommages à sa grande mémoire, qui restera immortelle.
Cependant, sa belle âme ayant déjà reçu sa grande récompense — j'en ai l'intime conviction — ne le pleurons pas. Pleurons sur nous qui l'avons perdu. Son œuvre immense est faite, et. Dieu merci, vous êtes là pour la continuer. Ces pensées doivent nous apporter quelques consolations.
fufimus in Chris to serons, Gerargius,
exarque do Zahleh.
De Mardin, M. Eugène Veuillot a reçu la lettre suivante :
Mardin (Mésopotamie), 16 mai.
Honoré Monsieur. — Bien que tout petit missionnaire ûxé dans un coin de la Mésopotamie, et quoique je vous sois complètement inconnu, j'ose vous prier d'agréer mon humble part dans les témoignages universels de condoléance que vient de faire nattre la mort de votre illustre et très regretté frère. Pie IX et Louis Veuillot ont été les deux belles et nobles figures qui ont réjoui mon enfance religieuse. Je n'ai jamais
426 HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT
pu les séparer dans le patrimoine de mes grandes et profondes affections.
Oh! dans le ciel, quelle joie à cette heureuse rencontre du 7 avril ! Et si quelque chose de la terre a dû ou doit retarder encore cette béatitude, comment voulez-vous, vénéré Monsieur, que je ne prie pas pour qu'advienne bientôt à cette chère âme le royaume de Dieu ?
La douloureuse nouvelle nous est arrivée ici, il y a quelques jours seulement, par V Osservatore romano. Depuis, je ne cesse de placer au second Mémento Tâme de Tintrépide et vaillant défenseur de tous les intérêts religieux et de la vérité purement catholique.
Agréez, etc. P. Joseph,
capucia, directeur des religieuses frandscaines.
De Carupano (Venezuela), à la date du 16 mai, M. Juan Orsini et sa famille envoient « leurs condoléances à la respectable famille de M. Louis Veuillot ».
Lettre d'un curé de campagne :
18 mai 1883.
Je ne me suis jamais senti ému du déplaisir spécial que ce Justicier de la foi a pu causer à certains de ses adversaires, dont plusieurs eussent dû, avant que de se plaindre, regarder comme un grave devoir d'état de ne pas mériter d'être rappelés à la vraie doctrine : non ! Fhomme de foi ne devait pas s'en émouvoir, parce que c'était là vraiment le seul moyen eflicace pour les empêcher de nuire. S'ils eussent eu, comme lui, plus d'amour filial pour l'Eglise et la vérité que d'amourpropre mal placé, au lieu de tant faire les scandalisés à l'acuité de ses traits, ils en auraient honnêtement fait leur proGt. Néanmoins il est de mode, en certains groupes, de croire que la charité peut sincèrement se faire respectueuse de l'erreur opiniâtre, au détriment de la vérité opprimée : beaucoup de zèle pour un décorum de convention, beaucoup de lâcheté pour la défense du vrai et la protection de l'ignorant qu'on abuse! Comme si ce n'était pas une grande charite\ une oeuvre de vraie miséricorde faite aux enfants de l'Église, si faibles en notre temps, que de leur dire avec cette vigueur toute militaire : Prenez garde! celui-ci n'est pas l'ami que vous
croyez! ou c*est un imprudent dangereux, ou c'est un ennemi masqué qui vous exploite et travaille à votre perte I
Fut-il, hélas! dans le passé, une époque où les âmes avides de vérité aient eu tant besoin que dans la nôtre d'un tel athlète pour les défendre contre les pièges de Terreur ! Ne craignons' pas de le dire : l'histoire honnête reconnaîtra que Louis Veuillot fut vraiment, en ces temps d'épreuves infligés à la France catholique, « l'homme de Dieu » dont elle avait besoin ! Merci à la Providence ! Un curé de village.
Lettre de M. de Giscard à M. Eugène Veuillot :
Giscard (Lot-et-Garonne), 20 mai.
Monsieur. — Voudriez-vous me permettre de- déposer une fleur tardive sur le tombetiudeM. Louis Veuillot ? J'avoue sincèrement que j'avais quelques préjugés contre cette mémoire aujourd'hui auguste et vénérée. M. Louis Veuillot, dans l'ardeur d'une foi sans arrière-pensée, n'avait pas craint d'attaquer les plus puissants du jour, ceux qui jouissaient d'une notoriété imposante. L'avenir a démontré qu'il avait raison : gloire à lui! Mais faut-il s'étonner que des esprits campagnards n'aient pas pu d'abord se ranger de son côté ?
De plus, il croyait devoir indiquer aux légitimistes leurs devoirs. C'était son droit. Mais est-il surprenant que des esprits nourris dans l'idée qu'en dehors de la république et de l'anarchie il n'y a place que pour la monarchie, et la monarchie pure et sans contresens, car on ne sophistique pas au bord des bruyères, on appelle
Un chat un chat, et le roi c'est le roi,
et non pas tel Jérôme, et le premier Philippe venu; est-il surprenant, dis-je, qu'un homme qui paraissait attaquer ou méconnaître le principe, semblât manquer de cette élévation de cœur et de sentiment qui fait reconnaître le devoir partout où il est — et qui fait qu'on répète avec M. de Maistre : « Tant que le roi existe, il faut faire « son devoir » ?
Voilà pourquoi j'avais un préjugé contre Louis Veuillot.
Mais après la lettre de Monsieur le comte de Chambord disant qu'une fois saisi de la vérité politique, ce vigoureux esprit fit pour elle comme pour la vérité religieuse; après tous les témoignages venus de si haut, de si loin, de tant d'endroits ; après tant de vocations dues à la lecture de ses livres, ou tant
d'affermissements dans la foi; après tant de témoignages de sa bonté de cœur et de sa foi inaltérable dans Tintimité aussi bien que dans les colonnes du journal, permettez à un vieux gentilhomme campagnard de venir déposer ses préjugés sur cette tombe révérée, en exprimant la promesse que ses ouvrages seront désormais en place d'honneur dans sa bibliothèque et sa mémoire recommandée à ses neveux, comme celle d'un des hommes les plus méritants du dix-neuvième siècle, pour avoir, toute sa vie, à partir de sa conversion, travaillé à consolider en France le plus ferme appui de la véritable constitution du pays: la foi catholique pure et simple, sans gallicanisme ni libéralisme; la foi de nos pères, la foi pure et sans mélange, qui, outre les biens présents, nous garantit ce qu'il y a de mieux pour l'homme, la bienheureuse éternité.
J. DE Giscard.
Lettre extraite de VAmi de l'Ordre^ de Namur : Nous recevons d'Allemagne la lettre suivante :
..., Dimanche 20 mai, fôte de la très sainte Trinité.
On a plusieurs fois parlé de la rare pénétration d'esprit de Louis Veuillot, de sa perspicacité, de la vue presque prophétique qu'il avait de l'avenir. Je puis vous citer un trait remarquable de cette espèce de divination.
Pendant le concile, au moment où les prudents, c'est-à-dire, les intrigants, s'agitaient le plus, alors que venait de paraître la fameuse brochure de l'évêque d'Orléans intitulée : Réponse à M^^ DechampSy Louis Veuillot alla, le 22 mars, fairevisite à un évêque allemand, prélat d'un esprit très droit, de grande vertu, d'une bonté et d'une affabilité exquises. La visite dura une heure.
Dans l'entretien, le rédacteur en chef de V Univers à\\ entre autres choses, à peu près textuellement :
« Le concile est réuni pour définir l'infaillibilité pontificale. Aussitôt que la définition aura été proclamée, la guerre éclatera, et le concile sera suspendu. II y aura de grands bouleversements, plus d'un gouvernement et bien des princes seront renversés, la Révolution régnera et les peuples seront opprimés. Dans leurs malheurs, ils se tourneront vers le Pape, et ils lui demanderont de les sauver. Alors le concile reprendra ses travaux, et il réglera les rapports des deux puissances, et il rétablira l'ordre social. »
Voilà ce que Louis Yeuillot disait le 22 mars 1870, dans la villa Caserta, à un évèque allemand qui vit encore.
Quatre mois plus tard, le 18 juillet, le dogme de Tinfaillibilité était proclamé, au milieu des éclairs et des tonnerres d'un orage effroyable qui environnait Saint-Pierre plongé presque dans Tobscurité.
Le lendemain la guerre éclatait.
Ce qui a suivi est connu, ce qui approche est visible
Lettre de M. le curé de Gespunsart à M^^» Yeuillot :
Gespunsart (Ardennes), lo 20 mai, fôte do la sainte Trinité.
Mademoiselle. — .... Depuis longtemps mes sympathies étaient acquises à M. Louis Yeuillot, lorsque, en 1870, une occasion se présenta de le voir de près et sur un terrain qui le mettait dans son vrai relief. C'était à Rome, la veille de QuasiiDodo et de cette séance publique du concile du Yatican où furent proclamés les décrets philosophiques.
A 7 heures, je me présentais chez vous, après avoir été reçu par Pie IX, avec mes deux compagnons de voyage, MM. Colas et Yiot, professeurs comme moi au petit séminaire de Reims. Le grand écrivain, sachant que nous étions du diocèse illustré par son ami le cardinal Gousset, nous accueillit avec beaucoup d'affabilité, et, pendant trois quarts d'heure, nous fit jouir de sa belle et instructive conversation. Je retrouve, dans mes notes, écrites le soir même, et dans mon souvenir, quelquesunes de ses paroles qui me frappèrent le plus vivement.
Naturellement, il nous parla du concile.
«Je prévois, nous dit-il ensuite, la séparation de l'Église et de l'Etat, chose que les catholiques n'approuveront pas, mais dont ils profiteront. Dieu nous met en main des armes que nous ne cherchons pas. — Nous aurons une persécution. L'Eglise a été bâtie sur les ossements des martyrs. Mais il ne faut pas avoir peur : Dieu accorde dans ces occasions la force dont on a besoin...»
Quand nous prîmes congé du grand chrétien, il nous serra cordialement la main en disant : « Messieurs, priez pour moi. »
Ce souvenir de notre entrevue à Rome et en plein concile est un des plus précieux de ma vie. Et c'est à vous, Mademoiselle, que j'ai dû d'être reçu par votre illustre et regretté frère.
Yeuillez donc, etc. Olivier,
curé de Gespunsart.
430 HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT
M. le supérieur du séminaire de Diamantina (Brésil) à M. Eugène Veuillot :