X. Dalavat
caré.
Lettre de M. l'abbé Ponte à M. Eugène Veuillot :
Moastier, 25 mai.
Monsieur. — Fidèle abonné de Y Univers depuis quinze ans, je me reprocherais de ne point mêler ma faible voix au magnifique concert de louanges qui retentit autour de la tombe de votre illustre frère, M. Louis Veuillot.
La vaillante plume de ce nouveau Machtibée dans les combats de la foi a terrassé de nombreux adversaires.
Aujourd'hui que la mort l'a brisée, les ennemis de Dieu et de son Eglise relèvent la tète, et je regrette vivement qu'il ne soit plus sur le champ de bataille pour continuer la lutte et remporter de nouveaux triomphes.
Mais Dieu a ses desseins, et il saura lui-même ou par de nouveaux soldats donner la victoire à son immortelle Église.
Recevez, etc. • M.-Elib Ponte,
curé do Moustier (Lot-ot-&aroime).
Lettre de M. le curé de Guérande à M. Eugène Veuillot :
(xuérande, le 28 mai.
Monsieur. — J'ai pris ma part du deuil qui a entouré la tombe de M. Louis Veuillot. Je n'ai point oublié l'exil du vaillant combattant, jeté par la tempête sur nos plages du Pouliguen. 11 avait osé dire : Non licet, au puissant de l'époque, qui avait mis l'épée de la France au service des ennemis de rÉglise : il devait se taire. Une villa charmante lui avait offert
rhospitalité. M. le comte et M"* la comtesse d*Esgrîgny, qui commençaient à grouper autour d'eux une société d'élite, avaient admis dans leur intimité le grand écrivain, avec ses deux jeunes filles et mademoiselle sa sœur. Le savant M. du Lac était de la famille.
Son Excellence le nonce Chigi venait, chaque année, prendre quelques jours de repos au milieu des fidèles Bretons, et respirer, loin du tumulte des affaires, Tair serein et pur de nos rivages. Son cœur se trouvait à Taise près de ces cœurs nobles et dévoués, qui retrempaient ensemble leurs forces pour de nouvelles luttes. J'eus l'honneur et le bonheur de voir de près M. Veuillot, dans ce milieu si distingué, de l'entendre, et de lire quelques-unes de ces pages, écrites au murmure des flots, qui resteront comme un souvenir de son passage parmi nous. 11 aimait aussi à nous visiter dans notre vieille cité ; nos vieux remparts lui plaisaient.
Que ne vit-il encore pour flageller les nouveaux persécuteurs de l'Église, qu'il aimait tant, et les marquer au front du stigmate de l'ignominie! Plus heureux, il a reçu sa récompense.
Recevez, Monsieur le directeur, l'expression de mon respectueux dévouement. PLORMELy
chanoine honoraire, curé do Gumude.
Lettre de M. l'abbé Bessière, curé du Cayrol (Aveyrou), à
M. Eugène Veuillot :
Le Cayrol, 29 mai
Monsieur. — Notre siècle froid et égoïste ne me laissait plus croire à la vertu de reconnaissance. Quel hymne pourtant à la mémoire de M. L. Veuillot! Periit memoria corum cum sonitUy a dit l'Esprit-Saint de quelques-uns; de lui on peut dire : /// memoria œterna erit justus.
On est heureux d'être prêtre et catholique, quand ou voit à ses côtés d'aussi fiers catholiques. Comme il a porté haut le caractère du chrétien ! Dans quelques années, quand la mort aura couché notre génération dans la tombe, il apparaîtra dans l'histoire du dix-neuvième siècle comme les Odon de Cluny au douzième et les Bernard au treizième.
HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT 443
Lettre de M. Louis Colin à M. Eugène Veuillot :
SaulxureB-sur-MoBolotte, 29 mai.
Monsieur. — Le monument que la postérité destine à Louis Veuillot n*est plus à faire : n'est-il pas élevé par ces milliers de voix venues de tous les points du monde pour saluer sa tombe ? L'Eglise lui devait ces solennelles manifestations, et elle les lui donne sans marchander la reconnaissanée. Parmi les témoignages qui lui sont rendus, les uns et les autres sont d'accord pour louer le magnifique écrivain, le catholique debout comme la Croix, immobile au milieu du flux et du reflux des choses de ce monde. Mais ce qu'il y eut en lui de plus merveilleux, ce n'est pas, à mon avis, son merveilleux talent : ce fut son amour incomparable de Jésus-Christ et de son Église. J'ai lu quelque part, dans un journal incroyant^ que Louis Veuillot fut, en ce siècle, le chef-d'œuvre de la haine. La vérité, c'est qu'il fut, pendant quarante ans, le chef-d'œuvre de l'amour. Et comme il était l'amant passionné de la vérité, il combattit pour elle jusqu'à la mort, comme le soldat pour son pays. De là cette magniflque explosion de talent, cette abondance inépuisable, jaillissant d'une foi épurée, plus forte que les rangs de bataille de ses ennemis.
J'ai vu ses yeux s'humecter au simple récit de la conversion d'un juif. Un jour que je l'entretenais d'un député à double face, qui jouait l'impie à la Chambre et le dévot devant ses électeurs, il s'écria, avec une émotion tremblante que je n'oublierai jamais : a Le misérable ! se couvrir du manteau de la religion pour la tuer ! » Tout chez lui respirait cet amour profond de l'Église. Un rien l'émouvait, le mettait en éveil et sur la brèche. Son essence même, sa vie, sa foi, son tempérament, étaient de combattre et de mourir pour la vérité. Cette passion de tous les jours, de toutes les heures, de toutes les minutes, ajoutée aux plus magnifiques dons de la nature, voilà Louis Veuillot. Il est mort aujourd'hui, mais sa cendre n'est pas refroidie. De sa tombe entr'ouverte sortent des parfums de gloire, qui sont un hommage au triomphe du Christ. Il faut y placer un hémisphère en marbre, servant de pied à une croix de granit; puis, au sommet, en caractères d'or, inscrire, pour résumer la vie de J'immortel soldat, le Stat Crux dum volvitur orbis!
Veuillez agréer, etc. Louis Colin.
444 HOMMAGES A LOUIS YEUILLOT
On comprendra pourquoi, par le temps actuel, nous ne donnons
pas le nom de l'auteur de la lettre ci-après :
Algérie, S9 mai.
Monsieur le rédacteur. — Il est bien tard pour vous exprimer mes regrets à Toccasion de la mort de M. Louis Veuillot. Cependant j'espère être pardonnable : car, étant au loin, et ne m'occupant que de mon métier militaire, je ne vois presque jamais de journaux. Or je viens d'apprendre, il n'y a que quelques jours, la triste nouvelle qui doit affliger tous les cœurs religieux.
J'aimais M. Veuillot) j'adorais son génie; mais ce qui m'a toujours enthousiasmé, c'est le courage inébranlable et l'éloquence convaincante de ce grand catholique.
Il est tard, il est vrai, mais mon cœur n'en déborde pas moins d'émotion, et je tiens ' à déposer sur la tombe de M. Louis Veuillot toute la douleur qne me cause sa mort, et toute l'espérance que laisse sa foi sublime en ce Dieu qu'il défendit si vaillamment et qui le couronne maintenant au ciel.